‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 96 sur 251 · II. Les Osmanlis · texte numérisé non relu

II. Les Osmanlis

que la Sei^eurie désirait faire prolonger d’une année (quatre au lieu de trois).*

Absorbé par des guerres en Perse, en Syrie et en Égypte, Sélim n’eut point de conflit sérieux avec Venise, mais si court que soit son règne (1512 — 1520), il renferme des événements d’une importance capitale pour le commerce de Venise et de l’Occident tout entier. En effet, ce fut ee prince qui étendit la domination des Osmanlis sur la Syrie et sur l'Égypte. A partir de cette époque, quelle que fût la direction suivie par les navires marchands européens, soit qu’ils fissent voile vers le nord k travers le Bosphore et la mei* Noire pour atteindre Caffa ou Trébizonde, soit qu’ils missent le cap vers l’est sur Beyrout, Tripoli ou Alexandrie, partout ils abordaient en territoire turc. Depuis la destruction des royaumes slaves méridionaux, les Vénitiens avaient, en outre, le désagrément de ne pouvoir plus gagner Constantinople comme auti-efois par voie de terre, sans passer par des provinces turques. Après avoir coupé en travers l’étroite bande de terre qui constitue la Dalmatie, les caravanes parties de Spalato, de Baguse ou d’un point quelconque du rivage de l’Adriatique entiwent immédiatement en pays turc. Les routes suivies par elles ont été décrites dans des relations d’une époque postérieure: celle qui part de Baguse dans les trois livres Ddle cose de’ Turchi, de Benedetto Bamberti (1534);’ celle qui part de Spalato dans la Descrùtione del viaso di Constantinopoli, de Caterino Zeno (1550).* Les premiers gîtes d’étape étaient: sur l’une Trebinje et Fotcha, sur l’autre Livno (Climno) et Serajevo (Serraglio). Les deux lignes se rejoignaient à Plevlje, où une grande caravane vénitienne fut pillée par une troupe de brigands en 1529.* De ce point, la route unique traversait Prepolje sur la Lim et Novibazar, où un certain nombre de Vénitiens avaient des établissements;* à partir de Nich, elle se confondait avec la grande route de Belgrade k Constantinople et touchait en passant Sofia, Philippopoli, Andrinople; comme marché, cette dernière place avait alors plus d’importance que Constantinople elle-même;* enfin, après trente jours de marche, on atteignait la capitale de l’empire tura Bien que le trafic des caiavanes entre l’Adriatique et le Bosphore n’ait commencé à prendre une certaine activité qu’au XV!” siècle, nous pouvons admettre sans hésitation qu’il remontait

‘ Bomanin, V, 366 ; BeUtioii de Ginsadniani, dans Albéri, I. c., p. 46 et sa.

’ Dana lea yioffffi fatti ia Vinelia alla Tana, etc., p. 109, b— 143, a. Sur l’auteur, qui conaerra l’anonyme, voy.

Agoatino, Serittori teneti, II, 568 et a Le chevalier allemand Arnold de Harff

auivit h peu de choae prèa le même chemin, à son retour de Constantinople, en 1499.

’ Éd. Uatkovic, dans lea Slarine de la êoeiété philolee/mique d’Agram, X (1878).

* Bamberti, p. 114, a.

‘ CaL Zeno, 1. c., p. 8 (du tirage h part). ' Ibid. p. 16.

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aa Moyen-Age. Mais nous ne pouvons le suivre en-deça, car nous voici arrivés au seuil des temps modernes;' cependant nous nous permettrons encore de suivre en quelques mots, jusque dans l’époque moderne, l’histoire des possessions que Venise conservait encore dans le Levant au moment où se clôt le Moyen-Age.

En teire ferme, elle ne possédait plus que les deux places fortes de Nauplie et de Monembasia: les Turcs les prirent en 1540. De 1536 à 1538, le célèbre Khair-eddin Barberousse supprima bon nombre de principautés insulaires, gouvernées par des familles d’origine vénitienne, et enleva à Venise quelques-unes de ses possessions directes, Égine, Pathmos et, dans les Sporades septentrionales, Skyros, Skyathos et Skopélos, de sorte qu’au moment de la paix de 1540 il ne lui restait dans ce groupe que les îles de Tinos et de Mykonos, qu’elle conseiva jusqu’en 1718. En 1666, une nouvelle tempête se déchaîna sur les îles de l’Archipel Pialèh pacha enleva rae de Naxos à Jacopo IV, dernier duc de la maison de Crispo, et Hle d’Andros à la maison de Sommaripa Chaque île qui tombait au pouvoir des Turcs, alors même qu’elle appartenait à. une famille indépendante, emportait un lambeau de la prépondérance maritime de Venise. L’île de Candie tenait encore, mais dans quel état! ravagée par les tremblements de terre et la peste, et ruinée par des impôts écrasants. Des 35,000 à 26,000 ducats que Hle versait encore au trésor vers l’an 1500, la plus grande partie provenait de l’exportation du vin que de maladroites augmentations d’impôts entravaient encore de temps à autre. Le plus grand mal était la rareté des arrivages de galères: ce n’était plus comme au temps des galères de Syrie: alors elles s’y arrêtaient en grand nombre, à l’aller ou au retour, et y déchargeaient aussi leurs draps ou leur s épices.* Le gouvernement vénitien laissa cette colonie pendant de longues années dans une sorte d’oubli; quand enfin, entre 1674 et 1677, le provéditeur généralJacopo Foscarini s’occupa d’y introduire des réformes, il était trop tard pour produire une amélioration durable. A diverses reprises, l’ennemi vint frapper aux portes, et les dépenses nécessaires pour la défense absorbèrent les finances mal équilibrées de la colonie. Enfin, en 1669, Mourad IV, bien décidé à en finir avec elle, entreprit une dernière expédition et elle disparut

’ Les personnes qui désireraient étudier les relations diplomatiques de Venise et de la Porte après le Moyen-Age, trouveront des matériaux abondants dans les trois volumes relatifs aux Turcs, des Relaxioni degli ambcueiatori veneti, éd. Albéri; dans l’étude de H. Belin intitulée:

Relations diplomatiques de la république de Venise avec la Turquie (Joum. asiat., 1876, nov. — déc., p. 881 et ss.) et enfin dans les ouvrages de MM. Hammer et Zinkeisen : ce dernier a groupé ensemble tout ce qui a rapport aux bailes (III, 830 et ss.).

’ Sanuto, Diarii. II. 477 et ss.. IIL 889.

IL Les OsmatUis.

Depuis le moment de la chute de Lesbos (1462), nous avons perdu de vue les colonies génoises situées dans l’ancien empire byzantin: leur histoire peut se résumer en quelques lignes. Celle de Péra traînait dans l’obscurite une pénible existence. Un exemple fera connaître comment les sultans traitaient les malheureux survivants de l’ancienne colonie: en 1476, un na\ire chargé d’un riche butin récolté dans la mer Noire et de.stiné au sultan fit naufrage par la faute du capitaine, du moins à ce qu’on prétendit; sans plus ample information, le sultan fit appréhender au corps les compatriotes du capitaine, bien innocents pourtant de son méfait, et leur extorqua le remboursement intégral de la cargaison perdue.* Trop faibles pour résister à ces actes d’arbitraire, . ils n’avaient qu’à courber la tête; mais cela ne les empêchait pas d’employer tout ce qui leur restait d’énergie à des intrigues contre les Vénitiens, leurs anciens rivaux, et de s’unir aux Florentins pour empêcher la paix de se faire entre la Porte et Venise.’

La colonie génoise de Chio était, à la fin du Moyen-Age, et resta encore pendant le premier siècle de l’ère moderne, dans une situation plus prospère que celle de Péra. Gênes, nous le savons, l’avait cédée aux Giustiniani; si la compagnie propriétaire n’en fut pas dépouillée par les Turcs, ce n’est pas qu’elle eût à sa disposition, pour imposer le respect, des forces militaires considérables ; une troupe dont l’effectif variait entre trois et huit cents mercenaires et une unique galère composaient son armée et sa flotte, et les renforts que la mère-patrie lui envoya parfois dans des moments de détresse’ se bornèrent toujours à très peu de chorê; les menaces, les vexations de toutes sortes, les descentes des coi-saires turcs se succédaient; mais pour empêcher que l’idée ne vînt aux sultans de mettre la main sur Hle, la mahonc avait recours à deux moyens: d’abord, un soin méticuleux de ue rien faire qui pût troubler la paix; en second lieu, une ponctualité extrême dans le paiement -de son tribut; flxé à 10,000 ducats en 1456, il avait été porté à 12,000* vers l’an 1500 et finit par s’élever au chiffre de 14,000. U est évident que la mahone n’eût pas été en mesure de payer de pareilles sommes si le trafic avait diminué à Chio comme dans le reste de l’Archipel, mais cette île se trouvait dans des conditions particulièi-es. D’une part, la production du mastic se maintenait an même niveau et l’article était toujours aussi demandé qu’autrefois ; pendant le XVP siècle, il procura annuellement à la mahone un revenu moyen de 30,000 ducats;’ cette spécialité de l’île

' Bened. Dei, p. 270. ‘ Martin von Baumgarten, p. 613.

’ Sanuto, Vite, p. 1183. * Uopf, art. Oiusliniani, p. 333.

' Giastiniaui, Annali, p. 226 , 230,

251 ; Atti deUa Soc. Kg., VU, 2, p. 93 et s*.

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suffisait pour y attirer constamment des marchands occidentaux. D’autre part, si le transit des arrivages de la mer Noire et de Constantinople allait en diminuant, l’ile, grâce au voisinage de la côte d’Âsie-Mineure, était en relation d’affaires constantes avec ce pays. Gênes, ou plutôt sans doute la mahone, possédait là un port populeux, celui de Passaggio, où venaient se concentrer les produits de l’Asie-Mineure et d’où ils passaient dans la capitale de l’ile. Il n’était pas fortifié; en 1471, au cours d’une croisière dans ces régions, l’amiral vénitien Mocenigo s’en empara par surprise et le livra au pillage; ses soldats en emportèrent des tapis brodés, des soieries à dessins de couleurs variées, des camelots et d’autres objets de prix pour des sommes énormes.^ Ce détail peut donner une idée de la quantité d’articles qui s’importaient dans l’ile et . que le commerce de l’Occident venait y chercher.’

La mahone aurait peutrétre joui longtemps encore de cette situation, si, en 1564, une crise ne l’avait mise dans l’impossibilité de payer son tribut C’était une de ces choses que les sultans ne pai-donnaient pas.

 Pâques 1566, une grande flotte turque commandée par Pialèh pacha apparut à l’improviste en vue de Hle ; l’amiral se fit livrer par trahison les chefs de la mahone, de sorte que la colonie, privée de ses guides, fut réduite â se rendre â sa discrétion, à peu près sans résistance. Notons que, dans la crise qui provoqua cette catastrophe. Gênes avait honteusement abandonné sa colonie à ses propres ressources.’

Venise et la Porte, nous l’avons vu, étaient sans cesse en lutte, tantôt pour la prépondérance maritime dans les eaux de la Grèce, tantôt pour la possession de certains territoires que l’une prétendait conserver parce qu’ils servaient de points d’appui à sa puissance commerciale, tandis que l’autre les réclamait comme parties intégiantes de l’empire grec: de là, dans le traflc entre les deux nations, des interruptions continuelles qui l’empêchaient de se développer. D’un autiu côté, la politique de conquêtes des sultans ne ménageait pas davantage les possessions des Génois et des familles d’origine génoise dans l’Ârchipel et dans la mer Noire, de sorte que l’ancienne amitié de Gênes pour les Turcs s’était changée en un sentiment de déflance ombrageuse, de rancune violente, mais aussi impuissante, qui exerçait naturellement une influence désastreuse sur les relations commerciales. Tout auti'e était à cet égard la situation de Florence. Sa prospérité était de date

' Coriol. Cepio, De Mocenici gealis ’ Ce qui précède est emprunté pour (Basil. 1544), p. 8, 9. le fond à l'article Oiuetiniani. de M. Hopf.

’ Venise y entretint des consuls jus- dans Blrsch et Gruber. qu'au XVI° siècle; Sanuto, Diarii, passim: voyes, particulièrement, dans les tables, au nom Giovanni di Tabia.

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