C. VIL L'Asie centrale et la Chine
était Tsé-thoung, mais les Persans et les Arabes l’avaient accommodé é leur façon et transformé en Zeitonn, mot qui dans leur langue signifie, comme on le sait, olive. > Aboulféda connaissait déjà ce nom; il le tenait de marchands qui avaient fait le voyage;* Ibn-Batonta, qui décrivit plus tard la ville, parlait de ce qu’il avait vu personnellement, car c’était là qu’il avait débarqué en Chine et ce fut là aussi qu’il se rembarqua à son retour sur une jonque en partance pour l’Inde.* Le port de Tsuen-tchéou-fou est maintenant ensablé, mais alors il était excellent* et Ibn-Batouta le considère comme le plus vaste du monde. D recevait un nombre immense de navii'es venant de l’Inde et des îles de l’archipel indien; ils y apportaient des épices et d’autres articles précieux et en particulier du poivre en telles quantités qn’on peut estimer qu’il en arrivait là cent fois plus qu’il n’en passait par Alexandrie pour aller en Europe. Les marchands de tout le midi de la Chine se donnaient rendez-vous dans ce port: c’est là qu’ils allaient chercher les articles d’outre-mer pour les répandre dans l’intérieur.® La ville était immense et les Mahométans établis à demeure, les Occidentaux qui y avaient leurs dépôts (entre antres on nomme spécialement les Génois) y formaient un appoint notable de la population et prenaient une part active au mouvement commercial.*
Zayton n’était pas le dernier port fréquenté par les navires de rOcéan indien; ils poussaient encore plus loin au nord jusqu’à l’embouchure du Tsien-Tang où ils abordaient à Kan-fou,* port de Kinsaï, le chef-lieu de la province. Nous avons déjà vu que dès les temps les plus reculés, Kan-fou était l’objectif des marins arabes et persans; à l’époque de Marco Polo, sa rade * était littéralement remplie de navires marchands qui allaient et venaient entre ce port et l’Inde et réci-
' Dg avaient raison jusqu’à un certain point; il est vrai que l’olivier ne croît ni au environs de cette ville ni dans la Chine en général (Ibn-Batouta, IV, S69), mais on y recueille les fruits de l’Eleococens oleifera , que les Chinois nommaient Thoung. Cette plante se trouve au environs et son nom forme précisément la syllabe finale de celui de la ville; Klaprotb, dans le Joum. asiat., V (18S4): p. 41 — 44; Pauthier, M. Polo,
’ Qiogr., Il, 3, p. 183 et s. ; cf. Richthofen. China, I, 696.
’ rV, 269 et SS., 304. Bachid-eddin aussi parle souvent de Zeitoun; voy. Jbum.
asiat., 2® série, XI, 467; EUiot, flïsf. o{ India, I, 71.
* “Portus maris mirabilis:* Uarign..
dans Dobner, p. 96.
‘ Marco Polo, p. 529 — 681: v. aussi la légende de la carte de Frà Hauro, dans Zurla, p. 38.
* Ibn-Batouta, IV, 869 et ss. ; Oderico da Pordenone, p. xxiv; Marign., L c.
' Klaprotb est le premier qui ait déterminé la situation de Oaufon: Joum.
asiai., V (1824), p. 85 — 41. Pont plus de détails, voy. Ricbthofén, China, I, 670, 674.
' Marco Polo, p. 498 et s.
248 Deuxihtw période. — IL Développement du commerce du Ijerant.
proqnement; les sources chinoises contemporaines signalent Kan -fou comme un des bureaux de douane les plus importants du pa3rs.‘ On pouvait au besoin ne pas s’arrêter là et pousser sans débarquer jusqu’à Khinsaï même, ville immense et l’un des principaux centres commerciaux de la Chine. Khinsai, c’est la ville actuelle de Hang-tchéou-fou, chef-lieu de la province de Tsé-kiang; elle fut longtemps la résidence de la dynastie des Song (1127 — 1276) et portait alors simplement le nom de King-sse, c’est à dire la capitale (de la Chine méridionale), d’on les Persans, les Arabes et les Occidentaux ont fait Khinsaï, Khansaï, Khansa et même Cassai.* D’après toutes les descriptions laissées par les voyageurs et les géographes du Moyen-Age, ce devait être une ville aux proportions colossales. Hamdallah-Moustofi (vers 1340)* dit que c’est au moins la ville la plus considérable de tout l’Orient; quelques voyageurs* vont jusqu’à dire que c’est la plus grande du monde. Marco Polo et Marignola® disent sans détour que c’esst la ville la plus belle, la plus riche et la plus populeuse qui existe. Au témoignage d’Oderico da Pordenone,® Khinsaï l’emportait sui’ toutes les autres villes par l’abondance et la variété des articles étalés sur ses marchés. Le commerce de la ville entretenait de vastes relations et possédait d’énormes richesses.* Des marchands étrangers de divers pays et de divei’ses confessions religieuses y avaient fondé des comptoii-s ou y faisaient des séjours passagers.* Khinsaï était redevable de cette prospérité, pour une part à son étendue même, à sa population accoutumée au bien-être, pour une autre part, à sa situation sur les bords d’un fleuve qui s<; divisait dans l’intérieur de la ville en une multitude de bras, circonstance qui facilitait extrêmement les communications avec la mer; pourune autre part enfin, au canal et à la route de quarante journées de longueur’ qui la reliaient à Khanbaligh, la nouvelle capitale du nord.” Cette nouvelle capitale du nord et de la Chine entière était, elle aussi, une grande place de commerce.'® Reliée directement par terre et
‘ Pauthier, Polo, p. 531 et s.
’ Bachid.e<ldin, dana le Joum. asiat., 2° série, XI, 456 et s.; dans Elliot, Huit. O f India. I, 71; dans Quatremère, p. xcüi. Binaketi, ibid. p. Ixxxvü et s.; on trouve, d la même page, d’autres citations d'écrivains orientaux. Aboulféda, Oêogr., U, 2, p. 122 — 124; Ibn-Batouta, IV, 288 et SS. ; Uarco Polo, p. 491 et ss. ; Oderico da Pordenone, p. xxvi; Marignola, dans Dobner, p. 95, 110; Le litre de l'estai du grant Caan, p. 66; Pegol., p. 1, 2.
* Quatremère, Itaschideddin, p. Ixxxviii.
' Dans le nombre uou.s pouvons compter le célèbre voyageur Ibn-Batouta ; il déclare qu'il n’en connaît pas de plus grande.
‘ Marco Polo, p. 492; Marign., p. 95.
“ Oderico, L c.; cf. le Litre de l’estai du grant Caan, 1. c.
’ Marco Polo, p. 494.
* Oderico, p. xxvii; Ibn-Batouta, IV, 284 et SS.
‘ Messalek alabsar, cité par Quatremère, llasrhideddin, p. Ixxxix; Rachid-eddin, dans le Joum. asiat., 2^ série, XI, 343.
■“ Pegol., p. 3; M. Polo, p. 313, 318;