‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 13 sur 49 · Les états croisés au 1er siècle de leur existence · texte numérisé non relu

Les états croisés au 1er siècle de leur existence

au Xm® siècle, le rendez-vous d'un grand nombre de vaisseaux venus de diverses directions.^ Aden était en pleine prospérité et ses relations se développaient de plus en plus.^ C'était le point de départ des navires qui fsdsaient voile pour le Sind, pour l'Inde, pour ITndo-Chine et même pour la Chine; ici Khan-fou était le terme de la navigations^ dans tous ces pays les vaisseaux marchands chargeaient, comme fret de retour, du musc, de l'aloës, du bois d'aloës, du poivre, des cardamomes, de la cannelle, des racines de galanga, des noix muscades, du camphre, des clous de girofle, etc. S en un mot toutes les épices dont la possession était considérée par les occidentaux comme le plus précieux résultat de leurs relations avec l'Orient De l'autre côté, c'est à dire du golfe Peraque, il partait également des flottes de vaisseaux marchands pour les mers de l'Inde et de la Chine. Les habitants de Sirâf n'avaient pas perdu leur amour pour les entreprises lointaines, et leur activité ne profitait pas seulement à leurs environs, c'est à dire à la province du Fars; lern* ville passait pour fort riche.* L'un d'eux faisait tant d'affaires avec la Chine qu'une fois un de ses agents rapporta de Ehan-fou, en un seul voyage, des marchandises pour une valeur de 500,000 dinars. En 1137, ce même grand commerçant flt don à la mosquée de La Mecque de précieuses tentures en soie de Chine, ce qui lui acquit une célébrité parmi ses coreligionnaires.^ Cependant il paraît qu'au commencement du Xin® siècle la décadence commençait; quant Yaqout visita Sirâf, il n^y trouva plus que quelques pauvres habitants; les belles habitations des ÜGunilles riches d'autrefois étaient désertes et tombaient en ruines.^ L'île de Keïch avait ravi le premier rang à la ville de la cote; li régnaient des maîtres énergiques; ils avaient étendu leur pouvoir sur toutes les îles enwonnantes; leurs flottes avaient pillé bien des navires, porté leurs ravages sur bien des côtes et s'étaient fait un nom redouté jusqu'aux Indes.® Leur influence, ou pour mieux dire la pression qu'ils

^ Ibn-al-Mogawir (1228), cité par Miles, ^ V^üstenfeld, Jakut's Beiaeny dans la

Aßcowü of KJalhat, danß VJMüm Anii- Zeitsehr, der detttsek, morgenl. Oea. XYIII,

quary, IV. (1876), p. 48—51. 420 et s. Yaqout, Dietiorm. de la Perse,

' Aden mérita plus longtemps que So- par Barbier de Meynard , p. 832. Un

hâr, le surnom de "Vestibule de la Chine" chroniqueur du XV« siècle, Hafiz- Abrou,

donné à ces deux ports de mer par Pan- (dans Ouseley, Travels m vartous eountries

cien géographe arabe Mokaddasi;yoy.Eara- of tfie East, I, 178 et s.) place à tort la

bacek, Uéber einige Benennungen mittel' chute de Sirâf à Fépoque où Roukn Adda-

aUerltcker Oewebe, I, p. 15. oulah (mort en 976) régnait sur le Fars:

* Edrisi, I, 84 et s., 99. voy. Weil, Gesch. d. Chalif III, 23 et s.

* Ibid. I, 51. » Edrisi, I, 59, 152, 171: Jaqout, dans ^ Ibid. I, 897. Wüstenfeld, op. cit. p. 419 et s.; dans ^ Pariset, Histoire de la soie. II, 142, Barbier de Meynard, p. 489 et s.: Hammer-

uotl, suivant une communication de Goeje. PurgstaU, Oesek. d. Ilehane, I, 239> rap-

166 Deuxième période, — L Fondation des colonies commerciales,

exerçaient, fit de Eeïch le principal mouillage des vaisseaux an*iyant des Indes ;^ pas un navire venant des pays du Tigre et de TEuphrate n'eût osé passer en vue de lUe sans y fiedre escale.' Elle devint ainsi un marché important Les marchands de Tlnde et de Flndo- Chine y vendaient en grandes quantités leurs épices à ceux d'Arabie, de Perse et de Mésopotamie, qui y appoi*taient de leur côté les produits de l'industrie et de l'agriculture de leurs pays.^ Des marchands en gros de toutes sortes s'y donnaient rendez-vous. Un passage du poète Saadi peut nous donner l'idée de ce qui s'y traitait d'affaires: un riche marchand qu'il avait rencontré à Keïch lui dit, au cours de la conversation, qu'il allait faire son dernier voyage avant de se retirer des affaires et qu'il était occupé pour le moment à faire charger du soi^e de Perse pour la Chine oà cet article atteignait en ce moment des cours trèsélevés, après quoi il expédierait en Grèce de la porcelaine de Chine, aux Indes des brocarts de Grèce, à Âlep de l'acier des Indes, dans l'Yémen du verre d'Alep et, enfin, en Perse des étoffes rayées de l'Yémen.* Saadi ne dit pas si ce marchand était originaire de Eeïch, mais cela n'est pas probable, car les indigènes de 111e n'étaient pas grands voyageurs; ils se contentaient de servir de courtiers aux marchands étrangers.^ A côté des produits de l'Inde, un des principaux conunerces du marché de Eeich était celui d'un produit du golfe Persique, nous voulons dire celui des p^es; il y avait plus de trois cents pêcheries échglgnnées le long des côtes et particulièrement près de l'île d'Aval (Bahrain); aussi était-elle continuellement le rendez-vous de nombreux marchands.^ La plus grande partie de ces perles remontait vers le Nord, par les bouches du Tigre ^ et allait s'entasser sur le grand marché de Bagdad, Tant que la domination des califes subsista, Bagdad fut un des principaux marchés de l'Asie; les produits de la Perse, de l'Asie centrale et de la Chine y arrivaient par voie de terre. Les caravanes parties de Perse dans la direction de l'ouest se dirigeaient de préférence sur Bagdad, ce qui était tout naturel, vu la suprématie que les califes exerçaient sur ce pays. D'un autre côté, les Arabes, Persans et Tadjiks établis dans la Transoxiane,

porte une tradition fabuleuse relative à du Oulistan de Sadi (écrit en 1268) ; yoj.

la rapide fortune de Keïch. la trad. française par Defrémery, p. 177

* Yaqout, op. cit. —179.

• Mareo Polo, éd. Pauthier, I, 47. * Beiy. TudeL 1. c.

' Bef^\ ofTudda lUnerary, éd. Asher, " Edrisi, I, 872 et ss.

I, 137: Zaccaria Eazwini et AbdaUah ' Là ils avaient encore affaire à la

Scliirazi, cités par Ouseley, Travels in douane du sultan de Keïch; yoy. Yaqout,

variau8 eotmtries of the East, I, 171 et s. dans Barbier de Meynard, p. 112; dans

^ Ce détail se trouve dans la vingt- Wttstenfeld, p. 418 et s. deuxième histoire du troisième chapitre

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