‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 19 sur 49 · II. Bysance sous les Comnenes et les Anges · texte numérisé non relu

II. Bysance sous les Comnenes et les Anges

Nous allons maintenant chercher, en procédant de l'est à l'ouest, dans quelles villes étaient établies des communes marchandes vénitiennes, génoises ou pisan^.  Phäadelphie, la grande et populeuse ville -frontière du côté des Turcs ^ au pied du Tmolus, près de l'antique Sardes, il y avait des Vénitiens, nous l'avons déjà dit Plus au nord, à Pegœ,^ Fi'édéric Barberousse en 1190, les Vénitiens et les Flamands en 1204, trouvèrent des colons latins, très probablement des marchands italiens. Au commencement de l'empire latin, la population occidentale avait pris un tel développement dans cette ville, que l'administration réclamait un évêque catholique- romain.^ Sur l'Hellespont, Abîfdosy ce poste d'observation si fréquemment occupé par les flottes d'Occident, avait ses colons vénitiens (v. plus haut).

En passant en Europe, nous trouvons de très bonne heure des Vénitiens établis sur la côte septentrionale de la mer de Marmara, à Bodosto (Bhaedestos), bon port très important pour le commerce des céréales:* on y voyait, en dehors de la ville, un quartier franc avec un fondaco^ et, près de ce dernier, une église dédiée à la Vierge avec hôpital et jardin etc.; à l'origine, cette église dépendait du monastère de S^ Marie d'Ândrinople, cédé par un abbé, nommé Hugues, en 1157, au célèbre monastère de S. Giorgio Maggiore de Venise. Avant cette date il y avait déjà à Bodosto un monastère de St. Georges succursale de S. Giorgio Maggiore. Pour chaque affaire conclue en cette ville, qu'il s'agît de liquides ou de solides, dès que le poids dépassait cinquante livres, tout marchand vénitien était obligé d'avoir recours aux poids et mesures du monastère, contre paiement d'une certaine redevance; les Grecs en faisaient également usage, mais seulement, sans doute, pour les marchés conclus avec des Vénitiens.® Dans l'intérieur de la Thrace, Andrino]^ et PMUppopoli étaient deux centres commerciaux importants. Nous avons montré plus haut qu'il y avait des Vénitiens dans la première de ces deux villes au temps de l'empereur

' Nicét p. 521; Georg. Acrop. p. 111, Tauschinski et Pangerl, p. 56; Viilehar-

112; B. Muntaner, trad. Lanz, II, 115. douin, 1. c; Nicét p. 795; Innoe. UT,

' Pegse, nommée maintenant en turc Epist, XU, 144, éd.Baluze, U, 855 et s.

Bigha, est située sur une crête et com- * Procop,, De aedif. IV, 9; Mich. At-

mande au sud la plaine que traverse le taliota, p. 202.

Granique avant de se jeter dans la mer ^ ^Locus qui dicitur fontega, in ruga

de Marmara: je dois ce renseignement à Francigenorum foras muros civitatis;'' Taf.

Tamabilité de M' H. Kiepert; je croyais et Thom. I, 138.

autrefois que Pegse était sur la Propon- * Pour se qui précède, voyez les chartes

tède, mais j'étais dans Terreur: en réalité des années 1145, 1147, 1157, dans Taf.

eUe était à environ quatre milles de la côte, et Thom. I, 103 et s., 107 et s., 137 et ss.

^ Ansbert., De expeditione Frid., éd.

244 Deuxième période. — L Fondation des colonies commerciales.

Isaac, mais si, comme cela est extrêmement probable d'api-ës ce que nous venons de voir tout à l'heure, nous admettons que le monastère de S^ Marie de cette viUe était de fondation vénitienne, il serait prouvé que l'établissement des Vénitiens y remontait à une date antérieure. La ville de Philippopoli était habitée par des marchands arméniens^ et avait comme annexe, au dehors des portes, un élégant (nobUis) quartier latin.'

En Macédoine, Thessalonique avait eu, de tout temps, les relations commerciales les plus étendues. Située sur la Via Egnatia, la grande route de Durazzo à Constantinople, elle était joumeUement traversée par un courant de voyageurs et, de plus, elle offirait aux navires un port vaste et sûr;' aussi les marchandises venaient-elles y affluer de tous côtés et, au point de vue du confort et du luxe, elle pouvait rivaliser avec Constantinople même.^ A aucune époque de l'année, le mouvement commercial n'était plus fort que pendant la foire d'octobre, qui concordait avec la fête de S^ Démétrius, patron de la ville; à cette époque, il se formait, comme par mirade, en dehors des portes, une deuxième ville composée de lignes de baraques à perte de vue. Les marchands de C!onstantînople y apportaient, à dos de chevaux et de mulets, les produits des côtes de la mer Noire (probablement des pelleteries et des poissons salés); ceux de Phénicie et d'Egypte, d'Italie et d'Espagne y arrivaient directement par mer; les étoffes sorties des mains des habiles tisserands de la Béotie y rivalisaient avec les admirables tapis brodés (nappes d'autel) des "colonnes d'Hercule'' (on désignait sans doute, sous ce nom la partie méridionale de l'Espagne, où dominaient les Arabes). La cohue qui se pressait sur le champ de foire se composait de Grecs, de Bulgares, d'Italiens, d'Espagnols, de Portugais, de Français.^ Plus d'un marchand d'Occident trouvait d'ailleurs avantage à s'établir en permanence à Thessalonique. Peu à peu, il se forma ainsi tout un quartier latin: il se trouvait dans l'intérieur de la ville, adossé aux remparts. Eustathe en parle à propos

^ Nicét p. 527, 5B4. ^ Cette description de la foire de S« De-

' Odo de Diogilo, éd. CbifAet, p. 27 et s. métrius est empruntée an dialogrue de Ti-

Le vin de Philippopoli s^exportait en Oo- marion, chap. 5 et 6, ouvrage grec de la

ddent; WiUehalm, 448, 7, cité par Schultz, première moitié du Xu« siècle (éd. Hase,

Hbfisches Lebeny I, 30L Notes et extr. IX, 2, p. 171—174; éd. El-

' Ellissen, MithaH Akominatos, p. 70; lissen, dans les Analecten der miüeU und

Joann. Cameniat. De excidio Thessal,, éd. neugriechischen Literaiury vol. IV, sect. 1,

Bonn. p. 492; Tafel, De Thessaioniea p. 46 et ss., 98 et ss.); cf. Tafel, De

^que agroy p. 209 et s. Uiessahn, p. 227—230.

* Ellissen, op. eu,; Eustathe, Opusc, éd. Tafel, p. 804 et s.; Tafel, Komnenen und Sormannen, p. 192 et s., 197.

//. Byzance sous les Comnènes et les Anges. 245

de la prise de Thessalonîque par les Normands (24 août 1186); ^ du haut d'une tour adjacente à ce quartier, des traîtres faisaient des signaux qui furent d'une grande utilité aux assiégeants. Dans ce passage,' le savant évêque donne aux habitants du quartier latin l'appellation légale qui leur avait été attribuée par l'empereur Manuel: ils les nomme ßovfyyeoioi^ sans distinction d'origine. Les Italiens y formaient très probablement la majorité: nous savons en particulier que 1^ Pisans avaient là un établissement En effet, dans les instructions rédigées à Pise en 1197 pour Uguccione Bono et Pietro Modano, on lit qu'ils demanderont à l'empereui* la restitution (ou peut-être simplement une nouvelle reconnaissance de la propriété) des maisons et de la halle où depuis longtemps les Pisans ont l'habitude de descendre, et l'autorisation d'y entretenir un vicomte, mais à condition que cette autorisation n'entraîne ni charge ni impôt. ^ Cette demande fut accueillie favorablement: c'est ce que nous apprend une petite note jointe par le vicomte de Constantinople à ses comptes de l'année 1199.*

Si de Thessalonique nous descendons vei*s le sud, nous rencontrons en Thessalie, dans le golfe de Volo, la ville ^Almyro (Armiro). Benjamin de Tudèle et Edrisi, contemporains de l'empereur Manuel, en parlent comme d'une place de commerce très importante; leurs renseignements se complètent mutuellement, car Edrisi note que les Grecs y portent leurs marchandises, et Benjamin indique les nations occidentales qui viennent y faire des échanges avec eux: il nomme spécialement les Pisans, les Génois, les Vénitiens et d'autres encore.^ Il va de soi que les Occidentaux devaient généralement gagner Almyro par mer; cependant Edrisi indique une route qui, partant d'Avlona, traversait directement la péninsule de l'ouest k l'est pour aller aboutir à Alm3rro;« il est probable qu'elle était fréquentée par les marchands italiens et que le géographe arabe, fixé en Sicile, tenait de la bouche de quelques-uns de ces vqyageurs les détails qu'il donne sur cette route comme sur tant d'autres. Nous possédons des documents qui nous permettent de suivre les établissements commerciaux fondés par les Italiens à Almyro à partir de la moitié du XII® siècle: ce sont des titres d'hypothèques, d'achats et de donations provenant de

' Diaprés les Amud. Gecean., dans ' Doc, suUe relax, tosc. p. 72.

Pertz, SS. XIX, 287 et d'après Eustathe, ^ Ibid. p. 78: ^'cartam facti Theoionid

opuse. éd. Tafel, p. 293, cette date doit (i. e. Thessalonici) et Almiro.'^ être la vraie; Nicétas, p. 392, indique le ^ Edrisi, II, 296; Benj. de TudôL, éd.

25 août, mais c'est une erreur. Asher, p. 49.

» Opuse., éd. Tafel, p. 260, et traduo- • Edrisi, U, 291.

tion du même passage dans Tafel, Komnenen und Normannen , p. 146 (cf. aussi U note 291).

246 Deuxième période. — L Fondation des colonies commercicies,

sujets vénitiens qui y avaient acheté des terrains et les avaient b&tis; l'an d'eux, un nommé Stefano Capello, commence par donner hj^thèque sur sa propriété à l'église de St Marc des Vénitiens à Gonstantinople et finit par la lui vendre; un autre, un certain Natale Betani, &it donation de la sienne à l'église de St Georges des Vénitiens à Almyro même.^ Ces individus étaient certainement des membres d'une grande colonie; ce qui le prouve, c'est l'existence de plusieurs églises vénitiennes dans la ville,' et surtout c'est le grand nombre de Vénitiens qui se sauvèrent d'Âlmyro au moment de la persécution de Manuel.^ A côté de la colonie vénitienne, il y avait une colonie pisane dont l'origine remontait à peu près à la même époque. Pendant la guerre faite^ar le roi de Sicile Guillaume P' à l'empereur Manuel, une flotte sicilienne s'empara d'Almyro: dans le tumulte, l'église de St Jacques des Pisans et son campanile furent pillés et livrés aux flammes (1158),^ en dépit d'une bulle d'Anastase IV, antérieure de quelques années (1153), par laquelle ce pape avait déclaré prendre sous sa protection cette église avec tous ses biens et sa succursale, l'église de St Nicolas.^ La ville de Pise conserva la jouissance des biens qu'elle possédait à Almyro pendant toute cette période et plus longtemps encore: sur la demande de ses ambassadeurs, l'empereur Alexis HI consentit encore à lui donner sa sanction,« H paridtrait que les deux colonies suivirent l'exemple de leurs mèrespatiîes et que leur rivalité aboutit à des querelles ouvertes. C'est ce que démontre le traité conclu en 1180 entre Pise et Venise. Les deux parties contractantes y prenaient l'engagement de ne paâ fortifier les quartiers possédés par elles à Almyro, de ne pas chercher à s'humilier mutuellement en donnant à leurs églises ou à leurs dochers plus d'élévation l'une que l'autre, de tenir le &îte de leurs maisons sur le même alignement (pUmas) et, enfin, de faire réprimer par voie judiciaire les empiétements que certains membres d'une des colonies pourraient avoir commis aux dépens de l'autre. ^ Il y avait aussi à Almyro une colonie génoise; c'est un fait que nous devons admettre, car Benjamin de Tudèle y constate la présence de marchands de cette nation et nous trouvons dans les instructions de l'ambassadeur Grimaldi que les Génois avaient pris part à la défense de la ville contre les Vénitiens en 1171—72.8

* Voy. les Chartes des aimées 1160, * Annal. Pis. Marang., dans Perta, 1161 et 1166, dans Taf. et Thom. I, 126 SS. XIX, 243 et s.

—133, 136 et s. ^ Doc. suUe relax, tosc. p. 6.

• "Ecdesiarum Venetiae, quae sunt in ® Ibid. p. 71, 78. Almiro;" Dœ. suUe relax, tose. p. 22. ^ Ibid. p. 20, 22.

» Eist. due. Venet. p. 79: •'quidam ^ Sauli, II, au bas de la page 186. Venetorum, qui de Armiro fugerant, cum ▼iginti navibus Veneciam .... intraveront **

IL Byzance sous les Comnènes et les Anges. 247

Au cours de la période que nous étudions, nous ne trouvons que très peu de traces de voyages entrepris par des marchands italiens dans lé centre de la Grèce et la Morée. Cependant, il se fabriquait ä Thebes des soieries très renommées que les Vénitiens allaient y chercher; les Génois la visitaient également dans le même but^ Nommons encore Corinthe; Nicétas vante sa richesse et dit que les Italiens viennent jeter l'ancre dans un de ses ports, tandis que les Asiatiques abordent dans l'autre (de l'autre côté de l'Isthme) et que les échanges se font dans la ville.'

Parmi les (les de la Grèce, il faut citer en première ligne celle d'Eubée, dont la capitale, Négrepont, attirait un grand concours de marchands;^ puis celle d'Andros, avec sa manufacture de soieries, déjà florissante au commencement du Xn® siècle ;^ Ohio et ses plantations de lentisques; enfin Lemnos où, dès 1136, le prieur de l'église de St Marc des Vénitiens à Gonstantinople obtenait de l'archevêque la donation d'une chapelle à condition d'élever à sa place ou à côté d'elle une église plus grande sous l'invocation de St Georges:* ce détail prouve l'existence d'un trafic permanent entre Venise et l'île. Les grandes stations de la route du Levant, l'île de Crète et celle de Rhodes, recevaient fréquemment dans leurs ports les vaisseaux de toutes les puissances maritimes de l'Occident; il est à peine besoin de le dire.^

Mais quelle que fût la prospérité de toutes ces stations échelonnées le long des côtes et dans les îles de l'empire grec, ce n'était rien en comparaison de la capitale : par sa situation exceptionelle, Constantinople était prédestinée à devenir un des principaux centres commerciaux du monde; aussi devait -elle exercer sur les Italiens une attraction toute particulière: leur objectif constant était d'y obtenir la possession d'un quartier, mais autant que possible d'un quartier situé non pas dans les faubourgs ni dans la banlieue, mais dans la ville même. Nous avons déjà vu d'une manière générale qu'ils atteignirent leur but; le moment est venu de dire d'une manière plas précise ce qu'étaient ces quartiers

^ Cela ressort des Instructions rédigées Occident: c'est ce que démontre une lettre

pour un ambassadeur génois, dont le nom de cette époque/ découverte par M. Watten-

est resté inconnu, envoyé à la cour de bach dans une collection de lettres du

Byzance postérieurement à Tannée 1170; Moyen Age appartenant à la Bibl. royale

Desimoni, dans le Oiom. Ugust 1874, de Vienne: voy. Archiv für Österreich.

p. 156. OeschichisqueUen, XIY, au haut de la

• Nicét. p. 100. p. 80.

• Beiy. de Tudèl., éd. Asher, p. 47. * Taf. et Tbom. I, 98 et ss.

• ScBwulfi (1102 — 1103) itinerarium, ^ On en trouve un exemple, pour la dans le Becueil de voy. et de mém., publ. Crète, dans les Mon. hist. patr. Chartae, par la Soc. de Géogr. VI, 834. Vers 1132, U, 1226: "cum Henricus fiHus quondam deux produits d'Andros, le Xamita et le Ansaldi GriUi de Syria rediens pervenisset Zendata étaient connus et recherchés en ad Candiam."

248 Deuxième période^ — J. Fondation des colonies commerciales,

marchands. Dans les bulles d'or des empereurs byzantins et les chartes de mise en possession {npaHtvcov rrjs napaôoôècûç) qui les accompagnent, on trouve la description exacte de la surface concédée à chaque nation, le tracé minutieux de son contour, la désignation des monuments publics compris dans son périmètre ou situés sur ses limites. Les incendies, les soulèvements populaires, les conquêtes, surtout la dernière, celle des Turcs, ont, dans la suite des temps, fait subir à la ville de telles transformations, qu'à de rares exceptions près, il est devenu impossible, même aux hommes les plus versés dans la connaissance des localités, de déteiminer l'emplacement des monuments nommés dans ces documents; cela n'a rien de surprenant. Cependant, dans les derniers temps, un médecin grec établi à Constantinople, M. Alexandre Paspati, a fait faire d'immenses progrès à l'étude de cette question pour ce qui concerne les quartiers marchands.^ Mais avant de nous engager à sa suite dans les quartiers occupés par les marchands étrangers, il est nécessaire de poser quelques notions préliminaires.

Dans la Constantinople byzantine et surtout dans ses parties les plus fréquentées, un grand nombre de rues {ôxBvoimoïy Xeœtpopoi) étaient bordées d'arcades où les passants trouvaient un abri contre la -pluie et contre les ardeurs du soleil: elles portaient le nom générique i^ifißoXoc, Cette disposition o&ait aux marchands des avantages tout particuliers pour l'établissement de leurs boutiques; aussi les concessions accordée par les empereurs aux nations commerçantes comprenaient-elles d'ordinaire un ou deux de ces ipLßoXot, de sorte que les habitations des marchands étaient soit immédiatement adjacentes, soit groupées tout autour; par suite, le quartier entier, même quand il formait un groupe de maisons plus considérable, prenait l'appellation d^ijxßoXoc, en latin embolum^

^ Au moment de tenniner cet ouvrage, Bursian de Munich. M. Faspatî avait adressé

j'ai pu avoir sous les yeux au complet précédemment & la Sodetà Ligure de Gènes

les quatre études réunies par ce savant, un court mémoire sur le même s^jet, ao-

dans Touvrage intitulé Bv^artival fiëUrcu compagne d'un plan, et M. Belgrano avait

ronoyQaq)utal uai laroçtxai KnoX. 1877, eu la complaisance de me faire connaître

sous ce titre: th ifinâf^iov tàiv nvovijvaiwv les résultats les plus intéressants de ces

iv KwvaramvovTToXa xat Ev^fCvw Ttôyrw,- recherches.

elles forment le deuxième livre, p. 127 * DucasigejConstafUinopolischristianay

—276. Le premier livre contient Tétude lib. I, p. 109 et ss., a réuni un grand

des temps antérieurs à la quatrième croi- nombre de citations dans les quelles il

sade; il a été publié pour la première fois est fait mention de ces rues à arcades

en 1873, dans le sixième volume (p. 188 de Constantinople. A mon avis, les ou-

— 165) du Svyy{taftfta nt^ioâixov, qui est vrages où Ton peut le mieux se rendre

édité à Constantinople par le 'EllriVixhç compte de la signification du terme fu-

ipiXoXnyixhq ^iUAo;^o<;. Je suis redevable ßoXoc, sont: Mich. Attal. p. 211. 275 et s.,

de cette communication à M. le professeur et Codin., De orig, Cpol. p. 22: cf. Ste-

IL ByBance sous les Comnènes et les Anges, 249

Dans les chartes de mise en possession, on trouve fréquemment la désignation de certaines paities de la muraille d'enceinte ou de certaines portes; ce détail est déjà ä lui seul une indication de la situation des quartiers concédés aux Italiens. La plus grande partie des maisons étaient à Fintérieur de la Tille, mais quelques-unes se trouvaient en dehors, sur la bande de terrain plus ou moins large qui la séparait de la mer. Tous les quartiers sans exception aboutissaient à la Corne d'or, c'est -à dire au port de Constantinople; il ne paraît pas qu'en général ils aient pénétré profondément dans l'intérieur.

Un des éléments essentiels de ces établissements était constitué pai* les Échelles, c'est -à dire par les escaliers de débarquement; il y en avait, en général, plusieurs affectées à chaque nation: elles étaient dans les dépendances directes du quartier et établissaient la communication entre le quartier et les navires qui venaient jeter l'ancre au plus près.

Nous allons chercher, maintenant, à déterminer la position de chacun des quartiers, en commençant par celui des Vénitiens; cet ordre est tout indiqué, puisqu'il était le plus ancien de tous. H se trouvait au foyer de la vie commerciale, au lieu dit Péramar^ le nom de cette partie de la ville lui venait de ce que c'était le point d'embarquement pour le faubourg de Galata (Péra), situé sur l'autre rive {népav) de la baie.* La port« du Pérama,» dont le nom actuel est Balik- Bazar -Kapoussi, marquait un des points de la limite du quartier vénitien; du côté opposé, il s'étendait jusqu'au lieu dit Hébraïca ou Judeca,^ mot qui, dans ce cas particulier, n'a nullement la signification de quartier juif. Il ne faut pas oublier que les Juife avaient été expulsés de la ville au temps de Théodose n (408—450)^ et que, pendant toute la période qui nous occupe, Us habitaient la partie du faubourg de Galata voisine du Bosphore; cette partie, comme d'ailleurs tout le reste des terrains situés sur les deux rives du Bosphore, était généralement connue sous le nom de ro 2t€yov (le détroit),* de sorte qu'il n'est pas rare de trouver dans

^hKavßfT7ie8aurusB.h.\r,B^i8ke,Comment. byzantin Ptochoprodromos fait aussi un

de Constant. Porphyr., De cerim. Il, 130; rapprochement entre l'établissement des

Goar, Çkyniment.deC€drm.^.l9A\ Unger, Vénitiens et le Pérama; voy. Paspati,

Qrieeh. Kunst, dans Erscb et Gruber, 2îfXk. VI, 163; Bx^l. fttX. 164 et s.

sect 1, vol, LXXXrV, p. 332; le même ' Paspati, 1. c; cf. Nicét. p. 384.

dans les Quellen der hyxcmt. Kunstgesch. • "Porta Peramœ;" Taf. et Tbom. 1, 56.

I, 127 et s.; Desimoni (Qiom. ligust. 1874, * Ihid. I, 50, 52, 56.

p. 176) donne un sens trop restreint au ' Codinus, De aedif. Cpol. p. 83.

terme embolos, en le réduisant à la signi- ^ On en trouve de nombreux exemples

fication du mot loggia, "ove si riunivano dans Tafel , Syrnholae critieae ad geogr-

i ncgozianti etc.** byx. spect. Pars posterior (Abk. der 5« GL

^ "In embolo Peramatis," i. e. trän- der Münckn. Akad., vol. 5, sect. 3) p. 96

Situs; Taf. et Thom. I, 60, 62. Le poète —»8. Cf. Krug, Chronologie der Byxant.,

250 Deuxième période. — 7. Fondation des colonies commerciales.

les sources historiques ce mot de Sterbv pour désigner le quartier juif. En 1077, c'est à dire quelques années avant l'époque où l'empereur Alexis I* concéda aux Vénitiens la région "oJ Hébraica ad Viglam", un terrible incendie réduisit en cendres les maisons des Jui&.^ Jusqu'au règne de Manuel, le stratège du quartier {ôrpatrryoç tov Stevov) était le seul juge auquel ils pussent avoir recours.^ Quand Benjamin de Tudèle visita Cîonstantinople , il trouva encore ses coreligionnaires à Péra; ils n'allaient à Constantinople que pour les affiiires de leur commerce et s'y rendaient en bateau.^ Ils avaient également leur cimetière à Péra, c'est Nicétas qui le dit* Enfin ajoutons, pour en finir avec le quartier juif (Juerie)^ qu'en 1203, les croisés ayant trouvé le port barré par une chaîne, ce Ait dans le Stenon (VÈstanor) qu'ils allèrent s'établir.*

n est donc bien démontré qu'il ne faut pas traduire par l'expression "quartier juif" le mot Hébraica qui se trouve dans le diplôme accordé par Alexis aux Vénitiens, ni le mot Judeca, désignant la même localité, qu'on lit dans un autre document vénitien, postérieur seulement de huit années. Le texte original grec ne nous fournissant pas l'interprétation authentique du mot, il ne nous reste qu'à la demander à un écrivain digne de foi, parfaitement au courant des actes d'Alexis et des localités de Cionstantinople, Anne Comnène; elle dit que le terrain concédé par l'empereur aux Vénitiens s'étendait depuis l'ancien quai des Juife (Aro t^ç TtaXaiaç eßpaix^c öxaXai) jusqu'au corps de garde dont nous allons reparler tout à l'heure. Maintenant, sur quel point les Juifs avaient-ils l'habitude ou plutôt étaient-ils obligés de débarquer en venant de Galata? ce détail n'est malheureusement indiqué nulle part; cependant, dans deux documents du XTTT^ siècle, il est question d'une porta ebraica comme faisant partie du quartier vénitien,^ de plus, il résulte du plus récent des deux documents que cette porte des Juife menait au palais du Dmngaiîos, ou, comme on dirait maintenant, à l'Amirauté;^ il est plus que probable que c'est la même qui portait, à la fin du siècle, le nom de porta DrungarU:^ mais nous n'en sommes pas plus avancés pour cela. Voyons donc si, par un autre chemin, nous n'arriverons pas à nous rapprocher de notre but. Un siècle et demi plus

p. 190 et 88.; Wilken, Über die VerhäU- ^ Nicét. p. 882.

ntsse der Russen xum byxant. Reiche ^ VUlehardouin, éd. de WaUiy, p. 88.

dans les Âbhandl. der Berlin. Akad,, 1829, " Taf. et Thom. II, 6, 271.

p. 85 et s., 102. ^ "Porta qua exitur ad Drnngariiun,

' Mich. Attal. p. 252. quae dicitur Ebrayki.*"

* Zachariœ, Jtts graeco-romanum, HL, " Taf. et Thom. m, 139. Le texte 504. original grec, dans Miklosich et MuUer,

• Benj. de TudèL, éd. Asher, I, 65 et s. HL 88, porte: /ro^irij tw J^govyr^iw.

IL Byzance sous les Comnènes et les Anges. 251

tard, nous voyons encore une fois reparaître le nom de porta judoea, donné à la première porte que Ton rencontrait lorsque, partant de ce qui est actuellement la pointe du sérail, on longeait le mur de la ville, du côté du port, en se dirigeant vers l'ouest. C'est le nom porté sur le plan de Constantinople tracé par Buondelmonti (1422).^ Du temps des Turcs, Leunclavius' entendit encore les gens du peuple appeler hebroea la première porte après le Sérail. C'était la même qui, dans les derniers temps de Byzance, s'appelait œpcda, par corruption de l'ancien nom porta Neorii,^ Si nous admettons que cette porte juive des derniers temps de l'époque byzantine et de l'époque turque ne fait qu'un avec la porta Jiébraica de l'époque latine et la scaia hèbraica d'Anne Comnène, nous arriverions à cette conclusion que le quartier vénitien s'étendait depuis l'ancienne porta Peramatis, actuellement Balik- Bazar-Eapoussi (porte du marché au poisson, porta piscarie de Buondelmonti) jusqu'à l'ancienne porta Neorii, c'est -à dire jusqu'à la porte actuellement nommée Baghtchè-Eapoussi (porte du jardin). Mais cette conclusion semble à première vue inadmissible, puisque cette porta Neorii se trouvait, comme nous le verrons, sur le territoire des Pisans et qu'à l'ouest, c'est-à dire du côté de la porte du marché au poisson, le terrain était occupé par les Amalfitains. H paraîtrait que la porte à laquelle les derniers Byzantins et les Turcs donnaient le nom de porte des Juife n'avait aucun rapport avec celle que les anciens Byzantins et les Latins désignaient sons le même nom. Jja porte que l'on connaît jusqu'en 1229 sous le nom de porte des Juifs et, à partir de cette époque, sous celui de porta Drungarii,^ devait être située à l'ouest de la porta Peramatis, Elle se trouvait probablement sur l'emplacement de la porte actuellement nommée Zindan-Eapoussi (porte de la prison, autrefois porte du marché aux herbes). C'est aussi l'opinion de Paspati; il place le quartier vénitien dans la région comprise entre les portes Balik-Bazar- Eapoussi et Zindan-Eapoussi, et admet l'identité de cette deiiiière avec la porta DrungariL

Parmi les noms de monuments situés sur. les limites du quartier vénitien, on trouve encore celui de la Bigla (corps de garde) et du sanctuaire (sacrum) adjacent* On ne possède aucun élément qui permette d'en déterminer la situation. On a voulu« les chercher sur l'emplacement de la porte Zindan-Eapoussi; mais il est impossible de

^ n se trouTe à la tête de la Opol. ^ Peut-être rancienue scala hèbraica

christ, de Dncange. était elle devenue de même la Scala de

» Pandeet. hist. turc. 1596, p. 206. Drongario; Taf. et Thom. Il, 11, 60.

* Gyllius, De bosporo Thracioy dans * Taf. et Thom. I, 50, 52, 56, 111 et s.

MuUer, Oeographi grceei minores, U,]^. 22; • Paspati, SvXL VI, 162, not 4; -Bi'Ç.

Lennclay. L c. fitk. 164, not 4.

252 Beumème période. — L Fondation des colonies commerciales.

s'arrêter à cette supposition, car il est question d'un ruisseau ou d'un canal venant de la Bigla; il faut donc admettre qu'elle était dans l'intérieur de la ville.

Cîoncluons: il est certain que les Vénitiens avaient leur quartier vers la porte actuellement nommée Balik-Bazar-Kapoussi, qui a servi de tout temps aux communications entre Constantinople et le faubourg de Galata.^ Il est probable qu'il s'étendait de là jusque vers la porte Zindan-Kapoussi et que les trois quais qui leur étaient réseiTés se trouvaient également dans cette section.* H reste à savoir quelles dimensions le quartier pouvait avoir en profondeur.

Passons aux Pisans. Ce qu'était la porta Peramatis pour les Vénitiens, la porta Neorii (porte de l'Arsenal) l'est pour eux: c'est le point déterminé d'où nous pouvons partir pour fixer approximativement la situation de leur quartier. Cette porte correspond à celle qui porte actuellement le nom de Baghtchè-Kapoussi ou porte du jardin.« Suivant le diplôme de l'empereur Isaac l'Ange de l'an 1192, le seul document qui nous donne quelques détails sur le quartier des Pisans, leurs quais* se trouvaient presque tous, sinon tous, à l'ouest de cette porte.* D'après cela, leui' quartier devait s'étendre de la porte Baghtchè-Kapoussi vers la porte Balik-Bazar-Kapoussi, où commençait le quartier vénitien; mais il n'arrivait pas jusque là, car il y avait entre les deux un petit entrepôt et un quai appartenant aux Ämalßains, et une autre échelle affectée au monastère grec de St Antoine.«

H nous reste à parler des Possessions des Génois à Constantinople.'^ D'après l'exposé historique que nous avons tracé des faits qui les concernent, on sait déjà qu'ils changèrent plusieurs fois de

^ GyUius, 1. c; Leundayius, 1. c; Pas- pour mon compte, je proposerais de lire

pati, SvXX. VI, 163, Bv^. ful. 165 et s.; dans ce passage, scalam au Ueu de scalas.

Hammer, Constantinopel und der Bosporus, Isaac fut le premier qui ajouta d'autres

I, 102. échelles à cette scala de yeteri, aussi, à

* Taf. et Thom. I. 52. Pour leurs de- partir de cette époque voyons-nous qu'il nominations, ibid. I, 57, 112, 183; II, est fi&it mention de plusieurs dans les doli, 60. cuments pisans; eUes étaient généralement

■ Paspati, SvXX.YI^ 156; Bv^.fifLlSS. données en location fibid. p. 74, 75, 78).

*• Jusqu'à 1192 les Pisans n'avaient ^ Ibid. p. 48 et s., 57 et s.

qu'un seul quai; Alexis et Manuel, dans ^ Cf. l'exégèse du diplôme d'Isaac, dans

leurs diplômes, ne parlent que d'un (Doc. Paspati, Sîtkk. VI, 155 et s,; Bi'l- fttX.

stdle relax, tose. p. 45 et s., 53 et s.); VI, 153 et s.

en 1162, les légats pisans Bottaccio et ^ Outre le traité de Paspati, sur cette

Grifg n'en avaient qu'un à leur disposition question , on fera bien de commencer par

(ibid. p. 10); à propos d'une donation flEÛte lire, la Memoria sui quartieri dei Oeno-

par les consuls à la cathédrale en 1160, vesi a Constantinopoli nel seeoio XII, dans

il est question d'échelles au pluriel (ibid. le Chiom. ligust. 1874, p. 137 — 180, par

p. 8), mais c'est un pur anachronisme, et, C. Desimoni.

IL Byzance sous les Comnènes et les Anges. 253

quartier. L'empereur Isaac fit faire les premières ouvertures à cet égai'd par Démétrius Macrembolitës en 1155, et il est très probable qae ce fiit Âmico de Murta, envoyé deux ans après par la république de Gênes, qui prit possession du terrain désigné. Les colons génois étaient à peine installés, qu'ils eurent à subir de la part des Pisans le terrible assaut que l'on connaît. L'orage passé,, ils réclamèrent des dommages -intérêts et c'est dans les documents écrits à cette occasion que l'on trouve, pour la première fois, le nom du premier quartier qu'ils avaient occupé. H se nommait embdum de Sancta Cruce;^ son emplacement est complètement inconnu; du reste, après l'attaque des Pisans, ils y renoncèrent D'un autre côté, il était fort désagréable à l'empereur Manuel de voir la rivalité des nations commerçantes dégénérer en batailles jusque dans les rues de sa capitale, et la grande affluence des Latins à Gonstantinople n'était pas sans l'inquiétei*; en conséquence, au mois d'octobre 1169, il leur offrit en échange un autre quartier, au dehors de la ville, dans une région dénommée Orcu;^ en dépit des expressions bien claires du texte (tdtra Constantinqpdlim), M. Paspati veut absolument retrouver cette région dans l'intérieur de la ville et, non content de cela, il se permet encore de l'altérer pour aniver à préciser l'emplacement qu'il cherche: au lieu de Orcou, il faudrait, selon lui, lire area, c'est à, dire œpaia, nom donné par les Byzantins de la dernière époque à là porta Neorii (Baghtchè-Kapoussi).* D suffit cependant d'étudier un peu les documents en question pour détruire ces hypothèses. Orcou est et reste une région située au dehors de Gonstantinople,^ séparée de la ville par la mer,* et que l'on retrouverait très probablement à Péra {népavy trans, uUra). D est douteux que les Génois aient accepté le quartier qu'on leur offrait, car il leur déplaisait au plus haut point: le diplôme qui le leur concédait est du mois d'octobre 1169, et, dès l'année suivante, d'autres diplômes, délivrés au mois d'avril et au mois de mai, nous apprennent que l'empereur, cédant enfin à leurs désirs, leur avait assigné un autre quartier intra-muros: ils s'y établirent d'une façon définitive; le

^ Sauli, n, 184; Desimoni, l. c p. 159. confusion; M. Canale, induit en erreur par

n ne me panât pas possible d'admettre cette faut^ de lecture, a cru que Greu et

que cet embolum et Tembolum de Coparia Orcu étaient deux localités différentes, puissent être des parties d'un même em- * Paspati, £vXL VI, 147; Bi'C- /itUt,

bolum, comme le fait Paspati, BiC fitUx, p. 188 et s.

p. 144; ces deux embola n'ont jamais *' A côté du mot ultra (Sauli, II, 192)

été occupés simultanément par les Génois, que Paspati transforme en inter, il y a

' Sauli, n, 192; Lib.jur. I, 254. Le l'expression trans; Lib.jur. I, 254; Desi-

Pére Semino, qui travaillait au siècle der- moni, p. 180.

nier à l'histoire du commerce du Levant, ^ ^In trans mare partibus;^ Desimoni,

lisait dans un des exemplaires manuscrits p. 180 (quelques ligues plus loin que le

de cette charte Greu au lieu d'Orcu; d'où membre de phrase trans magnam civitatem).

264 Deuonème période, — L Fondation des colonies commerciales.

nouveau quartier se nommait d'après la région où il était situé, embolum de Coparia} Ce nom de Coparia ou Goparion^ était dérivé du grec xGOTttf^ aviron: c'était en effet dans ce quartier que se trouvaient de toute antiquité les ateliers des fabricants d'avirons, et les Génois continuèrent cette industrie.^ Les sources grecques ne fournissent pas d'indications sur sa situation;^ elles ne nous apprennent pas davantage où se trouvait une certaine Ttoptij tov noXatov fiatixtopoçy porta veteris rectoris ou encore porta Bonu^ dont il est également question dans les diplômes que nous citions plus haut Les autres localités nommées dans ces documents ne peuvent nous servir de points de repère, soit parce qu'elles sont elles-mêmes inconnues, soit parce qu'on ne peut pas fixer leur position.^ H est cependant possible de désigner d'une manière générale la situation du quartier génois. Nous savons que leurs quais n'étaient séparés de ceux des Pisans que par deux quais appartenant à des Grecs;' de plus, leur quartier était limitrophe de celui des Pisans et nous connaissons un des points de contact, le monastère d'Âpologotheton {pLovff tov àrco jioyoä^stcay) cité dans les diplômes des deux nations; sa situation, indiquée d'une manière assez vague ^ dans le diplôme des Génois, l'est plus nettement dans celui des Pisans: il était à la fois voisin de la porta Neorii, k l'est de cette porte et à l'extrême limite du quartier pisan du côté de l'est» Ceci démontre que, des en-

* Sauli, n, 186; on trouve "aussi em- un titre porté par des fonctionnaires bybolum qui didtur Goparion** ; <Desimoni, zantins et Bonus est un nom que Ton rep. 178. trouve plus d^une fois dans la population

* "In positione locoram Onorîi videUcet grecque; voy. Desimoni, p. 146 et s. Goparion"; Desim. 1. c: "in loco Coparie" ; ^ Pour ce détail topographique voy. Mikl. et MulL Acta graeea, m, p. vi Desimoni, p. 171— -176.

® L*expre8sion Kwnaçucov içyaarrji^iov ^ Mikl. et MuUer, 1. c p. viii (suivant

(ou oUrifia)^ remorum ergasterium, revient Desimonii au lieu de curia Pisanorum, il

f^quemment dans les descriptions de ce faut lire jura P.); Mon. kist.patr. Chartae,

quartier; Mikl. et Mull. L c p. 61, 62; II, 1226: "domus versus embolum Pisa-

lAb. jur, I, 497 et s.: "domus in quibus norum" (Sauli commet une erreur en lisant

rend fiunt:" Sauli, H, 196. usque au lieu de versus); et, plus loin,

^ Dans la Novelle 169 de Justinien "scalasduas, quaesuntinternosetPisanos**. il est question d'une région Coparia, mais ^ Desimoni, p. 178; Mikl. et MuUer,

ceUe-là était située hors de la viUe. 1. c. p. vi et ss., 29, 31, 61, 63. lAb. fur.

* Mikl. et MuUer, 1. c p. 63; Lib.jur, I, 499.

I, 499; Desimoni, p. 179 (cf. p. 146). ° Mikl. et MuUer, m, 19, 21. Pas- Comme les chefs des colonies de commerce pati, qui a mis très heureusement ce fait en occidentales sont fréquemment désignés lumière (^vlL VI, 167 et Bvl^. fitL 166) sous le titre de "rectores", on pourrait émet de plus la supposition que ce monascroire que le nom de cette porte lui a tère occupait l'emplacement sur .lequel été donné en souvenir d'un.ancien consul s'élève actueUement le mausolée d'Abdulnommé Bonus; mais ^o/xr«^ est également Hamid.

IL Byza/nce sous les Comnènes et les Anges. 255

virons de ]a porta Neorii (Baghtchè-Eapoussi) le qaartier génois s'étendait à Fest jusque vers le lali-Eiosk. C'est aussi le long de cette partie du rivage qu'ü faut chercher les quais des Génois, us n'en eurent d'abord qu'un, mais Isaac leur en accorda un deuxième et Alexis m un troisième.^ Enfin, le quartier n'était pas tout en longueur; il pénétrait assez profondément dans l'intérieur, du côté de S^ Sophie ^ et dans les parties hautes de la ville.*

Si l'on se représente en imagination l'ensemble des quartiers commerçants de Constantinople d'après l'aperçu que nous venons d'en donner, on est amené à reconnaître l'exactitude de la description d'Eustathe, quand il dit que les Latins habitent à part, échelonnés le long du rivage de la Corne de Byzance, dans la partie qui regarde L'Orient c'est -à dire dans la paitie exposée à l'est de la baie, qui a conservé jusqu'à nos jours le nom de Corne d'or.* Au grand dépit des Grecs qui se voyaient de plus en plus refoulés vers le centre de la ville, les Latins occupaient ainsi les points les plus favorables au commerce et à la navigation. Leurs quartiers, cependant, ne se rattachaient pas si exactement l'un à l'autre qu'il n'y eût des intervalles où les Grecs restaient maîtres du terrain; ça et là, entre les échelles spécialement affectées aux Italiens, il y en avait quelques-unes réservées aux Grecs; de plus, dans le périmètre des terrains cédés aux Italiens, étaient enclavées, en grand nombre, des maisons appartenant à des églises au à des couvents grecs: enfin, un certain nombre de Grecs habitaient les quartiers italiens en qualité de locataires. Néanmoins, il est certain que sur toute l'étendue du rivage, de Zindan-Eapoussi jusque près de la pointe du Sérail, presque tout appartenait aux Occidentaux et que la population était en grande majorité occidentale. Chaque nation louait les maisons, les boutiques, les ateliers, les échelles de débarquement,^ les ten*ains compris dans sa concession, mais les locataires étaient presque exclusivement des marchands [ou des artisans de la nation elle-même.^

Il serait très-intéressant d'étudier l'organisation et V administration des colonies de commerce occidentales dans T empire grec: malheureuse-

' Desimoni, p. 179; Mikl. et MuUer, ' Les grands escaliers de débarquement

1. e. p. vi, ix et s., 28, 31, 50, 63 et s. étaient probablement construits en pierre

' "Versus S. Sophiam;" Mon, kist. pair, et avaient comme annexes d'autres esca-

Ckartae, U, 1225. Le passage correspon- liers plus petits en bois, faits pour être

dant de Sauli H, 195, porte "usque S. loués à des particuliers; voy. Lib, jur, I,

Sophiam," ce qui est faux. 499; Hikl. et Müller, 1. c. p. x.

* Paspati, Sv^K VI, 157, 162; Bv^. ^ Voyez les rôles de location des profitl- 156, 163. priétés communales, dans Taf. et Thom.

* Opuac. éd. Tafel, p. 275; trad. en XI. 8—11; Doc. suUe relax, tose. p. 74etss. aUem. dans Tafel, Komnenen und Normannen, p. 97 et s.

2B6 Deuxième période. — L Fondation des colonies commerciales.

ment nous sommes extrêmement mal renseignés sur leurs débuts; les instructions des ambassadeurs et les traités dont nous possédons le texte n'entrent que fort rarement dans ces détails; d'autre part, les règlements d'administration pour les colonies n'ont été rédigés que postérieurement, et enfin il ne nous est parvenu qu'un nombre très-restreint de documents émanant des colonies elles-mêmes. La première question qui se pose est de savoir s'il y eut, à toute époque, à la tête de ces colonies des chefs délégués par la mère-patrie avec poiiyoir d'administrer en son nom. On sait combien était fréquent l'envoi de Légats à la cour de Gonstantinople; généralement, les négociations dont ils étaient chargé« traînaient en longueur et les obligeaient à faire dans la capitale des séjours prolongés: il s'agii*ait de savoir si ce n'étaient pas ces légats qui avaient mission d'assurer l'exécution des mesures décrétées dans la mère -patrie pour les colonies, et de régler les questions de droit qui avaient pu être réservées dans l'intervalle d'une mission à l'autre ou surgir pendant leur séjour; dans ce cas, la mère-patrie n'eût été représentée que d'une manière irrégulière dans la colonie; et n'y eût pas exercé une autorité régulière et permanente. La question mérite d'être étudiée, car il est démontré qu'à côté de leurs fonctions diplomatiques, les légats avaient fréquemment à faire acte, d'administration et de juridiction dans les quartiers occupés par leurs compatriotes. En voici un exemple: les consuls de Pise avaient décidé que tous les biens d'église situés à Gonstantinople et tous les revenus provenant de la location du quartier pisan seraient ^transférés à la cathédrale de Pise: en 1161, les légats de Pise à la cour de Manuel, Cocco Griffi et Ba.nieri Bottacci firent exécuter cette mesure sous peine de punition, pour toute atteinte aux droits de la cathédrale; en outre, ils établirent des règlements pour l'usage des quais et des poids et mesures publics possédés par la colonie.^ Autre exemple: des ambassadeurs vénitiens à la même cour rendirent, pendant leur séjour à Gonstantinople, un jugement dans un procès pendant entre le prieur de l'église de St. Georges de Bodosto et les marchands vénitiens de la même ville.^ Voilà deux cas où l'on est en droit de demander s'il n'existait pas un représentant permanent de la mère-patrie, muni de pouvoirs suffisants pour faire de pareils règlements d'administration ou trancher de pareils différends. Deux faite sembleraient prouver que, dans la colonie vénitienne, il n'y avait pas d'agent spécial placé à la tête de l'administration: d'une part, c'est un diplôme de Manuel, où il est dit que les Anciens (majores) de la colonie vénitienne sont venus au nom de toute la colonie lui demander l'agran-

* Doc. suUe relax, tose. p. 10. * Taf. et Thom. I, 107.

IL Byeance sous les Camnènes et les Anges. 257

dîssement de son quartier;^ de l'autre, c'est une instruction donnée, en 1198, parDandolo à ses ambassadeui*s, par laquelle le doge leur recommande de choisir leur conseil de prud'hommes (pn^dentes viri) parmi les membi*es de la colonie de Constantinople.* M. Hopf croit avoir découvert deux chefs de la colonie vénitienne de Constantinople, et il cite en premier lieu un certain Giov. Barastro qui, cependant, ne s'attribue que le titre de procurcdor in Constantinopoli super redditibus communis Venetiœ, dans une quittance signée par lui en qualité de caissier communal en 1194;^ en second lieu, un Magister Leo, "procurator Oonstantinopolitanus^', auquel le pape Célestin lu envoie, en 1197, l'ordre de faire rentrer des dîmes pour l'évêque de Castello (Venise)*; mais cet ordre même prouve qu'il s'agit là, non pas d'un fonctionnaire vénitien, mais d'un agent du pape. H est certain que jusqu'à 1204, on ne trouve le nom d'aucun sujet vénitien dont le titre ou les fonctions soient de nature à lui &ire attribuer la qualité de chef de la colonie, mais on a de cei1;ains indices qui démontrent que ces fonctions existaient. Ainsi, dans les instructions rédigées en 1197 par le gouvernement de Pise pour Uguccione Bono et Pietro Modano, il leur est prescrit de se montrer disposés à faire la paix avec les Vénitiens, au cas où la proposition leur en serait faite soit par les ambassadeurs (nuntii) du doge (à Constantinople), soit (oid) par les consuls ou (seu) vice-consuls des Vénitiens, soit par les chefe de leur flotte (capitanei)fi Les titres de consul ou de vicomte que nous relevons dans ce document ne peuvent s'appliquer qu'à des fonctions coloniales, surtout étant donnée la phrase où ils sont employés, car, immédiatement après, on voit apparaître le chef de la colonie pisane avec son titre de vicomte. On pourrait être induit en erreur par un passage d'un diplôme d'Alexis III, de l'an 1199, relatif aux procès entre Gre(^ et Vénitiens:^ l'empereur consent à ce que, dans les cas où un Grec aurait à porter plainte contre un Vénitien pour préjudice en affieiires d'argent, insultes ou coups et blessures, il s'adresse au tribunal vénitien; or, les personnages désignés comme composant ce tribunal sont: l'ambassadeur (Ugatus) du doge à Constantinople et les juges ses subordonnés.^ Comme le même mot de legaii est employé pour désigner les

* Taf. et Thom. I, 110. ■ Taf. et Thom. I, 273 et 88. Dans

* Archives des missions sdeniifiqùeSf une petite étude fort intéressante sur ce Série U, T. IV, p. 426 et s., not. point spécial, M. Thomas a établi la preuve

* Oeseh. Griechenlands im Mittelalter, que, dans les affaires plaidées devant le tridans Ersch et Gruber, LXXXV, p. 169. bunal vénitien, on suivait la procédure

* Taf. et Thom. I, 215 et s. byzantine: voy. Bulletin der MUnehn,

* Ibid. p. 226. Akad., Sitxung der phüos.-philol. Cl,;

* Doe, sulle relax, tose, p. 72. 10 juin 1864, voL XXXTX du Milnehn. ' Taf. et Thom. I, 273 et s. gel. Anx. n® 8 et 4., p. 19—28.

268 Deuxihne période. — /. Fondation des colonies eomm^ciàles.

pei^sonnages chargés de négocier avec Pempereur au nom de Venise, on pourrait croire que c'étaient les mêmes qui exerçaient la juridiction au nom de la République; or, comme il se passait souvent de longues périodes entre le départ d'une ambassade et l'arrivée d'une autre, il y aurait eu, dans l'administration de la justice, des interruptions et des retards inconciliables avec la fréquence des procès soulevés par les intérêts pécuniaires. Il faut donc admettre que le rédacteur du document ou son traducteur a commis une faute en employant le même mot de legatuft pour désigner tantôt l'agent diplomatique, tantôt le plénipotentiaire permanent du doge, autrement dit le représentant régulier de la mère-patrie et de son gouvernement dans la colonie, dont le titre officiel était d'ordinaire celui de vicecomes (ou consul). Ce légat magistrat est clairement désigné comme un fonctionnaire nommé pour un temps assez long; il amenait avec lui les autres juges, ses subordonnés, et prêtait avec eux le serment d'observer la plus stricte impartialité. La prestation du serment avait lieu en séance solennelle, devant la colonie assemblée et en présence d'un commissaire grec Tout cela ne serait guère applicable à un agent diplomatique dont la mission était de sa nature irrégulière et comme époque et comme durée. H nous est donc permis d'affirmer qu'il y avait à la tête de la colonie vénitienne de Constantinople un chef nommé par le Doge, et dont les fonctions ne cessaient que le jour où il était relevé par un successeur venu de Venise.

Pour les colonies de Pise, nous arrivons au même résultat, mais beaucoup plus simplement: à l'origine, leur organisation était différente. Nous avons déjà eu occasion de dire, d'après la relation de Marangone, qu'en 1137, des ambassadeurs de Jean Comnène avaient porté en son nom des présents à Pise; certains historiens plus récents ajoutent, nous l'avons également vu, qu'au retour, les ambassadeurs grecs eurent pour compagnon le pisan Ugone Duodi, envoyé à Constantinople d'une part pour remercier l'empereui*, et de l'autre pour prendre la direction de la colonie pisane de cette ville. Le titre que les auteurs donnent à Duodi paraît être d'une forme trop moderne pour l'époque: Duodi, disent -ils, était nommé consul en résidence à Constantinople.^ Nous possédons une charte de fondation, dressée en sa présence à Constantinople, où lui-même se qualifie non pas de Constd, mais de Legatus;^ cette charte démontre que Duodi était effectivement ministre plénipotentiaire de sa patrie à Constantinople; il y a donc quelques raisons de tenir

^ Deux historiens, MM. Tronci (p. 37) j^ai démontré plus haut que l'histoire sé-

et Boncioni (p. 162) prétendent que Pise rieuse rejette absolument ces afiUrmatlonâ

aurait c^tenu dès l'an 1100 Pantorisation hasardées,

d'envoyer des consuls à Constantinople; ' Doc. suUe relax, tose. p. 4.

IL Byeance saus les Comnènes et les Anges. 259

pour vrai ce que disent les auteurs que nous venons de citer: leurs récits, d'ailleurs, sont assez généralement puisés à des sources authentiques. Ainsi, nous serions ici en présence d'un cas particulier, celui d'un individu chargé d'abord d'une mission auprès de l'empereur et désigné à l'avance pour remplir, pendant plusieurs années^ après l'accomplissement de sa mission, les fonctions de chef de la colonie. Dans des chartes appartenant à une époque postérieure, nous trouvons les fonctions d'ambassadeur et celles de chef de la colonie attribuées à des personnages différents; les premiers sont qualifiés de legati, missaticif nuntiiy les seconds de viceoomües.* Les ambassadeurs pouvaient être accessoirement chargés de l'exécution de telle ou telle mesure organique dans la colonie; mais, en principe, du moins & partir de 1160, le représentant régfulier et permanent de la mère-patrie dans la colonie était le vicomte, nommé d'année en année. Ainsi, en 1169, une ambassade fut envoyée à Constantinople; aucun des trois personnages qui la composaient n'était désigné pour les fonctions de chef de la colonie, mais ils étaient accompagnés d'un fonctionnaire nommé à cet emploi, le vicomte Mardua Ce Marcius est le premier d'une série de quatre à cinq vicomtes dont nous connaissons les noms.^ On ne trouve qu'une seule fois & côté du vicomte le nom d'un cornes Pisanortm (Baynerius);^ mais ce qualificatif paraît être le titre personnel de ce Baynerius et non celui d'une fonction coloniale, et le personnage en question est probablement le même que celui dont on rencontre le nom dans une autre charte: Baynenrius cames de Segaiarifi Règle générale, on ne trouve que des vicomtes comme chefe de la colonie. Les détails de leurs fonctions officielles étaient réglés soit par des instructions spéciales auxquelles ils juraient de se conformer, soit^ par les lois en vigueur dans la mère-patrie, soit par les traités; dans les circonstances particulièrement graves, ils réclamaient l'assentiment de tous les membres de la colonie.^ Quelques documents administratiâ, quelques textes de jugements nous seraient de la plus grande utilité

' D'après Boncioni, p. 366, le séjour de * En 1196; Dœ, p. 67.

Dttodi à Constaiitinople se serait prolongé ' Dœ, p. 94.

jusqu'après Téléyation au trône de Tem- * Cela semble indiqué par les exprès-

pereur Manuel (lltô). sions employés au début de la reddition

' Doc, euUe relax, tose, p. 8, 10, 6â; de comptes de Sigerius Oinami: „prout suo

Monum, epeet, kist. 8lap, merid, I, 10. sacramento ▼iceooHiitatas eoatmebatnr"

' Marcius, 1169, Mon, Slav. merid, L L; Doe, p. 74. Prior ''ante persecutionem Andronici:*' ' P. ex. quand il s'agissait d'équiper

Doc, suUe relax, tose, p. 81; Gerardus un vaisseau sur la réquisitiou de l'em-

Majzncd, 1196, 1197, ibid, p. 67, 73: Qe- peceur; Doe, p. 77. rardus Arcossi (?) 1199: ibid, p. 76—78; Sigerius Ginami, 1199—1300: ibid, p. 74 et s., 83.

S60 Deuxième période, — L FondcMan des cohnies commerciales.

pour nous donner une idée de l'importance de leur rôle à ces denx points de vue; aucun n'est parvenu jusqu'à nous ; à peine possédons-nous quelques registres de recettes et de dépenses qui prouvent qu'au nombre de leurs fonctions était comprise celle d'administrateurs de la caisse communale-, en cette qualité, ils faisaient rentrer les loyers des maisons, des terrains, des échelles de débarquement, des boutiques de changeurs (band) appartenant à la colonie en général, et la part afférente à la communauté dans les biens laissés par les colons décédés sans testament; ils payaient les dépenses de la colonie; la reddition de leurs comptes se faisait en audience solennelle dans l'église de S^ Nicolas en présence des légats, lorsqu'ils se trouvaient à Constantinople.^ Bs avaient sous leurs ordres d'autres fonctionnaires: des embolarii (surveillants des marchés) et des scalarii (surveillants des échelles); dans l'exercice de ses fonctions judiciaires, le vicomte était assisté par des judices^

Si rares que soient les renseignements qui nous sont parvenus sur l'administration des colonies pisane et vénitienne, nous en possédons du moins quelques-uns, tandis que les sources génoises, celles du moins qui ont été publiées jusqu'à ce jour, ne nous fournissent aucun éclaircissement sur l'organisation de la colonie génoise de Constantinople ni sur son administration ecclésiasHque. Sur ce sujet comme sur le précédent, nous devons nous borner à ce que nous savons des colonies vénitienne et pisane.

Toutes les fois que les colons vénitiens de Constantinople obtenaient en commun quelque nouvelle acquisition, la part des églises de Venise était largement assurée. D'une part, c'étaient les empereurs grecs euxmêmes qui, dans leurs actes de concession, assignaient expressément à l'église de S^ Marc de Venise ^ telle ou telle part des revenus; de l'autre, c'étaient les doges qui faisaient donation d'une partie des bâtiments ou terrains concédés en faveur de leur patrie, à divers monastères tels que S. Giorgio Maggiore, S. Niccolô^ etc. A Constantinople même, les Vénitiens possédaient déjà, antérieurement au grand diplôme d'Alexis (1082). l'église grecque de S* Akîndynos,* qui avait, par privilège, la garde des poids et mesures employés pour toutes les affaires traitées par des Vénitiens dans l'intérieur de la viUe.^ Outre cette église, ils en avaient encore d'autres, fondées probablement par eux-mêmes: l'église de S* Marc et son monastère, succursale de S. Giorgio maggiore de Venise, l'église de S^ Marie dite de embuio pour la distinguer d'une autre du même

^ Dœ. HtUerdax tose. 1^. 74—78; cf. 72. * i^fd I, 52, 6a

' Md. p. 8, 18, 74 et s. * Ibid. I, 68. Il est ùât plaâeun fois

' Taf. et Thom. I, 62, 97, 117, 188. mention de cette église ibtd, 127, 129,

* Und. I, 66 et SS. La donation faite 182, 227, 281.

à S^ Nicolas est mentionnée accessoirement

dans le diplôme relatif à S^ Georges.

IL Byzance sous les Camnhies et les Anges. 261

titre, l'église de S^ Nicolas; en tout, an moins quatre églises.^ Denx balles des papes Adrien IV et Alexandre m^ autorisaient le patriarche de Grado (Venise) à installer un évêque à Constantinople et dans les villes de l'empire grec, si l'importance de la colonie l'exigeait, ou si les Vénitiens y avaient plusieurs églises: aucun des documents connus ne démontre qu'il ait été donné suite à cette autorisation.

Les Pisans possédaient à Constantinople deux églises, S* Nicolas et S^ Pierre; la première &isait partie de la donation primitive d'Alexis, l'autre avait été construite par eux dans leur quartier:' leurs dépendances comprenaient un hôpital et un cimetière, et elles avaient une fortune assez considérable en maisons, et en revenus assurés sur les recettes des poids et mesures et des échelles de débarquement etc.^ Les deux églises avaient un prieur commun,^ mais elles dépendaient étroitement de la cathédrale de Pise, de sorte que ce prieur n'était en somme qu'un gérant (baüius) administrant au nom du maitre des œuvres de la cathédrale (operarius operœ 8. Mariae Ptsanae majcris ecelesiae). Les revenus des deux églises se composaient tant de loyers et du produit de certaines taxes, que des rentes de fondations pieuses; à son entrée en fonctions, le prieur s'engageait par serment à les verser dans la caisse de la cathédrale de Pise, déduction &ite des sommes nécessaires pour l'entretien des églises et du culte. Il était interdit de vendre, de mettre en gage ou d'employer à un but d'utilité publique les objets précieux appartenant aux deux églises, sans l'autorisation du maitre des œuvres de la cathédrale.^ En dehors de ces deux églises affectées au culte catholique -romain, les traités garantissaient aux Pisans une certaine place dans l'église grecque de S^ Sophie: l'objet de cette clause était probablement d'assurer au vicomte pisan une place dans les grandes

* Taf. et Thom. I, 9S et ss., 125—138, Manuel ne parle qne de VégUae des Pisans, 380 et s. au singulier (Doe, p. 64), ce n^est pas une

* Armingaud, 1. c. p. 4â7 et ss. raison pour oondure que l'autre n'aurait

* Le diplôme d'Isaac le repète par été construite que postérieurement à 1170: deux fois: Doc. suUe relax, toac. p. 60, on se tromperait, car on peut suivre l'histo« 55. Le practicum traditionis, qui forme rique des deux églises dans les chartes, le complément de ce diplôme, désigne à partir de 1160 (Doc. p. 8, 10, 12 etc.). l'Église dé S^ Pierre comme ^a Pisams « Doc. p. 10, 18 et s., 70, 76, 93. erecta (àvtya^Xaay -^ plus loin, il dit que ' En 1180, cette place était occupée les denx églises ont été ''a Pisanis edifi- par un certain Petrus (Döc. p. 18, 81 et s.); catœ (»TMr^fMroi)" , p. 47, 66, mais ceci il eut pour successeur, en 1197, un nommé est en contradiction ayec les termes du Benenatus (Doc. p. 79, 81 et s.) qui resta diplôme. L'église de 8^ Nicolas pan^t avoir en fonctions longtemps après la prise de été la plus ancienne; il est en parlé dès Constantinople par les Francs (ibiéL p. 84 l'année 1141 (Doc. p. 4). Mais, de ce et ss., 88, 93 et s.).

que, dans son priyilége, l'empereur * Doe, p. 10, 18 et s., 70, 98.

263 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

oérémonies reUgienses, de même que les colons avaient un certain nombre de places réservées à l'hippodrome ponr les fêtes civiles (conrses ete.).^ Nous avons exposé à tous les points de vue l'état des relations des villes de Venise, de Pise et de G^nes avec l'empire grec avant la quatrième croisade; il ne noiis reste plus, pour terminer ce chapitre, qu'à donner, en quelques lignes, un aperçu des rares documents qui constatent les relations des autres pays d'Occident avec ce même empire. Nous avons vu que, par suite d'une disposition de l'empereur Alexis Cïomnëne, les colons Ämalßams tenant boutique à Cionstantinople étaient tributaires de l'église de S^ Marc de Venise. Quand Âmalfi fut tombée dans la dépendance des rois normands, les empereurs grecs lui retirèrent toutes leurs faveurs: de leur côté, au mois d'août 1136, les Pisans portèrent un coup ftmeste à cette ville et à sa marine; alliés de l'empereur aUemand Lothaire dans sa guerre contre le roi normand Boger, ils prirent à la lutte une part active et profitèrent de l'occasion pour courir sus aux navires marchands de leur vieille rivale, les piller et les brûler en partie; ce désastre fut le point de départ de la décadence d'Âmalfi. Elle s'obstinait cependant à conserver son établissement de Constantinople. En 1198, à propos d'une extension demandée pour le quartier pisan, l'empereur lisaac en fit fiskire une description: on y voit que le quartier et le quai des Amalfit^in« étaient limitrophes de ceux des Pisans.^ A côté de cette fondation d'ancienne date, prolongeant sans bruit son existence, nous pouvons en signaler une nouvelle. Si Amalfi avait perdu la faveur des empereurs, Ancône au contraire fut comblée par Manuel des témoignages de sa bienveillance; c'était la récompense de sa bonne volonté à se fedre l'instrument des intrigues et des machinations de l'empereur. C'est probablement de cette époque que date l'existence d'une colonie anconitaine à Cionstantinople; en 1199, le prieur des Ânconitains de cette ville signait un protocole dans une affaii'e concernant le prieur pisan; ce détail prouve que les Anconitains avaient leur église propre à Cionstantinople,^ d'où l'on est en droit de conclure à l'existence d'une colonie. Il est bien permis de ranger encore au nombre des peuples italiens les gens de Baguse, car l'élément slave, qui prit plus tard tant

^ Doe. p. 58. faisaient des voyages d'affaires à Con-

' Doe, suUe relax, tosc, p. 56 et s. : ils stantinople et dans Fempire grec en gé-

étaient à Pouest par rapport à ceux des néral; témoin ces expressions de Jac. Bon-

Pisans: cela ressort des expressions t» compagni dans sa relation du siège d*Ân-

âvçfi&^rra toîç 'AfiaXtftrfvou; xorà xb n^oq cône en 1174 (Murat 88. VI, 990): "porro

âvmv (compté à partir des Pisans) fi^oç, et Aneonitani multi aberant qui causa nego-

d'antres encore; Toy. Paspati, ^vkX. p. tiaadi erant .... in urbe Constantinopoli-

156; Bi'C. fuX. p. 154, 156. tana et Bomania.'* * Doe. êulU relate, lose. p. 82. Ils

IL Byzance sous les Comnènes et les Anges 263

d'importance parmi eux, était alors à peine sensible: certaines annales rapportent que Manuel leur accorda le droit de bourgeoisie à Constantinople;^ il est vrai qu'elles sont d'une époque beaucoup plus récente et qu'elles ne mentionnent à l'appui aucun document authentique; néanmoins, il n'est pas impossible qu'il y ait là-dedans un fond de vérité, car on sait que, dans sa lutte contre Venise, Manuel comptait Baguse parmi ses alliés. Pour ce qui est des autres nations représentées dans l'empire grec, leurs sujets y étaient extrêmement clairsemés. En 1142, Conrad DI, de la maison de Hohenstaufen, demanda à l'empereur Jean Gomnëne, en faveur des Allemands résidant à Constantinople, la concession d'un terrain suffisant pour la construction d'une église : cette demande fut accordée soit par Jean Comnène, soit par son successeur Manuel; dans une lettre postérieure, Conrad annonce à Manuel le départ d'Embrico évêque de Wurtzbourg, envoyé à Constantinople en qualité d'ambassadeur (1146), et le prévient que son agent est chargé de traiter quelques questions relatives à l'emplacement de cette église.* On a prétendu que cette église était fondée spécialement pour les soldats allemands; il y en avait effectivement beaucoup à Constantinople, et le roi allemand en avait récemment envoyé au secours de Jean Conmène; mais il est impossible d'admettre ce fait passager comme motif de la fondation, d'autant moins que, précisément, dans sa lettre Conrad établit une distinction bien nette entre ces soldats et les Allemands pour qui l'église doit être construite, n faut donc supposer que c'étaient des marchands, et si l'on en veut une preuve, on la trouvera dans le diplôme du mois de juin 1189, par lequel l'empereur Isaac, commettant un acte d'une illégalité flagrante, enlève aux Français et aux Allemands, pour les donner aux Vénitiens, deux quartiers avec échelles de débarquement, dont les premiers avaient eu jusqu'alors la jouissance en vertu d'une décision impériale.* Pour sa justification, Isaac prétextait que l'acte de concession en faveur de ces colons n'avait pas précisé le loyer à payer par eux et que le montant en était abandonné au hasard, et que, de plus, la concession avait été fûte non pas à l'ensemble des Français et des Allemands, mais à quelques individus obscurs et sans attaches avec leur nation (paucis quibusdam extorribus et maxime incognitis). Pour ne nous occuper que des Allemands,^ nous

^ Luocari, Copioso ristretto degli an- ' Taf. et Thom. I, 908 et s.

nali di Rausch Venise, 1606, p. 22. D'aprèa * Nous trouvons encore une mention

cette source (p. 27), Alexis, fils, de Manuel de ces AUemands dans Guntherus, Hut.

(ou plutôt ses tuteurs), aurait confirmé Opol. H rapporte que lorsque Constanti-

les privilèges des Ba^sains. nople fut prise pour la deudème fois par

' Otto Frising, dans Pertz, 88. XX, les croisés (12 avrill204) un g;rand nombre

864, d66; cf. Jaffé, Ktmrad lU, p. 101, de Grecs furent massacrés ^'a quilnisdam

108; Giesebrecht, Qeseh. der deuUehen Francis, Italis, Venetis, Teutonids et

Kaiserxeit, IV, 466, 468, 497. aliarum nationum hominibus, qui prins

264 Deuxième période, — J. Fondation des colonies commerciales.

nous demandons d'où ponyaient bien venir ces marchands, assez dénués de liens avec leur pays pour n'avoir derrière eux aucune autorité capable de leur assurer respect et protection? venaient -ils des villes du Danube, de Vienne ou de Ratisbonne? étaient-ils arrivés par terre ou par mer? ou bien étaient-ils originaires des pays riverains de la mer du Nord, de Brème ou de Cœlln et s'étaient -ils rendus à Constantinople sur leurs propres navires? la concession de quais &ite à eux personnellement semblerait démontrer que leurs vaisseaux leur appartenaient; ou bien parcouraient-ils les mers sur des vaisseaux d'autre nationalité et n'avaient-ils choisi Constantinople que comme point d'attache? nous nous abstiendrons de trancher ces questions. Quant aux colons français dépossédés également par Isaac, on peut afiSrmer, preuves en main, qu'ils étaient originaires des villes commerçantes du midi de la France, comme ^4es Français" qui fréquentaient à Thessalonique la foire de S^ Démétrius, concurremment avec les Espagnols et les Portugais.

L'empire latin.

Le monde grec vivait, à l'égard des croisés d'Occident, dans un état de transes perpétuelles; on avait le pressentiment d'une catastrophe dont Constantinople serait la première victime. Plus d'une fois, les Grecs faillirent la faire éclater par leurs propres fautes. En 1147, pendant le passage de l'armée commandée par Louis Vu, l'attitude des Grecs fdt si provoquante, l'irritation si vive dans les rangs des croisés, que le roi eut toutes les peines du monde à se défendre contre leurs instances, qui ne tendaient à rien moins que de le pousser à une coalition avec le roi normand Eoger, pour donner l'assaut à Constantinople.^ Dans des circonstances analogues, Frédéric Barbei-ousse agita pendant quelque temps dans son esprit le projet d'enlevei' de vive force la capitale de l'empire, n avait pris ses quartiers d'hiver à Àndrinople; comme il lui fallait une flotte pour avoir des chances de réussite, il chargea son ^ Henri, par une lettre du 16 novembre 1189, d'entamer des négociations avec les villes maritimes d'Italie; Gênes, Ancône, Venise et Pise sont nommément désignées; le prince devait leur proposer d'équiper une flotte et de l'expédier sur Constantinople au mois de mars de l'année suivante, de sorte qu'on pût l'attaquer simultanément par terre et par mer. Pise consentit à donner son concours à cette entreprise et envoya à Barberousse un ambassadeur; quand celui-ci le rejoignit, l'empereur avait

cum eis in ipsa urbe habitare consneve- Bhcuviœ saerœ Opol. I, 103): c^était nne

rant, sed tempore obsidionis expulsi pro ' vengeance.

eo, quod de proditione snspecti civibus ^ Eugler, Studien xw Oeaekichte des

habebantur, nostris adhaeserant" (Riant, xwsiten Krevxxuga, p. 141, 142.

IIL Uempire laün. 266

renoncé à ses projets sor C!onstantinople. et se prépajrait à passer les Dardanelles (mars 1190).^

L'orage si longtemps suspendu sur ^la Beine des villes^ finit par éclater à l'occasion de la quatrième croisade. Organisée par des chevaliers français et flamands et renforcée dans la suite par le concours des Vénitiens, son objectif primitif était l'Egypte, son but, assurer de ce côté la sécurité des chrétiens de Syrie ;2 mais, tout d'un coup, les chefe changèrent la direction de l'entreprise et donnèrent ordre de faire voile sm* Constantinople: ils affichaient hautement l'intention de rétablir dans ses droite l'empereur Isaac, récemment détrôné, et son fils, le prince Alexis. Que s'était -il donc passé? Réduit à fuir de Constantinople (1201), le prince avait pu s'échapper, grâce à l'assistance de deux membres influente de la colonie pisane,^ le comte Bainerius de Segalari^ et Ildebrandus Familiatus.^ Il s'était réfugié à la cour d'Allemagne, où il avait été reçu à bras ouverte par sa sœur Irène et son beau -frère, Philippe de Souabe: on y prit un ardent intérêt à ses projete de restauration. C'est là qu'on eut tout d'abord l'idée^ de s'adresser aux chevaliers français et flamands qui faisaient en ce moment leurs préparatifs de départ pour la croisade, et de les engager à opérer une diversion en fisiveur de la dynastie des Anges; le chef élu par les chevaliers éteit précisément dans la meilleure disposition d'esprit pour écouter les insinuations de Philippe: c'était le marquis Boniface de Montf errat ; les alliances de sa maison, l'exemple de ses frères, ses propres injures à venger, tout semblait se réunir pour le pousser vers Constantinople: ^ Philippe de Souabe

' Ansbertus, De exped. Frideridy éd. bien que ce soit ropinion admise par le

Tauschinski et Pangerl, p. 32, 66, et O Riant dans une étude (p. 38) dont nous

Riezler, Forschungen zur deutschen Oe- reparlerons un peu plus loin. schickte, X, 48. 5 j^ nom de cette famille se repré-

» ViUehaidouin, éd. de WaiUy (1872), gente fréquemment dans les documents

p. 19; Rob. de Clary, dans Hopf, Ghro- pisans relatift à Constantinople: Doc. p.»,

niques gréeo- romanes, p. 6. 12, 13, 78. Ddebrandus y figure avec le

' Doe, p. 94. Le vaisseau qui emporta titre de "judex", ibid, 19. le prince était un vaisseau pisan; ce détau est affirmé parNîcétas p. 711, et par ' D«w » Monographie de ce pnnoe

rauteur de la relation de la translatâon (^^^^^^^ ^fer d^näsehen Oeseh 1197^

du chef de S. Théodore de Comitantinople ^^^ Wmkelmann a très bien fait res-

à Gaëte, dans Ughelli, Bal. sacr. I, 539. ^^^ Tinfluence exercée par lui dans

Pour la date, voyez Streit, BeÜr. xur ^""^ "^ circonstances; le comte Riant

Gesch. des vierten Kreuxxuges, p. 48. l'exagère au détriment de celle de Dan-

* C'est probablement le "Comes Pisar *^^^' ^^ «^^ ^^^^ «^' ^""^«^^* ™'

nomm Raynerius« des Doc. suUe relax, tose. ^^^^^ ^*^ ^"^^ «* ^>^^^ ^^ *^^"^

p. 67; nous avons déjà rencontré ce nom ^*^™* ^^^"^ ^ questions historiques,

et nouii avons dit qu'ü nous paraissait ^^» ^' ^^^ ®* «*•' ^^^™' P- ^ ®* *'>• douteux qu'il ait été chef de la colonie, ' Robert de Clary (l c. p. 24, 31) dit

266 Deuxième période. — J. Fondation des colonies commerciales.

M confia tout spécialement le jeune prince Alexis.^ H fallait en venir enfin à consulter les chevaliers réunis: Boniface se fit le promoteur ardent du projet; les ambassadeurs allemands multiplièrent les promesses les plus séduisantes; Alexis en personne se présenta en sappliant et joua son rôle de manière à exciter la compassion; mais rien ne put déterminer les chevaliers à accepter un bouleversement imprévu de tous les plans arrêtés en commun, pour une aventure peu intéressante pour la majorité. Le projet semblait enterré; ce fiit fe doge Dandolo qui le reprit et le mena à bonne fin: c'était lui qui avait équipé la fiotte; or, les chevaliers s'étaient trouvés insolvables: de simple allié qu'il était auparavant, il se trouvait, par le fidt de sa créance, le véritable chef de l'expédition. Peu lui importaient les désirs de Philippe de Souabe; la pensée de remporter une victoire sur la papauté en détournant la croisade de son but n'entrait pas dans son esprit, tandis que dans les conseils du roi, elle avait dû peser d'un poids au moins égal à celui de tous les autres motife. Une seule considération guidait sa conduite: la défense des in- 'térêts commerciaux de Venise. Or, c'était assurément les compromettre que d'envoyer une fiotte de guen'e équipée par la République attaquer l'Egypte, un pays où ses marchands avaient toute liberté d'entrer et de sortir avec leurs vaisseaux et faisaient des affaires si fiructueuses. A Constantinople, au contraire, l'usurpateur avait déjà fait subir toutes sortes d'avanies aux Vénitiens et favorisé les Pisans à leur détriment; on ne pouvait donc que gagner à son renversement et à la restauration d'une autre dynastie; devenue l'obligée de Venise, la reconnaissance lui ferait un devoir d'accepter toutes ses volontés. Le moment était donc venu de mettre à exécution la menace faite, en 1198, par les ambassadeurs vénitiens à l'empereur Alexis, et d'appuyer effectivement le prétendant; n'oublions pas une considération toute personnelle qui dut bien avoir sa part d'infiuence sui* le doge: la satisfeu^tion de se montrer, à la tête d'une puissante fiotte devant cette ville de Constantinople où il avait été victime de la duplicité et de la barbarie du peuple grec

Du jour où les projets des croisés furent connus, la position des Vénitiens établis à Constantinople devint fort difficile, comme on devait s'y attendre; celle des autres Latins n'était d'ailleurs pas beaucoup meilleure. Sicard, évêque de Crémone, se trouvait à Constantinople en 1204 et, par conséquent, il pouvait être très-exactement informé sur les événements des années 1202 et 1203: il rapporte que lorsqu'on sut que les croisés avaient ouvert les hostilités par le pillage de côtes de l'empire, le long de l'Adriatique, une émeute éclata; le peuple grec et la garde varangienne

que personne n'a plus insisté que le mar- * ViUehardouin, p. 64.

quis pour "aler en Constantinoble*'.

in. L'empire latin. 267

se portèrent dans le quartier vénitien et s*y livrèrent à toutes sortes d'excès; beaucoup de Vénitiens furent jetés en prison, un certain nombre massacrés.^ Dans sa foreur, la populace démolit les maisons habitées par les Occidentaux sur le rivage de la Corne d'or; Nicétas constate avec regret que les Àmalfltains, déjà à moitié grécisés, et les Pisans partagèrent le sort général.*

La populace commettait une faute grave en faisant retomber sa fureur sur tous les Occidentaux sans distinction, car tout d'abord Gténes et Pise avaient refusé leur coopération à la croisade.^ Dans les rangs de l'armée, il n'y avait pas un seul citoyen de ces deux républiques: tout au contraire, les colons pisans avaient apporté un concours actif à la défense de Constantinople; ils fournissaient une partie de la garnison de la tour de Galata* et il leur arriva un jour de culbuter un parti ennemi qui s'était introduit dans la ville par une brèche pratiquée dans le rempart près du quai impérial^ Leur conduite n'était pas dictée uniquement par le désir de soutenir l'empereur en reconnaissance des faveurs qu'il leur avait accordées; il s'agissait pour eux de protéger leurs propres foyers, de les défendre contre des rivaux dont l'expérience des dernières années leur avait appris à connaître les dispositions rien moins que bienveillantes. Us ne purent cependant empêcher que la ville ne tombât au pouvoir des croisés. L'usurpateur prit la fuite et le prince Alexis eut la joie de voir remonter sur le trône son père, le vieil Isaac, devenu aveugle; lui-même restait aux côtés de l'empereur en qualité de corégent On ignore comment les croisés traitèrent en cette circonstance (17 Juillet 1203) les Occidentaux établis dans la capitale. Quelques semaines plus tard, l'empereur Isaac était assez heureux pour opérer un rapprochement entre les Vénitiens et les Pisans: ceux-ci allèrent visiter les Vénitiens dans leur camp de Péra et y reçurent l'accueU le plus cordial.^ Les vieilles dissensions étaient oubliées et les rênes de gouvernement étaient entre les mains de deux empereurs &vorables aux Latins; il semble donc que tout dût faciliter aux marchands italiens la reprise des affaires; malheureusement, l'^tipathie du peuple grec pour les Occidentaux était restée aussi vive que par le passé, les excès commis par les croisés lui avaient encore donné plus d'acuité et cela suffisait pour annuler à peu près tous les résultats de la campagne. La malechance

' Mmat 8S. VU, 619. d'interpréter les expreasions de Nicétas

* Nicét p. 780. en ce sens que les Pisans auraient quitté ' ViUehaffdouin, p. SI; Clary, p. 5. la Tille et se seraient établis en permar ^ Epist, Hugcms eomdUa S. Paulif nence dans le camp des Vénitiens, comme

dans Taf. et Thom. I, d07. le prétend Wilken, Oeaeh. d. Kreuxx. Y,

» Nicét p. 721. 241.

* Nicét p. 730. n m'est impossible

268 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

voulat qu'une bande de pillards franca allumât un incendie qui prit des proportions effroyables; ce désastre porta Tirritation du peuple grec k un tel point que les Occidentaux ne se sentaient plus en sûreté dans la ville; eux-mêmes, d'ailleurs, n'avaient point été épargnés par le fléau: beaucoup d'entre eux étaient ruinés et n'avaient plus même un toit pour s'abriter.^ Dans cette extrémité, ils se résolurent à chercher leur salut dans une émigration en masse: quinze mille d'entre eux traversèrent le port avec femmes et en&nts et allèrent se réfugier à Péra, dans le camp des croisés.' On était au mois d'août 1203. Peu de temps après, les Grecs se soulevaient ouvertement et faisaient une contre-révolution sous \ la conduite d'Alexis Ducas Murzuphle (Janvier 1204). Murzuphle publia I un décret d'expulsion contre tous les Latins établis dans Constantinople sous prétexte de les empêcher de conspirer avec les croisés campés sous ses murs; mais, en dépit de l'affirmation d'un écrivain postérieur, Oeorgins Acropolitès, je me permets de douter que cette mesure ait encore pu en frapper "des milliers",' car il ne devait plus guère en rester. Malgré tout, d'ailleurs, les Latins n'abandonnèrent jamais Constantinople d'une manière absolue: il y resta toujours quelques Vénitiens jusque dans les moments les plus difSciles. L'historien Nicétas raconte que le jour où les croisés prirent la ville pour la seconde fois, il M redevable de son salut à la protection de certains Vénitiens de ses amis.^ Cela n'empêche pas que ceux qui avaient dû sortir étaient altérés de vengeance; pendant l'assaut ils mirent au service des combattants leurs conseils et leurs bras et après ils se montrèrent les plus acharnés au massacre des vaincus.^ Les croisés étaient pour la seconde fois maîtres de Constantinople (13 avril 1204); mais ce nouveau &it d'armes eut de tout autres con-

^ Nicétas p. 731 et ss.; ViUehardouin, Aboulfftradadj fixe à dO,000 le nombre des

p. 119. Les termes dont se sert Nicétas marchands francs résidant à Gonstand-

en parlant des quartiers touchés par Tin- nople h cette époque; mais on doit natn-

cendie ne permettent aucune doute; il est reUement donner ïa préférence à ViUe-

clair qu^il atteignit aussi les quartiers hardouin, qui est un témoin oculaire,

commerçants; il s^étendit sur la gauche Vers 1180, il y en avait eu, au dire d'Eu-

jusqu'au Perama, quartier dont le nom stathe, jusqu^à 60,000 et plus,

revient fréquemment dans les diplômes ' Georg. Acrop., p. 8, D: Günther

impériaux. ViUehardouin dît aussi que (Hist. epoHt., dans Biant, BanwÙB sacra

c'était un spectacle poignant que de voir Çpol. I, 102) confirme cette expolâon,

^ces granz rues marcheandes ardoir à feu", mais se sert de Fexpression indéterminée:

et il parle des objets sauvés de Tincendie "tempore obsidionis."

par les émigrants. Ct Paspati, dans le * Nicét p. 777. D'autres restèrent,

Bulletin du Syliogoa de Constantinople, mais furent expulsés ft b fin par Mur-

Vn, 94 et s., et Bv^. fiùtx. p. 190; il ad- zuphle; voy. Gnnther, l e,

met que le quartier vénitien frit seul épar- ' Georg. Acrop. p. 9; Guntheii, Hiai.

gné par le feu. Opolä. l e,

' ViUehardouin, p. 119. Le l^yrien

IIL L'empire latin. 269

séquences que le premier. Tout d'abord on renonça à une nouvelle tentative de restaui-ation d'un prince de race grecque: un empire latin s'implanta sur le territoire grec et, tout au tour de lui, le sol se couvrit d'une foule de principautés et de baronnies dont les maîtres étaient des seigneurs de langue italienne ou firançaise. Les conquérants, d'ailleurs, étaient divisés en deux parties bien tranchées, chacune poursuivant un intérêt paiticulier: tels ils avaient été pendant la campagne, tels ils restèrent au moment du partage; d'un côté les Vénitiens, de l'autre les ctQ]sib& (peregrvni). Des traités dont les principes avaient été arrêtés à l'avance réglèrent l'organisation future de l'empire grec. H fut convenu que l'empire entier serait gouverné par un empereur, que le choix de cet empereur serait &it par douze électeurs, six pour les croisés, six pour les Vénitiens, que tous le reconnaîtraient pour chef et, enfin, qu'un quart de l'empire serait placé sous son autorité directe; le reste serait divisé en deux parties égales déterminées par une commission spéciale, et chaque part serait remise à l'un des co- partageants qui la recevrait en fief de l'empereur, en échange de certaines obligations déterminées. Dans la rédaction de ce projet préliminaire, les Vénitiens n'oublièrent pas de se réserver dans le nouvel empire latin le maintien de tous les droits, coutumes et biens dont ils avaient eu la jouissance dans l'empire byzantin.^

La ville prise, on procéda à l'élection de l'empereur (9 mai). On sait que le choix tomba sur Baudouin^ comte de Flandre. On ne procéda que plusieurs mois après, vers le commencement d'octobre,* à la répartition des territoires autrefois gouvernés par les empereurs byzantins.' Nous possédons l'acte de partage. M. Tafel en a rétabli (le texte sur l'original fort altéré, et une profonde connaissance de la géographie lui a permis de &ire la lumière sur un grand nombre de points obscurs.^

^ Taf. et Thom. I, 446, 4B0; II, Sâ9. paase sous ailenee les prorincee qui comr ' C'est Tépoqae indiquée par ViUehar- posaient le royaume de Thessaloniqiie; donc, douin(p. 181). H est malheureux que Pacte il a été rédigé postérieurement à û conde partage ne porte aucune date; cependant stitution de ce royaume en fayeur de on peut ÜEure deux remarques qui amènent Boniface de Montferrat (fin septembre). & un résultat à peu près analogue & la Cette conclusion concorde ayec le dire de donnée de Villehardouin. D'abord le do- Robert de Clary, p. 80. cument doit ayoir été rédigé après les ' D'après I^tas, p. 787, on aurait premières conquêtes en Tbrace, c'est à fût entier dans le partage l'Itgypte, la dire postérieurement à l'été de l'an 1904: Lybie, la Perse et l'Asqrrie; c'est une en eifet, il attribue Andrinople aux Vé- exagération ridicule. H n'y a rien de nitiens; or, précisément pendant cet été semblable dans le texte du traité de parlà, Baudouin avait pris possession d'Andri- tage, ce qui n'empêche pas Bamusio de nople et y avait mis une garnison fia- vouloir y trouver une viUe de Cilicie, mande, ce qu'A n'eût pas hit si eUe avait Tarse et une viUe d'âgypte, Péluse; voy. déjà appartenu aux Vénitiens en vertu Tafél, Symbola erHie€B, pars 2, p. 81. d'un traité. En second lieu, le document ^ Voy. Tafel, Symbola eriiiea geo-

270 Deuxième période. — L Fondation des colonies commerciales.

L'empereur reçut en partagée les provinces d'Asie, les îles situées au nord et à l'est de la mer Egée et une bande du territoire de la Thi'ace le long de la mer Noire; les croisés (dans le sens strict du mot) eurent la plus grande partie de la Thrace, depuis l'Hébrus (la Maritza) jusqu'à la mer de Marmara, la partie méridionale de la Macédoine, la Thessalie, la partie orientale de l'Hellade; enfin, le lot des Vénitiens, le seul qui nous intéresse ici, comprit: V l'Epire, l'Acamanie et l'Etolie avec les villes de Durazzo, d'Arta etc.; 2^ les îles Ioniennes, parmi lesquelles C(»fou, Céphalonie, Sainte-Maure et Zante sont spécialement désignées; 3° le Péloponnèse, indiqué dans le traité par les villes de Fatras, Calavryta, Ostrova, Modon et Lacédémone; 4^ les îles du midi et de l'ouest de l'Archipel, parmi lesquelles Naxos et Andros figurent dans le traité par leur nom, et l'île d'Eubée par les villes d'Oréos et de Karystos; 6^ une série de villes échelonnées le long de la côte européenne du détroit des Dardanelles et de la mer de Marmara et dont les plus importantes sont Gallipoli, Bodosto et Héraclée; 6<^, enfin, quelques villes de l'intérieur de la Thrace dont la plus considérable est Andrinople. Ajoutons encore l'île de Crète, obtenue par un ti*oc fait avec le marquis de Montferrat, et l'on reconnidtra ^.ue, dans leur choix, les Vénitiens avaient fiait preuve de ce sens pratique qui se retrouve toujours au fond de tous leurs actes. C'étaient pour la plupart des territoires fertiles, d'un accès commode pour les vaisseaux, par conséquent d'une exploitation facile pour le commerce: presque tous se trouvaient sur la grande route maritime de Venise à Constantinople.

^ Le partage fait, il s'agissait d'entrer en possession: c'est à ce moment que les Vénitiens, comme l'empereur, comme les autres croisés, se heurtèrent à des difficultés de toutes sortes. Le doge Pietro Ziani, successeur de Dandolo, reconnut bien vite que, pour conserver les nouvelles acquisitions, il serait absolument indispensable d'entretenir pendant de longues années de nombreuses troupes de meroenaiFes, éparpillées sur divers points, et que les énormes sommes qu'allait exiger Fentretien de ces troupes seraient disproportionnées avec la valeur réelle que ces possessions continentales pouvaient avoir pour une puissance maritime telle que Venise. Agissant en conséquence, il se contenta de conserver le petit duché de Duraaifo,^ fondé en 1206, et renonça à faire valoir les droits acquis à la Bépublique, par suite du traité de partage, sur le reste de l'Épire, l'Acamanie et l'Etolie; le despote grec Michel !•' avait profité de l'interrègne pour mettre la main sur ces provinces; pour lui faire rendre gorge, il aurait fiedlu une lutte, longue peut-être; le doge fut heureux

graphiam byxantinam spectantes, pars S, Y, 3^ sér., p. 1—136, et VeneL Urkund. dans les Mh. der 3. CL der Muneh. Akad. Buch, I, 452— 501.

^ Dandolo, p. 882.

IIL Uempire latin. 271

d'entrer en arrangement: Michel consentit à recevoir les provinces susdites à titre de fief du gouvernement de Venise et promit, pour les Vénitiens et leurs nouveaux concitoyens de Durazzo, l'autorisation de trafiquer en toute franchise dans ses états (1210).^ Cela n'empêcha pas le duché de Durazzo d'être détruit après quelques années seulement d'existence (1216) par le despote Théodore frère et successeur de Michel,^ de sorte que la République ne jouit guère de cette partie de ses conquêtes. Elle eut plus tard un consul à Durazzo, mais ce n'était qu'un simple consul commercial, comme son collègue d'Arta, la capitale du despotat'

En Morée, les Vénitiens trouvèrent également la place prise: sans se préoccuper des droits de la République, le chevalier Gteoffix)i de Villehardouin et Guillaume de Champlitte se l'étaient adjugée et y avaient fondé un duché d'Achaïe. Cependant, en 1206, les Vénitiens profitèrent d'une expédition envoyée vers l'île de Crète pour occuper solidement au moins un point au sud-ouest de la péninsule, dans l'antique Messénie, précisément dans la partie où Qeofroi de Villehardouin s'était taillé une principauté; mais il gardait mal les ports de Modon et de Coron: c'étaient de vrais nids de pirates^ Les Vénitiens n'eurent pas beaucoup de peine à s'en rendre mutres^ ainsi que des environs: après s'y être solidement établis, ils traitèrent avec Geo&oi et l'on adopta comme limite de ce tenitoire, au nord, une ligne allant de la petite rivière qui se jette dans la baie de Navarin (nommée ak»^ portus Zunciy port de Junch^ porto di Zonchio ou Qiongo)^ au port de Sinate l'ancienne Asiné.^ Par contre, les Vénitiens renoncèrent à exercer directement leur domination sur le reste du Péloponnèse® et admirent comme une garantie sufSsante dß leurs droits sur le pays la promesse £ftite par Geoffiroi de reconnaître comme suzerain de la princâiMuitë d'Acbaïe le doge de Venise; à cet engagement se jo^^it celui de devenir lui-même citoyen de Venise, de garantir aide et protection à ses nouveaux concitoyens sur tous les points du territ(»re, et de leur concéder partout où il leur conviendrait une église, une petite halle (fondicuium) et un

* Taf. et Thom. n, ISO et es. préambule du Livre de la eonqueste, p.

* Georg. Acropol. p. 28. xlii, et Lelewol, Géographie du moyen- ' Hopf, Orieehenkmd, dans Ersch et âge, Atlas,

Oruber, LXXXY, 299, 331. * Hopf, CfrieeherUand, op, eu, p. 239.

* Diaprés le témoignage de Sanuto, ^ Us ne s'étaient réservé que le quart dans Murât SS. XXTT, 636, et aussi du territoire de Lacédémone; mais ce d'après une note ajoutée après coup dans territoire était encore presque en entier les Annal. Jan. p. 125, il paraîtrait qu'il au pouvoir de l'ennemi, et U aurait Mu les leur avait, en réalité, abandonnés. commencer par le conquérir; aussi cette

* Dandolo, p. 335; Sanut /. c. réserve semble-t-eUe être restée lettre- ' Voj. Buchen, Mém. géogr., placé en morte.

272 Deuxième période. — 7. Fandation des colonies commerciales.

tribunal particulier i^ c'était la reproduction à peu près textuelle de l'engagement pris par Michel, le despote d'Epire. Cette suzeraineté sur la Morée était nécessairement très- précaire, Venise ne pouvait pas se le dissimuler, mais c'était une possession à laquelle elle tenait aussi peu que possible; un siècle plus tard (1321), quelques vassaux de la principauté d'Achaïe lui ayant offert la souveraineté effective, elle ne se .laissa point tenter par cette perspective d'agrandissement et répondit par un refus pur et simple.* Ses marchands avaient le droit de trafiquer librement par tout le pays, ses relations amicales avec les princes d'Achaïe assuraient que les ports lui en seraient toujours ouverte; c'était tout ce qu'elle désirait Les produite du pays étaient d'ailleurs en petit nombre: des raisins secs, des raisins de Corinthe,^ des figues, de l'huile, du toiiel et de la cire,^ du kermès, de la graine d'écarlate, de la soie, du sucre, ces deux derniers articles en petite quantité et de qualité médiocre.^ Même dans le petit coin de la Morée dont Venise s'était réservé la souveraineté directe, les articles de commerce ne comptaient pour ainsi dire pas: cependant on y produisait du vin et de l'huUe et le kermès des environs de Coron avait une grande réputation.^ Dans la possession de la pointe méridionale de la Morée, les Vénitiens n'attachaient de prix qu'à sa situation. Dans un acte du sénat de Venise,^ on trouve Modon et Coron désignées par une expression assez typique: octdi capUales commums. En effet, presque tous les vaisseaux marchands allant d'Occident vers la partie orientale de la Méditerranée, l'Archipel, la mer Noire ou la mer d'Azov, passaient en vue de ces deux ports. La république avait donc là deux excellente postes d'observation d'où elle pouvait surveiller tous les mouvemente de ses amis comme de ses ennemis dans les eaux du Levant C'étaient, de plus, deux stations commodes, deux refuges excellents assurés à ses vaisseaux à l'aller et au retour de leurs voyages d'Orient Aussi rien ne fut épargné pour leur transformation en stations maritimes de premier ordre, leurs fortifications et leur armement Le caractère de ces colonies étant militaii'e avant tout, la direction y était confiée à des Castellans (gouverneurs de châteaux); il y en eut toujours

' Joifiet 1209. Taf. et Thom. H, 96 * Bened. Petrob., éd. Stubbs, H, 199;

—100. Buondelmonti , Liber insularum areki-

' Hopf, op, eu. p. 406. Pour les preuves, peiagi, p. 68; Viaggri di Lien. Freaeobaidi,

▼oir, Cbtf. des doc. inêd., nouv. mêUmg. p. 16; Röhricht et Meisner, Deutsehe

kist. m, 64-~57 (= Oommem. reg. I, 281, POgerreiseny p. 186, S51.

n<" S77, 978). * Acte du 30 Mars 1875, cité par Hopf,

* Pegol. p. 107; U22. p. 89 et as. op. cit. LXXXVI, 10.

* PÜOÜ, p. 876.

* J'aurai occasion de reparler de ces trois derniers produits.

m. L'empire latin. 273

an moins deux, et pendant assez lon^mps trois; ils résidaient alternativemeiit à Modon et à Coron.^

Si les Vénitiens renonçaient à étendre leurs conquêtes sur le continent grec, il en était tout autrement pour les ues: ils s'en étaient d'ailleurs fait assurer une grande partie dans le traité de partage. On ne regardait pas comme une nécessité la possession directe de toutes ces îles, mais on tenait à ce que, dans celles où il n'y avait pas de duc oa de baile délégué par la République, le pouvoir fat entre les mains de compatriotes sur le dévouement desquels on pût compter pour défendre en toute occasion les intérêts de la mère patrie: aussi leur imposait-on expressément l'obligation de ne jamais céder à des individus non Vénitiens les îles ou parties d'îles à eux concédées.

A Corfou, en 1203, l'armée croisée avait trouvé des éléments d'opposition à ses projets; en 1205, Venise profita du passage de la flottille qui menait à Constantinople le premier patriarche vénitien, pour faire proclamer ses nouveaux droits sur l'île, mais les mêmes difficultés subsistaient encore. Un corsaire génois, nommé Leone Vetrano, qui parcourait ces eaux en maître, encourageait les Corflotes à la résistance: il fallut envoyer, en 1206, une flotte considérable, pour faire tomber la principale forteresse de l'île: Vetrano fut battu, fait prisonnier et mis à mort* En 1207, le doge donna cette forteresse, avec l'île entière et quelques îles voisines, en flef héréditaire à dix nobles ,|à la condition qu'ils se chargeraient à perpétuité de l'entretien d'un certain nombre de mercenaires, feraient hommage au doge et exigeraient pour eux-mêmes le serment de fidélité de leurs sujets. Les nouveaux seigneurs promirent naturellement de prendre parti pour la République dans toutes les questions politiques, mais, en outre, ils s'engagèrent à soigner les intérêts de son commerce, à faire toujoui-s bon accueil à ses galères, à assurer constamment aux marchands vénitiens la liberté du trafic, à leur accorder enfin l'importation et l'exportation de leurs marchandises en franchise.« Ce régime n'eut pas une longue durée. Corfou tomba, à ce qu'il semble, à peu près à la même époque que Durazzo* entre les mains du despote d'Epire, dont Venise n'était pas capable d'arrêter la marche conquérante et elle resta plus de quarante ans en son pouvoir ou en celui de ses successeurs: ces despotes étaient en même temps mutres de Sainte-Maure, sa voisine, et Venise, nous le verrons, dut

* ThomAS, Die ältesten Verordnungm ' Dandolo, p. 334.

der VeneHcmer für auswärtige Angelegen- ' Taf. et Thom. H, 54—59.

heilen; Abh, der Munehn, Akad. CL 1, * Eu tout cas, le Liber plegiorum,

ToLXin,8ectl,p.20— 22;Hopf, orîecA«»- p. 148, parle de Corfou eu 1228 comme

landj op. cit. LXXXY, 307 et s., 341 et s., d^une île au pouvoir des Grecs. 396, 440; LXXXYI, 10, 24.

274 Deuxième période, — J. Fondation des colonies commerciales.

patienter beaucoup plus longtemps encore avant de pouvoir compter au nombre de ses possessions cette importante station de la mer Ionienne.

Outre Corfou et Sainte -Maure (Leucade), le traité de partage de 1204 lui avait adjugé les îles de Céphalonie et de Zante: on avait oublié que, depuis quelques années déjà^ elles ne dépendaient plus de l'empire grec; les Normands de l'Italie méridionale les lui avaient arrachées en 1186 et elles formaient, depuis cette époque, un comté à part: les premiers titulaires connus étaient vassaux de la couronne de Sicile; plus tard, on les trouve au nombre des barons de la principauté d'Achaïe.^ Â l'époque de la quatrième croisade, le seigneur régnant se nommait Matteo (Majo); il vécut jusqu'en 1238; le chroniqueur vénitien Dandolo le qualifie de nobüis gaüicus (serait-ce peut être parce qu'il descendait de race normande?), et prétend qu'en 1209 il prêta serment de fidélité à Venise et promit de lui payer tribut. H était sans doute survenu entre lui et Venise un accord, en vertu duquel celle-ci avait reconnu sa souveraineté sur les deux îles.

Passons de la mer Ionienne à l'Archipel. Nous y trouvons dans le lot de Venise les Cyclades. H s'agissait de les occuper, ce qui n'était pas sans di£Bculté, car il y avait à lutter contre les habitants, soutenus par des corsaires: quelques patriciens se présentèrent, qui se sentaient assez de courage pour tenter l'opération et assez d'argent pour en supporter les frais: le gouvernement leur céda ses droits: il pouvait le fiaire sans inconvénient En 1207, un grand nombre de flibustiers vénitiens se rassemblèrent à Constantinople et entrèrent en campagne sous la conduite de Marco Sanudo; l'expédition réussit à souhait Pour prix de sa victoire, Sanudo reçut en toute propriété l'île de Naxos, la plus importante de toutes, avec plusieurs autres îles gi*andes et petites dont elle est entourée:* on lui accorda de plus les droits de seigneur suzerain sur les autres ues conquises dans la même occasion et l'empereur de Constantinople le fit duc de Naxos^ Les .autres Cyclades ftirent partagés entre ses anciens compagnons, dorénavant ses vassaux: ainsi, Marino Dandolo eut Andros;" les frères Geremia et Andrea Ghisi, Tinos et Mykonos, plus une partie de Sériphos et de Eeos, qu'ils partagèrent avec Domenico Michiel et Pietro Giustiniani;^ plus tard, Jean Vatatzès,

^ Hopf, op, eu. LXXXV, p. 181 et s., ' Hopf, Oeschiehte von Andros, p. 86

257, 314 et s., 381 etc. La liste com- et sa.

plète se trouve dans le même vol. p. 421, * Hopf, article Okisi, dans Ersch et

note 53; voy. aussi Buchen, Recherches Gruber, LXVI, 336; article Oiustimami,

historiques sur la principauté française ibid. LXVlll , 303; article Michieli,

de Morée, 1 (1845), p. Ixxxii et s.; Il, dans les Veneto-byxantinische Anakcten

p. 478—481. (Sitzungsberichte der Wiener Akad., phi-

' Hopf, Oriechetiland, op. cit. p. 222 los, hist Œ. 1859, XXXÏT, 426 et ss.). et s., 80a

irr. L'empire latin. 275

empereur grec de Nicée, fit encore don à G^emia Ghisi de la partie orientale d'Amourgos. Dans la partie méridionale de l'Archipel, Leonardo Foscolo eut la petite île de Namfio (Anaphé), Jacopo Barozzi la grande île de Santorin.^ Mais Sanudo et ses compagnons ne s'étaient pas bornés aux Cyclades, ils avaient poussé des pointes dans les régions voisines; c'est ainsi que Giovanni Quirini s'empara de Stampalia' (Astropalsea), l'une des Sporades, tandis que Marctf Venier et Jacopo Viaro allaient au sudouest occuper l'un Gérigo, l'autre Gérigotto dont ils faisaient deux marquisats.' Nos aventuriers ne s'étaient d'ailleurs pas gênés pour empiéter sui* le domaine de l'empereur de Constantinople; il lui était échu dans le nord et dans l'est de l'Archipel un grand nombre d'îles dont quelques unes assez grandes: mais comme ses chevaliers flamands et français préféraient des fle& de terre ferme, il ne lui était probablement pas désagréable que des citoyens de Venise habitués à la mer se chargeassent de les occuper. Filocalo Navigajoso s'établit dans la grande üe de Lemnos^ et les frères Ghisi déjà nommés ajoutèrent aux îles qu'ils possédaient déjà dans les Cyclades celles de Skyros, Skopelos, Skyathos et Ehelidromi dans les Sporades septentrionales, à l'est de l'île d'Eubée.^ Les deux plus importants de ces princes insulaires de race vénitienne, le duc de Naxos^ et le grand-duc de Lemnos avaient pour suzerain non pas leur mère patrie, mais l'empereur, de sorte que la plupart des seigneurs de moindre importance qui tenaient leurs fie& du duc de Naxos se trouvaient être arrière-vassaux de l'empereur. Venise aurait été en droit d'exiger l'hommage de ceux qui possédaient des ues de son ressort; mais son gouvernement était trop sensé pour soulever un litige à ce propos: il comptait sur sa propre politique et sur la force des circonstances pour faire rentrer les deux princes dans les rangs des vassaux de Venise. En attendant, il avait tout lieu de se féliciter; la grande majorité des îles grecques étaient échues à des citoyens de Venise: c'était le point essentiel En effet, partout où ces Vénitiens fondaient une principauté, leur résidence s'entourait de colonies italiennes; là où l'on ne rencontrait autrefois que des nids de pirates, terreur du commerce de Venise, on trouvait maintenant des ports amis, des asiles fortifiés et sûrs où les capitaines et les marchands Vénitiens, certains d'un bon accueil, pou-

* Hopf, Veneto-byx. Arudeeten, op, eu, • Hopf; art Ghisi, op, eu,

499 et 88., 378 et as. * A propos de ces princes, voyez la

' Hopf, ibid. p. 461 et s. curieuse déclaration du duc Marco II,

^ Hopf, Orieckenland, dans Ersch et dans Hopf, Nachträge x/ur Oesehiehte von

Gruber, LXXXV, 223; cf. Archiv, Venet. Andros, Sitxungsberichte der Wiener Akad,,

XVn, 263; XVm, 61. philos, hisL CL, 1856, XXI, 242 et ss.

* Hopf, VenetO'byxarU, Anakcten, p.

276 Deuxième période. — J. Fondation des colonies commerciales.

valent demander asile et protection, et si, parfois, les maîtres de ces îles toléraient encore chez eux des corsaires, cenx-ci n'étaient plus un danger pour les navires vénitiens. D'ailleurs, ces petits barons et les colonies venues à leur suite ne dépouillaient pas le génie commercial propre à leur nation, de sorte qu'un trafic de plus en plus considérable ne tardait pas à se développer, d'abord d'une île à l'aujtre, puis entre les ues et le continent grec, et enfin entre les îles et Venise. Quelques unes de ces îles n'étalent, à vrai dire, que des rochei*s dénudés, trop pauvres même pour nourrir leurs habitants ; d'autres, au contraire, fournissaient leur contingent au commerce: c'étaient surtout des céréales, des fruits confits, de l'huile^ du miel et de la cire, du coton, de la laine et de la soie.^ Pendant le Moyen-Âge, le miel des îles de la Grèce, le fromage de Santorin s'exportaient jusqu'en Egypte;* le soufre de Nisyros était un article de commerce; Naxos était réputée pour son émeri;« il est démontré que les carrières de Paros étaient encore en exploitation et que cette île expédiait son marbre non-seulement à Chio, mais même jusqu'à Venise.* On voit que l'acquisition de ces îles assurait aux Vénitiens un accroissement considérable de trafic

Au sud, nie de Crête terminait heureusement la série des possessions ^ vénitiennes dans les eaux grecques. L'origine des droits de Venise sm* cette île ne remontait pas au traité de 1204; elle n'y est pas même nommée et cela, par la raison qu'à cette époque elle appartenait déjà à Venise. Pendant la quatrième croisade, Alexis l'Ange, ce prince que les croisés commencèrent par élever sur le trône pour l'en renverser bientôt en avait fait don au marquis de Monferrat H paraît qu'au moment de l'élection de l'empereur latin qui remplaçait Alexis, il fut décidé que la Crête et les provinces asiatiques de l'empire grec seraient réservées pour former le lot de celui des deux candidats qui aurait échoué; ce fiit le marquis de Montferrat; il aurait donc eu un double droit à la possession de l'île. Ce fait se trouve rapporté dans la chronique de Geoffix)i de ViUehardouin, la seule source où l'on trouve une relation de l'élection de l'empereur; mais les manuscrits que l'on possède présentent précisément des lectures différentes pour le passage en question : quelques

* Au siget de Thermia, p. ex., Buon- • Pilotî, p. 876.

dehnonti écrit (Liber insul. archipelagi, * Buondelm. p. 76 et 8., 96. Voy.

éd. Sînner, p. 86): ''in vino blado serico- Boss, Reisen auf den grieehisehen Aiseln,

que camibus bene habetur.** Le vin de I, 41; II, 78.

Pile volcanique de Santorin est fameux: * Qyriacus Anconitanus, dans Targio-

On y cultivait aussi le coton; Hopf, Ve- ni-Tozzetti, Belaxûmi c^aleuni viaggi

netO'byxant. Analeeten, p. 394: Caumont fatH in Tbseana, Y (Firenze 1773), p. 4S4;

(p. 86), vit des plantations de coton à Buondelm. /. e. p. 94; FeL Fabri, Beaga-

Santorin et à Namfio. torium, m, 364, 299.

IIL L'empire latin. 277

uns portent ide de Crète, mais le dernier éditeur, M' de Wailly, se conformant avec raison à l'opinion de Buchon, donne la préférence à la variante isle de Grèce ^^ nom que l'on donnait assez fréquemment, à cette époque, à la presqu'île de Morée.' Quoi qu'il en soit, Boniface ne rappela que la donation d'Alexis dans l'acte du 12 août 1204, par lequel il cédait llle de Crète au doge Dandolo en échange de territoires de valeur équivalente situés dans la partie occidentale du continent grea^ Cette cession était doublement motivée: d'abord, il tenait à se concilier le doge, car ses relations avec l'empereur étaient extrêmement tendues et il pouvait d'un jour à l'autre avoir besoin de lui; en second Ueu, ses campagnes en terre ferme lui avaient déjà coûté fort cher et il était bien aise de se débarrasser des charges qu'eût encore entraînées une expédition maritime. En effet, avant d'occuper la Crète, il fallait en faire la conquête. Pendant qu'on disposait d'elle, elle était encore au pouvoir des Gi'ecs.^ La Bépublique eut le tort d'hésiter dès le commencement; elle se contenta provisoirement de donner à la flottille qui devait accompagner le patriarche Morosini à Constantinople l'ordre de jeter en passant une petite garnison dans la forteresse de Spinalonga (à l'est de Candie). Le comte de Moite, Enrico Pescatore, vassal de la couronne de Sicile, mais avant tout zélé pour la puissance maritime et commerciale de Gênes sa patrie,^ crut le moment favorable pour mettre un jfrein aux progrès des Vénitiens en Grèce. D commença par expédier, en 1205, trois vaisseaux de guerre dans les eaux grecques, avec mission d'y faire tout le mal possible aux ennemis de Gênes; ils capturèrent effectivement deux vaisseaux vénitiens;® en 1206, il se mit lui-même à la tête d'une grande expédition à destination de la Crète et se rendit maître de l'île presque entière.^ Fier de ce succès, il ajouta à son titre de cornes Maitœ celui de dominus Cretœ,^ et se disposa à procéder à la conquête des îles et des côtes voisines. S'il Mait en croire certaines chroniques postérieures, les marchands génois établis dans l'île se seraient

* Geoffroy de Vülehardboin , éd. de comté; U vivait à Gênes où il fat reyêtu WaiUy, p. 1B2, 166. de fonctions officielles; voy. Papon, Bis-

* Voy. p. ex, Henri de Valenciennes toire de Provence, II, Preuves, n* 61; (continuateur de Geoffroy), ibùL p. 364. Annal. Jan. ad. an. 1348, p. SOO. La

' Ta£ et Thom. I, 612 et ss.; JUbnum. femme d^Enrico était aussi de famille

kiêt. patr. Ghartaej I, 1112 et ss. génoise (CasteUo); voy. Canaie, Nuova

* Eist. duc. Venet., l e., p. 96. istoria di Qenova, II, 440.

* ''Vir egregius et amator Januensium ' Annal. Jan. p. 124.

honoris:" Annal. Jan. p. 121; VHist. ' Hist. due. Vena., L c; Annal. Jan.

duc. Venet., ibid. le qualifie de ''Januensis p. 126; Dand. p. 836. civis**; cette indication est assurément " On le trouve avec ce titre en 1208:

fondée, car on sait que Nicolas (Nicolosus) Lib. jur. I, 640; et encore en 1210, ibid.

fils de ce Henri ne le suivit pas dans son 663.

278 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

aussitôt constitués en commune sous la direction de quatre consuls:^ mais, par un hasard bien curieux, les noms de ces consuls se trouvent être exactement ceux des consuls d'Alexandrie indiqués dans les Annales génoises pour l'année 1204;* ce détail suffit pour rendre toute la relation suspecte. L'année même où le comte Enrico s'était établi en Crète, Venise y envojrait une grande flotte qui en reconquit une grande partie; Enrico se défendit pied à pied, mais enfin, en 1207, la capitale et le reste de llle restèrent au pouvoir des Vénitiens.' En 1208, Enrico put reprendre la lutte, grâce aux renforts que lui avait envoyés sa patrie; la fortune se déclara d'abord en sa faveur, il fit même prisonnier l'amiral vénitien Ranieri, mais l'arrivée d'une deuxième fiotte l'obligea à battre en retraite.^ En 1210, il appela encore à son aide la république de Gtènes: le gouvernement essaya d'abord d'intervenir par les voies diplomatiques, puis, comme Venise se redisait même à entendre parler d'un arrangement avec Enrico, il lui envoya une fiotte * et un certain nombre de citoyens patriotes ouvrirent une souscription destinée à couvrir les frais de l'expédition.® En réponse à ces avances, Pescatore promit aux souscripteurs un prompt remboursement et donna en gage à quelques-uns d'entre eux les revenus de son île de Gozzo; d'un autre côté, il s'engageait par traité (25 Juillet 1210) envers sa mère patrie à accorder aux Génois dans chacune des villes de l'île qu'il allait conquérir^ un quartier avec église, halle, bain et four, plus, dans quatre villes, un tribunal spécial; il promettait enfin la liberté complète du trafic. Quant à la somme de 18,000 livres génoises, montant des avances faites par la République, il offrait de la rembourser par termes, et de plus, de payer un tribut annuel de 1000 hyperpres et de lui léguer la propriété de l'île au cas où il mourrait sans héritiers mâles légitimes.^ Aucune source vénitienne ou génoise ne nous renseigne sur les &its et gestes du comte de Malte au cours de cette campagne. Ce qu'il y a de certain, c'est que Venise resta en possession de l'île et que, dans le traité signé entre les deux républiques en 1212, celle de Gênes y renonça tacitement: le comte Enrico lui-même dut prêter serment d'observer ce traité sous peine de voir sa patrie elle-même tourner ses forces contre lui au cas où il viendrait à reprendre les hostilités contre Venise.^ La même condition fut imposée

^ Pagaao, DeUe imprese e dd daminio l. c. p. 15, un exemple extrait d^nii docu-

dßi Oenovest néaa Oreeia, p. 12. ment des archiyes.

' Annal. Jan. p. 1S2. ^ ^'SiinBolamGretedante domino contn

' DaAdolo, p. 836; Etat. due. Venet., Venetos subjugabimus.'*

/. e.; Da Ganale, dans V Archiv, stör. itai. * Lib. jur. I, 6B8 et s.

vin, 847. ® Canale (Nuova istoria di Oenova,

* Annal. Jan. p. 127; Dand. /. e. II, 17) a publié un extrait de ce traité; ' Annal. Jan. p. 129. on le trouve aussi en abrégé dans le«

• lAb.jur. I, 664. Voy. dans Pagano, Annal. Jan. p. 182.

IIL L'empire latin. 379

ä son compagnon, Aleinanno da Costa, comte de Syracuse. En dépit de la parole donnée, celui-ci arma, en 1217, une flotte de corsaires pour aller faire une expédition en Crète; cet attentat lui coâta une année de captivité à Venise et, de plus, il dut s'endetter énormément pour acquitter les indemnités qu'on exigea de lui.^

Les ennemis extérieurs n'étaient pas la seule cause d'embarras pour le gouyemement vénitien en Crète: l'île était habitée par une population indépendante et belliqueuse. Sous l'influence des excitations clandestines et des promesses de secours de Jean Yatatzès, empereur de Nicée, les soulèvements étaient fréquents et prirent plus d'une fois une tournure inquiétante: il fallait avoir recours à une répression énergique. Désireuse de former entre l'île de Crète et Venise des liens indissolubles, le gouvernement de la République fit dans toutes les parties du pays des distributions de terres à des citoyens vénitiens, les grandes & des patriciens, les petites à des plébéiens, avec le droit de les transmettre à leurs héritiers en ligne directe ou de les aliéner, mais & condition que l'acheteur fût lui-même Vénitien. Les grandes propriétés constituaient des fle& de chevaliers, les petites des fie& de &ntassins; leurs propriétaires étalent tenus de fournir le service militaire sur la réquisition du duc de Candie; en temps de paix ils étaient libres de se livrer au commerce. Par la suite, on donna encore plus d'extension à ce système de fleâ.' La république ne garda pour elle qu'une étroite bande de territoire le long des côtes et la capitale: elle y installa un duc (gouverneur) ordinairement nommé pour deux années et qui gouvernait l'île avec l'assistance de deux consUiarii et de deux conseils. La colonie conserva longtemps l'allure militaire qu'elle avait eue & l'origine par suite des nombreuses rébellions des indigènes grecs; elles obligeaient les colons à s'entretenir dans le métier des armes, et avaient encore pour eux l'inconvénient d'entraver fréquemment leur commerce, mais, comme l'île était située sur la principale route commerciale du monde, il leur était facile de se procurer des marchandises de toute origine et d'écouler les produits de leurs champs, de leurs vignes, de leurs ruches, etc. La Crète produisait du froment,' du miel, de la dre, du fromage^ et, en dehors de ces aliments d'espèce commune, le fameux vin de Malvoisie,^ du sucre, du coton, du kermès et du la-

' ibma/. Jan. p. 138; Hisi. due, Venet^y * Filou, p. 376; Aboulf:, trad. Beinaud,

l c; Lib. jur, 1, 613, 819. H, 276; Taf. et Thom. m, 264.

' Taf. et Thom. H, 129 et as., 284 * Fabri, /. e., Uzz. p. 106; Piloti, L c;

et 88., 314, 470 et se. Gasola, p. 42; Oommem. regesti, I, 238,

' Fel. Fabri, m, 280; Oommem. re- n^ 312. Pierre Bindfleisch, pèlerin aUe-

getti, I, 50, n^ 233. mand, aUa de Candie à Venise (1496) avec

280 Deuxième période, — L Fondation des colonies commerciales.

dannm (cistiis cretensis).^ Des centaines de navires venaient de tontes les directions charger les vins de File; les grands personnages d'Egypte euxmêmes se permettaient en secret cette boisson exquise.^ Mais aucone nation ne pouvait se procurer tous ces produits à des conditions aussi avantageuses que les Vénitiens, car il avait été expressément stipulé, bien que la chose allât pour ainsi dire d'elle-même, que les colons ne pourraient jamais lever de taxes sur les marchandises vendues à des Vénitiens.^

Ce qui rendait la possession de cette üe infiniment précieuse pour Venise, ce n'était pas seulement sa fertilité vraiment extraordinaire, mais surtout sa situation tout particulièrement favorable^ au point de rencontre des routes de trois parties du monde. Sur la grande route d'Occident en Syrie et en Egypte, la Crète était la principale station commerciale. Les navires marchands de France et d'Espagne traversaient souvent la mer en ligne droite, laissant l'île sur leur gauche; pour eux c'était la ligne la plus courte; mais, pour les Italiens, il en était tout autrement Les Génois et les Pisans, par exemple, devaient nécessairement traverser le détroit de Messine lorsqu'ils faisaient voile vers la Syrie ou vers l'Egypte; à partir de là, il leur était fort commode de s'arrêter à l'île de Crète* placée précisément à mi-route.^ Quant à ceux qui venaient de la mer Adriatique, comme les Vénitiens, ils passaient d'abord devant Modon et Coron, où ils ne manquaient pas de faire escale. H paraît qu'au sortir de ces porte, les transporte de pèlerins à destination de la Syrie prenaient volontiers la route la plus directe par les Çydadies et Rhodes; dans ce cas, ils laissaient l'île de Crète sur leur droite;^ quand leur destination était l'Egypte, ils coupaient parfois directement de Modon par la haute -mer, laissant alors la Crète sur lenr gauche,^ mais c'était l'exception: ils faisaient fréquemment escale à Candie;^ pour les navires marchands c'était la règle générale. En repartant pour l'Egypte, ils longeaient les côtes de l'île jusqu'à son ex-

uneflottUle qui escortait un convoi de vin de nombreux extraits d'auteurs anciens et

Malvoisie et de vin muscat: voy. Höhricht modernes, relatifs au vin de Crète. etMeisner, Deutsche Pügerreisen, p. 341: ' Taf. et Thom. Il, 132, 244 et s.

cf. p. 325. Au reste, à cette époque la * "Insula de Creta est in medio vi»

production vinicole de Pue avait déjà con- in ter Sidliam et Accaron:*' (hsia Rieardù

sidérablement diminué; de 25 à 80,000 éd. Stubbs, H, 198. tonneaux, elle était réduite à 6 ou 7000: ^ Nie. d'Esté, p. 113; Fabri, I, 166;

Sanudo, Dior, II, 478, 628. Gumppenberg, dans le Reysabueh des heu

* Voy. les preuves dans le chapitre Landes, p. 287. spécialement consacré aux articles de ^ Frescobaldi, p. 19; Sigoli, p. 157;

commerce. Gucci, p. 273.

' Piloti, p. 376, 404; Hopf, Orieehen- ^ Casola, p. 42; Gfeorg. Gemnicensis

land, op. eu. LXXXVI, 462. Pashlej, (Baumgarten), p. 470, 623. (Travels in Oretey II, 51 et ss.) a réuni de

IIL L'empire latin. 281

trémité onentale: là, ils retroavaient les navires qui ûdsalmt voile da nord, de C!onstantinople on de la mer Noire vers l'Egypte,^ et comme oenx-ci ne manquaient pas de toucher l'île au passage, les deux routes se confondaient dans la direction du sud.* On voit combien il importait aux Vénitiens de s'assurer énergiquement la possession de la Crète: c'était un point d'appui solide pour leur trafic avec la Syrie et l'Egypte; alors même que leurs capitaines de navires se contentaient de passer en vue de l'île sans y jeter l'ancre, ils pouvaient s'en éloigner avec plus de confiance et de sécurité. Au point de vue purement politique, l'oc^ cupation de la Crète assurait à la Bépublique la prépondérance sur toutes les petites îles de l'Archipel: on peut même aller plus loin et afiBrmer qu'elle était une condition d'existence pour la domination franque établie en Grèce à la suite de la quatrième croisade.^

Non contents de s'être assuré la prépondérance dans les eaux grecques par l'occupation de l'île de Crète au sud, les Vénitiens entendaient se créer encore un point d'appui à l'ouest de l'Archipel, tout près du continent. D'après le traité de partage, l'île d'Eubée devait faire partie de leur lot (elle était indiquée dans le texte par des points de repère, Oréos au nord et Earystos au sud); mais, là comme sur d'autres points, ils trouvèrent en arrivant la place déjà prise par des intrus. Au moment où l'armée du marquis de Montferrat avait envahi le nord et le centre de la Grèce, un chevalier flamand de ses compagnons, Jacques d'Avesnes, avait poussé une pointe du côté de llle d'Eubée: l'accès en était fiicile, car un pont la reliait au continent; il en profita pour jeter une garnison dans Négrepont et retourna ensuite de sa personne rejoindre l'armée qu'il suivit jusque dans le Péloponnèse. L'île d'Eubée se trouva ainsi tout d'abord englobée dans les conquêtes du marquis de Montferrat qui la divisa en trois grands fie&; de là vient que dans les documents relatif à cette île, pendant toute la durée de la domination franque ses maîtres sont désignés sous la qualification de Teraierij ou tierciers.^ Ainsi, Venise semblait entièrement supplantée; mais, dès 1209, le plus considérable des tierders, Ravano

^ Nous verrons comment le duc de Urbain IV, on Ut qu^il est connu "quod

Crète saisit, à leur passage dans Tue, insula Oretœ robur et fortitudo est im-

quelques esclaves expédiés de Constant!- perii, quod per Latinos pr^senti tempore

nople en Egypte, ce qui suscita un diffé- possidetor:** Taf. et Thom. lu, 57.

rend entre ce prince et le sultan d^ljgypte, * Hopf, Orieehenland, op, cit. LXXXV,

à qui les esclaves étaient destinés. 211, 226 et s.; Ueberbliek über die Schick-

' Sur ce point voy. le passage instruo- sale v, Karystos (Süxungsberichie der

tif de Sanudo, Secr, ftd, crue. p. 69. Wiener Akad, hist, phil. Cl., XI (1863),

' Dans une lettre adressée, le 8 sept p. 564 et ss. 1264, par le doge Benier Zeno au pape

282 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

dalle Carcerif originaire de Vérone, reconnaissait officiellement les droits de la Bépubliqoe: ponr Inl c'était le moyen de se soustraire à la suzeraineté de l'empereur latin, contre lequel il venait de se révolter d'accord avec le marquis Boniface. H se déclara donc vassal de la Bépublique et usa de son influence pour amener les auti*es seigneurs francs et les archontes grecs de l'île à suivre son exemple. Un cens annuel de 2100 hyperpres et un présent consistant en soieries devaient être les preuves palpables de cet état de dépendance. 11 fut de plus convenu que Venise pourrait avoir des églises et des fondaci à Négrepont et dans toutes les villes à sa convenance; que tous les procès où des Vénitiens seraient intéressés se plaideraient devant des juges de leurs nation, et que les marchands vénitiens pourraient faire leurs affidres dans l'île en toute liberté et franchise.^ Â la mort de Bavano, sa veuve et sa fille, ses neveux Marino et Bizzardo, ses compatriotes Alberto et Gugliehno renouvelèrent le même hommage et se partagèrent deux à deux les trois fie& composant le territoire de l'île.^ A l'origine, les propriétés directes de la République s'y réduisaient à fort peu de chose: quelques constructions isolées, dans Négrepont quelques pâtés de maisons dont la plus remarquable était l'ancienne habitation de Bavano dalle Caroeri, devenue maison commune à l'usage de la colonie vénitienne,^ quelques églises dans la même ville, parmi lesquelles celle de S^ Marc, en même temps église cathédrale,^ enfin un fondaco et une place servant de marché au vin«^ On ignore si Venise fit usage de son droit de posséder des églises et des halles dans les autres villes de l'île. Mais elle avait un baile établi au centre du quartier (campus) habité par les Vénitiens dans la capitale; ce fonctionnaire administrait la colonie avec l'assistance de deux conseillers (consiUarii), représentait le doge en sa qualité de seigneur suzerain de l'île entière et était muni & cet efiet de pouvoirs étendus. Lorsqu'une partie du territoire arrivait en possession d'un nouveau tiercier, soit par héritage, soit par mariage, celui-ci ne pouvait exercer ses droits de souveraineté qu'après avoir reçu l'investiture du baile et fait hommage de sa terre entre ses mains. Cependant, depuis l'origine, les tierciers étaient simultanément vassaux de deux suzerains, de la Bépublique de Venise d'une part et du prince de Morée de l'autre; le jour où Guillaume de Villehardouin épousa l'héritière de Bavano dalle Carceri, cette union lui fournit un nouveau prétexte pour

• Taf. et Thom. n, 89—96. * Taf. et Thom. H, 91, 94, 117 et s.,

• Ibid. n, 176—184. 181 et s., 480 et s.; m, 16, 370—372.

• Ibid. n, 177, 181 et s.; HI, 6, 10, * Ibid. H, 91, 94, 177, 181. 14; ^'Domus in qua habitat bajuius et

capitaneuB noster;" Sathas, Doe. inéd. n, 118.

ni L'empire latin. 283

simmiscer dans les afibires de llle et ce fiit un màlhear pour Venise. La grande préoccupation des bailes vénitiens était de paralyser dans lue l'influence de leurs puissants voisins. Cette lutte sourde finit par éclater en hostilités ouvertes; la guerre dura deux années (1256—1258) avec des fortunes diverses, et se termina par la défaite des alliés que Venise possédait sur le continent grec; la République pouvait encore négocier, mais tout espoir de succès était dès lors perdu. On finit par faire la paix en 1262, mais une des conditions du traité était la démolition du château de Négrepont; cette forteresse commandait le pont jeté entre File et le continent et protégeait par conséquent k la fois la ^ ville et llle contre toute attaque venant de ce côté; la République conservait sur lUe ses droits acquis en vertu des traités antérieurs, mais elle dut consentir à confirmer elle-même la suzeraineté des princes de Morée sur les tierciers, obstacle permanent à l'exercice de ses droits à elle.* n Mait remettre à d'autres temps l'espoir de rester seule maîtresse de lUe; d'ailleurs, le moment n'était plus aux dissensions intestines; les Grecs venaient de renverser l'empire latin et d'élever sur le trône Michel Paléologue; il s'agissait pour les Francs de tenir ferme ensemble et de faire tête à l'ennemi commun. En attendant, les marchands vénitiens trafiquaient dans l'île d'Eubée avec autant de liberté que dans leur propre pays, sans droits à payer et même avec le privilège de se servir, pour vendre, de leurs propres poids et mesures.' Les droits payés à la douane par les marchands étrangers entraient dans les caisses de la République; la censive que les tierciers devaient payer annuellement en exécution du traité primitif^' avait été supprimée en 1256 et remplacée par les revenus des douanes sur les marchandises étrangères.^ Llle était d'une grande fertilité; parmi les articles d'exportation, on cite le blé,* le vin, l'huile,* la cire et le miel,' la soie;* pour cette dernière, il paraît qu'on la travaillait dans l'île même; car, d'après les traités de 1209 et de 1216, les tierciers avaient à fournir annuellement au doge une pièce de brocart d'or, et, d'un autre côté, il ressort de ces mêmes documents que la soie grège et la soie ouvrée ^seta et sdœ opéra) constituaient une partie de la fortune dont ils avaient la jouissance, sous la garantie de la République.^

* Taf. et Thom. m, 46—55. • Taf. et Thom. Il, 177, 181, 183; » Ibid. n, 177, 182; m, 15, 48, 54. HI, 15.

* Ibid. n, 90, 93, 176, 181. ' Pegol. 1. c; Püoti, p. 375.

* Ibid. ra, 14, 47, 53. « Pegol. 1. c.

* PegoL p. 145. • Taf. et Thom. H, 93, 95, 176, 179.

284 Deuxième période. — J. Fondation des colonies commerciaies.

Nous avons déjà parlé de la ville d^Hcdmgros (Almyro, Armiro);^ située au nord de lUe d'Eubée, dans le golfe de Volo: c'était le débouché des blés de la Thessalie.' Dans le traité de partage, elle ne faisait pas partie du lot de Venise non plus que sa voisine et h<Mnonyme (duo Almyri);^ quand le marquis de Montferrat s'empara de la Thessalie, elle fit partie du fief donné par lui à un noble lombard nommé Guglielmo de Larsa; de Larsa est une altération du nom de Larisse (Larissa), résidence de ce personnage.^ Nous savons que les Vénitiens avaient une colonie à Almyro longtemps avant la quatrième croisade: pendant tout le temps de la domination firanque, ils y restèrent tranquillement en possession de leurs pi*opriétés et de leur église.^

Poui' achever cette revue, il faut maintenant traverser l'Archipel en ligne droite et passer dans la Chersonnèse de Thrace: ici, le partage s'était exécuté conformément au texte du traité. On en trouve la meilleure preuve dans une convention ® arrêtée vers 1206 entre les délégués de l'empereur Henri d'une part et le podestat de Venise d'autre part, à propos d'une délimitation de territoires. Les Vénitiens occupant Gallipoli, MuntiniansB et Sigopotamos avaient de fréquentes contestations avec les "Francigenee", maîtres de Sisto, Plagia et Potamia,^ et il s'agissait de déterminer les territoires afférents aux principales localités; or, dans le grand traité de partage, les trois pi*emières font partie du lot des Vénitiens; les dernières ^ Iplagia (^ xXayiay etPotamia, de celui des croisés; Sestos seule manque, maïs, à sa place, on trouve le nom de sa voisine, Madytos.^^' De toutes ces villes, OaUipoU seule avait de l'importance pour Venise. Elle en avait besoin pour assurer sa prépondérance dans les Dardanelles. Cependant, elle la céda d'abord en fief à deux nobles, Marco Dandolo et Giacomo Viaro qui, comprenant la valeur de ce point, avaient eu la précaution de l'occuper et de la fortifier;^^ par la suite, ils y renoncèrent; Viaro s'en aUa fonder une baronnie dans l'île de Cérigotto, Dandolo retourna à Venise; Gallipoli fut alors rattachée aux territoires directement administrés par le podestat de la

^ Tafel, De Thessalanica, p. 495 et s.; "est la dté de Potemo et Cesto (Sestos)

Taf. et Thom. I, 266, 488. et Medico (Madytos). Chacon de ces en-

' Sanut., Seer. fidel. crue. p. 68. droits est un bon lien, etc.** » Taf. et Thom. I, 487. « Taf. et Thom. I, 468.

* Hopf, Qrieeheniandy op. eu. LXXXV, " Actuellement encore, le plus grand p. 310. nombre des habitants de race grecque

' Taf. et Thom. H, 15; m, 33; Doeum. donnent à cette localité le nom de Pia-

suOe relax, tose. p. 89. giart; les turcs l'appellent Bonlatr (com-

* Muratori, AtUiq. med. œviy IH, 288 muniqué par M. H. Kiepert), et s. *" Taf. et Thom. I, 488.

^ "Et eusuite, dans Tintérieur du cap " Dandolo, p. 884.

(de GaUipoU)" dit Muntaner, trad. H, 160)

ni. Vempire latin, 285

Bépublique à Gonstantinople.^ H importait fort aux capitaines des navires vénitiens que leui- patrie fût en possession d'un point fortifié dans cet étroit canal qu'il leur fallait nécessairement traverser pour atteindre Constantinople; mais, pour s'arrêter en passant ou pour trouver l'occasion de Êdre des affaires, ils préféraient de beaucoup, depuis que Venise en avait pris possession,' les ports de Paninm, de Sodosto et d'Héraclée dans la mer de Marmara: c'est que ces ports, Bodosto surtout,' servaient de débouchés aux blés des riches plaines de la Thrace. Venise, d'ailleurs, avait planté son drapeau jusqu'au coeur de cette province. Dans les documents de l'époque on trouve Ârcadiople, l'ancienne Bergul»,* la ville actuelle de Tchatij-Borgas ou Leulé-Borgas, sur la route de Byzance à Andrinople, indiquée comme ville vénitienne.^ Andrinople même, occupée d'abord par une garnison flamande, dut être évacuée par elle en vertu du traité de partage, pour faire place à une garnison vénitienne:^ il est vrai que cela ne dura pas longtemps. Au bout de quelques mois, la population soulevée chassa les Vénitiens; par la suite, elle consentit de nouveau à accepter la suprématie de Venise, mais à la condition d'avoir pour seigneur un Grec ami des Latins, nommé Théodore Branas; après son installation, celui-ci reconnut le doge de Venise pour son seigneur suzerain (1206).^ Malgré tout, la domination de Venise sur Andrinople fut toujours extrêmement précaire.

A CanskmHnqple, au contraire, l'établissement des Vénitiens avait eu et eut pendant toute la durée de l'empire latin tons les caractères de la solidité. Leur ancien quartier du temps des Grecs ^ s'était agrandi de nombreuses annexes, car la capitale avait été partagée entre eux, et les autres ayant-droit, dans les mêmes proportions que le reste da l'empire: un quart à l'empereur* et à eux trois huitièmes.^^ Leurs nouvelles acquisitions ne devaient pas être bien éloignées des anciennes, car l'un des cours d'eau (canal ou ruisseau?) qui arrosaient la capitale passait ''de l'anden quartier vénitien dans le nouveau''.^^ Il semble qu'il fiûlle les chercher surtout au fond de la Corne d'or", jusque vers les Blaquemes;"

^ Hopf, Orieehenlandy op. eu. LXXXV, * "Lo quart de tote la conqueste et

p. 222 et s.; Liber pUgiorum, p. 52. dedenz la dté et defors:** ViUeh. p. 186.

* T^eluurdouiii, p. 136, 146. ^® *'La moitié" disent deux rdations

* Brochart, Adois direetif, dans la Ténitiennes de translations de reliques CoUed. des ehran. belgesy Namur, V, 306. publiées par le C^ Riant dans les Ibmvia

* Voy. le Commentaire d'Hiéroclès par sacra Cpol. I, 148, 186; mais cela est Wesseling, éd. Bonn p. 402 et ss. faux.

* Vfflehardouin, p. 124, 146. " Taf. et Thom. H, 284, 292.

' Ibid. p. 108 et s., 110 et s., 124. ^* C'est aussi Tavis de M. Paspati, :SvJiX.

^ Ibid. p.. 147; Nicét. p. 830; Taf. et Vu, 100 et s.; B«?. /<«A^. 197 et s. "

Thom. n, 17—19. ^' Taf. et Thom. n, 48: ''aquam quae

' Taf. et Thom. n, 289, 298. est ab ultima turri de Virgioti (-ionti)

286 Deuxième période, — /. Fondation des colonies commerciales.

mais le palais de ce nom resta à l'empereur.^ Dans son nouveau périmètre, le quartier vénitien embrassait la darse (arsana) maintenant ruinée, qui se trouvait alors dans le voisinage de la porte du palais actuelle (Balat-Eapoussi),^ outre une série d'échelles où les navires pouvaient commodément aborder et procéder à leur chargement et à leur déchargement^ Pour abriter la grande quantité de marchandises apportées par ces vaisseaux, le podestat Jacques Tiepolo construisit, vers 1220, un magnifique fondaco^ L'acquisition d'une plus grande sur&ce de terrain eut pour conséquence celle d'un plus grand nombre d'églises et de monastères. Avant la conquête, les Vénitiens possédaient les églises de St Marc et de Ste. Marie dites de embtdo (c. à d. du quartier) pour les distinguer des autres,^ de St Nicolas^ et de St Akindynos;^ les quartiers annexés renfermaient le monastère Pantépoptës,^ l'église du Pantocrator,' devenue la mosquée de la colline du Zeïrek,^^ et l'abbaye de Maria Périblepté, actuellement Soulou-Monastir.^^ Pour séparer nettement les propriétés des Vénitiens de celles de leurs voisins, et probablement aussi pour les mettre à l'abri d'un coup de main, le premier podestat, Marino Qeno, commença immédiatement la construction d'un nouveau mur,^^ mais les moyens de défense étaient, à ce qu'il semble, concentrés dans une véritable citadelle (castrum).^^

versus Wlacherneon, quantumcimqae extenditar possessio nostra, et a domo Ma- Tüii Teupulo usque ad turrim Wlachemam respidentem." La première tour dans laqueUe pénétrèrent les croisés au moment de la deuxième prise de Constantinople (Nicét p. 763), portait le nom de Virgioti, oorruption pour Euergetœ? Da Cuiale, dans VArMv. êtor, ikd., AppemL, Vm, d86, 718; M. Paspati, {Bvi, fuL p. 183) avoue qu^il ne peut pas être plus affirmatif.

' Taf. et Thom. I, 447, 450.

' Ibid. n, 284, S93; cf. Hammer, Oonstantinopolia und der Bosporus, I, 21, 126— «03.

» Ibid. n, 4 et s., 11, 60.

* Flamin. Comelii Eecl venet, m, 99.

» Taf. et Thom. I, 167 et s., 280; n, 422; Lib,jur. I, 1362. On trouve, en 1341, un curé de Téglise de S^ Marie remplissant les fonctions de notaire pour la rédaction d*un acte; Oommem. Beg, n, 92, n"" 680.

" Taf. et Thom. I, 280; on trouve également le nom de cette église suivi du titre de embulo, dans Fl. ComeL, L e, n, 269.

' Taf. et Thom. I, 67, 127, 381; H, 6, 10, 449 et s.; UgheUi, Bal. sacr, V, 1133; Archiv, Venet. XX, 314 et s.

* Flamin. Ck)rheL /. e. Vin, 134 et sa.; Dandolo, p. 842 et s.; Taf. et Thom. Il, 423. Sur la situation de ce monastère, voy. Hammer, op. eu, I, 381, Dethier, Der Bosphor und ConstanHnopd (1867), p. 39; Paspati, JSi'C. fitUx. 313 et s. (selon lui ce monastère n^est autre chose que la mosquée Eski Imaret Djamissi).

• Taf. et Thom. II, 46, 348.

^° Hammer, op.cü.l, 378 et s., 471; Dethier, op. cit; Paspati, Bvti, fulér. 290, 309 et ss.

" Riant, Bxuvûb sacra Opol, p. xcv, 136, 137. Paspati, Bv};. fi^ét. 379.

" Tàf. et Thom. H, 48; m, 23.

" lAb, jur. I, 1362.

IIL Lempire latin. 287

Constantinople était naturellement le centfe des possessions coloniales de Venise; mais, en même temps, il s'y concentrait une telle somme d'intérêts d'une importance vitale pour la République, que l'on songea, paraît-il, pendant un certain temps, à y transférer la résidence du doge.^ En tout cas, cette idée resta à l'état de projet, peut-être même ne fîit-elle jamais sérieusement discutée. Les successeurs d'Enrico Dandolo, mort à Constantinople, continuèrent à gouverner de Venise la République et ses possessions de Qrëce, en profitant de l'influence que leur puissance leur assurait sur leurs alliés les empereurs latins. Cependant, à partir de ce moment et pendant un siècle et demi,' ils ajoutèrent à leurs titres celui de "dominator quartae partis et dimidiae totius imperii Bomaniœ''; titre à peine empreint d'exagération, car il n'était, en somme, que l'expression dn fait consacré par le traité de partage, et il ne faut pas oublier que la domination de Venise s'étendait à la fois sur ses possessions immédiates et sur une foule de petits états dont les souverains avaient accepté sa suzeraineté. A Constantinople, le doge était représenté par un Podestat, à la fois chef de la colonie vénitienne de la capitale et gouverneur de toutes les possessions de Venise en ^Somanie".^ Le premier de ces I)odestats, Marino Qeno, fiit ^ à la mort de Dandolo par une assemblée des Vénitiens de Constantinople et choisi parmi les membres mêmes de cette assemblée, parce qu'il était urgent de le remplacer par un chef énergique; mais Venise protesta contre cette usurpation de ses droits, et comme ces colons étaient avant tout des patriotes, ils renoncèrent pour l'avenir à élire leur chef et jurèrent d'accepter celui que désignerait le doge.^ Ainsi fut -il tait et, après Marino Gteno, tous les podestats furent envoyés de Venise; ou ne connaît avec certitude ni leurs noms, ni la durée de leurs fonctions, ni le nombre des conseillers (cofisiîiatores) qui leur étaient adjoints, car on trouve des listes tantôt de deux noms, tantôt de trois, tantôt de dnq: il est assez probable qu'au complet le conseil se composait de six membres comme à Venise. Le podestat était assisté, pour les affaires judiciaires, de cinq juges (judices), peut-être de

* Ce àdt n'est rapporté que par an server dans son domaine le duché de Du-

chroniquenr d'une époque plus récente, razzo et Tîle de Corfou; Taf. et Thom.

Daniele Barbare: voy. Hopf, Griechenland, I, 669 et ss. L'île de Crète ne dépendait

op, eu, LXXXV, 251. pas de son ressort, mais cette exception

' Jusqu'à GioT. Delfino (1356—1361). datait de l'origine, parcequ'eUe n'avait

' ''VenetoruminBomaniapotestasejus- pas été comprise dans le traité de par-

demque imperii super quartam partem et tage. H disposait, au contraire, de biens

dimidiam dominator:" Taf. et Thom. I, situés à Ahnyro, dans le golfe de Volo:

667 et ss.; n, 18, 206, 316, 221, 227, Taf. et Thom. n, 16.

254, 847; m, 28. Cependant, dès le mois * Taf. et Thom. I, 666 et ss.; Ban-

d'octobre 1206, le premier podestat renon- dolo, p. 334. çait, à cause de leur éloignement, à con-

288 Deuxième période. — L Fondation des colonies commerciales.

six; pour les affidres de finanoes, de deux agents du trésor (camerarii).^ Ces fonctions de podestat avaient aux yeux de tous une importance de premier ordre, le titre même le prouve; il attirait sur le personnage qui en était revêtu une toute autre considération que celui de consul ou de baile; il faut d'ailleurs dire, pour être juste, que, dans la hiérarchie de l'empire latin, le podestat vénitien était assimilé à un despote (qui signifie prince au sens byzantin). Il traitait avec les empereurs et les barons du conseil de régence sur le pied de représentant d'une puissance alliée, jalouse de ses droits, et dont les conseils et les demandes ne pouvaient être écoutés à la légère, vu le besoin que l'on avait de son argent et de ses flottes ; à l'occasion de l'avènement au trône de chaque empereur, il ne manquait pas de lui demander la confirmation des droits et des possessions garantis aux Vénitiens par les traités. Pour l'administration ecclésiastique, il était en relations avec les cardinaux légats et les patriarches, et avait à traiter contradictoirement les questions les plus difficiles et les plus compliquées. H avait à s'occuper du développement du commerce et devait, à cet effet, négocier sans cesse avec les princes voisins. Enfin, pour les Vénitiens sédentaires ou de passage à Cionstantinople, comme pour ceux des villes de province ou des ües, il était le représentant des plus hautes autorités politiques et judid&ires.' Sous la protection d'un personnage de cette importance, les colonies vénitiennes devaient nécessairement prospérer sur tout le territoire grec comme à Constantinople. Si, au point de vue politique, l'empereur jouait encore le premier rôle, Venise n'en était pas moins devenue incontestar blement la première puissance commerciale de la Grèce. Ni l'empereur ni ses barons ne se mêlaient de commerce; ils ne faisaient point concurrence aux Vénitiens. Les deux seules puissances qui jusqu'alors eussent pu soutenir la concurrence avec plus ou moins de succès, grâce aux privilèges obtenus des Comnènes et des Anges, Gênes et Pise en étaient réduites à s'effacer modestement devant l'alliée toute -puissante des maîtres actuels de l'empire et à se contenter du deuxième ou du

^ Taf. et Thom. L 650 et s., 568, 570 un statut spécial, arrêté d'un commun accord

et s.; n, 6 et s., 19, 280: Liber pleçi- entre Tempereur Henri et le podestat H.

orum, p. 84. On trouve aussi, dés 1205, Geno, en 1207 (ibid. II, 49—52), et basé sur

dans la colonie de Constantinople, une les principes du droit romain de la de^

fonction créée seulement quelques dizaines nière époque, comme Padémontré M. Thomas

d'années auparayant à Venise (Bomanin dans le BiMin der Münehn. Akad. Od.

n, 187 et s.) celle d'Âvogadore del co- Anx. 1854, XXXTX, n" 4, p. 26—28. mune, chargé de représenter la Commune ' Le Liber plegiornm n'indique que

dans les affaires litigieuses entre eUe et par des rubriques (p. 52) certaines ordon-

les particuliers: Taf. et Thom. I, 560. La nances du ressort du podestat de Constan-

procédure civile pour les contestations tinople: c'est dommage, entre Vénitiens et Francs fut réglée par

IIL L'empire latin. 289

troisième rang. Une guerre entreprise pour ce motif n'eût pu ayoir pour conséquence que leur exclusion complète du marché grec; en effet, dans le traité fondamental condu entre les Vénitiens et les autres croisés et successivement renouvelé par tous les empereurs latins, un article spécial interdisait l'accès et le séjour de l'empire à tout citoyen d'une nation en guerre avec Venise.^

n paraîtrait que, dans les premiers temps qui suivirent la fondation de l'empiie latin, il y eut une guerre entre Venise et les deux républiques de Gênes et de Pise. Du moins, YHisùoria dueum VeneUeorum accuse les Pisans d'avoir voulu relever trop haut la tête et prétendu s'emparer de l'empire maritime au moyen de la terreur inspirée par ses corsaires, et elle Mt un titre de gloire au doge Pietro Ziani d'avoir rar battu leur orgueil^ Elle ne fixe pas de date, mais, d'après ce que nous savons des relations de ce doge avec les Pisans pendant les dernières années de son règne, nous devons admettre que ces Mts remontent à la première année (1205 — 1206); il n'en est d'ailleurs fait mention nulle autre part. Hors d'état de prolonger la lutte à la fois contre les Vénitiens et contre les Génois, leurs ennemis héréditaires, les Pisans se résolurent à faire la paix avec Venise et cette paix ne tarda pas & se transformer en union intime. Ce fut le podestat de Pise, Gterardo Cortevecchia (Curtevechie), qui fit les premières avances en 1206;* en ce moment, Venise était obligée de réunir tout ce qu'elle avait de forces pour sauvex la Crète menacée de tomber au pouvoir des Génois, et les Pisans, de leur côté, guerroyaient depuis plusieurs années contre eux en Sicile et en Sardaigne; le doge Pietro Ziani accepta la main qu'on lui tendait: le 2 Juillet, il conclut avec les ambassadeurs de Pise un traité d'alliance d'après lequel chacune des deux puissances s'obligeait à équiper quarante galères: il fut convenu que les deux flottes se rejoindraient à hauteur de Messine et attaqueraient les Génois partout où l'on poun^t les joindre. La ratification du traité eut lieu à Pise, le 6 Âoût^ Nous ignorons ce qu'il en advint, l'histoire n'en dit rien.^ Par un second

^ Taf. et Thom. I, 448, 573; U, 2â9. les Annal, Jan. en rapportent un qui oon-

' L c. p. 95. "Pisanos. .... de cnisu finne parfaitement les dates que nous

et potestate pelagi taliter profügavit, quod avons adoptées: c'est que des galères gô-

parvam habent potestatem et audatiam noises sont aUôes jusque dans le port de

naTigandi.** Pise, mettre le feu à un vaisseau pisan,

^ Le document porte la date de 1207, sous les yeux d'un ambassadeur vénitien

mais comme, à côté du chifre de Tannée on venu tout exprès pour voir cela. Il était à

lit rind. IX, il en ressort qu'on a affaire Pise sous prétexte de hâter la ratifioation

à la chronologie pisane, et que cette date du traité, et suivait, natureUement avec

correspond à Tannée 1206 de la chrono- beaucoup d'intérêt, les armements,

logie générale. ^ Quoique resté à Tétat de lettre m(»rte,

*. Parmi les faits relatifs à Tannée 1206, ce traité était très intéressant à étudier ;

290 Deuxième période. — /. Fondaüon des colanies commerciales,

traité signé en 1214,^ les Vénitiens prirent l'engagement de s'interdire tout acte de brigandage maritime à l'égard des Pisans et se déclarèrent même disposés à équiper des vaisseaux spécialement destinés à coopérer avec ceux de Pise pour la répression de la piraterie.^ Pour éviter toute occasion de conflit entre les deux nations, il fut convenu que les citoyens de chacune d'elles s'abstiendraient d'aborder dans aucun pays possédé par un ennemi déclaré de l'une des deux: dans le cas où un sujet vénitien se serait approprié irrégulièrement une terre appartenant à un Pisan ou réciproquement, l'usurpateur sei*ait tenu de restituer son bien au propriétaire légal La restitution était spécialement prévue et consentie à l'avance par la république de Venise pour le cas où un Vénitien se serait approprié des champs, vignes, jardins ou moulins appartenant soit & la colonie pisane ä!AlmyrOy'soit à l'église pisane de S^ Jacques dans la même ville. Le motif de cette clause est que les quartiers vénitien et pisan d'Almyro se touchaient, et que les querelles à main armée étaient, à ce qu'U paraît, fréquentes entre les deux colonies; en efiet, dans le traité que nous analysons, les Vénitiens posent comme condition de l'entente pacifique, que les Pisans d'Almyro s'abstiendront de construire aucun retranchement et de fortifier soit leur église, soit leur campanile; de plus, l'église et le campanile seront de même hauteur et les toits des maisons seront plats, chez les colons d'une nation comme chez ceux de l'autre.

Ce traité démonti^e incontestablement que la colonie pisane d'Almyro avait survécu à la fondation de l'empire latin; d'autres documents non moins authentiques fournissent la même preuve pour les autres établissements pisans en Bomanie. La colonie de Constantinople, par exemple, continua de subsister sous le gouvernement d'un vicomte; mais, au moment de la prise de la ville en 1204, le pillage et l'incendie lui avaient fitit subir des pertes qu'elle ne put réparer de longtemps; elle était réduite à un tel état de détresse que, de 1204 & 1223, le chef du clergé, le prieur Benenatus, dut supporter personnellement une partie des frais

j^aTBÎs eu comudManoe de son existence par une conséquence du traité en question le

Cioogna, Buer, Vmex. IV, 689; sur ma de> foit suivant, rapporté par les Annal. Jan.,

mande, M' le pasteur Elze, mon ancien ca- p. 186, à Tannée 1215: *'Eodem anno apud

mande d'Université, a bien voulu en prendre Constantinopolim Veneti cum Pisanis, An-

pour msi une copie aux archives centrales conitanis et Proyintialibus duas nayes ar-

àeYeiidtiefDucaUedaUidiplomaHetfBuBtà mantes cum duabus fi^aleis et in partîbus

Vn, al.): je le prie d'en recevoir ici mes Sicilie venientes plures naves ceperunt;

lemerdments. Cette pièce a, depuis, été pu- et ad Kalarim venientes et inde in Hys-

bliée dans le Oiom, ligur. 1874, p. 69 et ss. paniam perrexerunt et quatuor naves de

^ Doc. mUé relax, tose, eoü* Oriente, nostris ceperunt de Septa redeuntes. Pro

p. 88—90. quo facto, consules communi oonsilio versus

' Peut-être doit-on regfaider comme Orientem devetum fscerunt*'

m Vmpire latin. 991

du culte; il avait cependant droit, entre antres revenns, à cenx des poids et mesures, sans compter les fondations particulières; mais, pendant tonte cette période, les recettes n'atteignirent pas nne seule fois le èhifEre de quinze besants.^ Comme les églises de S^ Pierre et de S^ Nicolas, propriétés de la colonie pisane, avaient été gravement endommagées par le feu et se trouvaient hors d'état de servir au culte, on lui en concéda une troisième, voisine de son quartier, celle du S^ Sauveur;' avec l'église, elle acquit aussi ses dépendances, consistant en terres, vignes, et monastères dispersés ça et là jusqu'en Asie -Mineure.' Ce don avait été fiiit aux Pisans sur la proposition de trois des che& les plus influents de l'armée croisée, les évêques de Soissons, de Troyes et de Bethléem; mais, par la suite, leur alliance avec les Vénitiens, leur fidélité et leur dévouement à la maison impériale leur concilièrent également la &veur des maîtres de l'empire. L'empereur Henri I^ et son épouse Marie, princesse bulgare, n'avaient que des éloges pour les services des vicomtes pisans Banieri Federici et Jacques Scarlati. Tous deux surent prouver leur reconnaissance et renouvelèrent aux Pisans la garantie de leurs possessions dans l'intérieur de l'empire; l'empereur y mit seulement pour condition qu'ils prêteraient entre ses mains serment de fidélité comme ils l'avaient £edt pour ses prédécesseurs.^

Toute autre fut à l'origine la situation de Qènes vis-à-vis des états fondés à la suite de la quatrième croisade. Aussitôt la croisade terminée, de nombreux ^corsaires^ génois se mirent à parcourir la mer Adriatique et la mer Egée, entravant les communications entre Venise et ses nouvelles conquêtes et excitant les Grecs à la résistance contre leurs nouveaux maîtres; il est bien certain qu'ils ne s'étaient pas mis en campagne de leur autorité privée;^ les secours fournis par Gfênes

^ Doc. suUe rdax, tose. p. 94. ' Dœ, auUe relax, tose. p. 84—86.

* Les diplômes latins cités un peu plus ^ Dooum, svUe relax, tose. p. 86, 87.

loin nomment cette église ^'Ecdesia S. Dans aucun des deux documents la date

Salvatoris Apologotheto**. Ducange (Opol. de Tannée n'est indiquée; cependant, pour

christ., lib. IV, p. 82, éd. Paris), traduit le second, qui a été publié de nouveau

Pépithéte en grec par les mots àno Aoyo- dans les Archiv, de VOr. kU. n, 2, p. 266

&iTov,' il eût été plus exact d'écrire et s. on peut rétablir la date en entier

jioyo&trmPf car le monastère attaché à en s'aidant de la chronologie grecque:

Téglise se nommait fiovii tov (rfjçi rüp) c'est le 15 février 1213. àno Aoyo^txàip (monasterium Apologo- ' Mart.daCanale, p. 863; Dand.p.836,

theton); il est fréquemment mentionné 341. Un corsaire génois enleva des présents

dans les documents de l'époque d'Isaac envoyés de Constantinople par l'empereur

l'Ange; voy. Miklosich et Müller, Acta Baudouin, au pape Innocent ni: j^moe. 127

graeea, m, vi et ss., 19, 21, 29, 31, 50, epist. éd. Baluze, H, 56 (cf. Riant, Exu-

53; Doeum. svUe relax, tose. p. 47 et s., vue sOiert» Opol. I, p. clv); Armai. Jan.

56 et s; cf. aussi Paspati, op. eu. p. 167. p. 123.

29S Deuxième période. — L Fondation des colonies commerciales.

aa plus important de ces corsaires, le comte Henri de Malte, n'étaient un secret pour personne. Engagée à ce point dans son hostilité contre Venise, Gênes ne pouvait guère prétendre à conserver ses colonies en Grèce, et surtout dans la capitale de l'empire et partout où l'influence vénitienne était prépondérante. Aussi, dans le texte de Tarmistice conclu en 1212, pour une durée de deux années, entre les deux puissances, n'est-U pas question de l'admission de mardiands et de colons génois dans la Bomania^ Cependant, la paix se fit enfin en 1218^ et^ dans le traité conclu à cette occasion, la BépubUque de Venise prit l'engagement d'accorder aux Génois dans l'empire de Bomanie toutes les garanties précédemment consenties en leur faveur par l'empereur Alexis IIL n fut convenu qu'ils seraient libres de faire le commerce dans toute l'étendue de l'empire et conserveraient la jouissance de tous les droits et de toutes les propriétés dont ils avaient eu autrefois la possession, mais aussi qu'ils seraient soumis aux mêmes taxes. Venise consentait à rendre aux héritiers de Balduino Guercio les fie& situés en dehors de Constantinople dont il avait été déclaré déchu par l'empereur Manuel, en tant qu'ils seraient compris dans le lot de la Bépublique, ou à leur en donner un équivalent, mais à la condition que ces héritiers contracteraient à son égard les mêmes obligations que Balduino avait acceptées envers Manuel. Les mêmes articles se trouvent reproduits dans les traités de 1228^ et de 1251,^ ce qui prouve qu'ils furent en vigueur pendant toute la durée de l'empire latin. Il n'existe point de documente où l'influence dominante exercée par Venise dans l'empire apparaisse aussi nettement que dans ces traités; l'empereur lui-même ne pouvait tenir un autre langage; il semblerait, à l'entendre, qu'elle tînt les defe de tout l'empire et que, pour en interdire l'accès aux Génois, un décret impérial tùt inutile; et le fait est qu'il n'en existe pas; l'autorisation de Venise sufQsait

Il est certain qu'après leur réconciliation avec leurs rivaux, les Génois reprirent leur trafic avec Constantinople; le traité de paix de 1261 Mt expressément allusion aux colons génois* et & leurs che& (consîdes et vicecomites atque redores).^ Il paraît, d'ailleurs, qu'ils

^ Canale, Nuova istoria di Oenova, * Lib. jur, I, 1090 et ss., 1099 et s&

n, 17. Ce dernier document avait été publié pré-

• Lib.jur. I, 609 et s.; cf. Äntuü. Jan. cédemment par Pagano, L e. p. 246—248,

p. 139. mais d^une manière incomplète, et repro-

' On trouve celuici dans Tafel et Thom. duit d'après lui par Taf. et Thom. n, 457.

n, 197—206, sous la date fausse: 1217— * Ltb.jur, I, 1093. Us reprirent très

1219; le Lib, jur. I, 815 — 820, le repro- probablement possession de leur ancien

duit également avec la date vraie et quartier, comme les Pisans et les Âmal-

d'après un meilleur manuscrit Cf. Ltber fitains (Paspati £vU.. vn, 100 et s., BvX.

pUgiorum, p. 151. ,uil. 190, 198): M. Paspati pense que les

m. L'empire latin. 398

s'étaient portés de pi*éférence vers les parties du nouvel empire franc moins directement placées sous Tinfluence de Venise et de son client, l'empereur. Un prince originaire d'un pays voisin de Qénes, Boniface marquis de Montferrat, s'était taillé un royaume en ThessàUe et les liens de dépendance qui le rattachaient à l'empire étaient à peu près nominaux; or, à peine s'était-il emparé de Salonique, capitale de la province, que des vaisseaux génois mettaient à la voile pour cette ville :^ ce n'était assurément pas un effet du hasard. Un peu plus au sud, des seigneurs bourguignons de la maison de la Boche avaient fondé dans l'ancienne Béotie et dans l'Attique une autre principauté, elle aussi à peu près indépendante de Constantinople. Le 24 Décembre 1240, le deuxième prince de cette djoiastie, Guy de la Boche, signa un privilège en &veur des Génois:' à cette époque il se contentait encore modestement du titre de sire d'Athènes (dominus Athenarum, fiéyaç Kuprfç rdor 'AStt/räv) mais plus tard (probablement à partir de 1260), il prit celui de duc: ce diplôme leur garantissait les franchises dont ils jouissaient à Acre et dans les autres localités où ils étaient le plus favorisés, c'est -à dire la franchise d'unpôts, un territoire à eux et un tribunal coIoniaL n leur promettait, dans chacune des villes d'Athènes et de Thèbes, la véritable capitale, un terrain convenablement situé, pour l'établissement de leur quartier et la constiniction d'une maison commune: les Génois qui se axeraient dans ces villes ne seraient justiciables que de leur consul, sauf pour les crimes de vol, de meurtre et de viol, réservés aux tribunaux du pays; ces mêmes tribunaux jugeraient en appel les procès où des individus non <xénois ayant porté plainte contre des Génois ne seraient point satis&its de la sentence prononcée par les consuls. Quelle que soit l'importance de ce diplôme, ce serait une erreui* que de l'admettre comme le premier acte autorisant la fondation d'une colonie génoise à Athènes; en réalité, elle existait déjà auparavant: on lit, en effet, à la fin de ce document, le nom du consul génois alors en fonctions dans la seigneurie d'Athènes: Bicdo di S. Donato. Le diplôme nous apprend encore que les Génois ne faisaient pas seulement le commerce ; ils s'occupaient aussi de la &brication des étoffes de soie: en effet, il est stipulé que les soieries fabriquées par eux ou pour leur compte dans l'intérieur du pays seront exceptées de la franchise des droits de douane et soumises aux taxes exigées de tous ceux qui se livrent à la même branche d'industrie. Nous reparlerons, dans les suppléments, de

Latins le leur avaient rendu peu de temps ^ Voy. Canale, Nuova storia di Oenova

après la prise de Constantinople et qn^ils U, 636, 628.

en reconstruisirent les parties détruites ' lAb, jur, 1, 992 et s.

par le feu: d'après ce qui précède, il nous

parait que cet écriTaîn est dans Terreur.

294 Deuxième période. — /. Fandation des colonies commerciales.

la &bricatio]i de la soie à Thèbes et de sa situation floiissante pendant cette période.

Revenons an centre de Pempire latin. Nous avons vu qae les principales puissances rivales de Venise s'étaient décidées l'une après l'aatre à fiûre leur paix avec elle dans l'intérêt de leurs colonies de Constantinople; d'autres nations commerçantes d'Occident, que l'infériorité notoire de leur marine mettait hors d'état de tenter une sérieuse rivalité, eurent le même avantage sans même être obligées de traiter en forme avec la puissante République. Amalfi, par exemple, alors bien déchue de son antique splendeur, figurait toujours à Gonstantinople parmi les nations commerçantes. Le vieux monastère de Santa Maria de Latina subsistait toujours; en 1256, le pape Alexandre IV déclara prendre sous sa protection ses franchises et ses propriétés, comme l'avaient fait avant lui plusieurs légats de ses prédécesseurs.^ On a prétendu que les Amalfltains possédaient encore à Gonstantinople une église dédiée, comme la cathédrale d'Amalfl, à S^ André, patron de cette ville; mais on ne s'appuie que sur une afiBrmation dlJghelli, afiBrmation absolument gratuite et dont l'inexactitude est démontrée. Le Mt est que les reliques de S^ André étaient conservées à Gonstantinople: le cardinal Pierre de Gapoue, natif d'Amalfl, envoyé à Gonstantinople en qualité de légat du pape, peu de temps après la prise de la ville par les croisés, se les fit remettre et les transféra en 1208 dans la cathédrale de sa ville natale. Par quelle suite de déductions XJghelli arrive -t-il à prétendre que le lieu où ces reliques avaient été primitivement déposées à Gonstantinople ne pouvait être qu'une église dédiée à S* André et appartenant aux Amalfltains?' c'est ce qu'il est difftcile de saisir, n n'y a rien de semblable, ni dans le rédt de la translation qu'U donne lui-même quelques pages plus loin,' ni dans aucune autre chronique.^ n y avait, il est vrai, & Gonstantinople plusieurs églises dédiées & S* André,^ mais aucune n'avait donné asile aux reliques du saint dont elles portaient le nom; jusqu'au jour où le cardinal légat les emporta en Occident, elles étaient gardées dans l'église des Saints-Apôtres.^ Existet*ü au moins un document quelconque qui témoigne que l'une des églises de Gonstantinople dédiées à S^ André ait été concédée à la colonie amalfltaine? pas davantage. Passons donc et contentons nous de savoir que cette colonie avait conservé son ancien monastère de Santa Maria

* ügheUi, Balia sacra, fi« éd. Vu, ^ Chron, Amalph, dans Unrat Antiq. fififi et s. I, 216 et s.

' Rid. p. 187. * DucàSïg^CkmstantinopolischrisHttnaf

* BitL p. S06et88.: il n'y a rien non plus lib. IV, p. 76.

dans rédition pins complète donnée par le ' Ibick p. 71 et 88.; Hammer, Ckmstat^

c^ Biant, Emma saera Opol, 1, 105 et 88. Hnopolis und der Basporus, I, 888.

IIL L^empire latin. 296

de Latina; cela suffit pour démontrer l'existence d'un quartier amalfitain à Constantinople à l'époque que nous étudions. Les propriétés et les franchises de cette colonie étaient, d'ailleurs, exposées à de fréquents empiétements dont elle n'eût pu se défendre sans une haute protection. C'est pourquoi l'archevêque d'Amalfl adressa, en 1267 , une supplique au pape Alexandre IV et obtint un décret par lequel l'abbé du monastère cistercien de S^ Ange à Constantinople était autorisé à user de ses pouvoirs ecclésiastiques en faveur de la colonie amalfitaine.^ Pour en arriver là, il fiillait, ç^est du moins notre impression, que cette pauvre colonie, opprimée par de puissants voisins, eût bien de la peine à prolonger une existence qui n'était pas, à ce qu'il semble, destinée à dépasser de beaucoup celle de l'empire latin.

Dans un bref de l'an 1208 ' relatif aux dîmes dues au patriarche de Constantinople, le pape Innocent m mentionne parmi les étrangers établis dans la ville, outre les Pisans et les Amalfitains, des LonibardSj des Danois et des Anglais. Il est peu probable que ces Occidentaux fussent là pour y faire du commerce; en tout cas, la supposition n'aurait quelque vraisemblance que pour les Lombards: les autres devaient être au service militaire. On sait que les empereurs byzantins recrutaient spécialement leurs mercenaires au nord de l'Europe;' les mercenaires danois et anglais sont précisément cités à plusieurs reprises parmi les défenseurs de Constantinople contre les ci'oisés en 1204;^ il est probable qu'après la prise de la ville ils y restèrent et passèrent du service des empereurs grecs à celui des empereurs latins.

Les annales génoises signalent encore un autre élément de la population de Constantinople: ce sont les Äncanäains et les Provençaux; pour ceux-ci, c'étaient bien des commerçants. En efifet, nous lisons qu'en 1216, les Vénitiens, Pisans, Anconitains et Provençaux établis dans la capitale armèrent à frais communs deux vaisseaux destinés à croiser dans les eaux de la Sicile, de la Sardaigne et de l'Espagne.^ Nous avions déjà constaté l'existence d'une colonie anconitaine à Constantinople avant la première croisade, mais les Provençaux sont ici de nouveaux-venus.* Us avaient un quartier en commun avec les Espagnols, et cela n'a rien qui doive

^ Ughelli, /. e. p. 223. * Il est démontré, qu'au temps de Pem-

* Epist, éd. Baluze II, 147. pire latin, des marchands de S. GiUes et ' Ducange, Vilkhardouin, p. 296—299. de Montpellier fusaient le voyage de Con-

* "Englois et Danois :** ViUeliardouin, stantinople; cela ressort des traités condus éd. de Wailly, p. 96, 106. ''Saijanti An- par Gênes avec S. Gilles en 1232, et avec

glid Dachi.'' Epist. ComiHs de S, Mpntpellier en 1226 et 1262; Lib.jur. I,

PomIo, dans Taf. et Thom. 1, 307. 761, 903, 1148.

' Armai, Jan. p. 136. Voy. ce passage ci-dessus, p. 290, not 2.

296 Dewinème période. — J. Fondation des colonies commerciales.

étonner, car il existait, à cette époque, entre les côtes méridionales de France et les côtes orientales d'Espagne (la Catalogne) toutes sortes de liens politiques et nationaux.

De toutes ces nations commerçantes plus ou moins nombreuses, plus ou moins influentes, plus ou moins anciennement établies à Constantinople, il n'en était aucune qui ne dût baisser pavillon devant la République de Venise. Tout d'abord, elle s'était assuré un avantage énorme sur ses rivales: c'était la franchise absolue, stipulée dans le pacte fondamental en fiiveur de ses marchands, non-^ulement pour les pays administrés par elle directement, par ses nationaux ou par ses vassaux, mais pour l'empire latin tout entier,^ tandis que le nouveau régime ne garantissait aux Génois et aux Pisans que les privilèges et lès abaissements de tarife qu'ils avaient obtenus autrefois des empereurs grecs: sll en était ainsi pour ces deux nations, on comprend que les autres moins importantes ne pussent pas même songer à demander l'exemption complète des di-oits de douane. Mais ce n'est pas tout, et Venise avait encore trouvé moyen d'affirmer d'une autre manière sa supériorité sur les autres nations commerçantes. En vue de compléter les mesures prises au moment du partage de l'empire, l'empereur Robert et la République de Venise convinrent, en 1333, de partager le revenu des impôts et des contributions (justicÙB et honorifieentiœ et rationes) payés par les quartiers commerçants à l'état, dans la proportion de Vg pour l'empereur et Vs I^^ ^ République.* Le texte de ce traité ne nous est pas parvenu; par un motif quelconque, il y était Mt une réserve en ce qui concernait le quartier des Provençaux et des Espagnols, pour lequel la décision était remise à une autre époque; mais un arrêté du 20 février 1234 le rangea dans la même catégorie que les autres.' Par suite de cette entente, les colons occidentaux de Constantinople se trouvaient tributaires de Venise, situation qui impliquait une certaine dépendance.

La situation prépondéi'ante acquise par la République sur le Bosphore devait nécessairement lui assui-er plus d'autorité dûis ses rapports avec les puissances voisines. Elle n'eut garde de négliger cet avantage, et chaque marchand vénitien s'accoutumait à &ire de Constantinople, devenue en quelque sorte pour lui une seconde patrie, le centre de vastes opérations commerciales et le point de départ de lointains voyages dans les régions de la mer Noire et bien au-delà, ou dans l'Asie -Mineure. Ainsi, les podestats vénitiens par leur politique commerciale, les marchands par leur esprit d'entreprise individuelle, gagnaient peu à peu

' Taf. et Thom.1, 678; H, 2^,388,292. ' Ibid. n. 365.

' Ibid. n, 2&8, 288, 292.

IIL L'empire laùin. 297

dn terrain et les relations de Venise s'étendaient de pins en pins, sni*tout au nord et à Fest.

Suivons-les d'abord vers le nord. Au mois de Juin 1247, le missionnaire Jean dn Plan de Carpin revenant du pays des Tatars, séjourna à Kiev; il y fit la connaissance de plusieurs marchands italiens venus là de Constantinople; dans le nombre se trouvaient trois Vénitiens très probablement et deux Génois.^ Ainsi, c'étaient les Italiens qui, à cette époque, avaient renoué les relations autrefois établies entre les Eusses et les Grecs.

Au reste, un feit singulier, c'est qu'aucune des villes grecques de la rive septentrionale du Pont n'est comprise dans le traité de partage; pas plus Sougdaïa que Cherson; le nom de Sagoudaï, localité attribuée par le traité aux Vénitiens,* se trouve sur la liste entre ceux de deux villes de la Chersonnèse de Thrace, Hexamilium* et Gallipoli, et ce serait attribuer sans motif suffisant aux auteurs du document une transposition absurde, que de vouloir retrouver dans ce nom, comme le feit M. Phil. Bruun,* celui de Sougdaïa, ville de Crimée.* D est probable qu'à l'époque du traité ces "territoires d'outre-mer" {Ilspatsia) s'étaient déjà détachés de l'empire; cela expliquerait pourquoi ils furent passés sous silence à l'occasion du partage et comment ils purent être annexés à l'empire de Trébizonde, ainsi que le démontrent des documents fort peu postérieurs,^ sans que les Francs en prissent plus de souci que des invasions des Tatars dont ils ftirent plusieurs fois le théâtre. H est évident que les Francs n'auraient pas négligé de faire valoir sur d'anciennes dépendances de l'empire les droits que leur donnait leur qualité de con-

* Jean du Plan de Carpin, pnbL par 8*e8t répandue jusque chez les Grecs,

d*Ayezac, daoH le Reeueü de voyages et les Vénitieiui etc.; il ne pense môme pas

de mémoires, IV, 772. Dans ce passafce qu'il puisse y avoir des Vénitiens à Eiey.

je relève plusieurs noms d'individus que ' Taf. et Thom. I, 467.

je considère comme Vénitiens: d'abord ' Bamon Muntaner, trad. Lanz, n, 122.

Manuel Veneticus, naturellement; puis ^ Bruun, Notices historiques et topo-

Jacobus Revenus Acre, car je suppose graphiques concernant les colonies Ha-

qu'au lieu de Beverius il faut lire Vene- Hennés en Oaxarie (Mêm. de VAead. des

riuB (suivant les copies prises par M. Thomas sciences de 8, Pétersbourg, 7« Série X,

dans les Archives, il y avait à Acre une n^ 9. S. Pétersb. et Leipzig, 1866) p. 8..

branche de la maison vénitienne des Ve- ^ J'ai pubUé une réfutation de l'opinion

nier), et enfin Nicholaus Pisanus, qui ap- de M. Bruun, dans le BuUetin de VAcad. de

partenait à une feimiUe vénitienne bien S^ Pétersb. Xm, 1869, p. 269 et s. (Méconnue, cela des Pisani. A propos d'éta- - langes russes tirés du BuUetin etc. IV,

blÎBsementsvénitiensà Kiev, M. Bruun /!A/b^. p. 682—684).

sur les colonies en Oaxarie, p. 6) croit en ' Fallmerayer, Originalfragmente xur

trouver une trace, qui remonterait au Xn^ si- Geschichte des Eaiserthums TrapcMint.

ècle, dans le chant de guerre d'Igor (publ. Abh. der hist. Cl, der Münchn. Akad, TU,

par Boltz, p. 19); mais l'auteur veut seule- 8® sect. p. 18 et s., 72 et s., 87, 92, 103,

ment dire que la gloire de Swsetoslawl 144 et s.

298 Deuxième période. — J. Fondation des colonies commerciales.

quérants de cet empire, si l'on avait pu avoir, à cette époque, le pressentiment de l'immense importance commerciale qae devaient acquérir par la suite les régions de la mer Noire et de la mer d'Azov. Pendant la période de l'empire latin, il y avait bien des marchands qui, suivant la voie tracée par les Grecs, faisaient le voyage de Gonstantinople à l'antique station de Matrega (Matrica) dans la presqu'île de Taman, et gagnaient de là l'embouchure du Don sur des barques; mais ils n'allaient y chercher que du poisson séché et ne songeaient guère aux produits de l'Asie centrale et de la Ghine.^ Les épices qui arrivaient, à cette époque, du fond de l'Orient jusque sur les côtes de la Russie méridionale ac^ tuelle, n'avaient pas descendu le cours du Volga et du Don; elles avaient, au contraire, remonté vers le nord par l'Asie -Mineure.

En effet, il existait, à cette époque, une grande activité d'échanges entre les populations musulmanes de l'Asie -Mineure, de la Syrie et de la Mésopotamie d'une part, et les habitants de la Russie méridionale (les Eiptchaks) d'autre part Les marchands de Syrie et de Mésopotamie (Mossoul) se donnaient ordinairement rendez -vous à Sivas en nombre assez grand pour former une caravane, se dirigeaient de là vers la mer Noire par le territoire des sultans seldjoucides, ou par Trébizonde, et traversaient la mer pour gagner le sud de la Russie:' les marchands turcs, c'est-à-dire originaires des territoires dépendant des Seldjoucides, s'embarquaient à Sinope, dépendance du sultanat d'Iconium depuis 1214,' et débarquaient sur la côte de Crimée à Soldaïa (Soudak). Leurs marchandises consistaient, suivant GuilL de Rubronck, en cotonnades, soieries et épices (spices aromoHcas).^ Un exemple entre autres démontre l'importance que les sultans seldjoucides attachaient à ce trafic; c'est qu'Alaeddin-Eaïkobad entreprit, en 1227, une expédition contre Soudak pour tirer vengeance de mauvais traitements subis par un de ses sujets et exiger une satisfaction qu'il obtint, d'ailleurs, aussi complète que possible.^ De leur côté , les habitants de la Crimée et de la Russie passaient aussi assez fréquemment la mer pour aller porter en Asie-Mineure leurs belles fourmres.^^ Cet article formait également, avec les esclaves des deux sexes, le fret de retour des Musulmans;^ l'usage des fourrures fines

^ Guill. de Rubrouck, p. 216. de la 6« section du congrès international

' Ibn-Alathir, dans Defrémeiy, Frag- des Orientalistes à Leyde) p. 10 et s.

ments de géographie et dhist, arabes et ^ Guill. de Rnbroudc, p. 216; Ibn-Alsr

persans inédits relatifs aux anciens peuples thir, Q. c. p. 459) parle aussi d'étoffes pour

du Caucase ä de la Russie méridionale, vêtements.

Joum, asiat. 4« série , XIV, p. 461 et s. ' Houtsma, op. cit. p. 12 et s.

* M. TL Houtsma, Über eine türkische * GuilL de Bubrouck, L c; Ibn-Alathir,

Œronik xur Geschichte der Seldsehuhen l e. p. 461 et 8.

Kleinasiens (tiré du 2« vol. des travaux * Ibn-Alathir, /. c. p. 467.

IIL L'empire latin, 299

était tell^nent entré dans les mœnrs du monde mnsnhnan que, si quelque événement de guerre survenu en Crimée ou en Âsie-Muieure en arrêtait l'exportation, c'était partout un vi'ai cri de détresse.^

n fallut longtemps, à ce qu'il semble, avant que le trafic atteignît une pareille activité entre les Latins de Constantinople et les Grecs de Crimée. Par une conséquence naturelle des événements politiques, les ^ Grecs se détournaient de Constantinople et étaient attirés vers Trébi- ; zonde; de là, sans doute, la tendance de leur commerce à abandonner la direction du sud-ouest pour celle de sud- est Les Occidentaux eux-~ mêmes ne semblent avoir porté leur attention vers la Crimée qu'à partir du jour où les Tatars eurent fondé au sud de la Russie le j khanat de Eiptchak. Par des motifs que nous développerons plus ' loin, des relations actives et fécondes s'établirent entre les princes chrétiens et les khans tatars; les moines et les marchands d'Occident croyaient avoir découvert dans les pays tatars, les uns pour leurs missions, les autres pour leur commerce, un terrain où la moisson promettait de dépasser les espérances les plus hardies. Or pour, pénétrer dans ces régions inconnues, le point le plus favorable se trouvait pré« cisément en Crimée: c'était Sclda^a. Cette ville est située sur la côte méridionale de Crimée, entre Caffa et Alousta, au débouché d'une vàUée fertile, couverte de vignobles; le grand voyageur Ibn-Batouta vante son port, comme l'un des meilleurs et des plus beaux du monde.' Les Grecs prononçaient ce nom Sougdaia,^ les Occidentaux, pendant tout le Moyen- Age Sodaïa,^ Soldachia^ ou, plus habituellement, Soldaia;^ Ëdrisi l'écrit Scholtadia ou Soltadia;^ les géographes orientaux^ et les indigènes de nos jours encore, la nomment Soudak (Soudagh). Le fond de la population était d'origine grecque et professait la religion chrétienne; mais le développement du trafic avec les pays riverains de la mer Noire et les régions situées au nord de la Crimée y avait amené beaucoup d'individus de nationalités et de religions diverses.^ Les Tatars s'empa- ! rërent pour la première fois de Soldaïa en 1223, au cours d'une cam-

^ Ibn-Alathir 1. c p. 460—402. M. Polo, éd. Pauthier, I, 6: Annal. Jan.

* I, 28; n, 415. p. 285; Âtiante Ltixoro, p. 125 etc.

' Miklosich et Müller, Acta d dipl. ^ Trad. Jaubert, II, 395.

graea medii avi, I, II, passim; Toy. la * Aboulf. Géogr. trad. Beinaud II, 819.

Table da T. Il, au mot 2:oi'yâaîa. Du même Annal, mualem. IV, 801; Ibn-

^ Carte eatal. p. 88; Thomajs, Periplus Alathir, /. e. p. 457; Chehabeddin (on,

des P&ntuê Suarinus, p. 19 et s. suivant une correction indiquée par Amari,

' Cette forme ne se trouve que dans Al Oumari) dans les Not. et extr. XTTI,

le testament de Marco Polo Tanden, daté 861; Ibn Batouta, Voyages, éd. Defré-

de Tan 1280; voy. l'édition de Marco Polo mery et Sanguinetti, I, 414 et s.

par Pasini, p. 480 et s. * Ibn-Saïd (mort en 127^, dans Aboulf.

' GuiU. de Bubrouck, p. 216 et s., 219; trad. Beinaud, n, 819.

300 Deuxième période. — L FondaHon des colonies commerciales.

pagne victorieuse à travers Pisthine du Caucase et la plaine de Eiptchak, et dont le fait d'armes le plus mémorable fut la victoire remportée par eux sur les Russes près de la Ealka:^ soustraite peu de temps après à leur domination, la ville fut reprise par eux en 1239.* Cependant elle conserva son administration indigène et son évêque grec; les khans tatars se contentèrent d'exiger d'elle un tribut' Habitée par une population en grande partie grecque et en grande majorité chrétienne (du moins à cette époque), mais en même temps tributaire des Tatars, Soldaïa était une excellente station intermédiaire pour les marchands et les moines avant de s'engager dans l'intérieur des pays tatars. Le moine Guillaume de Rubrouck y débarqua en 1253 et fut hébergé dans les dépendances de l'église cathédrale; c'est de là qu'il partit pour le voyage qu'il poussa jusqu'à l'extrémité de l'Asie. C'est là aussi probablement que débarquèrent, en 1260* les marchands vénitiens Niccolo et MafBo (Mathieu) Polo pour aller vendre des bijoux à la cour de Berké, khan de Kiptchak. Us arrivaient directement de Constantinople où leur frère aîné et associé Marco passa une partie de sa vie et où il se trouvait peut-être à cette époque. Lui aussi, il étendit ses opérations commerciales jusqu'à Soldaïa, sinon précisément à ce moment, du moins plus tard, et il y avait une maison (une succursale peut-être). Quand, arrivé à un âge avancé, il se décida à se retirer à Venise sa patrie, cette maison était habitée par son fils Nicolas et sa fille Marocca; par son testament (5 août 1280), il leur en laissa la jouissance leur vie durant, tandis qu'il en léguait la nue propriété aux Franciscains de la ville.*^ H n'est pas probable que Marco Polo l'ancien ait été une

^ Ibn-Âlathir, 1. c p. 457; Aboulf. dans la traduction de M. Polo par BQ^k,

Afmal. mttöl IV, 801; Erdmonn, Tem/ud- p. 606; Tédition de H. Polo par Paaini,

schifij p. 434. L^ Archimandrite Antoninos p. 271; ceUe de Pauthier, I, 5, 7, 17;

a publié dans les Mémoires (en russe) de celle de Yule, I, 2, 5, 8. Ce dernier

la 80ciaé(r histoire et d^Afitiquitésd^ Odessa a adopté avec raison la date de 1260, et

(V, 1863, p. 595 et ss.) des notes très in- l'a substituée dans le texte à ceUe de

téressantes pour l'histoire de Soldaïa, ex- 1250, comme l'avait proposé H. Hammer,

traites d'un ancien Synaxarion grec: eUes Qesckiehie der goldenen Horde j p. 168,

signalent, en 1223, la première apparition not. 3. des Tatars dans la viUe (p. 601 , n^ 33). ^ Ce que nous savons de cet oncle du

^ Notes du Synaxarion, op, cit. p. 597, célèbre voyageur, de son séjour à Con-

n® 10. stantinople("quondamdeConstantinopoli"),

' GuilL de Rubrouck, p. 217. de la maison qu'il possédait à Soldaïa,

* Marco Polo fait mention de ce vo- ressort de son testament: cette pièce à

yage dès les premières liicnes de sa re- été publiée d'abord par Cicogna, hiser,

lation; les meiUeurs manuscrits le fixent venex, IH, 489 et s., puis dans le sup-

à l'année 1250; mais nous avons les plêment des Viaggi di M. Polo, éd. Pa-

raisons les plus sérieuses pour ne pas sini, p.. 430 et s. accepter cette indication: voy. Neumann

IIL L'empire latin, 301

exception parmi les Vénitiens; d'antres qne Ini dnrent acheter des propriétés à Soldaïa; nous verrons qu'il y ent là plus tard une colonie vénitienne florissante, dont l'origine devait remonter à l'époque où Venise était toute puissante à Constantinople. Comme Marin ^ le remarque d'ailleurs avec justesse, il n'est guère possible d'admettre que Niccolo . et Mafflo Polo se fussent risqués avec un chargement d'objets précieux dans un pays absolument inconnu et sans y avoir été précédés par des compatriotes.

U Asie-Mineure n'est qu'à deux pas de Constantinople; les Vénitiens devaient nécessairement songer à s'y ouvrir des débouchés; ils n'y manquèrent pas. D'abord, la partie conquise par les croisés de 1204, en meine temps que le reste de l'empire, était et resta naturellement ouverte aux marchands vénitiens aussi longtemps que les chevaliers français et ^ flamands purent s'y maintenir. Quelques particuliers, originaires de Venise, y acquirent des propriétés. Comme pour faire pendant à la petite principauté fondée par deux Vénitiens à Gallipoli, sur la côte européenne des Dardanelles, trois Vénitiens, Giorgio (?) Quirino, Jacopo Quirino et Giov. Succugullo s'établirent sur la côte asiatique, à Lampsaque (Lapsaco) et s'y attribuèrent des droits seigneuriaux: on en a la preuve dans une liste des impôts que leur payaient les habitants;' dans rénumération figurent les quais et le marché (scàla cum foro), ce qui tendrait à démontrer qu'il s'y faisait un certain trafic Mais les limites du territoire dépendant de l'ancien empire byzantin étaient trop étroites pour q\ie le commerce put s'y développer. Les Vénitiens ne tardèrent pas à les franchir, et, pour leur aplanir la voie, les podestats de Constantinople conclurent des traités avec les miûtres des états voisins, Seldjoucides et Grecs. A cette époque, la plus grande partie de l'Asie- Mineure composait Vempire des sultans d'Iconium. Marco Polo en parle sous le nom de Turqueménie; malgré le changement de nom, il est fitcile d'en reconnaître l'identité aux noms des villes qu'il cite: Conie (Iconium) Savast (Sivas), Caserie (Eaisariëh). Au milieu d'une population en majorité turque, adonnée surtout à l'élève du bétail et des chevaux, le célèbre voyageur trouva groupés en masses considérables les survivants des races grecque et arménienne, chez qui le commerce et l'industrie étaient en honneur; c'étaient eux qui fabriquaient les tapis les plus fins, et leurs soieries se distinguaient par la richesse et la variété des couleurs.^ Parmi les produits naturels, l'alun était un des plus recherchés. En 1266, quand GuilL de Rubrouck visita le sultanat, au retour de son voyage dans

' IV, 1S2. Hopf, VeneiO'byxantimsehe Anakcim,

* Cette liste a été dressée en 1219; p. 461. voy. Tafel et Thom. H, 208 et.ss.; cf. * M. Polo, éd. Pauthier, I, 86—37.

302 Deuxième période. — /. Fondation des colonies commerciales.

le centre de l'Asie, il y vit, dans la capitale, un certain nombre d'Occidentaux, entre autres deux marchands associés, un génois nommé Nicolas de Santo-Siro, originaire d'Acre, et un vénitien nommé Boniface de Molendino;^ ils avaient le monopole de l'alun extrait dans le pays et en tenaient le prix si haut que ce qui valait précédemment quinze besants se vendait alors cinquante.* C'est un premier exemple d'Occidentaux attirés dans le sultanat dlconium par les produits de pays. Le trafic se faisait peut-être déjà à cette époque par la grande route qui traverse l'Asie Mineure eu diagonale, du sud -est au nord-est, et met en communication la Syrie et Constantinople par voie de terre: elle a son point de départ à Antioche, traverse le col de Beïlan, contourne le golfe d'Alexandrette et atteint l'Asie -Mineure à la frontière de la Cilicie. Gomme ce pays était alors entre les mains de rois chrétiens, les marchands occidentaux le parcouraient dans tous les sens ; il leur arrivait fréquemment d'y pénétrer par la Syrie et d'en ressortir par le col de Goulek-Boghaz, sur la route d'Iconium.' Ceci, évidemment, ne prouve pas qu'ils fissent habituellement et sans interruption le voyage de Syrie à Iconium et d'Iconium à Constantinople; mais ce qui est sûr, c'est que si, pour aller de Syrie & Constantinople, ils préféraient la voie de terre à la voie de mer, ils ne trouvaient pas d'obstacle de la part des sultans seldjoucides, de qui cependant on eût pu craindre une attitude moins bienveillante à cause de la différence de religion. Par l'intermédiaire de ses podestats de Constantinople, Venise exerçait sur ces princes une heureuse influence et, grâce à ces bonnes relations, elle obtint successivement des privilèges signés de trois d'entre eux, Ghiath-eddin Eaikhosrou P' (mort en 1211) et ses fils et successeurs Izzeddin Eaikaous (1211 — 1220) et Alar eddin Eaikobad (1220—1237). On ne connaît malheureusement que le dernier diplôme, celui de l'année 1220,^ où il est &it de nombreux renvois aux deux précédents. Comme ses prédécesseurs, Alaeddin y ao cordait aux marchands vénitiens l'entrée en franchise pour les pierres précieuses, les perles, l'argent et l'or en barre ou monnayés et, enfin, le blé: pour toutes les autres marchandises, il maintenait un droit, fort peu élevé, de 2 % A cette occasion, les deux puissances échangèrent

^ n 8*agit, sans doute, ici de la famille ' Voyez le traité de oommeroe conclu

▼énitienne da Molino, et ce Bonifacius de en 1286 entre Gènes et rArménie. Holendino doit être le même que le "Bonifa- * Taf. et Thom. II, 221 et ss.; cf. I,

cius deMolinis de Venetiis'', condottiere an 488 et s.; Dandolo, p. 341; il faut encore

service du sultan dlconium à Tépoque de noter que le lAber pUffiorum, p. 160, fEiit

rinvasion de l' Asie-mineure par les Tatars mention d*un vénitien , uommé Filippo

en 1242 — 43, dont parle Sanuto, Secr. Giuliano, envoyé en ambassade auprès du

fid. crue, p. 285 et s. sultan dlconium en 1228.

* GuilL de Bnbrouck, p. 892.

///. Vempire laiin. 303

des garanties réciproques pour la sécurité des personnes et des biens des voyageurs, même en cas de naufrage. S'il arrivait qu'un litige se produisît sur le territoire du sultan entre des Vénitiens et d'autres Latins, les Vénitiens étaient autorisés à constituer, pour chaque cas, un tribunal de prud'hommes choisis parmi eux: le sultan réservait cependant à ses propres tribunaux toutes les affaires de vol et de meurtre. Ce détail prouve que le sultanat était ouvert à tous les Latins; d'ailleurs, dans l'acte même, les Pisans sont mentionnés nominativement Beaucoup de ces étrangers arrivaient dans le pays par la Petite-Arménie; d'autres, par l^e de Chypre. Les Provençaux par exemple, faisaient un commerce de transit entre Iconium et Chypre, et apportaient dans Tue, entre autres choses, de l'alun, de la laine, des cuirs, de la soie grège et ouvragée.^ Les cartes du Moyen-Age signalent précisément sur la côte d'Asie-mineure, en face de Chypre, au sud-ouest de l'embouchure du Seleph, un port formé par une Qe qu'elles désignent sous le nom de portus Prodefmlium ou h Proensal.* Peut-être ce point était-il particulièrement fréquenté par les Provençaux; peut-être aussi son nom venait -il des chevaliers de St Jean de langue provençale, qui auraient eu là une station,^ comme c'est le cas pour une île voisine, dont le nom, Cavalière, (partus Cavalerius Sanut.) indique à première vue qu'elle a été possédée par des chevaliers occidentaux. Mais les sultans possédaient sur la côte méridionale des ports autrement importants que ceux-là: Candehre (nommée par les Orientaux Alaia) et SakUia. Jusqu'à la conquête de l'empire byzantin par les croisés, le port de Satalia avait été ouvert à toutes les nations commerçantes liées à l'empire par des traités.^ Bien que déjà serrée de près par ses voisins les Tui-cs dès le temps des Comnènes, souvent menacée par eux et obligée de leur payer tribut, la ville resta grecque jusqu'au moment de la catastrophe et ftat toujours ouverte pour les Occidentaux du côté de la mer.^ A l'époque de la conquête, un certain Aldobrandini, d'origine italienne mais à moitié

^ Voyez le diplôme du mois de mars ' Beaufort, Caramania, p. 214 et ss.

1236, accordé par Henri I^, roi de Chypre, et Ritter, Eleinasten, n, 412 et s. en finveur des habitants de Marseille et de ^ L'entrée libre dans ce port fut ao-

Montpellier et des autres Provençaux, dans cordée aux Vénitiens par un décret spécial

Méry et Guindon, I, 419 et s. de Manuel Comnène, de 1148, renouvelé

* Cf. Sanuto, p. 89; la Carte catalane; par Alexis m en 1199: Taf. et Thom.

VAtlanie Luxaro, p. 114; les cartes de I, 118, 272. Des Génois trafiquent avec

Munich, dans Thomas, Periplus wm Ar- Satalia en 1156; Mmum, hiet. pair. Char-

menien, dans les Abh, der Miméhn. Jkad. i€Bf n, 851.

CL I, vd. X, sect 1, p. 283 et s. Cette » GuiU. de Tyr, XVI, 26; Cinnam.

ue porte encore de nos jours le nom de p. 179; Nicét. p. 50, 840. Provençal

304 Deuxième période. — J. Fondation' des colonies commerciales,

grëdsé, profita du désordre pour s'en rendre maître;^ cela était heoreox pour elle et ne pouvait avoir qu'une influence favorable sur ses relations avec l'occident. Assiégé par le sultan Ghiath-eddin Kaikhosrou, Aldobrandini se défendit bravement avec l'aide d'un corps auxiliaire veau de Chypre; mais le sultan fit le blocus de la ville et elle finit par capituler, le 6 Mars 1207.2 ^ partir de cette époque, elle fit partie intégrante du sultanat d'Iconium. Les Vénitiens venaient précisément de nouer avec le sultan vainqueur des relations commerciales qu'ils continuèrent avec ses successeurs; il est donc hors de doute qu'après conmie avant l'événement, leurs vaisseaux purent aborder sans obstacle à Satalia. L'une des causes qui les y amenait était le transport des marchandises entre l'Egypte et Satalia:^ nous aurons à en reparler. Nous avons déjà vu qu'à côté d'eux, d'autres occidentaux jouissaient d'une liberté de mouvements illimitée dans le pays gouverné par les Seldjoucides; on peut donc tenir pour certain que, même après 1207, le port de Satalia était visité par d'autres vaisseaux que ceux de Venise. H est fort douteux au contraire que, pendant la durée de l'empire latin, les villes de la mer Noire devenues turques aient reçu dans leurs ports des navires européens.

Dans la partie antérieure de l' Asie-Mineure, un fragment de l'empire grec avait sauvé son indépendance et subsistait sous le nom ^Empire de Nicée; après avoir déployé une énergie héroïque dans la défense de leur territoire contre les attaques des Latins, les maîtres de ce peut empire en arrivèrent à reprendre l'offensive dans le but de reconquérir ce que leur avait fstit perdre la quatrième croisade. La lutte se prolongea des années et des années, avec quelques temps d'arrêt Le podestat de Constantinople, Jacopo Tiepolo, le même qui conclut en 1220 un traité avec les Seldjoucides, profita d'un de ces moments de répit pour obtenir de l'empereur Théodore Lascaris des privilèges en faveur de ses nationaux (1219).^ Ici, comme pour les traités avec les Seldjoucides, celui que nous possédons n'est pas le plus ancien, car il se réfère

^ Nicét p. 842 et s. Les chefs de la Turcs échouèrent A Tépoque où Nicé-

quatrième croisade avaient fait don de phore Greg;oras (1, 17) visita la viUe,

Satalia aux Templiers (voy. Innoc, ZZ7 elle était déjà au pouvoir du sultan.

EpisL, dans Bréquigny, Dipl. U, 997); ' Le règlement maritime vénitien de

ce don resta lettre morte parcequ^Aldo- 1255 contient des dispositions spéciales

brandini s'était emparé de la ville. pour les ^naves, quae caricabuntur in

* Les détails les plus complets sur Alexandria usque Sathaliam. " Taf. et

Satalia se trouvent dans un passage d^Ibn- Thom. UI, 430.

Alathir, publié par M. de Mas^atrie, JETis/. * Taf. et Thom. U, 205 et as.; cf.

de Clufffre u, 13 et s. Nicétas raconte déjà, Dandolo, p. 841. (p. 843 et s.) la première attaque où les

IIL Vempire latin, 305

à un autre expiré depuis peu de temps (a princvpio nuper transadœ treugœ). Dans ce traité de 1219, Lascaris accordait aux marchands vénitiens l'entrée de son empii*e avec tous les articles qu'il leur plairait d'y importer, ainsi que l'exemption de la visite de la douane et de tous les droits ou taxes quelconques, tandis que ses propres sujets demeuraient astreints à payer à Constantinople et dans le reste de l'empire latin les droits usuels (commerkium); de plus, il garantissait comme d^habitude la sauvegarde des biens des Vénitiens naufragés ou décédés dans le pays; enfin, il était convenu que les monnaies frappées pour son compte, hyperpres, manuelates^ ou stamena,' auraient un type différent de celles des Vénitiens de Constantinople et réciproquement Le marché que cette convention ouvrait ou, pour mieux dire, assurait au commerce vénitien, n'était pas de médiocre importance. Le bas prix des transports maritimes permettait aux produits de l'Occident d'y soutenir la concurrence contre ceux de l'Orient, obligés de traverser tout le territoire des sultans d'Iconium. Les Grecs établis dans le pays employaient pour leurs vêtements deux sortes d'étoffes, les unes fabriquées en Italie, les autres tissées en Perse ou hx Mésopotamie avec de la soie de Chine; cependant, cet usage dut cesser brusquement le jour où l'empereur Jean Vatatzès (1222—1266), sous prétexte d'empêcher l'exportation de la monnaie du pays^ et peut-être plus encore pour atteindre dans leurs intérêts les Latins, objet de sa haine, interdit à ses sujets, sous peine d'infamie, l'achat de ces deux articles et prescrivit l'emploi exclusif des produits indigènes. H est probable que, comme toutes les autres, cette loi somptuaire ne tarda pas à tomber en désuétude; car il est difficile d'en concilier l'observation avec la présence dans l'empire de marchands originaii*es de Lucques, ville particulièrement renommée pour la qualité de ses tissus: U faut dire qu'on ne connaît les noms que de deux de ces Lucquois, Lanfranchinus et Qdebrandinus, et qu'il n'est pas démontré que ces deux marchands aient importé des soieries et des draps; ils étaient, au contraire, venus avec une grosse somme d'argent pour Êdre des achats. Un jour, pour une cause quelconque, les autorités locales d'Adramyttium les appréhendèrent au corps et l'empereur Michel Paléo-

^ Cest une monnaie qai porte le nom d'après Pempereur Romain; des IGehaelati

de Tempereur Manuel; on la trouve men- (GuiU. de Tyr, XI, 11, XIII, 15; Baoul

tionnée dans Taf. et Thom. Il, 18, dans de Caen, p. 709 de Téd. Paris), diaprés

les Documenti suUe relax, tosc. coïï Ori- Tempereur Michel Ducas. ent. p. 77, 78, et dans Arnold. Lubec, * Petite monnaie de cuivre; voy. Taf.

dans Pertz, SS. XXI, 174. Il existait et Thom. I, 108; Paspati, dans la Revue

d^autres monnaies analogues: des Roma- du SyUogos de ConstatUinopie Vil, 121. nati (Anne Comn. I, 175) ainsi nommées ' Niceph. Gregor. I, 48, éd. Bonn.

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Deuxième période, — L Fondation des colonies commerciales.

log^e les retînt en captivité. Le pape Alexandre IV^ intercéda pour eux et obtint leur mise en liberté, mais, d'après ce que nous lisons dans une seconde supplique adressée en leur faveur à Tempereur par le pape Urbain lY,' l'argent saisi chez Lanfranchinus avait été confisqué et il ne put en obtenir la restitution. Ces faits se passaient peu de temps avant la prise de Constantinople par Michel Paléologue.

Du moment que les marchands de Venise et ceux de Lucques fréquentaient l'empire de Nicée, on ne sera point étonné d'y trouver aussi les Génois. Au commencement, les relations entre l'empire et Gênes n'eurent pas, à vrai dire, le caractèi*e d'intimité qu'elles prirent plus tard, quand les deux puissances se coalisèrent contre l'empire latin. En 1236, les Génois combattirent encore aux côtés des Vénitiens et des Pisans pour la défense de Constantinople, assiégée à la fois par les Grecs et par les Bulgares,^ ce qui n'empêcha pas les négociations engagées entre les deux puissances depuis 1231, et qui devaient aboutir à l'entente des deux puissances, de suivre leur cours. A cette date, deux ambassadeurs génois s'étaient rendus auprès des deu^ princes grecs les plus considérables, Jean Vatatzès et Manuel, despote d'Ëpire, sous prétexte de préparer un traité de paix (pacem et conventionem),*^ Nous ignorons le véritable but de cette démarche et son résultat En 1239, un autre ambassadeur ramena de Nicée à Gènes un personnage chargé des pleins pouvoirs de Jean Vatatzès, mais les négociations n'aboutirent pas encore cette fois.^ H est vraisemblable que la question de la chute de l'empire latin avait été dès lors agitée, mais il est aussi plus que probable qu'en préparant un rapprochement avec l'empire de Nicée, Gênes cherchait à obtenir des avantages pour son commerce et qu'elle les obtint

De toutes les îles restées au pouvoir des Grecs c'était assurément celle de Bhodes qui excitait le plus de convoitises chez les Occidentaux, car elle formait une station de premier ordre pour le trafic avec la Syrie et la Petite-Arménie, l'île de Chypre et l'Egypte. Un ancien gouverneur impérial, Léon Gabalas, s'y était taillé une principauté, mais il avait négligé de la faire reconnaître par les empereurs de Nicée. Serré de près par Jean Vatatzès et désespérant de sauver avec ses seules forces son indépendance usurpée, il fit alliance avec la République de Venise, à qui l'empereur faisait aussi, en ce moment, la menace d'enlever l'île de Crète:

^ Lib. jur. I, 1845. dations était la destruction de Tempire

* Ibid. I, 1397 et s. latin, c^était une violation flagrante de

* Pour les détails et Tindication des Talliance étroite conclue peu de temps sources, voy. Hopf, art Oriechenland, dans auparavant entre Gênes et Venise; voy. Ersch et Gruber, LXXXV, 253. Taf. et Thom. H, 341 et ss.; Annal. Jan.

* Annai. Jan. p. 177. p. 189; Lib. jur. I, 980 et ss , 984 et s. ' Ibid. p. 190. Si Pobjet de ces nOgo-

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