‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 4 sur 49 · Les &recs · texte numérisé non relu

Les &recs

Le peuple chez lequel passaient et venaient aboutir la plupart des routes de l'Asie restait étranger au mouvement commercial; il semblerait qu'il n'eût aucun intérêt à réexpédier vers l'Occident les marchandises venues du centre de l'Asie; il ne s'occupait pas même d'offiîr aux Européens les produits de son agriculture et de son industrie. H faut donc admettre que d'autres nations se faisaient les intermédiaires entre l'Orient et l'Occident, et chercher quelles étaient ces nations. Dans cette recherche, il est naturel de songer d'abord aux Grecs; placés entre les sectateurs de llslam et les nations du groupe germano-romain, le rôle d'intermédiaires était tout indiqué pour eux. H est vrai qu'ils étaient chrétiens et prenaient une part active à la lutte entre les deux religions; mais, depuis l'époque où, maîtres eux-mêmes de la Syrie et de l'i^gypte ils avaient eu en leur pouvoir les territoires où venaient aboutir les routes de l'Asie, l'usage des produits de l'Orient était entré dans leurs mœurs et il leur eût été trop pénible de s'en priver. Amoureux du luxe de la table et du vêtement ils ne pouvaient pas plus se passer de poivre que de soie et de pourpre: pour leurs banquets U leur fidlait les parfums des bois des Indes {ßvXa IvStKà, bois de santal).^ Quand, avec la connaissance de la littérature arabe, les médecins grecs acquirent une notion plus complète et plus exacte de la nature et des effets des remèdes employés par ceux de l'Orient,' ils durent à leur tour les faire entrer dans leur pratique, et pour les faire venir, U Mlait s'adresser au commerce. Sous l'influence de toutes ces causes l'antipathie religieuse et politique des Grecs à l'égard des Arabes s'efBftçait nécessairement devant la nécessité de trafiquer avec eux. / Aux premiers temps des conquêtes arabes, les navires grecs s'étaient, ; sans doute, éloignés des ports de l'Egypte et de la Syrie; mais cette abs- / tention ne fut certainement pas de longue durée. Cependant, la première I trace certaine de la reprise des relations ne remonte qu'au commenj cément du IX® siède. A cette époque, les Lieux Saints ayant été profanés par les musulmans, Léon V l'Arménien (813—820) interdit à ses sqets de se rendre en Egypte et em Syrie.' En coupant ainsi court à des relations fructueuses pour les Arabes, l'empereur voulait évidement > leur fidre sentir l'effet de sa colère: son édit prouve en tout cas une chose,

' Theophan. oontin. p. 467. de eause, des effets du gingembre, de la

* Sous ce rapport, im ]rm qni a fiait canneUe, du clou de giroflef, de la noix

époque est celni de Siméon Seth, dédié à muscade, du camphre, du musc, du bois

Tempereur Michel Vu Ducas (1071—1078), d'aloës, du poiTre, (éd. Laagkayel, p.40 et s.*,

et intitulé: De aUmentorum fandtoHbus &6, 66, 68—66 et s., 74 et s., 81). il y traite, évidemment en connainiance ' Dandolo, p. 167.

//. — De Vapparition de Mahomä atix croisades. 63

c'est que lorsqu'il s'ag^issait de commerce, les Grecs de l'époque ne se l faisaient aucun scrupule de frayer avec les musulmans. Or, par un | singulier hasard, il se trouve qu'à propos de ce même Léon l'Arménien l'historien Cedrenus^ raconte qu'entre autres présents offerts par lui à un moine de ses amis, il y avait des plantes aromatiques, comme '^celles qui nous viennent des Indes",' ajoute l'auteur. Cette anecdote démontre positivement la persistance du courant qui amenait les produits de l'Orient vers Constantinople; mais elle laisse ignorer si c'étaient des Grecs ou des marchands étrangers qui les y apportaient Quoi qu'il ^v^ en soit, au X® siècle le commerce des Grecs avec les Arabes avait pris] un énorme développement. D'après les auteurs arabes que nous avons! déjà dtés, Antioche et Tr&riaonde étaient les principaux marchés où se faisaient les échanges; nous pouvons sans hésitation y jomAre Alexandrie, fréquentée par tant de marchands des nationalités les plus diverses. La plus grande partie des marchandises que les Grecs tiraient de ces ports prenait le chemin de CanstanUnople, soit par mer, à travers \a Médi« terranée ou la mer Noire, soit par terre, à travers l'Asie -Mineure; au rieste, les progrès des Seidjoucides ne tardèrent pas à rendre cette voie impraticable; ThessàUmigue^ et Cherson*^ recevaient aussi leur part On pourrait croire que les progrès de llndustrie en Grèce devaient avoir pour résultat de supprimer l'importation des produits manufacturés de l'Orient; mais ce serait une erreur. Jamais la production de la soie n'y fut aussi active. Les quantités de soieries que livraient les gy^ \ nécées impériaux de Constantinople étaient loin de sufBre aux besoinsxi de la cour et de l'état; au IX« siècle et même encore au X«, les em-); pereurs achetaient, pour en orner leurs palais ou pour en faire des lar-| ! gesses à leur entourage, des étoffes apportées d'Egypte sur le marché de^j Constantinople^ et en général des objets fabriqués en Orient et dont le nom, emprunté à la langue arabe, trahit clairement l'origine.^ Moins encore que les gynécées, l'industrie privée était en mesure de fournir les masses de

* Ed. Bonn. II, 54. il jMirle aussi ne sont pas néoessairement ' Voyez à ce si^'et ce que dit Psellos de provenance orientale; car les mots rà de Tempereur Constantin Honomaque: il ^x ariçûv vfda/iouta s^appliquent, la commettait tous ses soins à ^valav nQoad- paraison f>k w <{ i^lw le prouve, non yu9 &t» , . . Si àçnfiôkw kcU oatj Tfjç pas à des tissus Tcnus du pays des Sères, 'Irâmr, xtü AlyvntUtw ^ liq .T« ri/i^xtça mais à des tissus fiidts avec le fil du ver xfmxi OQM (Sathas, Bibliothee, graee, à soie (o^((C ss yers à soie). IV, 180). ^ Constant Porphyrog. De administr.

' Joh. Oameniata, De eosMio Thessa- imp. p. 72 en haut ^011*0. p. 600 et s., mentionne entre autres ^ Constant Porphyrog., De eerim., p.

•articles mis en vente sur ce marché, des 378, 595, et les notes de Beiske, p. 668, 700. lâerres précieuses, qui venaient d'Orient, ® Ibid, p. 468, 706, et les notes de

cela n*est pas douteux; les soieries dont Beiske, p. 689, 712, 716.

54 Première période. — Des grandes invasions anz croisades,

soieries réclamées par le commerce: d'abord, elle sou&ait de deux maux originels; la concurrence des ateliers privilégiés de l'état, et le poids écrasant des impôts: en second lieu, au X® siècle, la conquête de la Syrie par les Arabes ^ lui avait enlevé son meilleur débouché, et il lui fallait bien du temps avant que la vente dans les provinces restées à l'empire pût combler ce déficit Quelques historiens ont prétendu qu'au IX® siècle Ui production et l'industrie de la soie étaient déjà florissantes dans la Morée et, comme preuve, ils ont cité les étoffes magnifiques qu'une riche matrone, nommée Danilis, apporta de Fatras à Constantinople pour les offrir à l'empereur Basile P'(867 — 886). Mais, en étudiant de près sur l'original^ le texte d'où ce fait est tii*é, on reconnaît qu'il n'y est pas question d'étoffes de soie, mais d'étoffes de coton et de Un; et quand même il serait démontré que ces étoffes eussent été fabriquées dans le Péloponnèse et non pas à l'étranger, le fût en lui même ne prouverait qu'une chose, l'habileté des ouvriers du pays dans le tissage du coton et du lin: dans le nombre des objets dtés on trouve encore un grand tapis, que Danilis avait fait faire à ses frais dans le Péloponnèse, pour une ^lise neuve de Constantinople; ce n'est pas encore là dessus qu'on peut s'appuyer pour admettre la prospérité de l'industrie de la soie. > D'ailleurs, même pendant les siècles suivants, le Péloponnèse ne fut jamais spécialement connu pour la production de la soie: ce n'était qu'une supposition, née du rapprochement du nom de Morée avec le mot Morus (mûrier); mais il y a longtemps que la fa^usseté de cette étymologie a été reconnue. La production de la soie était beaucoup plus développée dans l'HeUade proprement dite et dans les îles de l'Archipel; mais, là même, la prospérité de cette industrie n'atteignit son point culminant que pendant la période qui suit ceUe dont nous nous occupons en ce moment

Quand un marchand allait à Cionstantinople, il devait lui être fort agréable d'y trouver, dès son arrivée, un riche assortiment de soieries indigènes et étrangères, et, par le fait, la capitale de l'empire grec avait la réputation d'être le marché le mieux assorti de cet article. On y recherchait surtout les étoifes de pourpre; les gynécées impériaux les fabriquaient en perfection. Mais les Grecs prétendaient se réserver à eux seuls le droit de porter les étoffes les plus précieuses; le gou-

' Cette perte fut plus tard réparée en 'x SvqCoç xnpourfjiwtwv), Nicèph. Bryennius,

Page 1