partie lorsque les Grecs réoccnpèrent An- éd. Bonn. p
tioche et le pays environnant A Pépoque ' Theophan. contin. p. 318.
où Alexis Gomnène monta sur le trône, ^ Finlay, Eist, of the byzantine and
son frère Isaac en était gonvemeur; pour gre^ empires from 716 to 1453, 1, pag:.
conserver la faveur d^Alexis, il envoyait 302; Pariset, Eist, de la soie. II, pag.
souvent à la cour des étoffes de soie (Tûr et S6 ss.
IL — De VapparUion de Mahomet aux croisades. 55
vemement n'en interdisait pas l'exportation d'une manière formelle, | mais il y mettait toutes sortes d'entraves. Nous verrons plus loin les! restrictions imposées aux marchands russes exporteurs de soieries: pour; le moment, nous nous contenterons de citer l'aventure arrivée à Luitprand, évêqne de Crémone, à la fin de sa seconde ambassade a Constantinople. n se trouvait des soieries dans ses bagages; il en avait acheté une partie, le reste lui avait été donné; mais quand il voulut passer la firontière, les douaniers saisirent cinq des plus belles pièces, sous prétexte que l'exportation en était interdite; en vain l'évêque fit -il valoir que ces étofies étaient destinées à son église et que l'empereur lui avait accordé l'autorisation d'acheter pour elle des palliums, sans fixer de limite de prix; en vain supplia-t-il qu'on lui laissât au moins celles dont on lui avait fut cadeau; la saisie fut impitoyablement maintenue Cette vexation, il &ut le dire, n'était que la suite des humiliations que Luitprand avait eu a subir, au cours de sa mission, de la part des courtisans et des fonctionnaires impériaux; d'ailleurs elle répondait parfaitement au caractère de l'empereur Nicéphore alors régnant; il afiectait d'habitude une morgue pleine de rudesse à l'égard des étrangers. A l'époque de sa pr^nlère ambassade, en 949, ^ Luitprand avait eu afiaire à l'empei*eur Constantin YII qui, tout au contraire, comblait les étrangers de bons procédés; il avait rapporté des étofies précieuses sans qu'aucun douanier y fît opposition, sans même avoir à subir une seule visite.» Il est évident que les choses se passaient de même pour les marchands; tantôt ]a surveillance s'exécutait avec rigueur, tantôt elle se relâchait; et puis il se trouvait bien de ci de là un douanier accessible à la corruption, ou bien 1^ exporteurs trouvaient des chemins détournés par lesquels on échappait à la visite de la douane; le fait est que ces marchandises de grand prix dont l'exportation était interdite, n'en arrivaient pas moins en Italie, soit par Venise, soit par Amalfi, et qu'elles n'y étaient même pas rares.^
En général les Grecs ne faisaient pas beaucoup d'efibrts pour répandre dans les pays voisins les produits indigènes et asiatiques amassés dans leurs magasins. Les empereurs cherchaient à éblouir les princes étrangers par leur munificence, par leurs cadeaux d'objets exotiques; ils aimaient à faire étalage des marchandises précieuses qui affluaient a Constantinople, mais ils ne comprenaient pas l'avan-
' Pour la fixation de cette date, Toy. Fltalie du nord ou en Occident en géné-
Kœpke, De vita et scriptis Ltudprarnüy rai?) obolariae mulieres Qes courtisans)
pa^. 11. et mandrogerontes Qbb charlatans) his
' Liudprandi rekUio de Ugaiione Gon- utuntur". Pour Pexplication de ce pas-
statUinopolitanch, dans Pertz, SS. m, p. sage, voy. Havet, Rectie critique, 1878,
359 et s. nPU.
* Idudpr. loc. cit.: "pênes nos (dans
66 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.
,tage d'une large politique commerciale,^ qui eftt facilité à d'autres nations l'accès de ces magniflcences. Quant à leurs sujets, tout leur effort se bornait à se procurer les objets nécessaires à leur bien être et cela leur suffisait: ils laissaient volontiers aux étrangers les difficultés et les risques inhérents aux longs voyages d'afEaires. Leur oigueil se complaisait à voir les vaisseaux marchands des diverses nations de l'Europe entrer dans le port de Gonstantinople, et "la reine des villes" devenir le centre du commerce de l'Occident; après cela, peu leur importait de perdre par leur négligence les plus belles occasions d'accroître leur fortune. Il leur eût pourtant été bien feuille de jeter en masses les marchandises du Levant sur les marchés de l'Italie méridionale, où Ban, Naples, Âmalfi etc. restèrent pendant des siècles au pouvoir des empereurs grecs, et de fiûre, de la, des affaires fructueuses avec le reste de lltalie. Mais non, ils aimaient mieux laisser venir à Gonstantinople les habitants de ces villes qui, eux, avaient conservé même sous la domination byzantine, l'esprit d'entreprise propre au génie italien. Avec le temps les Vénitiens, les Pisans, les Oénois devinrent les fournisseurs exclusifr des produits du Levant dans tout l'Occident et les marchands grecs, réduits à l'inaction, durent leur céder la place en murmurant S'ils déployaient si peu d'activité du côté de l'Occident, ils en montraient un peu plus du côté du Nord, dans les pays arrosés par le Danube et en Russie. Il est démontré qu'ils visitaient le pays des Bulgares riverains du Danube: * quelques-uns allaient en Bussie; ' leur point de départ était Cherson; il est probable que c'est dans les rdations de marchands de C!herson que Constantin Porphyrogénète a puisé les renseignements si détaillés qu'il donne sur la navigation du bas Dnieper; l'empereur géographe marque près du gué dit Erarique, le point où les gens de Cherson passaient le fleuve à leur retour de Russie.^ Néanmoins de ce côté comme à l'ouest, les Grecs se laissèrent dépasser par des "barbares^ du nord, plus acti& qu'eux. Nous verrons plus loin les succès des marchands bulgares établis à Constantinople exciter la jalousie des Grecs et les Russes y accourir en masse, hôtes redoutés, pour y exercer le commerce.
* Le droit perça à Texportation s^éle- ' Theophanes, I, 775.
vait généralement à 10 7o de la valenr. ' Cedren. n, 651. C'est ce que prouvent
Ilm Khordadbeh, p. 61 ; Chmamna, lib. 6, les traités conclus par certains grands-ducs
cap. 10; Joh. Cantacnz, lib. 4, 12; de là de Russie avec les empereurs byzantins,
le nom de âtnanfXiyû^ donné aux douaniers * De adm. imp, p. 77. Le gué men-
et celui de 'cxoTci^^M» donné aux bureaux tionné se trouvait un plus haut que la
de douane; Zacbariœ von Lingenthal a ville actueUe d'Alexandrovsk. réuni tontes les preuves dans me étude insérée dans les Mém. de VAead. de 8t. P&erêb. VU« série, T. Œ, n« 6,' p. 6.
IL — De Vapparäian de Mahomet aux croisades. S7
Z. Bussie et SoandinaTie.
a. Trafic avec les Arabes.
Cest une diose très curieuse que la quantité de pièces de monnaie d'argent d^origine orientale qui se retrouve dans les fouilles exécutées au nord de l'Europe; leurs possesseurs les avaient confiées à la terre, au moment de leur départ, soit pour un long voyage d'affaires, soit pour une guerre, ou bien encore ils les avaient enfouies là pour les soustrure à un envahisseur; plus tard la mort, l'émigration ou d'autres causes les empêchèrent de reprendre leur trésor et c'est ainsi que, de nos jours, des cultivateurs, des bûcherons les déterrent; et parfois il y en a des quantités assez grandes pour constituer de véritables sommes. Ledebur^ a publié, en 1840, une étude avec carte topographique, qui donne un aperçu très net de l'étendue sur laquelle ces trouvailles étaient réparties dans la région de la m^ Baltique; ce tableau ne représente plus exactement l'état de nos connaissances actuelles, car il ne se passe guère d'année où l'on ne fiasse quelque nouvelle trouvaille; cependant il a, en somme, encore de la valeur. Pour la Bussie, il faut consulter soit la carte de Paul Sawelieff,^ soit l'aperçu topographique des trouvailles de vieilles monnaies arabes en Bussie,^ que nous devons à l'orientaliste Fraehn. Ce que l'on sait des trouvailles fûtes au nord-est de la Bussie, sur la Petchora est trop peu certain pour qu'il soit nécessaire d'en tenir compte; le gouvernement de £azan devient alors, à l'est de l'Europe, la région extrême où sont constatées de ces trouvailles:^ à l'ouest, si l'on néglige quelques trouvailles très peu importantes fiedtes en Islande et en Angleterre, c'est le district d'Egersund, dans la province de Christiansand, en Norvège. Pou^ la Bussie, la limite septentrionale des trouvailles est donnée par une ligne droite tirée de Eazan au lac Ladoga et, de là, jusqu'à la Finlande; le point le plus méridional serait l'antique Chersonèse (la Crimée); et encore,
^ Leop. ▼. Ledebur, Ueber die in den ' Je regrette de n'avoir pu me pro-
baUüehen Ländern in der Erde gefundenen eurer ni cette carte, ni la Nmniamatique
Zeugmiue eines Handelsverkehre mü dem mahamétane da môme auteur (S^ Pé-
OrierU xur Zeä der arabisehen WeMherr-r tersbourg, 1847), où il traite spôdalement
schoß, Beriin, 1840: Voy. encore sur cette des fouilles eiiéeutées en Bussie et de
question, C. H. ▼. Minutoli , Topographi- leurs résultats pour Thistoire de oe pays.
sehe Uebersieht der Ausgrabungen grie- ' BuUet, de VAuad» de 8t, Pétersbaurg,
ehischer, römischer j arabischer und onde- T. IX (1842) n» SO, 21,
rerMünxenundEunstgegenständefUnesol^ * FrsBhn, dans le BulieUn^ ik n^ 19,
ehe xu verschiedenen Zeiten in den Küsten- p. S96 — ^897. ländem des baltischen Meers statt gehabt, Berlin, 1843.
58 Premère période. — Des grandes invasions aux croisades.
ici, on n'a &it qu'une trouvaille restée unique. En général, les pays où les fouilles ont mis au jour les plus grandes quantités de monnaies d'argent arabes sont les provinces situées au cœur de la Russie, sur le cours supérieur et moyen du Volga, et sur ses affluents méridionaux, les territoires situés sur le cours supérieur du Dnieper et, enfin, les provinces voisines de la mer Baltique et du golfe de Finlande. ^ De la Finlande à la Suède, on passe par les îles d'Aland, où l'on a déterré autrefois 'de vieilles monnaies d'argent de forme étrange, probablement d'origine orientale. Plus au sud, les îles de Grothland et d'Œland forment comme un pont entre les provinces Baltiques de la Russie et la Scandinavie, On a trouvé dans les provinces Baltiques des quantités incroyables de monnaies arabes; Hildebrand raconte que les fouilles connues avaient donné plus de 13,000 pièces.^ La petite île d'Œland a fourni un apport considérable: dans un seule fouille on a trouvé jusqu'à 1122 pièces arabes des plus rares. En Suède même, on i*encontre fréquemment des monnaies arabes le long de la côte orientale; elles sont beaucoup plus rares dans l'intérieur et dans la partie occidentale;* de même en Norvège; et encore, dans ce dernier pays, il ne s'en trouve que sur les côtes méridionales.* Pour la Danemark c'est dans Wie de Bomholm qu'on a trouvé le plus de ces monnaies; on a fait quelques trouvailles dans les îles de Mœn, Falster, Langeland, Aggereœ (dans le grand Belt); dans le Jutland et le Schleswig on a aussi trouvé ça et là des pièces d'argent portant des caractères coufiques. *^
Rien n'est plus fiicile que de fixer l'époque à laquelle appartiennent les pièces d'arçent arabes (dirhems) que l'on retrouve en Russie et dans les provinces Baltiques, car toutes portent le millésime de leur fabrication. D'après Frsehn, les plus anciennes sont de la fin du Vn« siècle, les plus modernes, du conunencement du XI®- Cette opinion concorde absolument avec la remarque faite par Tomberg, que la série des dirhems trouvés en Suède s'ouvre par une pièce de 698, dynastie des Ommiades, et se ferme par une pièce de 1010, dynastie des Bouvéhides. D'après Tomberg, le premier siècle de cette période serait
* L'ouvrage qui fournit le plus de ren- * Les fouiUes exécutées en Suède sont
seignements à cet égard et celui de Frœhn ; énumérées dans Tomberg , Nwni cufici
quelques savants ont donné des sup- regit numophylacii Holmiensts (Ups. 1848)
pléments parus dans diverses publications; p. v—xliv; Ledebur, op. cit. p. 8—30;
lui-même en a écrit plusieurs; pour ce qui Minutoli, op. cit, p. 7 et ss.
concerne spécialement les provinces Bal- * Tomberg, loc. cit., p. xlix, note;
tiques, voy. Kruse, Neerolivomea, Suppl. Ledebur, op. cit., p. 5 — 7;Minutoli,p. 6ets.
D. p. 6 etss. * Worsaœ, Dänemarks Vorxeit, trad.
^ Hildebrand, Das heidnische ZeüaUer aUem. par Bertelsen (Copenhag. 1844)
in Schwedetiy trad. Mestorf, (Hambourg, p. 68 et s.: Ledebur, op. cit., p. 71—76;
1873) p. 184. Minutoli, p. 19—22.
//. — De Vap})arition de Mahomet aux croisades. 69
assez faiblement représenté; les dirhems des années 795 — 816 sont déjà pins iréqnents; mais les plus nombreux sont ceux de la fin du IX® siècle au milieu du X® ; et, dans ces damiers, ce sont les années 909—914 qui fournissent le plus fort contingent. A partir de 956, les pièces se font de plus en plus rares et enfin, après les dix premières années du XI® siècle, il n'y a plus rien.^
L'étude des légendes mai*quées sur les pièces fait connaître les noms des princes sous lesquels elles ont été frappées, ceux des localités ou des pays d'où elles proviennent; il en ressort que le plus grand nombre et de beaucoup (plus des deux tiers) viennent de l'empire des Samanides, qui ont régné dans la Transoxiane (Mawerannahr) et le Khorassan depuis le dernier quart du IX® siècle jusqu'à la fin du X® ; les noms de Samarkand, Boukbara, Chach (Taschkend), Balkh, Ënderâb, Nichapour etc. sont ceux qui reviennent le plus souvent dans les légendes des pièces trouvées en Bussie et en Suède. Après ces royaumes viennent les pays situés à l'ouest par rapport à eux, le long de la côte méridionale de la mer Caspienne; Djordjân, Tabéristan, Deilem; les monnaies nous apprennent les noms de quelques-uns des petits princes qui y régnèrent. Cependant l'Arménie est plus fortement représentée que ces pays, et elle l'est surtout par la monnaie de Berdaa, dans la province d'Arran, au sud-est de la mer Caspienne. Bagdad, résidence des califes abbassides fournit un très fort contingent, tandis que Damas, résidence des Ommiades, leurs prédécesseurs, est faiblement représentée. En général les monnaies retrouvées sont originaires de la Transoxiane, du nord de la Perse, des pays baignés par le Kour, le Tigre et l'Euphrate. Les pièces provenant du sud de la Perse, de l'Arabie, de la Syrie de l'Egypte, de l'Afrique proprement dite, du Maroc, de l'Espagne, sont beaucoup plus rures.^
n s'agit maintenant de chercher comment ces monnaies arabes ont pu arriver, dès une époque si reculée, jusque dans les régions les plus septentrionales de la Bussie. D'anciens savants ont émis à cet égard des suppositions plus ou moins mal fondées, auxquelles nous ne voulons pas nous airêter;^ aussi, commencerons nous par faire une déclaration dont nos lecteurs voudront bien reconnaîti*e l'importance au moins secondaire. On connait les courses exécutées par les Wikings Scandinaves; les navires des Eusses, tribu originaire de la Scandinavie, se montrèrent également sm* la mer Caspienne, et les pirates sortis de
^ Frsehn, op. dt., p. 804; Tomberg, tragiiberdmttnssefisckafUiehenWèrthund
loc. cit, p. lii— liv. die BedetUsamkeü der m den Ostsee-
^ Fnehn, op. cit, p. 803 et s..; Tornberg, ländem vorkommefuien arabischen Mün-
iiK:. cit, p. liv — Ixxv. xen (Abhandlungen der deutschen OeseU-
^ Bohlen en a suffisamment discuté sehafl in K^igsberg, 4fi coUeotion, 1888)
Tauthenticité dans son étude intitulée: Vor- p, 18 et ss.
60 Première période. — Des grandes invimons aux croisades,
leurs rangs ravagèrent denx fois dans le cours du X® siècle (en 913 et 943) les pays situés au sud et au sud-est de cette mer; les Arabes d'Espagne et du nord-ouest de l'Afrique reçurent eux aussi, plusieurs fois au IX® siècle la visite des pirates normands.^ Assurément ces courses ont pu et dû amener des occasions où des monnaies arabes ont été emportées vers le nord; cela est incontestable: mais, si considérable qu'on se figure le butin rapporté par ces pirates, on ne pourrait attribuer* à cette« cause qu'une infime partie des monnaies retrouvées.' Il en existe des quantités, des milliers d'exemplaires; il est impossible qu'elles proviennent uniquement de ces expéditions qui, en somme, furent relativement peu fréquentes. Autre remarque: une grande partie des pièces retrouvées sont cassées en morceaux; or il est à remarquer que ce procédé était précisément habituel sur les marchés de l'Orient, à Samarkand, par exemple, au temps des Samanides.^ Il est évident que ce ne sont pas les guerriers du Nord qui se sont amusés, pour passer le temps, ä casser ainsi les pièces de monnaie qui se trouvaient dans leur butin; ce sont les marchands du Nord qui les ont reçues en paiement dans cet état; la coutume était de peser l'argent remis en paiement, de sorte qu'a côté des pièces intactes, il fallait souvent des fractions pour parfiiire un poids déterminé; le même cas se présentait encore lorsqu'un article ne valait que la moitié ou le quart d'un dirhem.^ Cest donc le commerce qui est la cause première de ce phénomène: que si ces moti& ne paraissaient pas suffisants, il nous sufBrait de signaler un ÜBdt d'observation; c'est que les trouvailles de monnaies les plus importantes et les plus nombreuses ont été Mtes précisément aux environs des localités que toutes les sources signalent comme les centres commerciaux de l'époque; c'est ce que Ledebur a parfedtement démontré, n est vrai que nous ne serions pas en état de prouver que les marchands arabes se soient aventurés jusqu'à la Scandinavie, ce qui n'empêche pas que les géographes n'eussent une connaissance assez exacte de ces régions; en tout cas la plus grande partie de la Bussie restait en dehors de leur route. Mais il est sûr qu'ils remontaient le Volga sur leurs vaissaux jusqu'au pays des Bulgares. On sait que, tandis que certaines tribus Bulgares s'avançaient vers le Danube, d'autres étaient restées en Bussie et s'étaient fixées vers le milieu du cours du Volga; Boulgar, leur capitale, était située entre Kazan et Simbirsk, au
^ Frahn, op. cit, p. 806 et s., 310 et s, * Frahn, op. cit, p. d04; Bohlen, op.
' Yoyes anisi les hésitations de Tom- cit., p. 20; Weinhold, Mnordisehes Leberg, au sujet des monnaies afdcames et ben^ p. 118. espagncdes, loc. dt, p. Ixi et s.
' Orienêal geographff by Jbn Bamikal, éd. Onseley, p. S58.
IL — De Vapparitian de Mahomet aux croisades, 61
dessous da conflaent de la Eama et du Volga; ^ comme c'était on point de concentration pour les produits du Nord, elle exerçait une puissante attraction sur les marchands arabes, et ceux-ci étaient d'autant plus certains d'y trouver un bon accueil que le roi et la population avaient embrassé l'Islamisme.' Ce qu'ils venaient surtout y chercher c'étaient les fourrures pour lesquelles les grands personages de l'Orient avaient une véritable passion.' Il est vrai que déja les marchands bulgares, russes ou autres du Nord allaient porter les pelleteries jusqu'à Itil, la capitale des S[hazares ä l'embouchure du Volga, où ils avaient des entrepôts;^ mais pour se rapprocher autant que possible de la source des plus belles fourrures, les marchands arabes ne craignaient pas d'affironter les deux mois de navigation^ ou le mois de voyage par terre* qu'il fiedlait pour aller dltil à Boulgar. Us n'osaient cependant pas s'aventurer plus loin^ et, d'ailleurs, ils n'en avaient pas besoin; grâce à l'activité des Bulgares^ ils y trouvaient tous les produits du Nord, A l'ouest de cette ville, il y avait une nation dont les bateaux descendaient le Volga pour y apporter leurs marchandises: c^étaient les Russes. Ce nom, qu'ils se donnaient eux-mêmes, leur stature haute et élancée, leurs usages singuliers, que décrit Ibn-Fosslan pour les avoir vus lui-même en 930,^ tout cela démontre suffisamment qu'il ne s'agit pas ici de ces tribus slaves auxquelles le nom de Busses n'a été donné que par la suite des temps, mais de tribus Scandinaves. Quarante ans à peine avant l'époque où Ibn-Fosslan, l'écrivain auquel nous devons les renseignements les plus importants sur les Bulgares du Volga et leurs voisins, ftat envoyé en mission ä Boulgar par le calife Mouctedir,
* F. H. MflUer, Der ugrisohe Volka- " A rentrée dans la région des Bul-
stamm. 1^ partie, chap. 9, p. 414 et ss. g^ares, leurs vaisseaux marchands payaient
' Frœhn a raconté l'histoire de leur une dîme an roi du pays : Ibn-Dasta, dans
conversion dans les Mêm, de VAead. de Rössler, Bùmamsehe Sktêim, p. 869.
St. PHeràb^y Série VI, Sciences politiques ^ Ihn Haoukal dans d'Ohason, loc dt,
T. I, p. 183—199. pag. 78.
' Entre autres articles de moindre im- ^ Frsahn, Ibn-FoséUah p« 168, 958, 966.
portance qui ûdsaient aussi partie de ce ^ Sawe\jew, op. dt, p. 91 et ss.; Frœhn,
commerce, on pourrait citer les défenses /5f»-.9bM2an,p.996ets.;Ihn-Dasta,op.dt,
de mammouth; les ouvriers de la Kho- Un des signes de leur esprit d'entreprise
waresmie en &hriquaient divers ohjets: était l'envoi incessant de caravanes vers
l'ambre des provinces Baltiques; voy. Djor^janidi CKhowaresmie): MaQOudi, II,
Frœhn, Ibn^FoeeUmy p. 998 et s., not. Sa- p. 16 ets., Ahou-Hamid-Andaloun, dans Sa-
we^ew, üeberdmEumdüderWolgcMehen we^ew, op. dt, p. 97.
Bidgarenim neunten undxehnknJakrkun ' Voy. le chapitre de lui relatif aux
(2er^,dansleBUHnafWilre^f9;yi,p.96-~98. Basses dans Frœhn, JRm-FoseUmy p 1—98;
* * Frsehn, De (yuuarù, loc. dt, p. 691, cf. p. 70 et s. et 947, au bas, et Ibn-Dasta,
601 et s.; Frsehn, Ibn-Fosslan, p. 147; op. cit Maçoudi, XI, p. 9, 11.
62 Piremiere période. — Des grandes invasions atix croisades,
Rarik et ses frères, quittent la Suède, leur patrie, éteient venus s'éteblir aux environs des lacs Ladoga et Ihnen, c'est à dire dans le voisinage des sources du Volga. Beaucoup de leurs compatriotes les avaient suivis; sur ce terrain nouveau, leur esprit hardi et entreprenant pouvait se donner carrière dans toutes les œuvres de la guerre et de la paix. C?est ainsi que, descendant le Volga sur leurs bateaux, ils arrivèrent à nouer des relations avec les Bulgares qui, eux, nous l'avons vu, trafiquaient déjà avec les Arabes, au delà de la mer Caspienne. Or, chez les Bulgares, les Russes Scandinaves entraient dans le rayon où l'argent arabe avait cours. En eflfet, on sait par une note dlbn- Daste^ que les Bulgares du Volga accepteient des musulmans, en paiement de leurs marchandises, des dirhems ronds et blancs: entre eux, c'est Ibn-Daste qui parle, les peaux de martre remplaçaient la monnaie sonnante. H est cependant certain qu'ils avaient à Boulgar et à Souwar des ateliers où ils frappaient leur propre monnaie et où ils contrefaisaient les dirhems des Samanides,* ce qui, naturellement leur était d'un grand avantage dans leur commerce avec la Transoxiane et le Khorassan. Les Russes amenaient donc sur le marché bulgare leurs marchandises, qui paraissent avoir consisté surtout en pelleteries et en esclaves; ils les cédaient à des Bulgares ou à des Arabes et remportaient, en échange, soit de la monnaie asiatique dont il y avait abondance, soit de la monnaie bulgare, qui ressemblait à l'autre à s'y tromper. D'ailleurs, ils ne s'arrêtaient pas toujours là; il n'y avait qu'à se laisser aller au cours du grand fleuve pour arriver jusqu'à Itil, la capitale des Ehazares; c'est aussi ce qu'il firent et ils y formèrent des dépôts ;» nous savons par Ibn-iöiordadbeh qu'on voyait leurs vaisseaux sur la mer Caspienne, non pas seulement des vaisseux pirates, mais bien des vaisseaux marchands et que, de Djordjân, leurs marchandises, chargées à dos des chameau étaient dirigées sur Bagdad.^ Du moment qu'ils poussaient avec leurs vaisseaux jusqu'à la côte méridionale de la mer Caspienne et que leurs marchandises pénétraient jusqu'au centre politique de l'Islam, il éteit tout naturel qu'il revînt jusqu'en Russie de l'argent originaire, non seulement des provinces situées au sud de la mer Caspienne, mais aussi de
' Voy. Bœsler, op. cit., p. 362. ^ Voy. les renseignements donnés par
• Fwehn a prouvé Texistence de ces deux Yakout et par Ibn-Haoukal, dans Pwehn,
ateliers, sur des pièces trouvées en Russie. ^ Çkasarts, Mém, de l'Acttd. de Si. Pé-
Mém. de VAcad. de St. PHersb.; Série VI, tersb., T. VH! (1822), p. 591, 601 et ss, :
T. I, p. 171 etss. T. IV, p. 248, note; But- Maçoudî, Les Prairies ^or. H, p. 9, 11.
letin, loc. cit, p. 80B, 816, 820, 823; * Jouni. asiat. Série VI, T. V, p. 614.
Tomberg a aussi signalé le même fidt
pour des pièces trouvées en Suède; loc.
cit, p. Ivii, 246.
IL — De Vapparition de Mahomet aux croisades. 63
toutes les paiües du monde musolmaa: de là il s'éparpillait dans tout le Nord.
Les Scandinaves des régions situées audelà de la Baltique connaissaient de toute antiquité le '^chemin de l'Est"; quand leurs compatriotes se furent établis en maîtres dans la Bussie,^ leurs voyages de ce côté n'en devinrent que plus fréquents. Parmi les nombreux mai*chand8 qui accouraient de tous côtés aux foires de Novgorod,^ c'étaient eux, assurément, qui formaient la majorité. Us y apportaient des fourrures et probablement de la laine, car l'élève du mouton avait pris une grande extension dans le Nord, des plumes, des fanons de baleine, de l'huile de poisson etc.:^ ils recevaient en paiement des pièces d'argent arabes, qui avait cours chez leurs compatriotes russes, et que, d'ailleurs, ils acceptaient d'autant plus volontiers qu'eux mêmes ne commencèrent que très tard à battre monnaie pour leur propre compte.^ De tous les Scandinaves de Suede^ il est évident que ceux de la côte orientale étaient aussi ceux qui entretenaient les relations les plus fréquentes avec la Eussie, et les trouvailles de monnaies arabes sur cette côte en sont un témoignage irréfutable; il est d'autant plus concluant, que les trouvailles se sont surtout accumulées précisément dans la province où florissait dans l'antiquité la célèbre ville de commerce suédoise de Birka.^ Le Danemark (spécialement la ville de Schleswig)^ fut, lui aussi, de très bonne heure le point de départ d'un commerce maritime actif avec la Russie.^ Les vaisseaux relâchaient en route, tantôt à Jumne, célèbre ville de commerce, en Poméranie, tantôt à l'île de Bomholm;^ et les fouilles exécutées dans ces localités ont mis au jour beaucoup d'argent arabe. ^ Mais, qu'ils vinssent de la Suède ou des divers points plus éloignés de la côte de la Baltique, ou de plus loin encore, de la mer du Nord, tous les navires marchands qui faisaient voile vers la Russie s'arrêtaient à l'île de GMhland; déjà, aux temps du paganisme, bien avant l'époque
* Sur les relations amicales entre la vège n*eut de monnaies propres que dans Suède et la Russie pendant les deux la première moitié du X» siècle: Holmpremiers siècles de la Russie, voyez Kunik, boe, De prisea re moneUnria Norvegiae, Die Berufung der schtcedisehen Rodsen duristian. 1864, p. 8.
n, 131 et 88. ' Ledebur, op. cit p. 24 et s.
' Rafii, Antiquités russes, IX, 119; I, ^ Adam. Brem. dans Pertz, SS. VU,
' C'est Weinhold, AÜnordisehes Leben, ^ ''Affirmant Dani, longitudinem hujus
p. 103, qui indique ces objets d^exportation. ponti (sinus baltid) seepe a pluribus ex-
* Le premier roi de Danemark qui pertam, secundo flatu per mensem aliquos frappa de la monnaie fut Snénon Tyfi^e- a Dania pervenisse in Ostrogard Ruzzîœ." skeg (barbe fourchue), yers Tan 1000; en ,Adam. Brem. loc. cit 372.
Suède ce fût Olaf SchosskOnig (mort 1024). * Adam. Brem. p. 812, 873.
Voy. Weinhold, op. cit. p. 120. La Nor- " Ledebur, op. cît„ p. 64 et ss., 75 et s.
64 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.
de la plu grande prospérité de la ville de Visby, les habitants de l'île avaient su tirer parti de leur henreose situation géographique; on reconnaît quel devait être le développement de leurs relations à l'ouest et à l'esté en voyant les masses d'argent anglo-saxon, allemand et arabe que mettent au jour les fouilles exécutées dans 111e. ^
De ce qui précède il ressort d'une manière indubitable qne le Nord Scandinave et russe a, pendant longtemps, entretenu des relations, soit directes soit indirectes, avec les parties de l'Asie placées sous la domination des Arabes; reste à savoir si les produits de l'Orient pénétraient en Europe par cette voie. On ne pourrait répondre par l'afBrmative qu'en formulant les plus expresses réserves. Les quantités surprenantes d'argent arabe qui sont restées en Eussie et dans les provinces Baltiques et qui, sorties des mains arabes, n'y sont point retournées, tendraient à prouver qu'en somme les peuples du Nord achetaient aux Arabes beaucoup moins qu'ils ne leur vendaient' Les Arabes même qui remontaient le Volga faisaient le voyage surtout pour se procurer les fourrures du Nord, si appréciées chez eux, ou l'ambre de la Baltique. Apportaient-ils en échange beaucoup de produits naturels ou fisibriqués de leur pays? la est la question. A cette époque, au nord de l'Europe, les habitudes de la vie étaient d'une simplicité telle qu'ils n'avaient guère de diances de trouver à placer le principal article de leur commerce, les épices: quant au vêtement, les Busses Scandinaves que connut Ibn-Fosshm chez les Bulgares ne recherchaient guère les bijoux que pour leurs femmes, et ils payaient volontiers un dirhem pour une perle de verre vert, mais, d'après ce qu'on peut conclure de la relation dlbn-Fosslan, c'est le seul article qu'ils achetaient* Les chaînes d'or ou d'argent que les femmes russes portaient au cou, en nombre plus ou moins grand selon leur fortune, étaient de fisibrication indigène; Ibn-Fosslan le dit positivement Les brocarts d'or qu'il vit chez les Busses et chez les Bulgares du Yolga^ venaient de l'empire grec; nous aurons bientôt à parler de ce pays au point de vue des articles de luxe que les peuples du Nord pouvaient en tirer et en recevaient effectivement Ainsi donc, au rapport d'Ibn- Fosslan^ ils ne semble pas que les Busses aient acheté beaucoup de marchandises arabes, ni pour eux-mêmes, ni pour les importer chez leurs
1 Bonnel, Russiaeh-Uvländische Ckro- Ion, p. 80 et s.; Sawe^ew, dans les Er-
noiogiê, OommmUar, p. S4; Worsate, Da- mana Arekiv, VI, p. 101, et antres. nmnarka Vcrxêa, trad. aUenu p. Bertelsen, ' Fraehn, Ibn-FMalan^ p. 5.
p. 64; Hildebraiid, Dos heidnische Zeü- * Fmhn, Ibn-Fos^an, p. 13—15; et
alter in Sehueden, trad. allem, p. Mestorf, Mém. de VAead. de St. Pétera, série VI.
p. 181 et SB. Scienees politiques, I (1882) p. 541, 569.
' OetteremaïqneestcertamementTraie; elle a d^ été fiûte par FrsBbn, Ibn-Foes-
//. — De r apparition de Mahomet auar croisades, 65
ooDgénëres les Scandinaves. H serait cependant intéressant de rechercher si les fouilles que l'on a exécutées, et que l'on exécute eacore chaque jour dans le Noi*d, n'amèneraient pas à un autre résultat II est un fait: c'est que, souvent, à côté des monnaies arabes on a trouvé, enfouis dans la terre, des anneaux, des agrafes, des chaînes, des broches, et il est assez naturel d'attribuer à ces bijoux la même origine qu'aux monnaies. S'ils avaient des inscriptions arabes, la supposition deviendrait une certitude, mais ils n'en portent pas de trace: on n'en connaît qu'un exemple, celui d'une garniture de harnais, plaquée d'argent, trouvée dans le gouvernement de Jaroslaw, et ayant, sans doute, appartenu autrefois à un Bulgare du Volga, et sur laquelle Frsehn a pu lire deux mots arabes. ^ A défiaiut de ces inscriptions, on a insisté sur le haut degré d'habileté que révèlent les b^oux; l'industrie de l'Orient était, dit-on, seule assez avancée pour produire des objets aussi artistiques; l'industrie du Nord en eût été incapable. A notre avis, c'est une erreur; il ne faut pas déprécier ainsi l'art des anciens ouviiers en or et en argent des pays septentrionaux, toujours entretenu par la coutume, commune aux hommes et aux femmes, de porter des anneaux au cou, aux bras et aux doigts;' il existe dans les musées du Nord certains objets, marqués d'inscriptions runiques, dont l'origine, par conséquent, n'est pas douteuse, et qui prouvent des connaissances techniques déj& très avancées. Les connaisseurs modernes sont disposés à attribuer & des maîtres du Nord bon nombre d'objets que les amateurs d'autrefois classaient comme de provenance "indubitablement orientale.^^ Au reste, tous les objets dont le style dénote une importation étrangère ne sont pas pour cela d'origine arabe; il s'en trouve très fréquemment d'origine franque ou byzantine, surtout parmi les b^oux d'or. ^ Enfin il faut bien noter que les bijoux, prétendus orientaux se rencontrent souvent dans des fouilles où l'on trouve confondues ensemble des monnaies arabes, anglo-saxonnes, allemandes, grecques; il n'y a donc pas là d'indication sufSsante pour attribuer & ces objets une origine orientale. Mais, à supposer même que Ton trouvât fréquemment des bijoux à côté de pièces authentiquement arabes, ce fait n'établirait pas d'une manière nécessaire la conmiunauté d'origine, car le Scandinave pouvait avoir possédé & la fois de l'argent arabe et un bijou indigène, et les avoir confiés ensemble à la terre. Cependant un fait singulier, qui mérite d'être noté et ne peut pas être attribué au hasard, c'est que généralement, quand on trouve des bijoux (anneaux en tresse d'argent) & côté de pièces arabes
' Bulletin de VAcad. de St. Péiersb., * Worsaae, Op. cit., p. 67; Munch, Die
T. IX (184a) p. 319. nordisch-germanischen Völker, trad. Claus-
' Weinhold, Altnordisches Ijcben , pa^. sen, p. 265 et s. 184 et s. ^ Worsaae« p. 55 et s.
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aathentiqaes, ils sont da même métal, c'est à dire d'argent comme •elles. La conclusion à tii«r de cette remarque constante est qu'évidemment le mouvement commercial amenait parfois de l'Orient,^ en même terni» 4^® des monnaies d'argent, des bijoux d^argent, soit que ce fossent des marchandises, soit que ce tùi un autre mode de paiement usité; il doit y avoir quelque chose de fondé dans cette dernière supposition, car on trouve assez souvent ces bijoux réduits en morceaux, comme les monnaies) dans les allées et venues du commerce, l'objet entier devait souvent représenter une valeur plus grande que celle dont on avait besoin; en le divisant en morceaux, on créait des coupures. En résiuné, même en admettant que ces bijoux d'argent fiissent un article de commerce, il n'en reste pas moins acquis que les habitants de l'Europe septentrionale n'achetaient que très peu d'objets de provenance arabe.
Nous avons vu quelle était la nature du commerce entre les gens du Nord et les Arabes: nous pouvons fixer sa durée; les monnaies trouvées dans les fouilles nous renseignent suffisamment à cet égard. Jusqu'ici nous ne nous sommes occupés que de la période la plus brillante de ce commerce commencé vers l'an 900, et que nous ont si bien fait connaître deux témoins à peu près contemporains, Ibn-Fosslan et Maçoudi. Deux éléments contribuaient k cette prospérité. D'une part, les Arabes jouissaient paisiblement de leurs conquêtes, surtout dans la partie septentrionale de leur vaste empire, sur les bords de la mer Caspienne et partout où dominait la dynastie des Samanides: de là, ils s'élançaient vers le Nord, non plus en conquérants, mais en commerçants; Us remontaient le cours du Volga et trouvaient partout bon accueil, aussi bien chez les Ehâzares, nation tolérante et civilisée, établie à l'embouchure du fleuve, que chez les Bulgai'es, peuplades commerçantes et converties à l'islamisme, fixées vers la partie moyenne de son cours. D'autre part, les Scandinaves, nouvellement établis en Russie, trouvaient dans le même fleuve un instrument favorable à leur humeur guerrière et commerçante; ils en descendaient le cours, rendaient visite aux Bulgares et fondaient, dans l'intérêt de leur commerce, des entrepôts chez les Khazares: nous l'avons déjà vu. Au reste, les princes Ehâzares faisaient tout leur possible pour les empêcher de trafiquer tranquiUement avec les Arabes, maîtres des territoires situés au delà du Caucase et de la mer Caspienne. '
n ne faut pourtant pas croire que, Jusqu'alors, l'Orient n'eût jamais été en contact avec l'Europe septentrionale. Les pièces d'or arabes du
^ Wonaae, Op. eu., p. 56 et s.; Hilde- Khazares, dans Vambéry, Urtprung der brand, Op. eu., p. 127. Magyaren ^ p. 71.
* Voy. la lettre de Joseph, roi des