‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 82 sur 251 · C. VIL L’Asie centrale et la Chine · texte numérisé non relu

C. VIL L’Asie centrale et la Chine

Revenons encore une fois à l’itinéraire de Pegolotti. Sur tout le parcours qu’il décrit, on trouvait des moyens de transport variés, chariots attelés de bœufs, de chevaux ou de chameaux, chevaux de selle ou ânes. Cependant, il conseille aux marchands d’éviter les bagages encombrants et, à cet effet, s’ils ont emporté des draps de Gênes ou de Venise, de s’en défaire contre argent à Ourgendj et de ne conserver tout au plus qne les plus fins. A part ces bagages, il fallait souvent s’approvisionner de vivres pour un certain nombre de jours. Pour un marchand voyageant avec un interprète et deux domestiques et portant avec lui des marchandises (ou de l’argent?) pour une valeur de (avéré deüa valuta di —) 2,600 écus d’or, les frais de route de Tana en Chine s’élevaient à trois ou quatre cents écus d’or.‘ Pegolotti n’indique pas de chiffre total pour les frais de retour; il dit scidement que le prix de revient d’un chargement de chariot est de vint-cinq écus d’or.® Dans ce chiflre sont compris les frais de nourriture et les gages des domestiques. Si l’on compte l’écu d’or â douze francs de la monnaie actuelle, on voit que le voyage coûtait, à l’aller, de 3000 à 4,800 francs, et, au retour, 300 francs par charge de voiture.

Quelle que fût la voie par laquelle les marchands anivaient en Chine, soit qu’ils y fussent entrés par le désert de Gobi, soit qu’ils

O* Oéza-Kuun en faveur de ta nationalité gènoiie de l’auteur du vocabulaire fCod. Cuman., p. cxiii et s., addit., p. 27) ont été repris et confirmés par U. Desimoni, daiu 9on étude sur le Cod. Cuman., dans l’ircéir. alor. üal.. 1881.

' Pegolotti exprime d'abord la somme en ‘sonmi d'argento“. Le sonmo, ou, pour mieux dire, le sommo était une petite barre d'argent, du poids de 46 saggi, qui en monnaie de Tana valait 202 aspres; a valeur courante était de 190 aspres; cela représentait une valeur de 6 écus d’or en monnaie d'Occident: Pegol., p. 3, 6, 6. Par un décret rendu en 1333, le sénat de Venise arrêta que le sommo serait calculé à raison de 190 aspres pour les venements faits & la caisse communale de Tana pour droits de douane, et à 150 aspres pour le fret des pelleteries et des soies travaillées, et il fixa sa valeur à 12 hbra groaaorum (Canale, Orimea, II, 444). Ibn-Batouta (II, 412, 414) parle de barres d’argent (russe) dénommées dans la luigue

du pays Saouma, plur. Saoum, qui servaient de monnaie courante daiu l’empire de Kiptchak; d’après lui, le poids d’une de ces barres était de cinq onces. H. Hammer (Oeaeh. der goldenen Horde, p. 224) cite un passage de Wassaf, d'après lequel il aurait existé également des Saoum d'or, et il ajoute en remarque, que ce mot est encore usité dsuis le langage courant chez les Ojmanlis. Comme les Tatars, les Susses du Moyen-Âge se servaient couramment de petites barres d'argent non frappées (Herberstein, Moaeotia, dans Bamus., U, 169, éd. de 1683). Sur les variations de la valeur du sommo, voy. les calculs établis par M. Desimoni, Arehir. ator. Uai., 3° série, ni, 109 et s., Atli delta Soc. lig., IV, rendic., p. 66 et ss., et suppl. & l’ouvrage de H. Belgrano, DeUa rüa privata dei Oenmeai, 2» éd.

’ Ce passage laisse à désirer sous le rapport de la clarté; voy. Yule, Caihay, II, 293.

244 Deuxième période. — II. Développement du commerce du Levant.

eussent abordé sur les côtes après une longue traversée, ils devaient éprouver un sentiment de bien-être et de sécurité à la vue de ce pays si fertile, si bien cultivé, si supérieur à tous les autres pai‘ la variété de ses pixMluits;* ils ne pouvaient que se confirmer dans ce sentiment en remarquant dans toutes les classes de la société une aisance générale et des mœurs élégantes, et en constatant le soin avec lequel le gouvernement veillait sur la vie et sur la propriété de chacun. A l’époque où les Occidentaux y pénétrèrent pour la première fois, la Chine, quoique gouvernée pai’ des maîtres étrangers, les Mongols, jouissait d’une prospérité croissante. Avant eux, le pays était divisé en deux parties: la partie septentrionale, gouvernée par des dynasties étrangères et connue dans l’Ouest sous le nom de Cathay, au sens propre de ce mot;* et la partie méridionale, restée aux mains des empereurs indigènes et appelée Mantsou® par les Chinois du nord; cette division n’existait plus depnis que le grand khan Kouhilaï avait réussi à réunir sous son sceptre les deux moitiés de l’empire et diverses provinces limitrophes. Rien ne faisait plus obstacle au trafic entre le nord et le midi; pour assurer les approvisionnements de Khanhaligh et les arrivages des blés et des riz du midi, Kouhilaï ordonna d’immenses travaux pour la réparation et l’achèvement du grand canal et la construction d’une route parallèle à ce canal sur une longueur de quarante journées de marche;^ non -seulement ce but fut atteint, mais les liens qui unissaient autrefois les deux moitiés de l’empire s’en trouvèrent resserrés. Kouhilaï était un organisateui’ de premier ordre: en même temps qu’il fondait sm- des bases solides la suprématie de la nation mongole, il conservait dans la mesure du possible les traditions administratives de l’ancien état chinois et employait à des dépenses d’utilité publique les revenus immenses que la richesse du pays mettait

' Ibn-Batouta, IV, 964.

’ Le vrai nom e«t Khitaï, dérivé de celui de la tribu dee Khitans: voy. Quatremère, Raehid-eddin , p. xci; Richthofen,

China, I, 680 et s.

* D’où le nom de Manzi, donné à ce pays par Uarco Polo, Oderico da Pordenone (Tule, 1. c., p. xxiii) et Jean Marignola (Dobner, p. 110). Lee Chinoie du nord prétendaient faire remonter leur civUieation à une époque plus ancienne que celle de leurs frères du midi, et appelaient ceux-ci Man-tse, ce qui siffle Fils des barbares: voy. Pauthier, M. Polo, p. Ivii,

352 , 462; Yule, Cathay, I, 103; du

même, M. Polo, II, 106. Le mot Hatchin, à proprement parler Mahatchin, la grande Chine, a une grande analogie avec le précédent, mais ne doit pas être confondu avec lui; on le trouve employé par Rachideddin, entre antres: ce nom, usité chez les Indiens et passé de leur langue dans celle des Persans, s’applique en général h la Chine méridionale : voy. Qnatremère, l. e., p. Ixxxvi et ss., xcii; Yule, Cathay. p. cxviii.

* Rachid-eddin, Description de la Chine, trad. Klaproth, Joum. nsiat., 2® série, XI, 341 et 88.; Marco Polo, éd. Pauthier, p. 481.

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