C. VII. L’Asie centrale et la Chine
tails les plus minutieux les us et coutumes des Chinois, on pourrait croire que la boisson par excellence du paj-s qui le produit y était encore inconnue au Moyen-Age. Ce serait iwurtant une erreur. D’après des sources indigènes, l’usage du thé remonte déjà, en Chine, à une époque plus ancienne; il n’était pas absolument inconnu à l’étranger, seulement ce fut d’abord chez les Arabes et non chez les Européens qu’il se répandit.* En Occident, on n’a commencé à prendre du thé qu’au XVm» siècle.*
r.t.s9ain (province de üaindou) Marco Polo ne nomme pas expressément l’arbre à thé, U le décrit suffisamment pour le faire reconnaître (p. 384, not, 386). Cela est, cependant, très problématique; v. Ynle, Pbto. n, 37 et s.
' Relui., p. 40. Cliez les Arabes le thé se nomme chaï.
’ Ritter, Arien, II, 329etss.; Meyer, Qerehiehte der Botanik, III, 276; Heyen, Pftanxmgeographie, 460.
Troisième période.
Décadence.
Épuisement des nations commerçantes de la Méditerranée, obstruction des routes de l’Asie, à l’extérieur et à l’intérieur. Découverte d’une nouvelle route par les Portugais.
I. Les Osmanlis, les Grecs et les Francs dans la péninsule des Balkans.
La paix de Turin (1381) avait perniLs aux nations qui entretenaient des relations avec la Kumanie, de reprendre leui- trafic longftemps interrompu: elles pouvaient dorénavant garantir les intérêts de leur commerce, soit par des traités, soit par d’autres moyens. Mais, dans l'intervalle, la situation politique des pays compris dans cette région avait subi de profonds changements. Il devenait de jour en Jour plus évident que l’avenir appartenait aux Osmanlis. D’Andrinople, où ils s'étaient solidement établis et qui leur servait de base d’opérations, leurs bandes irrésistibles rayonnaient et portaient la désolation dans les pays encore possédés pai' les Slaves méridionaux et les Byzantins. Le centre de l’empire de Byzance était réduit à un petit triangle, compris entre la mer de Marmara et la mer Noire. Le peu de territoire que les empereurs conservaient encore en Macédoine, autour de Thessalonique , et le despotat de Misithra (Sparte), apanage d’une branche cadette de la maison de Paléologue, étaient séparés du centre par de vastes enclaves appartenant aux Turcs, aux Slaves, aux Francs ; ajoutons quelques îles au nord de l’Archipel et nous aurons énuméré tout ce qui restait de l’empire. Entre des possessions ainsi épai-pillées, les liens administratifs se relâchaient nécessairement; plus d’union, plus de cohésion; le vieil empire n’imposait plus le respect à personne, ni k ses amis, ni à ses ennemis. Et, pour comble d’humiliation, il avait perdu jusqu’à son autonomie depuis que, sur ses vieux jours, l’empereur Jean V était devenu le vassal du sultan et son subordonné au point de vue militaire.
Les nations commerçantes de l’Occident allaientrclles tourner le dos à l’astre sur son déclin pour courir au-devant du soleil levant? Dans cette question d’intérêt, la prépondérance militaire et l’étendue des possessions territoriales n’étaient pas les seuls éléments à consulter. Au point de vue de la politique commerciale, il en était d’autres encore U 17
268 Troisième période. — Décadence du commerce du Levant.
qai méritaient d’être pris en considération. Les conquêtes des Osmanlis embrassaient les plaines qui s’étendent au sud des Balkans, le pays par excellence de la culture des céréales. Mais les deux villes les plus importantes de la région, les centres de l’industrie et du commerce, Constantinople et Thessalonique , restaient aux mains des Grecs. ‘ Les nations commerçantes y avaient leurs colonies, leurs quartiers, leurs consulats; elles y jouissaient, depuis des siècles, de privilèges de toutes sortes, elles y entretenaient des relations avec un peuple capable d’apprécier les arts de la paix. Le commerce d’Occident n’avait pas k compter sur les sultans enivrés par leurs victoires, ni sur leurs sujets à peine civilisés, pour obtenir des encouragements approchant, même de loin, ceux qu’il avait reçus des Grecs; chez les conquérants, le mot d’ordre était: guerre à la chrétienté; entre eux et les Francs établis en Grèce, un conflit était inévitable un jour ou l’autre. Provisoirement, il est vrai, les quelques points de la côte occupés par les Italiens étaient seuls menacés; les îles semblaient moins exposées et c’était là surtout que les puissances commerçantes avaient concentré leurs efibrts de colonisation. Elles recevaient bien, de temps à autre, la visite de pirates turcs qui y mettaient tout à feu et à sang, emmenaient les habitants en esclavage ou les contraignaient à s’expatrier; mais, tant que les Osmanlis n’avaient point de flotte à leur disposition, on n’avait pas à redouter de leur part une occupation permanente. L’occasion du premier choc entre les Osmanlis, les Génois et les Vénitiens, fut une guerre qui éclata entre Venise, l’ Aragon et Byzance d’une part et Gênes d’autre part Au cours des hostilités, qui se prolongèrent pendant les années 1351 et 1352, l’amiral vénitien, obligé pai' les circonstances de faire un long séjour sur les côtes des provinces gouvernées par le grand-émir Orkhan,’ ne jugea pas à propos d’aller lui rendre visite et, par cette attitude méprisante, il le blessa profondément dans son orgueil; l’amiral génois, au contraire, se montra plein d’égards et conclut avec lui un traité d’alliance. La guerre terminée, Orkhan demeura l’allié et l’ami de la République génoise: ses demandes trouvaient toujours auprès d’elle un bon accueil, alors même qu’elles arrivaient dans un moment inoportun.^ Sons le régne de Monrad I", son successeur, les relations entre les deux puissances restèrent les mêmes. Cette situation favorisait
' Les Osmanlis assiégèrent une première fois Thessalonique en 1881, mais sans succès: dans la suite, ils s’en emparèrent à plusieurs reprises, en 1887, en 1391 et en 1401, mais chaque fois l’occupation ne fut que passagère: Séadeddin, Chroniea délia eaea ottomana, trad. Bratntti, p. ISO; CSuilooc., I, 47; Chron. byx.,
éd. Jos. Muller (dans ses Byxani. Àmlekten, Silxungsberiehte der Wiener Àkad.. phü. hiet. a, IX, 1853), p. 394; Duess, p. 60; Hopf, art. Orieeheniand , Op. cit.. LXXXVI, 71.
* Cantaeuz., III, 228.
” Âtti délia Soc. Lig., Xm. 184-197.
/. Osmanlis, Grer.i d Francs dans la péninsule des Balkans. 259
les progrès du trafic entre les Pérotes et les Osmanlis; en 1372, les choses en vinrent au point de donner de l’ombrage au pape Grégoire XI qui agitait dans son esprit des projets de croisade.' Il est certain que cette alliance devait être solide, car, dans un traité du 2 nov. 1382, où ils prenaient l’engagement de soutenir envers et contre tous l’empereur Jean, son fils Andronic et son petit-fils Jean, les Génois stipulèrent une exception en faveur de Mourad et de ses Turcs.* Le premier des traités conclus entre Gênes et les Osmanlis qui nous ait été conservé porte la ilate du 8 Juin 1 387. Alors se trouvaient à Péra deux plénipotentiaires de la République génoise, Gentile dei Grimaldi et Giannone del Bosco. Après avoir signé dans le palais du podestat un tnûté de commerce avec des ambassadeurs bulgares, ils se rendirent au camp de Mourad qui se trouvait alors à “Maillana." Là, ils entamèrent des négociations dont le résultat, rédigé d’abord en grec, ne fut traduit que plus tard en latin." Quelle différence avec l’époque où les marchands génois jouissaient dans l’empire grec d’avantages de toutes sortes ! Maintenant Mourad acceptait pour ses sujets l’exemption des droits de douane à l’entrée et à la sortie de Péra, il consentait à ce que cet impôt fût remplacé pai‘ un simple droit d'accise de 8 carats pour cent hyperpres sur la valeur des marchandises, à l’achat et à la vente;" mais il n’en continuait pas moins à exiger des Génois le paiement des droits fixés par les traités précédemment conclus avec son père et avec lui -même; en fait de concession, il se bornait à leur accorder la même remise qu’aux Sarrasins, aux Grecs et aux Vénitiens, sur les achats de grains faits directement à lui ou à ses agents.
Le passage du traité turco- génois auquel noua venons de feire allusion démontre que les Fénidens avaient pris l’avance et obtenu déjà de la Porte des avantages poui' leur commerce. Mourad I" s’était même montré disposé à leur céder sur son territoire une localité propre à l’établissement d’une colonie. Orio Pasqualigo, baile de Constantinople, reconnut que Scutari remplissait les conditions désirables; cette ville avait un bon port; en tendant une chaîne à l’entrée, en ajoutant à cela quelques travaux de fortification, on pouvait le mettre en état d’ofrir aux navires un excellent abri. En 1368, le gouvernement vénitien envoya un ambassadeur spécialement chargé de suivre cette négociation; il devait, par la même occasion, tâcher d’obtenir pour ses
' Raynald, a. a. 137S, n° 99.
' Mi deUa Soc. Lig., XIII, 138 et sa.
’ Le texte a été publié eu latin par Silveatre de Sacy dans Not. ti extr., XI, 1, p. 59 et 88., et par H. Belgrano dans les Mti délia Soe. lig., XIII, 143 et ss.
* D avait à Péra un agent commercial i lui, auquel les habitants durent rembourser ce qu’il avait versé en excédent de cette taxe.
260 Troisième période. — Décadence du commerce du Lcrant.
compatriotes la franchise de droits k l’entrée et à la sortie dans la localité où serait établi l’entrepôt dont il demandait la concession, et en général tous les privilèges et les droits qu’il serait possible d’arracher au souverain.' Ces négociations n’ont pas laissé de traces j d’ailleurs en 1364, nous trouvons de nouveau des négociations pendantes pour le même objet, la cession d’une localité propre à la fondation d’une colonie. A cette époque, une ambassade turque étant venue à Venise, Marino Malipiero fut envoyé par mesure de réciprocité k la cour de Mourai fin dehors de l’objet spécial de sa mission, il devait* taire son possible pour obtenir en faveur des Vénitiens la suppression des droits sur les blés achetés par eux en territoire turc, ou, tout au moins, leur réduction à un taux d’un demi-hyperpre (ducat) par boisseau et enfin les meilleures conditions possibles pour leurs achats d’alun (lumen roche, lumen miftuhm).
Tout en nouant des relations avec les grands émii's des Osmanlis, les Génois, comme les Vénitiens, continuaient de vivre avec les empereurs byzantins sur le même pied qu’antrefois. Les ambassadeurs envoyés k Andrinople étaient fréquemment chargés de remplir quelque mission à leur passage à Constantinople. D est cependant curieux de constater souvent, k partir de cette époque, la raideur des ambassadeurs vénitiens dans leurs rapports avec les empereurs grecs. A mesure que l’insolvabilité de ces princes devenait de plus en plus évidente, à mesure que leurs appels k l’aide se multipliaient en Occident, à mesure que la ruine de leur empire appai'aissait de plus en plus prochaine, leur ancien prestige allait s’effaçant. En veut -on des preuves? En 1324, un ambassadeur, Luigi Contarini, se présente devant l’empereur Jean V, la menace à la bouche et lui déclare qu’il ne consentira à renouveler les traités, que si l’empereur s’engage au préalable à indemniser les Vénitiens aux firais du trésor pour toutes les saisies faites à leur détriment par l’empereur Andronic et s'il renonce à toute contre-réclamation pour son propre compte. Et, effectivement, l’ambassadeur repart sans avoir conclu de nouveau traité. En 1386, dans les instructions remises k Marino Malipiero, il lui est enjoint de présenter de nouveau les mêmes réclamations et d’abréger son séjour à Constantinople si l’empereur s’obstine dans son refus.* Cependant, du vivant
' Monumenta apeetaniia hist. 6lar.
merid., IV, 99 et s.
* Instruction du 92 juill. 1384: Tsf.
et Thom., inéd. Il existe un projet d'instructions pour Harco Oinstinianij il porte U date du 12 mars 1876; elles avaient pour objet la demande de concession d'un
port dans le voisinage de Constantinople: on trouvera ce document dans Romanin.
ni, 956: je me borne à en parler es note, pareequ'on renonça & faire partir Oiustiniani.
' Ce qui précède est emprunté aux documents d’archives encore inédits, dont
/. 0/tmanlis. Grecs et Francs dans la )>éninsule des Balkans. 261
même de Jean V, en 1390, un habile négociateur, Francesco Foscolo, parvint à obtenir le renouvellement des anciens traités entre Venise et Byzance, en y introduisant seulement quelques clauses supplémentaires sans grande importance.*
Si peu que Venise se fît d’illusions sur le prestige de l’empereur grec, elle tenait cependant à ne pas laisser tomber Constantinople aux mains des Turcs et elle veillait d’un œil jaloux au maintien de son indépendance. Or, la situation était plus menaçante que jamais depuis que Bajazet occupait le trône des sultans (1389).’ Un de ses premiers actes permit de juger des projets qu’il tramait dans son esprit: l’emperenr Jean venait d’entourer de fortifications sa résidence : les menaces dn sultan l’obligèrent à les raser sans délai.* Le vieil empereur en mourut de douleur, laissant le trône à son fils Manuel (1391): aussitôt, B^azet, se rapprochant de Constantinople, en fit le blocus si étroitement, qu’elle se trouva privée de toutes relations avec l’extérieur et se vit réduite à la dernière détresse.* Manuel s’adressa en termes suppliants à diverses puissances occidentales pour en obtenir du secours,* et, pour donner plus de poids à ses démarches, il forma, en 1394, le projet de parcourii’ l’Europe en personne. La Seigneurie de Venise lui fit représenter les dangers d'une longue absence et la nécessité de la présence d’un chef pour le salut de sa capitale.* Mais un bon conseil ne suffisait pas: il eût fallu l’appuyer par une action énergique et par l’envoi de la fiotte vénitienne. Au lieu de cela, la Seigneurie ne procéda qu’avec une extrême circonspection. C’est qu’un grand nombre de ses concitoyens se trouvaient sur le territoire du sultan pour affaires de commerce: une déclaration de guerre pouvait les exposer aux plus grands dangers, eux et leurs fortunes, qui représentaient des sommes considérables.’ D est vrai que, peu de temps auparavant, Bajazet avait encore garanti la sécurité des sujets vénitiens sur toute l’étendue de
MM. Taf. et Thom. préparent la publication. On en trouvera des extraits dans les Commem. rtg., III, p. 166, n° 168; p. 171, n° 187.
' Miklosich et Muller, Aria grceea, in, 136; traduction latine dans Taf. et Thom., inéd. (Begeste dans les Commem., m, p. 207, n“ 347).
’ On possède les livres de la Hasseria de Péra pour les années 1390 et 1391 (Atti delta Soe. Hg., 3UII, 151 et ss.): malheureusement il ne s’; trouve rien qui donne une idée des négociations engagées entre la colonie et le nouveau sultan; on
y constate seulement un échange actif d'ambassadeurs et de messages et des relations amicales en apparence.
* Ducas, p. 47 et s.
* Ibid. p. 49 et s.
‘ Ibid. p. 50.
* Monum. Slav. merid., IV, 338 et s.
En même temps qu’il annonçait son départ, Manuel, pour se procurer les sommes nécessaires à la défense, faisait offrir i la Seigneurie de lui vendre Pile de Lemnos; elle refusa.
’ Monum. Slav. merid., TV, 841, 343.
262 Troisüvte période. — Décadence du commerce du Levatit.
son tenitoire, soit qu’ils vinssent de Venise même, ou de Crête, ou de Négrepont, ou de Modon et Coron; il avait promis de leur laisser dans tout l’empire des Osmanlis ‘ les privilèges dont ils jouissaient au temps des “seigneurs de Palatia et d’Altoluogo",* maintenant dépossédés par lui; mais, en cas de guerre, il ne fallait pas compter sur des ménagements de sa part. La première pensée de la Seigneurie avait donc été de recourir à une intervention diplomatique auprès de Bajazet en faveur de Manuel. Mais en ce moment, le roi de Hongrie, le duc de Bourgogne et d’autres seigneurs français, cédant aux instances de l’empereur grec, se préparaient à entrer en campagne contre les Turcs, et, sur leur invitation, Venise dut consentir à équiper une petite flotte destinée à opérer une diversion sur mer, sous les ordres de Tommaso Mocenigo, tandis que l’armée coalisée envahirait le territoire turc par la vallée du Danube.* En route, Mocenigo rallia encore des vaisseaux de Rhodes et de Lesbos (les Génois faisaient aussi partie de la coalition), dégagea les Pérotes que les Turcs serraient en ce moment de si près qu’ils allaient être réduits à capituler,* et arriva dans la
' Traité conclu, en 1390, avec Francesco Quirini, ambassadeur vénitien: Taf.
et Thom., inéd. (Regest. dans les Oommtm., III, p. 207, n“ 346: cf. n“* 341 et 342); cf. îionum. Slav. merid., rV, 280. La mission d'Ândrea Bembo (ibid. 269 et s.) n’avait pas eu lieu.
’ Le diplôme dont il s’agit ici, d’accord en cela avec la tradition générale, donne an seigneur d’Altoluogo le nom de Chedir Zelebi. Oucas (p. 18) l’intitule ô
Avàiai; ucù rb»r Atoltôur nôhur.
Cest Khidrbeg. Le prince de Hentèchè avait été seigneur de Palatia.
’ jionum. Slav. merid., IV, 338 — 343, 359—361, 383, 374—376, 378 (on trouve à cette dernière page les instructions de Mocenigo ; on y reconnait la prudence caractéristique de la République); cf. Hopf, art. Qriechenland, op. eit., LXXXVI, 61 ; Romanin, III. 331 et s.
* Ducas (p. 51) rapporte que Bajazet rappela le corps occupé au blocus de (bnstantinople, pour renforcer l’armée qui opérait contre les Hongrois. D’après cela, on devrait croire que le blocus de Péra avait également été levé avant l’arrivée de
la flotte commandée par Mocenigo (2 sept.) ; mais les vifs remerciments adressés an doge par les autorités de Péra, les termes dont elles se servent en parlant de Mocenigo, le “sauveur apparu dans leur détres8e“ (Taf. et Tbom., inéd.; Comntem.
regcsf., III, p. 241 et s., n“* 40, 411, prouvent qu’il en était tout autrement Pendant le siège, Francesco Gattilusio.
seigneur de Lesbos, se tenait avec une galère aux environs de Péra (in porta Corutantinopoliianojuita Chignigho), mais il ne consentit pas k débarquer un seul homme pour venir eu aide aux assiégés.
Prières, objurgations, rien n’y flt: les Pérotes, impatientés, lui rappelèrent le traité de 1388, par lequel le roi de Chypre, l’ordre de S. Jean, la mahone de Oiio, et la colonie de Péra avaient pris l’engagement de se secourir mutuellement eu cas de guerre contre les Turcs : peine inutile. Francesco déclara que ses hommes ne se joindraient aux assiégés que dans le cas où ceux-ci tenteraient une sortie: Atti délia Soe. lig., XIII, 963 et ss.. 965 et SS.
I. Osmanlis, Grecs et Francs dans /a f>éninsu/e des BeUkans. 263
mer Noire à temps pour recueillir à son bord le roi de Hongrie fugitifL* En effet, pendant qu’il opérait de son côté, l’armée de terre avait livré et perdu la célèbre bataille de Nicopolis (28 sept 1396). Le désastre avait été complet Moins heureux que le roi Sigismond, un grand nombre de barons français du plus haut rang tombèrent au pouvoir de Bajazet et lurent envoyés en captivité de Nicopolis à Brousse. On eut alors l’occasion de reconnaître l’utilité de l’organisation donnée par les Italiens aux relations entre l’Occident et l’Orient Les divers pays coalisés avaient envoyé des agents chargés de s’informer du sort des barons disparus: la plupart passèrent par Venise; ils étaient munis de lettres de recommandation dans lesquelles leurs maîtres priaient la Seigneurie de leur faciliter leur mission et de faire passer aux familles intéressées tous les renseignements qu’elle -même aurait pu recueillir.’ Quand il s’agit de réaliser les sommes nécessaires pour acquitter la rançon des prisonniers, l’opération put se faire dans les meilleurs conditions possibles, grâce aux bons avis d’un Lucquois nommé Dino Rapondi (les écrivains français le nomment Digne Responde); ’ c’était un gros marchand, fournisseur attitré des cours de France et de Bourgogne, qui avait des comptoirs à Paris, à Bruges et à Montpellier. La première chose â faire, ditril, était de s’adresser aux marchands de Gênes on de Venise, on des îles sujettes de ces deux républiques, car ces gens-lâ étaient accoutumés à aUer et venir pour leurs affaires dans tons les pays conquis par les infidèles.^ Lui-méme avait à Chio un correspondant, le grand marchand Bartolommeo Pellegrino, qui entretenait des relations d’affaires en Asieminenre et était personnellement connu du sultan Bajazet; il s’agissait de l’intéresser à la réussite de la négociation : c’est ce qu’on fit D est vrai que son nom ne figure pas dans les arrangements pris spécialement pour parfaire la rançon des prisonniers mais le roi de Hongrie Sigismond y consacra une somme de cent mille ducats qui lui fut avancée
' Saauto, Vite, p. 763; Commem., HI, p. 246, no* 66 et as.
* On trouTera une série de cee lettree liane U Coll, de» doe. inéd., mél. hût., ni, 168 et 88. La seigneurie fit paaaer en France les renseignements qu’elle avait pu se procurer: voy. Cbfmnem. reg., III, p. 247, n” 67 et s.
’ Pour trouver des détails sur ce Dino (Jodino) Bapondi , voy. l’art Rapondi, publ. par M. Tallet de Viriville dans la Kout. biog. génér., et Tisseiand, Paris et •e» historien» au XTV* et au XV* sièeles, p. 336 et 88. Son teatament, daté du
84 févr. 1413, a été publié dans les Mél. hist., dtés ci-dessus, m, 663 et as.
' Froissait, Œuort», éd. Kervyn de Lettenbove, XV, 366; XVI, 31.
* Les arrangemrats pris en cette circonstance sont relatés tout au long par Froissait, XVI, 27 et ss., et, plus superficiellement, par l’auteur du Livre de» faiet» du maresehai d: Boueieaut, éd. Hichaud et Ponjoulat, p.224 et ss. Hais les renseignements les plus authentiques é ce sujet se trouvent dans une charte, datée de “Ilicalici in Turchia (Mihalidjt h l’ouest do lac Ouloobod) 24 juin 1397“, et com-
264 Troisihuc période. — Décadcvce dii commerce du Ijerant.
par ce Dino Rapondi;' après lai, les plus gros prêteurs furent Francesco Oattilusio, seigneur de Lesbos (représenté par Ansaldo Spinola),* puis son frère Niccolo, seigneur d’Ænos (représenté par Nice. Grillo); le reste de la somme fut parfait par un marchand de Péra, Gasparo de Pagani, et par le podestat de Foglia Nuova (la nouvelle Phocée), Niccolo Paterio,* chacun pour une moitié. Le plus grand nombre des barons français recouvra la liberté, grâce à l’intenention des puissances financières de Gênes; mais, pendant qu'on négociait, un certain nombre d’entre eux étaient morts en captivité; quelques-uns furent ensevelis dans les églises de Péra.< Au moment de leur rapatriement les comtes de Nevers et de I^amarche empruntèrent encore à la République de Venise, par l’intermédiaire de Dino Rapondi, une somme de quinze mille ducats.^
Après la bataille de Nicopolis, Bajazet avait fait sommer l’empereur de lui remettre les clefs de Constantinople: cette sommation avait été repoussée.* La Seigneurie envoya k l’amiral Mocenigo l’ordre de faire tout ce qui serait possible pour le salut de la ville et la sécurité de la colonie vénitienne;’ mais les menaces du sultan ne furent point suivies d’effet et Mocenigo reprit le chemin de Venise. Sur ces entrefaites, Manuel se vit menacé par un compétiteur au trône, appuyé pai- Bajazet; ce prétendant n’était autre que Jean, son propre neveu. L'empereur voyait déjà le moment où il serait contraint de sortir de Constantinople et, en prévision de cette éventualité, il se proposait de remettre sa capitale aux mains de la République de Venise; il lui fit également offnr, à de certaines conditions, les îles d’Imbros et de Lemnos. La Seigneurie i-efusa tout et l’encouragea à tenir ferme. En même temps, elle lui procura une base de résistance en équipant des galères poui- la protection de la colonie vénitienne. Gênes en fit autant
muniquèe par M. Kervyn dans sea annotationa de l’éd. de Froiwart. XVI, S61 et ee. ; il faut rapprocher cette pièce du document de même date, publ. dans Duchesne, Hütoire du duu de Bourgogne, II, 331 (je n’ai pu pn le consulter moi-même).
‘ Commem. reg., III, p. 269 et s., n“ 116; p. 270, n<* 161—166; MÜ. hùt., cit m, 190 et H.
’ Ducu, p. 53 et le Rabbi Joseph (Chroniela, éd. Bialloblotzky , I, 262) donnent également le nom do seignenr de Lesbos; snr A. Spinola, voy. encore Froissait, XVI, 358 et s.
* Froissart le nomme Nicolu Putè
l'apostat, XVI, 263. M. Hopf donne à ce personnage un autre prénom; voy. art.
Oiustiniani, dan.s Ersch et (iruber, op. cit., LXVIU, 329.
‘ Clavÿo, p. 72; Ducu, \otre. p. 569 et 8., éd. Bonn.
‘ Commem. reg., III, p. 247, n“ 70; p. 249 et 8., n»* 78—80.
■ En 1397, le podestat de Péra reçut ft plusieurs reprises, de son gouvernement, l’ordre de traiter avec Bajazet (Atti deUa Soe. lig., Xm, 176): sur quelles bases devait-il traiter? Ces négociations aboutirentrelles? Nous l’ignorons.
’ Mon. eUir. merid.. III. 386 et s.