VI. La Pente-Arménie
ionmissaient da bois en abonâAnce,^ tandis que les plaines livraient à l'exportation du blé, du yin, des raisins secs.^ Enfin, les chevanx et les mulets d'Arménie étaient très-apprédés à l'étranger.^
n est très -probable que la Cilicie était déjà visitée par les marduinds ikiiens ayant d'être un royaume arménien: c'était une province grecque et les empereurs accordaient l'accès de l'empire aux républiques commerçantes d'Italie; cette autorisation devait s'étendre implicitement à la CUicie. Effectivement, un privilège accordé aux Vénitiens en 1082 désigne expressément, parmi les marchés qui leur sont ouverts, ceux de Mamistra, d'Adana et de Tarse.^ Cependant, k peine les Grecs avaient -ils évacué leurs dernières possessions dans la partie basse du pays et Léon II était-il maître incontesté de la côte, que ce dernier voyait arriver à sa cour des ambassadeurs génois et vénitiens en quête de ses bonnes grâces. Si les Européens étaient, en général, autorisés à compter sur un bon accueil de la part de Léon, les Génois y avaient droit avant tous les autres, car ils avaient secondé de tout leur pouvoir ses ambassadeurs en Occident (probablement à l'occasion des négociations nouées avec l'empereur et avec le pape). Léon ne leur fit pas attendre leur récompense. Dès l'arrivée de leur premier ambassadeur Ogerio di Pallo,^ au mois de mars 1201, <^ il accorda aux citoyens de Gênes l'exemption des droits de douane, péages et autres impôts dans toute l'étendue de ses états, outre des biens fonds et des terrains à bâtir des entrepôts et des tribunaux à Sis, sa résidence (sur un affluent septentrional du Djihan), à Mamistra (Mopsueste) et à Tarse; pour leurs besoins religieux, il leur céda la jouissance d'églises déjà existantes à Mamistra et à Tarse; ils devaient en construire une
^ PegoL p. 44; Inb. jur. II, 184; Annales et une charte du mois de dé-
Aboulf. Géogr. U, 2, p. 84. cembre lâOO, contenue dans le lAb. jur,
' Not, et «Or, XI, 117; PegoL p. 296. I, 462 et ss. Dans ce document, Fréd6-
' tfakrizi, L c; lÂb,jur, II, 184. rie II de Hohenstaufen (ou plutôt son
^ Taf. et Thom. I, 52, 118. tuteur) s'engage à payer à la Bôpublique
^ D'après MM. Saint-Martin ^^o^.e^eo^r. des dommages -intérêts et, précisément,
XI, p. 19) et Langlois (Trésor des chartes dans le passage, que nous discutons, il
de rArmêmef p. 108 et s.) Niccolo Doria est dit que Nice. Doria a rapporté dans
aurait précédé Pallo en Gilide et conclu sa patrie des sommes d'argent; or, il est
un autre traité, ou, tout au moins, arrêté bien impossible qu'au moment où elle
les préliminaires du traité de 1201 : pour nouait pour la première fois des relations
admettre cela, il faut faire violence au commerciales avec Léon H, Gênes ait en
texte des Annales Jamuenses, p. 118, afin à lui réclamer de l'argent Yoy. Canale,
d'y lire Ciliciam, quand tous les manuscrits Nuova istoria di Oenovoy I, 367; II, 644.
portent Siciliam: les deux éditeurs négligent ® Lib,jur, I, 468—470; Not et exir.
absolument de tenir compte de la relation XI, p. 19 et ss.; Langbis, Trésor, p. 105
étroite qui existe entre ce passage des et ss.
370 Deuxième période. — J. Fondation des colonies commerciale.
eux-mêmes à Sis: partout ils avaient le droit de juridiction snr leurs compatriotes. Aussitôt mis en possession, les Génois placèrent la colonie sous la direction d'un vicomte, comme celles de Syrie. Ce fut un vicomte, Ugone Ferrario, qui obtint, en 1215, le deuxième diplôme^ signé par Léon en faveur de ses compatriotes. Ce diplôme élargissait les biensfonds possédés par les Génois à Tarse, de manière à leur permettre de construire un four et un bain et d'y adjoindre un jardin , mais il établissait une restriction à la franchise de droits. H y avait, dans le royaume, quatre barons dont Léon n'avait pas pu obtenir la renondatim aux taies levées par eux sur les marchands génois de passage sur leur territoire; il se trouvait donc obligé de faire patienter les Génois en leur promettant qu'au cas assez problématique où l'un ou l'autre de ces territoires viendrait k faire retour au roi, ils y entreraient aussitôt eu possession des mêmes immunités que dans toutes les autres parties du pays placées sous sa dépendance directe. Ces barons étai^t Othon de Tabaria, Adam, seigneur de Gaston, Yahram de £orykos, maréchal du royaume, et Léon, seigneur de Gaban. En dépit de leur haute situation à la cour d'Arménie et du rôle aâsez important joué par eux dans l'histoire, ces personnages nous intéressent peu,^ mais il en est tout autrement de leurs fieiSs, car leur situation nous sert de jalons pour tracer les routes suivies par les marchands génois. Le nom de Tabaria, comme nom de famille, est originaire du lac de Tibériade en Palestine; on ignore la situation du fief d'Othon de Tabaria, c'est r^rettable; Dulaurier pense que le château et la douane de ce baron se trouvaient au col de Goulek-Boghaz, par où se fedsait la communication entre k Cilicie et le sultanat d'Iconium, mais ce n'est qu'une supposition et il ne peut en fournir de preuve positive.^ Pour les trois autres, au contraire, on peut en indiquer l'emplacement sur la carte; C'est d'abord la ville de Korykos, située à une distance de cinquante milles seulement^ de l'île de Chypre et particulièrement bien placée pour le trafic à destination du sultanat d'Iconium.^ C'était, à ce qu'il semble, le port préféré des Génois. Le château du sire de Gaston (Gastim) commandait le col de Beïlan, à quatre milles d'Antioche;^ si les Génois avaient k traverser
^ Lib. jwr. I, 574-- 576; Langlois, ' Mos-Latarie, Des reiaiùms de PAne
TrésoTy p. 196 et ss. mrnmre avec flfe de Gkypre: BtbHodL
* Sur ce sujet, voyez Dulaurier, dans de r école des chartes, S® série, I, 808.
le Beeueü des hist. des crois,, Doc. armén, * Wilbr. ab Oldenb. p. 174; hmoc Dl
I, p. IxxxiT et 88. epist lib. n, n^ 259, lib. Xn, n"* 46;
' Ibid, p. xcv. En 1198, cette forte- Qesta bmoc. m, p. 72; Baynald, Annal
resse était gardée par un baron arménien eeeUes. ad an. 1205, et la note de
nommé Sempad, ibid, p. 687. Contin. de GuilL de Tyr, dans le Bec
*■ Oesta Ricardily éd. Stabbs, II, 194. p. 186 et note; Documents armêmkns.
YL La Petäe-Armenie. 371'
son territoire, c'est qu'ils fréqnentaient la grande route qui, partant d'Antioche, descendait vers le golfe d'Alexandrette par le mont Âmanus et, de là, menait et mène encore k M opsueste et à Âdana. Ekifin, on lit dans le document en question que le sire de Gktban levait tribut sur les marchands au passage du Djihan.^ Gaban était une forteresse située dans la montagne, au nord-ouest de Maracli, sur un afSuent septentrional du Cjihan;^ le territoire du seigneur de ce nom s'étendait, comme on le voit, jusqu'au Djihan même ; si les marchands génois y payaient un droit de passage, c'est qu'ils visitaient les frontières septentrionales de l'Arménie.
Six mois environ après Ogerio de Pallo, arrivait en Arménie un ambassadeur de Venise, Jacopo Badoaro, envoyé avec pleins pouvoirs par le doge Enrico Dandolo; il obtint des concessions à peu près analogues à celles que fusait aux Génois le diplôme de 1201, mais beaucoup plus restreintes. Ce diplôme est daté du mois de décembre 1201:^ il ne concédait aux Vénitiens qu'une église, un entrepôt et un terrain pour la construction d'une maison commune (damusX 1^ tout situé à Mamistra: ils ne recevaient rien à Sis ni à Tarse. Leurs marchands avaient, d'ailleurs, la permission de trafiquer en liberté dans tout le royaume et de passer dans les pays voisins, pourvu que l'Arménie fEkt en paix avec eux. Les droits de douane n'étaient exigés que des Vénitiens fixés en Orient (en Syrie), à leur passage k Portella; les autres en étaient exemptés, sauf pour les matières d'or et d'argent importées dans le pays pour les &ire convertir en. monnaie. Dans ce diplôme de Léon n, il n'est pas question de l'institution d'un consul ou baile vénitien en Arménie; on n'en trouve pas trace non plus dans le diplôme signé par Héthoum au mois de mars 1245:^ c'est le second en date, et, sur les points principaux, il n'est que la reproduction du premier. D'après les dispositions du diplôme de 1201, lorsqu'un Vénitien venait à mourir, si aucun de ses compatriotes ne s'était trouvé là pour recueillir ses dernières volontés, sa fortune devait rester déposée entre les mains de
I, éd. Dulanrier, dans le même Rectml, * Samt-Martin, /. e. I, 202, 402; Da-
p. 171 et s., not laurier, l, e. p. zxy et s., 168 et s., 483)
^ Le document s'exprime comme il 518; Bitter, Kleinasien, U, 36, 103, 167.
suit: ''exeepto passagio, quod dominus ' Ärehiv. stör, ital,, App. IX, p. 861
Leo de Cabban habet in flumine Jahan.** —864; Taf. et Thom. I, 881 et ss.; Lan-
A la place de Djihan on trouve dans cer- glois, /. e. p. 109.
tains auteurs arabes et arméniens la forme ^ Archiv, stor., l e. p. 865 et ss.; Taf.
Jahan ou DJahan: voy. Quatremère, Ifo- et Thom. U, 426 et ss.; Langlois, p. 148
knxi, L c. p. 260: Saint-Martin, Mémoires et ss. C'est à tort que MM. Taf. et Thom.
mr r Arménie, I, 184: on lit encore Jo- ont mis la date 1246 au lieu de 1245; roy.
hau, dans Langlois, Drésor, p. 119, et dans la remarque de Langlois, p. 145. le Contin. de Guill. de T^, p. 208.
372 Deuxième période. — L Fondation des colonies commerciales.
Parchevêque de Sis jusqu'à ce que le doge de Venise ou le baile d'Acre (ceci est ajouté psir le diplôme de 1245) en eût disposé. Il est évident que cette disposition eût été superflue si les Vénitiens avaient eu sur place un consul ou un baile. Ni dans l'un ni dans l'autre diplôme, il n'est parlé non plus d'un magistrat vénitien chargé de régler les contestations entre Vénitiens: il n'est jamais question que de l'intervention d'autres Vénitiens appelés comme abritres, au cas où ils auraient assisté k la conclusion du marché cause du litige; à défaut de témoins, le jugement de l'afifaire devait être remis à l'archevêque de Sis qui joignait à ses fonctions ecclésiastiques celles de chancelier et de grand-juge.^ Si les établissements des Vénitiens étaient alors moins vastes que ceux des Génois, leur trafic était déjà fort étendu. Le texte des deux diplômes de 1201 et de 1245 présuppose qu'ils visitaiait, en dehors de l'Arménie, tous les pays voisins, chrétiens et musulmans. Parmi ces derniers figurait assurément le sultanat d'Iconium, car, depuis le commencement du XŒ* siècle, Venise était liée avec les souverains de cet état par des traités faits pour favoriser le développement des relations commerciales entre les deux pays.
Au reste, l'Arménie n'avait pas encore, pour les Occidentaux, au point de vue du commerce, l'importance qu'elle eut plus tard. De même que pour l'île de Chypre, on ne voyait en elle qu'une dépendance des états croisés de Syrie; mais elle s'éleva avant Chypre au-dessus de ce rôle secondaire, gagna de jour en jour de l'importance, et finit par devenir une des principales stations du commerce du Levant L'origine de cet accroissement d'importance de date il est vrai, de vingt ou trente années avant la chute d'Acre, mais^-eUe est liée à des circonstances qu'il ne nous est pas encore possible dé développer icL D'ailleurs, une autre considération nous force à nous arrêter ici: nous entrons dont une autre période: depuis que la principauté d'Antioche et, avec elle, le boulevard septentrional des états croisés étaient retombés aux mains des Musulmans (1268), l'Arménie avait cessé d'être leur voisine et était réduite à ses propres forces.