‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 9 sur 251 · C. I. Apparition des Tatars · texte numérisé non relu

C. I. Apparition des Tatars

merçAnt européen n’était enü'é aussi avant dans le centre du continent Asiatique. Il serait impossible de démontrer que les commerçants établis dans les ports des états croisés aient jamais entrepris de gi’ands voyages dans rintérieiii' de l’Asie: on n’a pas même d’exemple qu’ils se soient risqués parfois seulement jusqu’à Bagdad ou jusqu’au rivage du golfe Persique. Damas et Alep, situées toutes deux à deux ou trois journées de la mer Méditerranée, mai-quaient la limite extrême que ne dépassaient pas du côté de l’Est les plus actifs des commerçants occidentaux. D’un autre côté, il paraît qu’avant la chute du califat des marchands italiens avaient remonté le coure du Djihan et pénétré par cette voie de la Petite-Annénie dans le bassin de l’Euphrate, mais il est impossible de déterminer jusqu'à quel point ils étaient parvenus. Les côtes de la mer Noire et de la mer d’.\zov étaient alors encore trop peu fréquentées elles -mêmes par le commerce d’Occident; ce n’était pas par là que les raaichands [wiivaient entreprendre de pénétrer au centre de l’Asie. Il s’en fallait donc de beaucoup que ces marchands connussent par euxmêmes seulement les pays de l’Asie sui' lesquels les Khans avaient étendu leur- domination: si, au delà de l’Euphrate, tout n’était pas poui' eux une terre inconnue, tout était du moins un terrain vierge. Enfin, jusqu’alors aucun Européen n’avait encore visité les pays qui s’étendent à l’est de l’.\sie, en anière du teiritoire des califes. Ce n’était pas que l’esprit d’enti'eprise leur fit défaut; ce qui les avait sui-tout empêchés de pénétrer dans l’intérieur du continent asiatique, c’était le fanatLsme musulman, beaucoup plus violent à l’intérieur que sur les frontières, où, du moins, les sultans d’Alep et d’Iconium consentaient à conclure des traités de commerce avec les Italiens: au dehore de la Syrie* et de l’Asie -mineure, chaque pas en avant exposait le voyageur à un danger de i)lus. Les Mongols au contraire, nous l’avons déjà dit, n’avaient jamais connu cette manie de pereécutions religieuses. Les nombreux chi'étiens qu’ils avaient arrachés à leur patrie et entraînés pai- force jusqu’au" centre de l’Asie, de même que ceux qui s’étaient volontairement établis dans lexu" empire, continuaient à y observer sans obstacle leurs coutumes religieuses et y jouissaient, en général, d’une existence enviable: les missionnaiies pui'ent s’en convainci'e par eux -mêmes. Munis d’un laissez-passer donné par les khans, accompagnés par une e.scortc mongole, placés sous la protection des fonctionnaires, les voyageurs chrétiens pouvaient pénétrer jusque dans les parties de cet immense empire habitées par une population en majorité musulmane, telles que la Mésopotamie, la Perse, la Boukharie et

Mayaxûif, juill. 1874 (l'auteur e’appuie qui visita les ruines de cette ville en sur les dunuées du voyageur rus.se Paderin. 187.^).

72 Deiu ihiie période. — IL Léceloppemvnt dit rommcrce du Levant.

le Turkcst«n. En fait de civilisation, les Mongols n’étaient point tellement en retard qu’ils ne sussent apprécier les produits des autres pays. Un seul fait suffirait déjà pour établir un préjugé en leur faveur; c’est que, quand ils prenaient une ville, ils ménageaient généralement les populations ouvrières et qu’ils créèrent de nombreuses colonies industrielles en ti’ansplantant ces iwpulations siu’ différents points de lenr empii-c. ‘ L’es marchands étrangers pouvaient donc compter sur un bon accueil. De son temps déjà, Gengis-khan tenait la main à ce que rien ne vînt troubler le trafic des caravanes; l’une des plus grandes guerres qu’il ait soutenues eut pour origine le traitement infligé sur le territoire des Sultans du Kharezm à une caravane équipée par lui: en arrivant à Otrar, les marchands qui la composaient avaient été saisis, dépoitillés et mis à mort, tandis que lui -même traitait avec tous les égar-ds possibles les marcharrds de ce pays.* Déjà il avait échelonné des postes le long des routes poirr la protection des marchands;’ nous verrons tes khans de Perse maintenir énergiquement cette or-ganisation et entretenir des forces nombreuses poiu' la police des routes. La voloirté des maitr-es du pays était que les marchands européens y trouvassent partout aide et assistance; du moiirs, les khans de Perse d’origine mongole y tinrent la main aussi longtemps qu’ils eurent l’espoir d’attirer la chrétienté d’Occident dans leur alliance contre l’Égj’pte.

.\u moment où les khans faisaient la conquête de la partie occidentale de l’Asie, les nations commerçantes d’Occident s’occuj)aient de combler le vide créé par- la perte de la Syrie, car l’étroite bande de terrain, dernier r-este des états latins sur la côte, était destinée à devenir tôt ou tru-d la proie de l’Égjpte. Elles toumèr-ent naturellement leur-s regai-ds vers l'immense empire des Mongols; nous en savons a.s.sez pour ne point en être surpris. Il n’était pas d'un accès difficile. En sortant de l’Arménie, on n’avait qu’à traverser la chaîne du Taurus; au bas de l’autre ver-sant, on mettait déjà le pied sur le sol mongol. Comme ])oint de dépar t , l’Arménie offrait encore uir' autre avantage ; c’est que ses rois étaient à la fois amis de la Chrétienté d’Occident et vassaux des khans Mongols. Si l’on pr-éfér-ait partir du petit empire de Trébizonde, dont le souverain avait dû accepter également la sirzer-aineté des

' Ce fait fut remarqué déjà par les missionnaires Jean du Piano dc.Carpine (]). 697, 711) et Simon de S. Quentin (voy. Vinc. Bellov., Spec. hisl., lib. 29, cap. 77). Ou eu trouve des exemple.s nombreux dans R.aciiideddiu, éd. Quatreuiére, p. 181, 339, 389, et dans d’Ohsson, Ilüt. des Mongols. III, 77, 80, etc. De ce nombre étaient

les mineurs et les armuriers allemands que (iuül. de Rubrouck rencontra chez les MongoU (p. 279 et s., 350).

’ Krdmaun, Ttmudschin der Vnersehütlerliehe., p. 355 et sJ. (g'est insitiré partieulieremeut de Bacbideddin).

* thid. p. 356.

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