Les états croisés au 1er siècle de îêur existence
profit de leur commerce avec le Levant Leurs vaisseaux touchaient barre à Messine; dès le commencement du Xn« siècle, ils y avaient établi un consulat^ ils y possédaient en outre, sous l'invocation de S* Jean on fondaco (entrepôt)^ qui devait fréquemment renfermer des marchandises du Levant, apportées par des vaisseaux génois retour d'Alexandrie ou de Sjrrie, pour être revendues en Sicile.^ Les Amalfitains avaient aussi un entrepôt à Messine.^ Les Pisans paraissent avoir été moins favorisés; l'intimité de leurs relations avec les Hohenstaufen leur faisait sans doute tort aux yeux des derniers rois normands. ^ En raison de cette situation, il semblait qu'ils dussent profiter de toutes façons, en faveurs et en acquisitions de biens, de l'expédition préparée par Frédéric Barberousse et que son fils Henri VI mena à bonne fin par la conquête de File. Us avaient fait alliance avec l'empereur ainsi que les Génois, fort peu gibelins cependant; ils furent joués et se virent refuser le salaire qui leur avait été promis.® Sur ces entreMtes, Henri VI mourut et les Pisans profitèrent de l'interrègne qui suivit cet événement pour s'emparer de Syracuse. Mais les deux empereurs avaient précisément promis cette ville aux Génois, et ceux-ci ne pouvaient admettre que Pise commandât en souveraine dans une ville sur laquelle eux-mêmes avaient jeté leur dévolu. En 1204, un certain nombre de vaisseaux génois étaient réunis à l'ancre devant l'île de Crète; l'un d'eux, commandé par un certain Âlamannus de Costa avait pris une grande quantité d'armes aux Pisans dans un combat naval; on se sentait en nombre et assez forts pour tenter un coup de main sur Syracuse. En route la flotte fut re^jointe par un autre Génois, le comte Enrico Pescatore de Malte; au bout de sept jours de siège la place tomba au pouvoir de ces hardis forbans; ils en prirent possession au nom de la république de Gènes et établirent comme gouverneur Âlamannus de Costa qui s'attribua le titre de comte de Syracuse,^ et sut s'y maintenir pendant de longues années; de là, il envoyait ses vaisseaux en croisière dans toute la Méditerranée pour enlever les vaisseaux des ennemis de Gènes.^ Enfin,
morceaux détachés d'un seul document * Gregorio, Consideraxùmi, H, 296.
appartenant à Tannée 1156; voy. Atti • Lib. jur. I, 207 et ss., 869 et ss.;
deUa Società lAgure, I, 289 et s. Dal Borgo, Dipl. Pis. p. 26, 84; Annal,
* Voy. le diplôme du roi Roger II cité Jan, p. 108—110.
ci-dessus. ^ Ce fait de guerre est relaté dans
' Annal. Jan. ad. an. 1194, p. 108. les Annal. Jan. p. 121 et s. Sur le titre
* Lib. jur. I, 202. pris par Alamannus, voy. Pirri, Sieil.
* "Bavellus magister Âmalphitanorum sacra I, 668, U, 986 et s. Measanae,** figure comme témoin dans un ^ Annal. Jan. p. 128 et s., 127, 129, document de l'année 1172, cité par Gre- 180, 182, 188, 141. Nous en reparlerons, gorio, 1. c. p. 28.
184 Dmodème période! — L Fondation des colonies commerciales.
en 1221,1 Frédéric n mit fin à cet état de choses et, en même temps, à la domination de Gènes sur Syracuse; il avait, pour agir ainsi, un motif: c'est que ces territoires, dont la situation à l'égard de l'autorité royale se réduisait à une dépendance purement nominale, ne pouvaient cadrer dans le système de rigoureuse centralisation qu'il s'appliquait ä introduire en Sicile. C'est ainsi qu'après dix-sept années de possession, Gènes perdit une des stations les plus importantes pour son commerce du Levant; elle essaya de la reprendre en s'alliant avec l'Église contre l'empereur et en se la faisant céder à titre de fief du Saint-Siège;^ l'événement prouva que c'était une illusion. A la même époque l'empereur retira aux Génois la propriété d'un palais situé à Messine et que lui-même leur avait donné en 1200.^ En dehors de ce désaccord qui fut, il est vrai, d'assez longue durée, les règnes de Frédéric n* et de son fils Manfred^ marquèrent cependant une période très-&vorable aux Génois; les deux princes leur accordèrent une foule de concessions et de privilèges qui, en dépit de la perte de Syracuse, firent d'eux la nation la plus favorisée, et leur donnèrent dans la Sicile une situation tout à £Bdt prépondérante.
A l'époque où Gènes et Pise se disputaient la possession de Syracuse et où la querelle se terminait au profit de la première, un nouveau conflit s'ouvrait entre celle-ci et une autre puissance, au sujet d'une autre station du commerce du Levant II s'agissait de savoir si Candie serait vénitienne ou génoise; la question resta longtemps indécise et Venise dut feiire appel à toute son énergie pour conquérir et conserver cette île. Nous aurons l'occasion de revenir un peu plus loin sur l'historique complet de cette lutte.
Ces faits nous montrent les nations commerçantes cherchant à / prendre avantage les unes sur les autres par la possession des stations
^ Anfud, Jan. p. 146. Cf. sur ce point Miscell. di stona itaHanOf X, 89 et as.),
Winkelmann, Kaiser Friedrich II, p. 143 par la république de Gènes le 17 Sept.
— 146, 165. 1359 (Lib. jur. I, 1293); autre diplôme,
' Yoy. le traité d^alliance conclu en contenant des dispositions identiques, du
1239 entre le pape Grégoire IX d'une mois du Juillet 1261 (Lib. jur, I, 1346
part, Gènes et Venise d'autre part, dans etss.; Orlando, 1. c. p. 115 et ss.). Dans
le lAb, jur, I, 980 et ss. l'introduction des Pandetta deUe gabelie,
' Lib. fur. I, 462 et s. 1. c. p. 31, Vayra admet que Manfred
* /&m{. I, 462, 564: ^nno/. Jan. p. 139: avait accordé aux Génois l'exploitation
Lib. jur, I, 653 et ss., 774 et ss. exclusive des marchés de la Sicile; il inter-
^ Diplôme de l'an 1257, ratifié par prête mal le passage en question (p. 90),
Manâred le 22 Mars 1259 (Orlando, Un qui signifie seulement que les Provençaux,
codice di leggi e diplomi Sieiliani del Bomains, Toscans, Vénitiens, Pisans et
medù) evo. Palermo, 1857, p. 102 et ss. ; Siciliens qui chercheront à se faire passer
Pandetta dette gabeUe e dei diritH deUa pour Génois ne jouiront pas des franchises
curia di Messina, éd. SeUa, dans les accordées à ces derniers.
/. Les états croisés au 1er siècle de leur eodstence. 186
échelonnées sur le chemin de l'Orient; nous allons avoir maintenant une preuve des efforts que faisaient les plus anciennes et les plus fortes pour barrer totalement la route aux plus jeunes. Depuis le commencement du Xn« siècle, au plus tard, un trafic des plus acti& s'était développé entre les villes commerçantes de la côte occidentale d'Italie et le midi de la France. Nous n'en voulons pour preuve que les nombreux traités conclus par Gènes surtout, mais aussi par Pise, avec différentes villes grandes et petites et différents seigneurs de la France méridionale: le but de ces traités était d'assurer partout à leurs marchands un bon accaeil et de garantir la sécarité des personnes et des marchandises sur terre et sur mer.^ Les longues guerres issues de la rivalité de Gènes et de Pise eurent souvent pour théâtre le littoral du midi de la France, ce qui démontre l'importance des intérêts que les deux républiques avaient à sauvegarder dans ces régions et la valeur des biens mobiliers et immobiliei-s qu'elles y défendaient L'ardeur des marchands italiens à s'ouvrir des débouchés en France et à y créer des établissements procurait assurément des avantages immenses aux habitants du midi de ce pays et indirectement aussi à leurs voisins du nord; ces marchands apportaient avec eux et en quantités les produits les plus variés de tous les pays. Â l'époque où Benjamin de Tudèle visita Montpellier (1166 — 1167), cette ville était devenue un marché cosmopolite d'une telle importance que les marchands y affluaient des pays musulmans aussi bien que des pays chrétiens;' au dire du voyageur auquel nous empruntons ce détail, elle devait cette prospérité à la présence des marchands génois et pisans.^ La même cause sans doute faisait le succès des foires de Saint-OiOes et de Fr^us; car il est surabondamment prouvé que les Génois et les Pisans y tenaient boutique.^ Dans certaines grandes villes, telles que MonIpéUier et Narbonne, les deux nations entretenaient des dépôts permanents^ et leurs magasins y
^ H est impossible de citer en détul 1277: Ganftle, Nuopa iatoria di Qtnova,
tous les documents contenus dans le 1, 333.
Liber jurium de Gènes, les deux ouvrages ^ A Narbonne, les Génois avaient ache-
sur Montpellier par Germain (Histoire de té dès Tan 1132, une place pour bâtir
la commune de M. et Histoire du com- un entrepôt: Lib, jur, I, 39: de plus,
merce de M.) et d^autres encore. Guillaume Y de Montpellier (f 1121) as-
' Beig. de Tud. énumère les pays signa à la commune de Gènes une maison
suivants: TAlgarve (Portugal), la Lom- sise dans Montpellier; ibid. I, 88: il en
bardie, FEmpire romain (1* Allemagne?), est fait souvent mention dans les traités
rÉgypte, la Palestine, la Grèce, la France, postérieurs; voj. Germain, Hist de la
rSspBgne, PAngleterre. corn, de Montp. n, 424, 431, 434, 476:
' Ed. Asber, p. 33. Lib. jur. I, 1146. L'original d'un traité
^ Maraag., Annal, Pis. p. 253 bis 266: entre Montpellier et Pise est daté comme
Annal. Jan. p. 66: Lib.jur. 1, 512 et ss., il suit: ''6 Febr. 1177, apud Montempessu-
186 Deuxième période. — 7. Fondation des colonies commerciales.
étaient ouverts toute l'année. Mais ces villes du Midi avaient aussi leur marine à elles, et il ne s'agit pas ici seulement des viUes situées sur le bord de la mer, mais aussi de celles qui ne communiquaient avec elle qu'indirectement, comme par exemple Arles par le Bhône, Narbonne par l'Aude, Montpellier par le port de Lattes et plus tard par Aiguës* Mortes. Leurs vaisseaux ne se bornaient pas à faire le cabotage le long des côtes voisines d'Espagne et d'Italie; ils £edsaient fréquemment des voyages dans le Levant; c'était un effet nécessaire des croisades. Ce trafic ofeait aux pèlerins des âu^ilités qui en accroissaient énormément le nombre. Vers 1238, Marseille expédiait, deux fois par an, au mois de mars (vers Pâques) et au mois d'août, des convois entiers de pèlerins, et les autorités municipales exerçaient une surveillance active pour assurer aux pèlerins embarqués un espace suffisant et de bons traitements.! C'était encore du port de Marseille que partaient, avec la permission des autorités, aux époques des traversées, les vaisseaux équipés par les Templiers* et les chevaliers de Si Jean' pour le transport des pèlerins en Palestine, et un vaisseau appartenant au comte d'Empurias, pour lequel une agence (Tabula) spéciale recrutait des passagers sur place.^ Il partait encore beaucoup de pèlerins de St Gilles,^ quelques-uns d'Arles,^ d'autres, nous le vendons, de Narbonne. Le transport des pèlerins n'était d'ailleui*s pas le seul motif de ces voyages; une partie du chargement était formée par des marchands et des marchandises,^ surtout depuis que les Marseillais avaient obtenu la concession de quartiers de commerce dans le royaume de Jérusalem. Voir que les Français du midi expédiaient eux-mêmes des vaisseaux en Orient et allaient y chercher eux-mêmes les marchandises dont ils avaient besoin, sans passer par l'intermédiaire dés Italiens, c'était constater une rivalité à laquelle les Génois ne pouvaient se résigner de bonne grâce. La république
lanum in domo Pisanorum,'^ et signé par citer les plaintes des armateurs du port de
"ndebrandus Pisanomm consul et in Pro- Marseille; voy. Prutz, OulHirffeach. der
vincia legatus." Sur Vexistence de la co- R^euxx. p. 105.
lonie et du consulat de Pise à Montpellier, ^ Teulet, Layettes du trésor des Ghartes^
voy. Germain, Eist, du commerce de Montp. I, p. 489 et ss.
I, 113, not 1, 334—236, 896. ^ Beig. de Tudèl., éd. Asher, H, 36.
* Méry et Guindon, Eist, de la muni- " Leges mumeipcdes Arelaiis 1162— cipalité de Marseille, II, 279 et ss., IV, 1202, cap. 140, dans Giraud, Essai sur 118 et ss., 128 et ss. rhist, du droit français au moyen-âffe II,
* Winkehnann, Acta imperii inedäoy 232 et s.
p. 117. ^ Les yaisseaux des templiers équipés
' Paoli, Ck)d. dipl. I, 124—127. Les pour le service des pèlerins étaient ex-
yaisseaux équipés par les ordres religieux pressément autorisés à embarquer des
transportaientjusqu'àquinae cents pèlerins marchands et des marchandises; Toy.
à la fois; cette concurrence finit par sus- Winkelmann, op. du
L Les états croisés au 1er siède de leur existence. 187
trahit ses visées en 1109, en exigeant de Bertram, comte de Toulouse, l'engagement de refuser l'entrée de la ville St GiUes, qui lui appartenait, à tont marchand venant de la mer, s'il n'était pas génois. ^ Cela ne tendait à rien moins qu'à réduire les villes du midi de la France à un état de subordination complète à l'égard de Gènes, dans le domaine du commerce et de la navigation, et à créer en faveur de cette république une prépondérance maritime' semblable k celle que Venise avait conquise dans l'Adriatique, mais dans des conditions autrement fitvorables. Les Génois surveillaient même d'un œil jaloux l'importance politique chaque jour plus grande des bourgeoisies de la Provence et du Languedoc. En 1143, ils aidèrent Guillaume IV, seigneur de Montpellier, à comprimer un soulèvement communal* et, en retour de ce service, il dut leur promettre l'exemption des droits de déchargement pour leurs vaisseaux dans le port de cette ville; de plus, il s'engagea & n'accorder l'entrée et la sortie du port qu'aux vaisseaux appartenant à des habitants de Montpellier et naviguant uniquement à destination des côtes d'Espagne ou pour le transport des pèlerins; il devait être interdit aux gens de Montpellier de naviguer vers l'est sauf le long des côtes et point audelà de Gènes (il va de soi que le transport des pèlerins était tacitement exclu de cette clause). Cette convention ne devait, il est vrai, avoir qu'une durée de cinq années; mais, dans un nouveau traité en II669 les Génois maintinrent la prétention de réduire la marine de Montpellier au cabotage, à l'ouest jusqu'en Espagne, à l'est jusqu'à Gènes.^ Toutes les villes maritimes du midi de la France n'étaient pas, il est vrai, aussi maltraitées par eux; ils entretenaient de bonnes relations avec Narbonne et permettaient à ses marins de naviguer dans toutes les directions, à condition toute fois qu'elle n'expédiât diaque année qu'un seul vaisseaux chargé de pèlerins.^ Interdiction et autorisation avaient également pour base la prétention des Génois de s'arroger le droit de déterminer suivant leur bon plaisir la distance à laquelle les Français du midi pourraient s'avancer dans la Méditerranée. Cette prépondérance serait devenue absolument insupportable s'ils avaient pu mettre à exé-
* Lib. jur, 1, 19. ' Geimaini Eist, de la commune de
* Cf. les explications de Ck)m. Desimoni Montpellier, I, 12.
sur le terme pelago (haute mer) dans les * Lib, jfwr, \, 88, 182.
documents génois (Atti délia Sœ, Lig. ' Traité de l'an 1166, dans Vie et
II, 2, p. 740—742, et m, p. xc.); il Vaiaaette, Eist, de Languedoc, éà.Bnmège,
en ressort qu'autrefois Gènes considérait IV, 517 et s. Ces pèlerins ne devaient
la haute mer comme son domaine propre être originaires ni de Montpellier , ni de
et entendait réduire au seul exercice du S^ Gilles, ni du pays compris entre le
cabotage les autres nations maritimes de Bhône et Nice (la Provence), la partie occidentale de la Méditerranée.
188 Deuxième période. — L Fondation des colonies commerciales.
cution le projet formé par eux, de concert avec Baimond, comte de Toulouse (1174), d'envahir la Provence avec leurs forces réunies. Le partage du butin était convenu d'avance et les Génois s'étaient réservé, en particulier, la propriété de la ville de Marseille; de plus, ils avaient la promesse que, sur toute l'étendue des territoires dépendant du comte de Toulouse, les ports ne seraient ouverts qu'aux Génois et aux nations autorisées par eux, et qu'il serait interdit, même aux sujets du comte, de faire naviguer des vaisseaux en haute mer sans la permission des consuls et de la majorité du conseil de G^nes.^ Un peu plus et le commerce et la marine marchande du midi de la France étaient réduits à une situation semblable à celle d'Âlbenga, de Savone, de Vintimille et autres villes de la Biviera di Ponente, auxquelles la puissante république avait imposé son hégémonie.^ Heureusement cette campagne échoua, et une autre conjuration, formée en 1176 entre le comte de Toulouse, divers autres seigneurs et Gènes, pour détruire Marseille et son port,' eut le même sort.
Du moment que les Génois faisaient leur possible pour empêcher les navires marchands du midi de la France d'aller en Orient, il était tout naturel qu'ils cherchassent à harrer aux Provençaux le chemin de la Sicile; ce sont deux idées étroitement connexes: en effet, nous avons vu que la Sicile était une des stations les plus importantes de la route du Levant En 1166, la république eut à envoyer un ambassadeur au roi normand Guillaume I^ de Sicile, pour demander la confirmation des immunités dont elle jouissait dans l'Ue et en réclamer d'autres; elle prétendait, entre autres choses, obtenir de lui l'engagement de refuser l'entrée des ports de son royaume aux navires marchands provençaux, et la promesse de ne pas expédier lui-même de vaisseaux marchands siciliens vers le midi de la France.^ Plur tard, Frédéric Barberousse, ayant besoin du concours des Génois pour arracher aux Normands la possession de la Sicile, leur accorda pleins pouvoirs pour empêcher les Provençaux et les Français du nord (Francigenas) de fedre le commerce avec la Sicile et la Basse -Italie et pour leur barrer la route par tous les moyens à leur disposition, à l'aller et au retour.*
^ lÀb. jur. 1, 294—300. Le comte ^ Ibid. I, 203. Dans ce passage, j'ad-
Baimond avait, d'aiUeurs, déj& pris des mets contrairement à Tavis de Langer,
engagements analogues en 1171: Ibid, op. eu. p. 64, que le mot ^illuc" ne se
I, 256. rapporte pas à ^'regnum nostrum** mais à
' Pour savoir à quel point étaient des tels que "terra Provenzalium^ qu'il
étroites les limites dans les queUes leurs faut igoutér par la pensée. Pour admettre
vaisseaux pouvaient naviguer, voy. Lib. l'explication de Langer il faudrait faire
jur. I, 106, 312, 316, 436, 448, 461, 475, abstraction des mots ''de nastris navibus".
478, 621, 1040, 1079, * i««. I, 208 et s. Henri VI ré-
' Lib. jur. I, 302. produisit mot pour mot cette disposition
L Les Hots croisés au Itr siècle de leur existence. 189
Toat cela resta heuFeasement à l'état de projet Les Génois finirent par oomprendi*e que tontes les entraves possibles se briseraient à la longne sans empêcher l'essor de la marine provençale. Les traités conclns an conrs dn XIQ* siècle entre les communes de Gènes et de Montpellier ne portent plus trace des prétentions exagérées de Gènes, et l'on y trouve les noms de marchands de Montpellier qni font des séjours à C!onstantinople ou en Syrie, sans que Gènes élève de réclamations contre l'extension du commerce de sa rivale.^
Tandis que les Provençaux échappaient indemnes à l'oppression des Génois, Amalß était victime de la jalousie d'une rivale. Voici comment: pendant le règne de Boger n, Fise trouva bon de s'immiscer dans les a&ires du royaume normand d'Italie; le roi cherchait à concentrer le pouvoir entre ses mains, et cette prétention avait suscité une révolte de ses barons; d'accord avec le pape Innocent n, les Pisans leur offirirent leur appui et envoyèrent à leur aide des vaisseaux de guerre et des troupes.* En même temps, l'occasion leur parut bonne pour assouvir leur haine contre Amalfl. Un beau jour, une flotte de quarante -six galères investit la ville à l'improviste, s'empara, grâce à cette surprise, de la viUe et des points fortifiés situés aux environs, mit tout au pillage et finit par incendier les maisons et brûler les vaisseaux ancrés dans le port (4—6 août 1136).^ Deux ans plus tard, une fiotte de Pise apparut de nouveau dans les eaux de l'Italie méridionale; elle venait là pour opérer une diversion, tandis que l'empereur LotJiaire envahissait le royaume de Boger; peu s'en fallut qu'Amalfi ne subît le même sort que la première fois; ses habitants ne détournèrent le danger qui les menaçait qu'en payant tribut et en promettant hommage; les Pisans se contentèrent de ravager les environs et l'orage alla éclater dans toute sa force sur la malheureuse Saleme (juillet et août 1137).^ Mais l'invasion de 1136 avait suffi déjà pour briser la puissance conunerciale d'Amalfi, par suite du soin qu'avaient pris les Pisans d'anéantir la fiotte de leur rivale. A partir de cette époque, on remarque que les Amalfitains déploient moins d'énergie en Orient, ils deviennent moins entreprenants; c'est à cette catastrophe qu'il faut l'attribuer en grande partie. Cependant il
dans un diplôme accordé en faveur des i^., p. 220, 222, 226, 227 et s.; Bomuald
Génois en 1191: Ibid. I, 371. Salem., dans Pertz SS. XIX, 420—422;
^ Germain, Htst de la commune de cf. Epist. Wibaldi, 324, éd. Jaffé. MontpeUier, H, 427, 469 (Ub.jur, I, 761, » Alex. Teles. /. c. p. 140; Falco Benev.
1148.). ib, p. 227; Romuald, l c. p. 421; Maran-
' Alezandri Telesini abb.. De rebus gonis Armai. Pis., dans Pertz, SS. XIX,
gestis Rogerii, dans Del Re, OronisH e 240; Annal. Saxo, SS. VI, 774. serittori sincroni Napoletani I, p. 121 et * Falco Benev. p. 232 et s.; cf. Maran-
s., 129, 132, 140 et s., 148; Falco Benev. gonis Annai. Fis. p. 241.
190 Deuxième période. — L Fondation des colonies commerciales,
y avait aussi autre chose. Si Amalfi se laissa distancer par tontes les autres nations en Orient, c'est qu'elle était tombée au pouvoir des Normands et que les princes de cette race avaient la main lourde et ne s'accommodaient pas plus des libertés municipales des bourgeois que des immunités des barons. Quand Boger n monta sur le trône, un de ses premiers actes fut une atteinte à l'antique indépendance d'Âmalfi. La ville était entourée de châteaux - forts qu'elle considérait comme les boulevards de sa liberté. Roger exigea qu'elle en retirât ses gamisoBs pour y recevoir des troupes royales; les Amalfitains s'y étant refusés, le roi fit un coup de force, s'empara des châteaux \ et Âmalfl vit ses anciens remparts transformés en bastilles menaçantes. Sous cette contrainte, les bourgeois forent réduits à faire l'abandon de leurs libertés municipales, et avec elles, ils perdirent peu à peu leur énergie et leur esprit d'entreprise.