II. Ta‘h 0.<tmnnlix
récente et, comme elle n’avait jamais rien possédé en Orient, elle n’y avait rien perdu non plus.‘ Le Turc pouvait étendre ses conquêtes en Grèce sans toucher jamais à un territoire florentin et si, sur mer, ses flottes rencontraient le pavillon florentin, ce pavillon n’était point arboré sur des navii'es de guerre; tout au plus couvrait-il de petits convois de na\ûres marchands. Il semble que les deux nations reconnurent \ite la possibilité d'entretenir des relations commerciales duitibles. Dès 1466, la commune de Florence faisait exprimer à Mahomet II ses remerciements pour l’accueil bienveillant réservé à ses nationaux dans l’empire des Osmanlis, et elle le priait de continuer à leur accorder la liberté du trafic, cai', ajoutait le message, elle avait un vif désir d’entretenir des relations d’afiaires avec ses sujets.’ Le service de navigation entre Florence et Constantinople, déjà organisé du temps des empereurs byzantins, reçut officiellement de nouveaux encouragements. Comme on courait toujours risque de rencontrer des corsaires et qu’un bâtiment isolé pouvait être capturé, à la galère unique qui faisait le voyage depuis l’origine, on en adjoignit une deuxième en 1467 et une troisième à partir de 1461. Les escales réglementaires (1460) étaient: à l’aller, Chio et Gallipoli; au retour, Gallipoli, où l’on chargeait du coton, Foglia et Chio; le commandant de la flottille était tenu de terminer ses affaires à Constantinople dans un délai fixe; s’il réussissait à gagner du temps, il était autorisé à étendre son voyage jusqu’à Cafia et Trébizonde. On trouvait difficilement des armateurs pour les galères de Remanie; on ne pouvait cependant pas renoncer à ce service; il y allait de l’honneui' du pays et de l’intérêt du commerce. Le gouvernement commença pai' prendre à sa charge les frais d’équipement d’une des galères, et plus tard il laccorda des subventions aux armatem's.” Malgré ces avantages, on n’arriva jamais à obtenir un départ régulier chaque année: il est vrai que deux ou trois fois, on dut y surseoir pour éviter d’exposer les galères à se trouver sui' le chemin des flottes de guerre turques qui opéraient dans l’Archipel; mais, en général, c’étaient les marchandises qui manquaient pour compléter le chargement de deux ou trois galères. D faut dire qu’en dehors de ces galères il partait encore pour Constantinople des na-
' Pane un certain sens, le duché d'Athènes fut territoire florentin tant que s'y maintint la dynastie des Acciaiuoli, et le commerce de Florence profita jusqu'au bout des avantages que lui assurait cette situation; c’est de la bonche de compatriotes qui avaient séjourné pour leurs affaires dans le pays, que le chroni-
queiir florentin Benedetto Dei tenait le récit qu’il donne sur les événements qui marquèrent la fin de ce duché.
• Doc. xuUe relax, lose.. p. 182.
’ Ibid. p. 293—313. A la p. 186, on trouvera une lettre de recommandation pour le sultan, remise aux marchands florentius par leur gouvernement, en 1460.
338 Troisième période. ■ — Décadenre du commerce du Levant.
vires marchands a&étés par des particuliers, car il ne manquait pas à Florence de commerçants assez riches pour faire fi des moyens mis à leur disposition pai‘ le gouvernement. Quelques-uns se rendaient par voie de terre à Ancône, s’y embarquaient sur des bâtiments de ce port et gagnaient Constantinople en contournant le Péloponnèse;' ou bien encore, ils se faisaient débarquer à Raguse, où ils trouvaient une route qui les menait au but, à travers la Turquie tout entière;* ce chemin’ était celui que prenaient d’ordinaire, â l’aller et au retour, les consuls et les ambassadeurs florentins envoyés à Constantinople; il avait pour eux cet avantage qu’ils trouvaient à Kaguse un consul de leur nation.* Les marchands florentins qui faisaient le vo}'age de Constantinople sur des bâtiments anconitains se trouvaient parfois dans un certain embarras â leur arrivée; à qui devaient-ils payer la taxe à laquelle les consuls avaient droit à titre de cotimo? au consul de Florence ou à celui d’Ancône? Consulté à cet égai-d, le gouvernement florentin décida que, dans ce cas, il n’y avait à tenir compte que de la nationaltité du navire et non de celle de la cargaison et que, par conséquent, le cotimo devait être versé entre les mains du consul d’Ancône.’ Il existait encore une troisième route suivie par quelques marchands; après être arrivés par voie de terre jusqu’à Lecce, dans la Fouille, ils s’embarquaient pour Avlona, mais là, ils avaient toutes sortes de difficultés avec les autorités turques.' On s’étonnera sans doute de cette préférence des marchands florentins poui’ les voies de terre; l’explication en est probablement qu’ils tenaient à éviter la rencontre des corsaires qui désolaient l’Archipel, ou des vaisseaux de nations rivales; ces rencontres donnaient souvent lieu à des collisions,* et il en résultait chaque fois des pertes considérables pour le commerce. Peut-être aussi pensaientils trouver le placement de leurs marchandises dans les provinces turquea Ce que nous venons de dire explique comment une pailie du fret sur lequel avait compté le gouvernement, lui échappait et pourquoi il se présentait si peu d’armateui s pour soumissionner le .service des ga-
' Doc. nulle relax, toec., p. 5100.
’ Parfois aussi ils s’embarquaient sur un navire ragusan, quand il s'en trouvait un dans le port, prêt & mettre à la voile pour Constantinople: ibid. p. 2(i0 et s.
“ Doc. sutte relax, totc.. p. 228; Makuscev, Monum. hist. Slar. merid., I, 1, p. 463 et s., 467, 469, 474 et s., 477.
* Ibid. p. 468; ef. (Pagnini) Délia décima. n, 48.
‘ Ibid. p. 204, 216.
‘ Ibid. p. 218 , 288 , 242 , 253 et s.; Sanuto, Diarii, V, 615.
' P.es.,en 1464,àlahauteurdeTénédoe.
avec un corsaire espagnol : Doc. nulle relax. /ose., p. 200 et s.; en 1484, à U hauteur de Populonia, avec des Vênitiew ibid. p. 236; en 1488, à la hauteur de Lemnos, avec des Génois, ibid. p. 239; en 1508, avec le capitaine turc Cammali, ibid. p. 269; en 1510, entre le cap Malée et Ccrigo, avec des Vénitiens, ibid. p. ÏSO-
IJ. Les Osmanlis.
1ères. Mais ce n’était pas tout: parfois les entraves venaient de l’extérieur. En 1463, la République de Venise envoya spécialement un ambassadeur à Florence poui* tâcher d’obtenir de la Seigneurie qu’elle s’abstînt d’envoyer, cette année -là, des galères dans le Levant Le prétexte invoqué était que les Tui’cs poun-aient bien s’eu s’emparer, les armer en guerre et s’en servir contre les chrétiens et particulièrement contre les Vénitiens, car Venise était en guerre avec eux et avait précisément une flotte prête à mettre à la voile. La Seigneurie répondit qu’on avait fabriqué beaucoup de draps et fait beaucoup d’achats en vue du prochain départ et qu’il était trop tard pour décommander les préparatifs; que, d’ailleurs, la présence de ces galères serait utile en Turquie pour la protection des nombreux marchands florentins qui s’y trouvaient, et qu’enfin l’époque de leur arrivée dans ces parages rendait illusoire le danger d’être incorporées dans la flotte turque.^ L’intérêt qu’en cette circonstance les Vénitiens semblaient prendre à la marine florentine était trop peu naturel pour ne pas cacher une intrigue: ils voulaient tout simplement empêcher les Florentins de devenir maîtres du marché à Constantinople pendant qu’eux -mêmes seraient occupés à faire la guerre aux Turcs.
En effet, Constantinople était le théâtre d’une rivalité acharnée entre les Vénitiens et les Florentins, et cette rivalité sui- le terrain commercial se liait étroitement à l’antagonisme politique des deux républiques: Florence était, en Italie, l’un des champions les plus ai'dents de l’équilibre menacé pai* les agrandissements tenitorianx de Venise. Voir celle-ci engagée seule dans une guerre contre le Turc, était une chance inespérée et, au fond du cœur, les Horentins comptaient bien qu’elle n’en sortirait qu’absolument épuisée; mais, pour cela, il fallait empêcher à tout prix cette guerre de devenir européenne, (’omme le pape Pie U les pressait d’y prendre part, ils prétextèrent, pour colorer leui' refus, l’impossibilité de rappeler promptement de Turquie leurs galères de commerce et leurs nationaux.' Quand Venise eut acquis en Orient un allié puissant dans la pei'sonne d’Onzoun Hassan, ce fut pour eux une déception et ils mirent toutes sortes d’intrigues en jeu pour lui enlever les fruits de ce succès.' Mais il ne suffisait pas d’isoler Venise,. il fallait encore exaspérer le sultan contre elle et lui fournir tous les moyens de la combattre efficacement. Quelques Florentins prirent à tâche de détoumei' des letti-es écrites pai- des marchands vénitiens, pour les mettre sous les yeux du sultan; plus ces
‘ Rinuccini, Ricordi, p. xci. Effectivement, trois gfalères partirent sous le cornmandemend de Luigi Pitti; Uei, p. 336.
’ Voigt, Erua Silrio Piccoloniim, lit.
" llalipieru, Atmali rrnrti, p. 87.
340 Troisième, période. — Décadence du commerce du Lei'ntif.
lettres respiraient de haine contre le Turc, plus elles dévoilaient les plans du gouvernement vénitien, plus la satisfaction était grande. ‘ Le consul florentin Mainardo Ubaldini avait soin de faü-e parvenir an sultan tous les renseignements capables de nuire aux Vénitien.*!.* Pour l’amour des Florentins, écrit Ben. Dei, le sultan fit jeter en prison les marchands vénitiens (au début de la guerre), et les maisons qu'habitaient ces derniers échurent à leurs rivaux. La prépondérance des Florentins à Constantinople était dès lors établie d’une manière incontestable; ils siégeaient dans les conseils du sultan, ils témoignaient hautement leurs sentiments d’amitié k son égard en célébrant ses victoires par des réjouissances publiques. Enfin, ils avaient eu l’habileté de le convaincre de l’importance acquise par leur nation sur le terrain du commerce et de s'introduire si bien dans sa confiance qu’ils finirent par exciter le dépit et la jalousie, non-seulement des Vénitiens, mais aussi des Génois de Péra et des autres nations d’Italie intéressées au trafic du Levant* En 1466. redoutant pour leur situation le.s résultats des négociations entamées dans le but d’amener un rapprochement entre Venise et le sultan, ils travaillèrent sous main, d’un commun accord avec les Génois, à les faire échouer.^ Cependant l’opinion publique commençait à s’émouvoir de cette intimité entre Florence et la Porte; de temps à autre un éclat décelait la disposition des esprits. Au fond de ce mouvement, il n’était pas difficile de reconnaître que la jalousie excitée par la prospérité commerciale de Florence était la cause dominante de toute cette émotion; néanmoins, le gouvernement de la République crut devoir en tenir compte. Il arrêta provisoirement les départs de galères pour Constantinople et rappela les chefs des maisons de commerce établies dans cette capitale.* Conformément à cet ordre, ceux-ci encaissèrent toutes les sommes qu’ils purent toucher et s’embarquèrent avec leur avoir sur des bâtiments anconitains; attaqués à la hauteur de Modon par une flottille vénitienne (automne 1467), ils furent pris et complètement dépouillés. Par la suite, pour justifier cet attentat, Venise ne trouva rieu de mieux qu’un prétexte évidemment faux: elle prétendit que les Florentins avaient mérité leur sort en soutenant le sultan les armes k la main.*
‘ Dei, Oon»>o fiorent., 1. c., p. 264 et 8., 269. Dei a le cyuUme de se vanter d’avoir fait ce métier, p. 257.
* Par la suite, les Florentins témoignèrent une joie cruelle de la détresse où Venise se trouva réduite par la ligue de Cambrai: v. Sanuto, Diarii, VIII, 145.
* Dei, 1. c., p. 264—262.
* Malipiero, p. 41; Sanuto. p. 1183.
‘ ‘‘Itaque intermisimus adnavigare Onstantinopolim et .societates qum illic erut nostrorum hominum dissolvi curavimus.
Jamque collectis eorum rationibus praefecti societatum illarum redire in patriam properabant.“
' Doc. aulU relax, tose., p. 208—210.
(Lettre écrite par le gouvernement florentin pour réfuter cette accusation, qui avait
IL Les Osmanlis.
Cette iuterniption de la navigation entre B'iorence et Constantinople ne fut pas de longue durée. En 1465, les galéasses florentines à. destination de Constantinople étaient encore passées par Chio, et les termes de la lettre de remerciements, adressée à la mahone par le gouvernement florentin pour le bon accueil fait à ses marins, prouve que l’on songeait à envoyer une expédition semblable en 1466. > Alors se produisit l’interruption dont nous avons touché un mot an paragraphe précédent; elle se prolongea jusqu’en 1472. Cette année-là, deux bâtiments mirent de nouveau à la voile pour Constantinople; comme le sultan demandait des explications sur cette longue absence, on prétexta, entre antres raisons, les ravages exercés par la peste dans tout l’empire des Osmanlis et en particulier dans les ports fréquentés par les Florentins.^ D’ailleurs, le rappel des chefs des maisons florentines n’avait été suivi ni d’un arrêt du trafic commercial ni de la suppression de la colonie de Constantinople. Celle-ci continua de subsister avec son consulat; seulement, pendant ces quelques années, ses rangs furent grandement éclaircis par la peste ou par d’autres causes, et comme le nombre des morts ou des individus partis pour fuir l’épidémie était considérable, le gouvernement fiorentin dut prendre des mesures sérieuses pour la conservation de leurs biens.’ Les maisons de commerce n’avaient pas été fermées, car, d’après une liste de celles qui se trouvaient sous la protection du consul Mainardo Ubaldini en 1469, nous voyons que le nombre s’en élévait pour la Turquie à cinquante;^ il faut, par conséquent, admettre qu’en l’absence des chefe, rappelés par leur gouvernement, leurs comptoirs étaient tenus par des représentants. Enfin, il y eut toujours un afflux de nouveaux arrivants, attirés dans le pays par le désir de chercher fortune.’ Entre 1470 et 1480, les départs de navires furent interdits encore une fois à Florence, mais cette prohibition n’arréta pas le mouvement d’émigration: cette mesure était fondée sur la situation politique de l’Italie et le gouvernement florentin fournit à ce sujet au sultan des explications satisfaisantes.’ Mahomet II ne varia pas dans sa bienveillance à l’égard des Florentins;’ il en donna une
été portée devant Matliiaii, roi de Honnie, par des ambassadeurs vénitiens.)
‘ Doc. suUe relax, losc.. p. 206.
’ Ibid. p. 217.
* Ibid. p. 206 et ». Lettres de 1467.
En 1469, une autre épidémie enleva plusieurs Florentins: Dei, p. 262 et s.
‘ (Pag;nini) Delta deeima. H, 303.
‘ Doc. suite relax, (ose., p. 217, 237.
• Ibid. p. 230.
’ Ibid. p. 211, 217 , 222 et s. Les
“Ultimi Capituli concessi dal Oran Signore alli Fiorentini'', publiés dans (Fagnini) Délia deeima, U, p. 281 et s., ne portent pas de date: c’est dommage. Dans ses annotations aux Doc. suUe relax, tose., p. 496, M. Oins. Muller pense pouvoir les attribuer à Mahomet II. On y lit que les Florentins sont autorisés à nommer un baile & Constantinople; en réalité, le chef de la colonie florentine ne porta .jamais ce titre. Nous trouverions nous la
342 Troisihnr. }tériodr. — Décadetice dti commerce du Levant.
preuve particulièrement sensible aux Médicis, en ordonnant l’arrestation et l’extradition du meurtrier de Julien de Médicis.’ Cependant il se produisait au sein de la colonie des désordres qui faisaient peu d’honneur à la nation et qui même lui causaient un tort matériel. Un grand nombre de colons cherchaient à se soustraire à. l’autorité du consul et s’adressaient aux fonctionnaires turcs qui, parmi -il, favorisaient leur insubordination. L’union si nécessaire entre colons faisait complètement défaut; peut-être les querelles de partis qui déchiraient la mère-patrie avaient-elles étendu leurs ramifications jusque-là.*
A l’avénement de Bajazet II (1481) la Seigneurie de Florence négligea de lui faire porter ses complimente par un ambassadeur. Eln 1483, le sultan en envoya un à Florence: cet ambassadeur se nommait Ismaïl: son maître, dit-il, avait regretté de ne pas voir de représentant de Florence parmi ceux des puissances amies de son père; cependant, il désirait la reprise du service de navigation commerciale entre Florence et Constantinople et pour sa part il était disposé à traiter les Florentins avec la même faveur que son père; il s’engageait à leur acheter cinq mille pièces de drap par an et consentait à les exempter d’une taxe qu’ils avaient payée jusqu’alors.* La Seigneurie fit le meilleur accueil à ces ouvertui^es, et, en 1488, pour répondre à la démarche du sultan, elle envoya en ambassade Andrea de Médicis. Analysons les instructions remises à cet ambassadeur. Nous y voyons qu’avant tout il doit cherchei' à obtenir la confirmation des privilèges accordés par Mahomet II* il en trouvera le document original entre les mains du consul de Constantinople; si le consul et le corps des marchands lui montrent dans cette pièce des lacunes qu’il serait utile de combler dans l’intérêt du commerce florentin, il demandera pour ses nationaux des prérogatives plus étendues. Un point important qu’il ne doit pa« perdre de vue, est l’obtention pour le consul florentin de la juridiction civile et criminelle pour toutes les affaires concernant exclusivement ses nationaux, du droit de produire librement des témoins pour la constatation des faite, dans tous les procès entre Florentins et sujets d’autres nations: enfin, du droit de prononcer la sentence dans les procès de cette nature, toutes les fois que les étrangers n’auront pas de consul à eux sur place. Au chapitre des réclamations nous relevons les pointe suivante: les
en face d’un document contenant le» premières concessions accordées par le sultan, celles qui précédèrent l’établissement d'un chef de la colonie florentine?
' Doc. mite relax, toac., p. 282 et s.. 885 et SS., 830 et s.
' Ihid. p. 210, 219, 234 et s.
” f)oc. atiile relax, loae., p. 236, complétés au moyen d’un passade de la 0ironique de Modène. de Jacopino de’ Blanchi, dit de’ Laucelotti (Mimumenti di storin patria délie provineie Modeneai. Sérié delle Oronaehe, I, Parma, 1861), p. 80.
//. Les Osmattlis.
(lorentins qui font la travei'sée de Lecce à Avlona éprouvent à l’arrivée dans ce port toutes sortes de difficultés de la part des autorités torques: on pourrait leur éviter ce désarment en les autorisant à s’embarquer sur des navires turcs. En second lieu, il arrive souvent que ces marchands sont obligés de transporter les mêmes marchandises de ville en ville et qu’on leur fait acquitter deux fois et jusqu’à trois fois les droits, tandis qu’il suffirait, pour les délivrer de cet abus, qu’ils pussent produii-e un reçu du percepteur de la première des localités par lesquelles ils doivent passer. Enfin, l’ambassadeur devra se renseigner exactement sur la manière dont le consul en exercice remplit ses fonctions et rappeler à l’ordre les colons dont la conduite désordonnée serait de natui-e à jeter une tache sur le nom florentin.* Nous ne savons malheureusement rien des suites de cette mission, car il n’existe dans les archives aucune trace du privilège que devait rapporter l’ambassadeur, pas plus que de celui qu’avait obtenu son prédécesseur. En effet, le dossier réuni sous le titre de Capitula considum Romaniœ ne contient que des lois et réglements spéciaux à la colonie, mais portant sur des points qui n’exigeaient pas une entente préalable avec le sultan. En 1499, un nouvel ambassadeur, Geri Risaliti, se rendit à la cour de Bajazet, empoitant des instructions tout à tait analogues à celles d'Andrea de Médicis. Il devait, lui aussi, demander la confirmation des anciens privilèges et rapporter la chaite de concession rédigée dans les deux langues grecque et latine ou, tout au moins, en grec, car le grec était encore la langue officielle employée par la Porte dans ses transactions avec les autres nations. Ce document est pei’du comme les autres; on sait seulement que l’ambassadeur fut parfaitement reçu.* En général, les letti’es de diverse nature adre.ssées au sultan par le gonvemement florentin, et particulièrement les lettres de recommandation poni- de nouveaux consuls ou des mai'chands, dénotent une grande confiance en son esprit de justice et sa bienveillance.* Cependant en 1506, la Seignenrie dut réclamer contre l’application d’un nouvel impôt de 6 ®/o ^ valorem dans la ville de Castelnuovo, située à l’entrée des Bouches de Cattaro. Cette lourde chai'ge n’atteignait pas les voyageurs arrivant par mer, mais ceux qui faisaient route par voie de terre, et c’était le cas de la plupart des marchands fiorentins:* c’est pourquoi le gouvernement de Florence en
' Doc. suite relax, loge., p. 238 et s. Lee plaintea sur la mauvaise conduite d’un ^od nombre de colons se retrouvent encore à la p. 253 (année 1503).
’ Ibid. p. 242 et ss., 245 et s. Voyez à ce sujet Makuscev, L c., p. 463 et s.; d’après cet auteur, Risaliti serait reparti
pour Constantinople aussitôt après avoir terminé sa première mission.
” Doc. suite relax, tose., p. 237 , 240 et 8., 244 et s., 247—249, 251 et s., 254 et 8., 266 — 268.
' “Considerato che loro soli, venendo per terra, hanno ad supportare questa fta-
344 Troisième itérimle. — Décmieiicc du eommerce du Tevutd.
demanda l’abolition au sultan. Ce détail nous fait connaître qn’après de fréquentes interruptions le service de navigation créé par le gouvernement florentin avait fini par être supprimé tout à fait ou peu s’en faut. En 1600, on annonçait encore au sultan l’arrivée d’un navire marchand,^ mais il n’était plus question depuis longtemps des galéasses de la République qui naviguaient trois par trois. Le traflc commercial se faisait par bâtiments étrangers et la plus grande partie suivait la voie de terre. Il n’était, d’ailleurs, nullement en décroissance: en 1507, on comptait â Constantinople de soixante â soixante-dix marchands florentins, dont les affaires atteignaient annuellement nu chiffre de 5 à 600,000 ducats; leur richesse leur donnait une puis.sance énorme et ils faisaient aux Vénitiens tout le mal qu’ils pouvaient.’
Les principales maisons de commerce florentines avaient leui-s comptoirs à Constantinople ou à Péra, mais principalement dans ce fauboui'g qui, du reste, était le quartier habité par la presque totalité des chrétiens.’ A partir de l’an 1500, le consul (C Constantinopolis. c. Perte, c. Levantis) dut, pai' ordre du sultan, adopter le titre turc d’émiti.^ La durée de ses fonctions était en général de trois années. Tout sujet florentin établi en territoire tuic on de pa.ssage avait droit à sa protection, mais, par contre, il devait obéissance à ses ordres et il était soumis à sa juridiction. Le consul avait le di*oit de punir les actes de désobéissance ainsi que de livrer aux autorités turques et de faire expulser du pays les débauchés incorrigibles, les vagabonds et les blasphémateurs. Il jugeait les procès entre Florentins. Le chancelier du consulat, choisi parmi les notaires immatriculés à Florence, était chargé de la rédaction du procès-verbal des audiences, des séances du conseil, des élections etc., et de l’inscription des ircettes et des dél>enses. Le consul avait le droit de percevoir certaines taxes ( emoJumenti consdlaggi) .sur les articles importés par ses nationaux, et le tiers des amendes, mais le commerce lui était intei*dit. Il payait lui-méme les traitements du chancelier et du drogman. Il administrait les finances de la colonie et sa comptabilité était révisée deux fois par an par une commission de deux vérifleateurs choisis parmi les membres de la colonie de Constantinople ou de Péra. Un fonds spécial formé au moyen de droits perçus sur certaines marchandises était affecté au traitement du chapelain et à l’entretien du culte. Comme tous les sujets
belU, et non quelli che veugonu per mAre." Doc. suite relax, lose., p. 266.
■ Ibid. p. 247.
’ Rapport de Jac. Ooutarini. daiia Saiiuti», Diarii. \TI, 19.
’ Kamberti, danx lea Viayiji alla Tnna.
* Poe. suite relax, lose., p. 246, 338. et, à partir de là. dans tous les documenta po»tiTie\irs.