‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 86 sur 251 · C. VIL L’Asie cefdrale et la Chine · texte numérisé non relu

C. VIL L’Asie cefdrale et la Chine

gonvernement ne payait en monnaie sonnante les billets présentés à ses bureaux ; il aurait été d’ailleurs dans impossibilité absolue de le faire, car, sons la domination mongole, la conversion des métaux précieux en monnaie ne marchait pas de pair avec l’énorme émission annuelle de papiermonnaie; au commencement, on n’en frappait pas du tout, et, quand on se décida par la suite à le faire, ce ne fut jamais qu’en quantités insignifiantes. L’impossibilité de changer le papier-monnaie contre de l'argent on de l’or avait pour résultat de le déprécier: c’était au point qu’en 1287, pai* exemple, au moment même de l’émission, le cours n’atteignait qne la moitié de la valeur nominale. Ce n’est point ici le lien d’exposer comment cette dépréciation alla toujours en augmentant et finit par amener la ruine du pays et la chute de la domination mongole. Le papier-monnaie était une création des anciens souverains de la Chine: la dynastie mongole n’avait fait que les imiter,' mais elle en abusa. Marco Polo ne paraît pas s’être douté des terribles dangers auxquels cet abus la menait, ou bien il n’a pas voulu l’avouer. Peutêtre avait- il été frappé de voir le grand khan acquitter ses dépenses avec une monnaie fiduciaire si facile à se procurer, et l’impression qu’il en avait conçue troublait son jugement; peut-être aussi n’envisageait -il la question qu’au point de vue étroit des marchands. En effet, quand ceux-ci appoi-taient leur or et leur argent, ou même leurs pierres précieuses ou d’autres articles encore, k la banque centrale de Khanbaligh (Pegolotti la nomme improprement la Monnaie) ou aux bureaux de banque des villes secondaires,* ils étaient largement payés, en papier il est vrai, mais ce papier était une monnaie courante très commode à transporter et que personne n’osait refuser.* Pegolotti va jusqu’à assurer que l’usage du papier-monnaie ne créait pas une hausse du prix des marchandises.* Il est probable que s’il avait consulté des indigènes qui avaient été en mesure de connaître les prix à une époque où l'émission du papier-monnaie était maintenue dans des limites plus rai-

p. 327 et le lAvre de l’estât du grant Caan, p. 67, sont absolument d'accord sur ce point; ils affirment que le gouvernement retient 3%. Chehab-eddin , 1. c., parle également d’une légère perte. Barharo tViaggio alla Persia, p. 44) mentionne l’habitude adoptée plus tard par les empereurs de la dynastie des Ming, de rempincer tons les ans par de nouveaux billets les billets en circulation et de retenir à cette occasion aux porteurs 2 % i titre de provision.

' Pour l’histoire du papier-monnaie en

Chine, l’étude de M. Biot (Joum. asiat., 3“ série, in, IV) et les notes de M. Pauthier (Marco Polo, p. 319 et ss.) ont autrement de valeur que la petite notice beaucoup trop vantée de Klaproth, Sur l’origine du papier-monnaie (Mém. relat. à l'Asie, 1, 875 et SS.).

’ Sur ces bureaux, voy. Panthier, Polo, p. 321.

’ Marco Polo insiste expressément sur ce point, p. 326.

* P. 4: “non si sopracompera la mercatanzia perche sià moneta di papiero.“

252 Deuxième période. — IL Développement du cmnmerce du Levant.

sonnables, ils n’auraient pas été de son avis. Mais le marchand étranger ne pouvait pas faire la comparaison, et les produits chinois piis sur place lui paraissaient très bon marché en comparaison de la valeui* qu’ils atteignaient en Europe. La soie, par exemple, grâce â la fertilité du pays, était apportée sur le marché en telle quantité qu’elle y restait à bas prix. Ibn-Batouta pense qu’elle n’aurait aucune valeur, n’étaient les marchands: car, dit-il, les vers à soie qui la produisent n’exigent pas beaucoup de soins. ‘

Le fait est que, de tous les produits de la Chine, la soie est le plus précieux et celui que les marchands d’Occident recherchaient avant tout. A chaque instant, au milieu de la description d’une ville, Marco Polo s’arrête pour parler de la culture du mûrier, de l’abondance des récoltes de soie grège, des beUes étoffes de soie ou de soie mélangée d’or que savent tisser sui‘ leurs métiers les ouvriers chinois.* La soie grège et les étoffes de soie, voilà les deux articles que les marchands d’Occident allaient chercher sur les marchés de la (’hine. Si le missionnaire Oderico da Pordenone sait qu’à Suzumato (Sinjumatu dans Marco Polo, actuellement Tsi-ning-tehéou , dans la province de Chan-toung),® même en temps de cherté, les quarante livres de soie coûtent moins de huit solidi grossorum ; * si Pegolotti écrit qu’en Chine, pour un somma d'argento (c’est à dire pour cinq écus d’or: voy. p. 3), on peut avoir de dix-neuf à vingt livres de soie grège ou trois pièces et même trois pièces et demie d’étoffe de soie damassée (camocas), ou encore trois pièces et demie et jusqu’à cinq pièces de brocart d’or ( nacchetti ),’• ces deux auteurs ne sont certainement que les échos des marchands italiens qui faisaient peisonnellement le commerce en Chine. L’auteur du livre “Z)e l'estât du grant Caan.‘" parlant des articles que les marchands étrangei-s exportaient de Chine, désigne aussi la soie grège, les soieries et les brocarts d’or.® 11 cite de plus les épices, dénomination collective qui peut être très élastique. On peut, par exemple, y comprendre le musc et la rhubarbe et même la racine de galanga. On trouvera des détails sur ces divers produits dans les suppléments, à la fin du volume. On pourrait être étonné que nous ne disions pas un mot du thé qui est de nos jours un article si important pour le commerce d’exportation de la Chine. C’est qu’on n’en trouve pas trace au Moyen-Age, pas plus dans les livres de commerce que dans les tarifs de douane. A en juger même par le silence complet de Marco Polo ’ et des missionnaires, qui cependant décrivent dans les dé-

‘ IV, 268 et s.

* Polo, p. 317 , 352 , 353 , 362 , 436, 437, 439, 441, 465, 469, 471, 488, 511, 524.

• Voy. Pauthier, Polo, p. 444; Ynle, Polo, II, 100 et 8. (Cathay, 1, 126).

* Cathay, U, app. 1, p. xxz.

“ Pegol., p. 4.

' Ed. Jacquet, p. 67.

’ U. Pauthier prétend que si, dans sa description de la partie supérieure de

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