II. Les Osmanlis
possession d’Argos et de Xégrepont, mais encore il lui fallut céder l’ile de Lemnos: en Albanie, elle perdait Scutari etc. De son côté, le sultan voulut bien admettre dans le traité le duc de Naxos qui, depuis la chute de Négrepont, se trouvait très exposé dans son isolement. La République devait avoir, comme autrefois, à Constantinople un baile exerçant la juridiction sur ses nationaux. Le gouvernement vénitien devrait faire remettre, tons les ans, au sultan, par les mains de son représentant, une somme de 10,000 ducats comme compensation de l’autorisation de trafiquer sur son territoire.* Un historien vénitien. Marco Sabellico, a prétendu que cette dernière clause du traité de paix avait particulièrement trait au trafic de la mer Noire; Marin va encore pins loin; selon lui, cette somme était le prix imposé par le sultan poui* rouvrir aux Vénitiens le marché de la mer Noire, que les Génois avaient été contraints d’abandonner depuis la chute de Caffa.* Un écrivain très bien inlbrmé, Malipiero, nous apprend, il est vrai, qu’un certain passage des instructions remises au plénipotentiaire vénitien l’autorisait à offrir au sultan une somme de 8 à 10,000 ducats, pour obtenir l’autorisation de naviguer dans la mer Noire; mais le traité lui-même ne renferme rien qui ressemble k la désignation d’un marché déterminé* et il est évident que, s’il stipulait pour les Vénitiens la liberté du commerce dans toute l’étendue de l’empiic des Osmanlis, cette clause entraînait, pour ces derniers, sans que cela eût besoin d’être dit explicitement, le dn>it de visiter .sans difficulté les échelles de la mer Noire qui presque toutes appartenaient k cet empire. Le chroniqueur Navageru a voulu donner encore une autre interprétation de l’article en question; selon lui, cette .somme de 10,000 ducats aurait été tout simplement une somme globale payée par l’ensemble des commerçants vénitiens, et, par contre, le sultan aurait fait remise k chaque individu en particulier des droits d’entrée et de sortie dans son empire.* Je crois que cet écrivain fausse absolument le sens de l’article. Nous verrons plus loin, à propos des stipulations du traité de paix de 1482, que les droits de douane n’étaient nullement supprimés.
En tout cas, le traité de 1479 assura pour un certain temps aux marchands Vénitiens la faculté de traverser sans entraves les Dardanelles
' tr^r tîj^ .r^^ayf^aTf^ai
lit -on dan* le texte orig;inal:
Halipiero traduit comme il suit; “per conto de mercanzia.''
* SabeU., 1. c.; Marin, Vil, 193, 197.
Üe* deux auteur* ne parlent que de 8,000 dneat*.
’ Le traité de 1489 mentionne, connue
fréquenté* par la marine marchande vénitienne, le* port* de Constantinople, Oalata, Trébizonde, Caffa; mai* ce ne sont qne de* exemple*; Miklosich et Muller, Àcta graca, III, 314; T. aussi p. 346.
‘ Navagero, 1. c.; Hammer, n, 169, et Zinkeisen, II, 433 et *. ne font qne le reproduire.
328 Troisiènie période. — Décadence du commerce du Lerani.
et le Bosphore et la liberté d’aller et de venir sur le territoire turc. Pendant la période comprise entre la paix de 1454 et les débuts de la guerre en 1463, soit en témoignage de reconnaissance pour l’attitude pacifique de Venise, soit en considération de ce que les premiers ennemis qu’il se proposait d’attaquer étaient les Génois (les Gattilusi), Mahomet II avait témoigné nne certaine faveur aux marchands vénitiens; il leur avait confié la ferme de l’alun de Phocée, des mines de cuivre, de la manufacture de savon, des ateliei-s de monnaie de l’empire, et des douanes.* Les bailes vénitiens, réinstallés à Constantinople conformément au traité, avaient pu remplir leurs fonctions sans difficultés antres que celles inhérentes à la situation même.* Dès le début de la guerre, la face des choses avait subitement changé. Pour commencer, le sultan avait fait jeter en prison le baile Paolo Barbarigo et tous les Vénitiens dont il avait pu se saisir; beaucoup y étaient morts et leurs biens avaient été confisqués par son ordre.* Un certain nombre avait pu prendre la fuite et parmi ces derniers se trouvaient les fermiers de l’alun, Bartolommeo Zorzi et Girolamo Michiel qui étaient alors débiteurs envers le sultan d’une somme de 160,000 ducats; dans les traités de 1479 et de 1482, la République dut en garantir le remboursement* A Constantinople, à Andrinople, à, Gallipoli, à Phocée et à Brousse, beaucoup de maisons de commerce vénitiennes avaient fait faillite.* Quelque temps après, on avait en le lamentable spectacle de prisonniers de guerre vénitiens envoyés du Péloponnèse à Constantinople pour y avoir la tête tranchée.* Au cours de la guerre, Mahomet avait fait procéder à plusieurs reprises à des arrestations en masse de marchands vénitiens; il avait fait précipiter des nobles du haut de la tour où ils étaient enfermés etc.’ Dans des conditions pareilles, la colonie vénitienne de Constantinople s’était naturellement de plus en plus réduite; quelques individus seulement avaient tenu bon malgré tout; on cite, entre autres. Antonio Michiel qui avait, en 1466, la ferme de l’alun à Constantinople.* D’un autre côté, il était à peu près im-
‘ Beucdetto Dei, Cronira, dans Paguiui, n, 254 et s.
’ Stef. Mn^no, dans Hopf, Ckron.
grtro-rxnH., p. 199 , 200 , 201; Sanuto, Vite, p. 1163; Ihar. Parm., dans Murat., XXII, 366; Romanin, PV, 809 et a.. 824.
’ Dei, p. 264, 278; Navagero, p. 1122; ce dernier prétend que Barbarigo mourut en prison, ce qui est faux; il est évident, au contraire, qu’il fut rendu A la liberté au bout de quelque temps, car il occupait
de nouveau le poste de baile en 1466: v. Romanin, IV, 324.
* Xavagero, p. 1133 (au lieu de “alcuni“, il faut lire “allumi"), 1146, 1159 et g., 1168; Dei, p. 262.
‘ Ben. Dei (p. 236 et s.) mentionne ee fait et prétend que ces faillites entraînèrent celles de diverses mai.sons florentines.
“ Ibid. p. 266 et s., 288.
’ Ibid. p. 258, 261, 242.
" Mslipiero, p. 39.