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de l’Occident en sa faveur et en obtenir un concours plus actif pour la défense de Constantinople. H se rendit personnellement aux deux conciles pour obtenir l’accomplissement de cette grande œuvre (1437—1440). Pour y aller, il quitta Constantinople sous l’escorte d’une flotte vénitienne, laissant sa capitale à la gai'de d’une troupe de mercenaires venue de Candie, et il en revint sur un navire vénitien; k l’aller et au retour, il s’arrêta à Venise et y fut reçu avec toutes sortes d’honneurs.* Les colons vénitiens de Constantinople montrèrent, eux aussi, dans plus d’une occasion, l’intérêt qu’ils prenaient aux négociations entamées en faveur de l’union.* Mais ce fut sui’tout au point de vue de la coopération militaire que Venise donna à l’empereur des preuves de son bon vouloir; elle mit à sa disposition trois galères en 1438 et dix en 1444, pour la défense de Constantinople.* Elle était en droit de compter que les marchands vénitiens recueilleraient en témoignages de bonne volonté et en égards de la part des sujets de l’empereur les effets de cette politique.
Occupons-nous maintenant des Génois: quelle était à cette époque la nature de leurs relations avec les Turcs et avec les Grecs? Tout d’abord, nous constatons à cet égard une différence singulière entre la mèrepatrie et les colonies du Levant Dans celles-ci, il existait un parti nombreux qui cherchait à vivre en aussi bons termes que possible avec les Turcs, dans l’idée qu’au besoin les colonies pourraient continuer à subsister tant bien que mal sous leur domination. Aussi ce parti n’y regardaitil pas à avoir des démêlés avec l’empereur gi’ec et même, parfois, à entrer ouvertement en conflit avec lui: la mère-patrie, qui voyait d’un œil inquiet l’ennemi surgir menaçant de tons les points de l’horizon, trouvait au contraire ces querelles très inopportunes.* Elle avait à cœur le maintien du régime byzantin,* car son joug lui était léger, et, à son ombre, elle pouvait en sûreté exercer ses droits de souveraineté sur ses colonies. Or, dans la pensée du gouvernement génois, le meilleur moyen de conserver cette souveraineté était de se borner à leur fournir sans bruit des renforts,* d’éviter une rupture ouverte avec le sultan’ et d’entretenir an contraire soigneusement avec lui des relations amicales.*
' Sanut., p. 1043 et ss.; Pue., p. 213 — 316; Phrantz., p. 181 et n.
’ Voy., par ex., Zhiehman, Die UnionsverharuUungen xteiaehen der orientalisehen und rümitehen Kirrke (Wien 1868). p. 11, 106, 118.
* Sanuto, p. 1069, 1114.
* Atti delta Sor. lig., XIII, 196.
* C’est pour cela qu'elle s’entremit avec tant de zèle, en 1424, pour le rétablissement de la paix entre la Porte et
Byzance ; car “discrimen et sinistrum urbis Cpolitanæ pénétrât usque ad viscera terre Peyre et consequenter hujus reipubli' .
Ibid. 187.
‘ Kn 1442, le gouvernement génois se plaça à ce point de vue pour combattre les projets de croisade du pape : Atti, L c.,
’ AUi, l. c., p. 190, 197 et s., 207.
* AUi, I. c., p. 219: Laon. Chalcoc.,
28H Troisième période. — Déiadencr du commerce du Leiaut.
Cette manière de voir le menait parfois fort loin. Ainsi, en 1431, les Vénitiens ayant attaqué Chio, il n’eut pas honte d’envoyer un message à Mourad II, pour le prier de prêter assistance aux habitants de l’ile et d’empêcher les Vénitiens de relever les fortifications de Ténédos, en exécution d’une ancienne clause sti])ulée dans le traité de paix de Turin.' Un dizaine d'années plus tard (1444), Ladislas, roi de Hongrie, étant entré en campagne contre les Turcs, le pape, pour l’appuyer, envoya dans l’Hellespont une flotte chargée d’empêcher le sultan de faire passer son aimée d’Asie en Europe; que firent alors les Génois? ils prêtèrent leuns propres vaisseaux^ à l’ennemi du nom chrétien pour lui faciliter cette dangereuse opération.® Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de s’étonner si les marchands génois étaient les bienvenus chez les Turcs. En 1437, une compagnie, composée exclusivement de Génois, avait aô'ermé les mines d’alun d’Asie -Mineui-e, de Grèce et de Lesbos, ce qui la mettait directement en relations d’affaires avec le .sultan;' un grand marchand génois, nommé Francesco Draperio, qui faisait des affaires dans toute la Thrace et l’Asie -Mineure, était particulièrement bien vu de Mourad II.®
Nous avons déjà eu occasion de parler de divers conflits entre la colonie de Péra et les empereurs grecs. L’un de ces conflits éclata, en 1428, pour des motifs restés inconnus; nous savons seulement que les colons de Péra équipèrent deux galères, ce qui sembleiait démonti-er un état de guerre déclarée.® En 1433, nouveau conflit à propos des droits de douane à payer à Galata.' A ce moment, une flotte de guerre pailait précisément de Gênes poui‘ aller en Crimée reconquérir Balaclava; l’amiral Carlo Lomellino, qui la commandait, fut chargé accessoire-
' Hopf, art. (J imtiniam, p. 321.
* Pour composer cette flotte, Venise fournit six galères, Candie quatre, Nègrepont deux, l'empereur grec six; c’est, du moins, ce que rapporte le Pèlerin anonyme d'Augsbourg, qui voyageait, A cette époque, dans l'Archipel: voy. ArcAir roti Herrig XL, 322.
* M. Zinkeisen (Oesch. rfes osm. Reich», I, 686) ne trouve par les témoignages des sources suffl.samment probants; mais il n’a pas connu la Chronique de iVarrin (éd. Dupont, II, 70 et ss.): il suffit de la lire pour ne conserver aucun doute sur ce point.
' Doc. culte relax. to»c., p. 169; la "Ctræcia" du document est la Thrace, car
la ville de Marrouea est désignée comme faisant partie de cette province.
' Cyriacus Anconitanus, dans Targioni Tozzetti, Relaxioni d'aleuni riaggi fatti in diverse parti delta Tosrana, V, 418, 422, 450 et ss. (Atli delta Soc. lig., XHI, 977 — 986). Même au temps de Mahomet II. ce personnage fit de fréquents séjours à la cour du souverain turc; Atii, 1. c., Xm, 263.
* Atli delta Soc. lig., XIII, 196; cf. 188.
' Déjà, en 1423, le duc de Milan, alors souverain de Gênes, avait dfi, par suite des prétentions exagérées de la douane, faire entendre des protestations contre l’administration de l'empire grec: Atli, IV, rendic., p. 49 et s.
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ment, non pas de prendre Constantinople, comme le prétend Laonicus Chalcocondylas, mais d’exercer une pression sur l’empereur pour le contrain4re à se montrer plus coulant. Effectivement, à son retour de Crimée, Lomellino jeta l’ancre devant Galata et s’entendit avec les colons ses compatriotes pour enlever d’assaut les murs de Constantinople (1434); malheui'eusement pour lui, il avait déjà éprouvé un échec en Crimée, d’où il était reparti très affaibli, et les Grecs se défendirent vigoureusement; désespérant du succès, il renonça à de nouvelles tentatives et reprit la mer pour i-egagner l’Italie. Les colons de Galata continuèrent seuls les hostilités et couvrirent Constantinople de projectiles; les Grecs tirent subir le même traitement à Galata et finalement, les colons, assiégés dans leur ville, bloqués de tous côtés et privés de toute communication avec l’extérieim, furent réduits à subir les exigences de l’empereur dans la question des droits en litige et dans celle de la culture de la vigne en dehors de Galata, autre sujet de difficultés, à payer des dommages et intérêts pour les dégâts causés par eux à Constantinople et à rendre hommage à l’empereur en arborant le drapeau grec sur les murs de Galata,* Signalons enfin un autre conflit survenu entre Péra et
Byzance à propos d’un Arménien fugitif; tout ce que nous en savons, c’est que Gênes comptait sur un changement de règne pour l’apaiser et comme, précisément à cette époque, la couronne impériale passa de Jean VI à Constantin Dragazès (1449),® il est possible que son espoir ait été exaucé.
Nous voudrions connaître dans ses détails la situation intérieure de la colonie de Péra, mais nous nous trouvons à cet égard en présence d’une déplorable pénurie de documents. Dans une lettre d’un caractère privé, du 22 juin 1433, un marchand, nommé Impériale Tonso, parle du calme des affaires et de l’état languissant du marché.’ Mais c’est un renseignement isolé; la situation fâcheuse que signale l’auteur de cette lettre n’était peut-être que passagère; il ne faudrait pas se hâter d’en conclure, sans autres preuves, à une crise prolongée et encore moins de généraliser et d’admettre que le commerce génois fût dès lors en décadence. Ni les Dardanelles ni le Bosphore ne lui étaient fermés; les pays soumis à la domination des Osmanlis lui étaient ouverts et les marchands génois y trouvaient un accueil amical. A ces deux points de vue, les Génois étaient beaucoup plus favorisés que les Vénitiens. Le grand mal venait des attaques fréquentes des Turcs contre Constan-
‘ La seule source à consulter sur ce point est Clialcoc. , p. 284 — 286 (la traduction latine est très défectueuse). Les chroniques génoises parlent bien de l'expédition de Lomellino, mais elles ne disent
pas qu’il ait fait une démonstration contre Om.stantinople.
’ Atti delta Soc. tig., XIII, 218 et s. * IM. Xm, 202.
288 Troisihne période. — Déradencr du commerer du Ijer'nni.
tinople; le faubourg en subissait naturellement le contre -coup. A chaque nouveau siège, le trafic se trouvait arrêté pour un certain temps et, sans doute, l’incertitude de l’avenir n’était point favorable aux entreprises commerciales à longue échéance. Néanmoins, à l’extérieur rien ne décélait une période de décadence, au contraire. Un écrivain florentin, Buondelmonti,‘ parle encore, en 1420, de la beauté de la ville; Cyriacus d’Ancône la visita à plusieurs reprises et la trouvait chaque fois plus belle et plus brillante.* L’espagnol Tafur vante la beauté de la vUle et ses murailles imposantes; il en estime la population à deux mille habitants. Grecs pour la plupart; mais la prépondérance appartient, ditril, aux Génois, tous marchands fort riches, qui font de grandes afiaires avec les côtes de la mer Noiie, la Syrie, l’Égypte et l’Occident; il signale dans le port la présence constante d’une quantité de navires en chargement on en déchargement* Sous le gouvernement du podestat Borruele Grimaldi, les Turcs étant venus mettre le siège devant Constantinople, on avait élevé en avant des murs de Péra, pour couvrir la place, une tour dédiée à l’archange S. Michel;* son successeur, Baldassare Maruffo élargit et exhaussa les murailles du côté de la mer.* En 1447, sous le gouvernement de Lnchino de Facio, en 1452, sons celui d’Angelo Giovanni Lomellino, le dernier des podestats, on travaillait encore aux fortifications.® Vue du dehors, la ville présentait un aspect imposant dont on pouvait encore se rendre compte il y a quelques années, alors que les murailles et les tours étaient en bon état de conservation. L’administration intérieure de la colonie avait-elle dégénéré? s’était-elle maintenue au même niveau moyen que les précédentes? il serait difficile de le dire. A des hommes remarquables, tels que Spineta (1414r— 1416) qui jouissait d’un réputation universelle de sagesse et de droiture,* ou que Baldassare Marufib dont les Pérotes inscrivaient les titres acquis par lui à leur reconnaissance sur une table de marbre qui se voit encore auprès de la porte Elgri Kapoussi,® succédaient parfois des fonctionnaires qui acceptaient sous main de l’argent
' lAber innUarum arehipelagi, éd.
Sinner, p. 136.
’ L. c., p. 417: “cUriorem et conspicoû ornamentia auctam.”
• Tafur, p. 182, 186.
* Buondelmonti, 1. c.: le fait eat confirmé par une inscription placée sur une des tours de la face occidentale de Oalata: Toy. Mas Latrie, Xotes d'un voyage archéologique en Orient: Bibliothèque de l’école de» charte», 3* série. II, 498.
‘ Ce détail est également relaté par
Cyriacus d’Ancéne, op. cit, et confirmé par deux inscriptions placées sur les portes de ce cété de la ville: voy. Mas Latrie, I. c., p. 493. Ce même Maruffo acheva la construction d’une tour sur la face orientale: voy. Mas Latrie, ibid. p. 495.
* Mas Latrie, ibid. p. 494; Guglielmotti, fÿoria délia marina poniifieia.
’ SteUa, p. 1367.
' Mas Latrie, l. e., p. 493.