‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 85 sur 251 · C. VIL L’Asie eefUraJe et la Chine · texte numérisé non relu

C. VIL L’Asie eefUraJe et la Chine

par e&u avec les grandes villes du littoral où venaient débarquer les articles étrangers, elle recevait par les mêmes voies, avec la plus grande facilité, les nombreux produits du midi de la Chine. La présence de la conr et d’un grand nombre de hauts personnages y attirait beaucoup de marchands par l’espoir d’y placer leurs articles. Aussi les produits indigènes et étrangers y affluaient-ils de toutes parts. Mais celui qui l'emportait sur tous les autre.s, c’était la soie: elle y arrivait en quantités fabuleuses: Marco Polo estime la totalité de ce qui entrait chaque jour par les portes de la ville, à mille charges de chariots.

Parmi les quantités de marchandises qui s’entassaient dans les magasins des grandes villes chinoises, y avait-il des provenances d'Europe ? La chose est assez douteuse. En tout cas, on peut admettre qne les Occidentaux qui suivaient la route de ten-e n’allaient pas s’embarrasser de beaucoup d’objets lourds; il est certain qu’ils devaient généralement suivre l’excellent conseil de Pegolotti et échanger leurs marchandises contre de l’argent avant de se lancer à travers les steppes et les déserts de l’Asie centrale. Quant à ceux qui passaient par l’Inde, il n'est guère probable non plus qu’ils se fissent suivre jusqu’au bout de leur voyage par les marchandises qu’ils avaient prises au départ; ils s'en étaient défaits en chemin et avaient pris en échange, soit de l’argent, soit des marchandises d’un placement assuré en Chine. Le principal objet de leui' voyage était d’acheter des produits chinois pour les importer en Europe. Mais à leur arrivée en Chine une déception les attendait; ils apprenaient que les métaux précieux ne servaient à rien pour faire des affaires. Le marchand indigène lui-même convertissait en barres et entassait sous cette forme tout son or et son ai'gent. Pour ses affaires courantes, il ne se servait que de papier-monnaie. L’étranger devait faire de même et échanger tout son argent contre du papier-monnaie sous peine de rester inactif.* Le papiermonnaie avait cours forcé: le refus en était considéré comme une rébellion contre le gouvernement et puni de mort,* car c’était le grand khan lui-même qui faisait fabriquer ce papier-monnaie dans sa résidence et l’émettait dans tout le pays. Le papier était fait avec l’aubier,* d'une espèce de mûrier, le Monts papyrifera Linn.* Pour des sommes

Khanbaligh est eu réalité le nom de cette rille en langue turque; le uom chinois était Taï-tou (c. à d. la grande capitale) : c'est celui que lui avait imposé Koubilaï, son fondateur.

‘ rbu-Batouta, IV, 259 et s.

’ Marco Polo, p. 325. Ceux qui mettaient eu circulation des billets faux encouraient

la même peine: ibid. p. 321, note: cf. Litre de l’cisttU du grant Coati, p. 61.

’ Et non pas avec la feuille, comme on le lit dans la description d'ailleurs bien faite du papier-monnaie chinois, par Makrizi, dans Silvestre de Sacy, Chrestomathie arabe, I, 251.

* Marco Polo, p. 320 et ss., et ses com-

250 Deuj'ihne période. — II. Déveiop))emettt du commerce du Levant.

considérables, on faisait les billets en soie, mais ils n’entraient pas en circulation. On faisait au contraire, en billets de papier appelés Tchao,' des coupons de toutes valeurs jusqu’aux plus minimes, celles qui, dans tous les pays, sont généralement représentées par des monnaies de cuivre.» Pour marquer ces billets, on employait d’abord la gravure sur bois, qu’on remplaça plus tard par la gravure sur cuivre; les billets portaient des lettres et des chifii'es de couleurs rouge et noire» et ils étaient marqués au timbre du grand khan.^ Ceux qui voulaient remplacer des billets hors d’usage n’avaient qu’à les porter aux bureaux de banque du gouvernement où ils recevaient en échange des billets neu&, mais ils subissaient une retenue de 3 Jamais le

mentateura; Chehabeddio, p. 223. II paraît que cet aubier avait l'apparence du coton, d In vue et au toucher; c’eat ce que dit l’ancien texte latin de Marco Polo, publié dan» le liée, de voy. et de mém., publ. par la Société de ftéographie, p. 384 : “(Magnus Kaan) facit accipi corticem eujusdem arboria, qui vocatur gelsus . . . . et de isto cortice facit fieri cartas sicut de bambace'*. Oderico da Pordenone parle aussi (1. c., p. xxvi) de “cartæ ad instar bombyeis". Cette particularité explique l’erreur dans laquelle est tombé Ouill. de Rubrouck, p. 329: “vulgaris moneta Catbaie est carta de wambasio“ (bambagia signifie coton et non bambou, comme traduit M. Pautbier). Jord. Catal. (p. 68) et Hayton (dans Grynæus, Noms orbis, Bas. 1655, p. 402 et s.) qualifient la matière de “papyrus", sans entrer dans plus de détails sur la fabrication du papier.

' Suivant Pegolotti (p. 1, 3) le papiermonnaie chinois s’appelait Balich (babisci est une faute de copiste; d'après M. Yule, Cathay, II, 289, 294, il faut lire balisci). Cela n’est pas exact Le mot Balich est la désignation d’une certaine valeur; il était usité dans tous les pays soumis à la domination mongole, même dans ceux qui ne connaissaient pas le papier-monnaie. II semble qu'il s'appliquait & l'origine à une barre d’or ou d’argent, puis qu'il désigna une somme d'or ou d’argent monnayé de même valeur: Quatremère, Raehideddin, I, 319 , 320 et s.: Yule, Ca-

thay. I, 115 — 117). Ainsi il y avait des balich-or, des balich-argent et des balichpapier. Pour distinguer ces derniers on les nommait balich -tchao (Noi. et extr„ XIV, 1, p. 503). Ibn-Batouta dit (TV, 280) que vingtKïinq billets de papier-monnaie font un balich et que le balich vaut un dinar d'or. Oderico da Pordenone (p. xxvi, xzix) rapporte de son côté qu'il faut cinq billets pour faire un balich et que le balich vaut un écu d'or et denû. Cela ferait dans les deux cas de 15 4 19 francs. D'après son calcul, Pegolotti arrive à peu près au même résultat (p. 1, 2); il compte que 4 balich valent cinq écus d’or. Nous sommes bien loin de l’appréciation de Wassaf qui estime la valeur d’un balich -papier égale à celle de 10 dinars.

’ Pour le détail, voy. Marco Polo, p.

323 et SS., et les notes de M. Pautbier; Yule, M. Polo, I, 381 et s.; Biot, Mém. sur le système monétaire des Ckinois; Joum. Àsiat., 3“ série, IV, 448.

’ Jord. Catal., 1. c., ne parle que d’un “encaustum nigrum": le lAvre de l'estai du grant Caan (p. 66) est plus précis: il dit que la valeur est marquée an centre en couleur rouge et que les lettres qui entourent ce chiffre sont de couleur noire.

* M. Polo, p. 324; Pegol., p. 3; Hayton, 1. c.

‘ Hayton (op. eit.) ne parle pas de cette retenue: Ibn-Batouta affirme nettement que le détenteur du billet ne subit aucune perte au change. Mais Marco Polo

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