VIII. VÉgypte
par la voie diplomatique pendant son séjom* en Syrie, nous en oonnaissons les lignes principales, mais le texte même du traité n'est pas arrivé jusqu'à nous. H devait renfermer des clauses relatives au commeroe, cela ne peut guère faire l'objet d'un doute, car, d'une part Frédéric s'intéressait en général à la prospérité du commerce de son empire et, d'autre part un historien, un peu postérieur il est vrai, Makrizi,^ rapporte que, dès l'ouverture des négociations, l'empereur réclama l'exemption entière de droits pour ses sujets ä Alexandrie et ä Bosette, mais qu'il essuya un refus. Gela suffit pour démontrer que les questions commerciales furent discutées: ce qui nous manque, c'est le résultat final de la discussion. Cependant, il n'est pas impossible de reconstituer, an moins par voie de conjectures, cette partie du traité. Voici comment: en 1290, des ambassadeurs d'Alphonse, roi d'Aragon, se basant sur une convention intervenue entre Frédéric n et Mélik el Kamil, travaillèrent à la conclusion d'un traité de paix et d'amitié analogue, entre leur maîtare et le sultan Kelavoun alors régnant: on leur remit à cet effet une copie de la convention dont la minute était déposée à la chancellerie d'état égyptienne.^ Nous en possédons le texte;' la question est de savoir jusqu'à quel point il reproduit le modèle. D'une époque à l'autre, la situation avait changé; de là, naturellement, des suppressions d'un côté, des additions d'un autre; les clauses relatives au commerce étaient encore les moins exposées à subir des changements. Nous voyons, par exemple, dans le traité de 1290, que le roi d'Aragon autorise ses sujets et les autres Francs à exporter en Egypte du bois, des armes,^
' Michand-Beinaud, Bädioth. des eroi- l. e^ 420 (cf. cependant p. cxiv.), Hiiiilard-
sadesy IV, 4d0. Bréholles, HisL dipl, Frid, U, inirod. p.
' Ce fait est rapporté daiu la bio- ccclyi et s. et Schimnacher, Friedrich Ù, graphie inédite de Kelavoun, diaprés la m, 197: en effet, comme le prouve Wintraduction d'Aman (La guerra del vespro kelmann, Acia imp. ined. aae, XUI, p. 653, sieilianoy S« éd., Fir. 1S76, Doc. XXXI, 661 et s., de Amicis ne peut pas avoir T. n, p. 832 et ss.; et, du même: BUd, été envoyé en Egypte, en qualité d'amarab, sie., trad. I, 548 et ss.), qui, dans bassadeur, avant la fin de Tannée 1241; cette partie diffère considérablement de par conséquent ce n'est plus Mélik el Kala traduction précédemment donnée par de nul qu'il trouva sur le trône, mais son Sacy. (Magasin eneyehpédique de MiUin, fils Almélik-Assalib-NecUm-Eddin-Eyoub. T^ann., 1801, n, 146 et ss.) Ce point ' Amari, L c.; Silv. de Sacy, /. 0.; d'histoire est donc passablement obscur, Wilken, Gesch. der Sremx., Vu, sttppL, mais il n'en ressort pas moins qu'un p. 17 et ss.
traité conclu au temps de Mélik el Kamil ^ Aman avait traduit autrefois Tes-
devait fournir les bases de la nouveUe pression arabe bOâdh par le mot Papier;
convention. C'est positif, mais il ne dans la dernière édition de la Ouerra del
peut pas être question ici d'un traité vespro sie,, I, oziii et s«, II, 342 et s.,
conclu au nom de Frédéric II par Boger not, et dans sa BiM, arab. eic., tnd. I,
de Amicis, comme le veulent M. Amari, 562, U lui attribue le sens de acier ou
408 Deuxième période. — 7. Fondation des colonies commerciales.
du fer, et pennet que, dans les actes passés en pays mnsolman entre individus dépendant de sa conronne et marchands mnsolmans, on se conforme aux prescriptions de la loi musulmane (art 11 et 13); il est certain qu'étant donné le caractère connu de Frédéric n, ces dispositions peuvent être empruntées à son traité. Dans le traité entre TAragon et l'Egypte, il n'est pas question d'abaissement ou de suppression des droits de douane; au contraire, il est entendu qu'à l'arrivée et au départ ou même seulement à leur passage dans les vUles d'Alexandrie, Damiette et autres localités situées sur la frontière de l'Islam, les marchands aragonais auront à payei* intégralement les droits imposés, conforménient aux tarifs récemment fixés par l'administration des douanes (art 18). D'après ce que nous savons, Frédéric n s'était également heurté à une résistance absolue, quand il avait voulu faire exempter ses sujets des droits de douane à leur arrivée en Egypte; il ne pandt donc pas qu'il ait obtenu d'allégements matériels. H est néanmoins certain que l'intimité des relations entretenues par lui jusqu'à sa mort avec Mélik el Eamil d'abord, puis avec ses fils et successeurs, fut utile à ses sujets, et qu'ils trouvaient en Egypte bon accueil et bons traitements;^ l'empereur lui-même se mêlait personnellement de commerce et il en profita pour son propre compte. De Sicile, il expédiait en Egypte des vaisseaux à lui; l'un d'eux aborda à Alexandrie en 1142 ou 1143; il portait on chargement d'huile, de vin, de fromage, de miel et d'une quantité d'autres articles; il se nommait ''Le demi monde^ et il excita l'étonnement par ses vastes dimensions et son nombreux équipage qui ne comptait pas moins de 300 hommes.^ L'intimité entre les deux souverains aurait, s'il faut en croire les chroniqueurs, été poussée si loin, que Frédéric put prendre un intérêt dans le commerce des sultans dans linde et envoyer des agents jusque dans ces régions, par terre et par mer. La source à laquelle nons empruntons ce détail^ n'est pas toujours absolument sûre, surtout lorsqu'il s'agit de pays lointains: on sait d'ailleurs combien peu les sultans étaient disposés à faciliter aux Occidentaux l'accès de l'Inde: il est donc permis d'élever quelques doutes sur ce point; ce n'était peutêtre qu'un bruit auquel avaient donné lieu les cadeaux offerts par le
armes: Toyez Qayangos, notes à Véd. de lemonseau qui renferme ce détail se trouve
Al-Makkari, I, 898 et s. dans Amari, Bibliotheca araho-sieukh p.
^ Pour les preuves, voy. HuiUard-Bré- 826; il est reproduit en italien, dans la
hoUes, /. e. itUrocL, p. oodv, not 2, cccliz, traduction du même auteur, I, 5S8, et
oodzi, ccdxvi; Baynaldi Ann. eed. a. a. commenté dans les autres ouvrages du
1S44, n? 19; Michaud-Beinaud, Biblioth. même écrivain; Dipl, arab., p. xiüi, et
des erois,, IV, 448; Bœhricht, Beitr. »ur SUma dei Mustdm, di Sieüia, TEL, 651. Oesi^ d. Kremx., I, 60 et s., 84 et s. ' Matth. Paris, Ghron. mai,, ^* Luazd
* Eistoiredespairiarekesd*AlexancHe: (SS. rer. brit), V, 217.
nu. L Egypte. 409
Sultan à l'empereur; cependant, parmi les objets précieux venus des Indes, il s'en trouvait de ITémen, de la Perse, de la Mésopotamie, de la Syrie et de l'Egypte; c'est Makrizi qui nous l'apprend.^
Frédéric n avait prouvé par ses actes les sentiments amicaux qu'il nourrissait à l'égard des Sarrasins; après lui, ses successeurs Manfred et Conradin marchèrent dans la même voie:' c'était un indice de l'apaisement qui se fidsait en Occident: les sultans ne s'y trompèrent pas; de là, sans doute, le changement &vorable qui se produisit dans leur attitude et dans l'accueil réservé par eux aux marchands occidentaux. L'enthousiasme qui jadis animait les premiers croisés jeta son dernier édat pendant les croisades menées par S. Louis, roi de France. La première (1249) fut dirigée contre l'Egypte; n'ayant pas de flotte à lui, le roi dut nolïser des vaisseaux à Gênes et à Marseille.^ Damiette lui ouvrit ses poiiies; les Sarrasins, terrifiés à la vue de sa puissante armée, l'avaient abandonnée sans résistance. Ce ne fut qu'un succès éphémère; en pénétrant dans l'intérieur du pays, les croisés se virent bientôt réduite à la dernière extrémité, le roi lui-même tomba en captivité. Pour recouvrer sa liberté, il dut rendre Damiette et passer en Syrie (1260). Cette fois encore, la remise de la ville aux Musulmans provoqua une explosion de colères chez les Vénitiens, les Génois et les Pisans: ce fut au point qu'ils allèrent, dit-on, jusqu'à traiter en ennemis les chevaliers français.^
Vingt ans après, S. Louis entreprit une deuxième croisade. Cette fois, pour avoir des vaisseaux, il s'adressa d'abord à Venise. Nous possédons encore le document dans lequel le doge expose ses conditions, n exige, entre autres choses, dans le pays à conquérir, l'exemption de tous les droite pour le commerce, des quartiers avec église, bain et four, l'usage des poids et mesures vénitiens etc^ Mais il semble que les Vénitiens préféraient encore ce qu'ils tenaient à ce que l'avenir pouvait leur promettre. Bs ne tenaient pas à encourir la colère du sultan et la perte de leurs biens & Alexandrie et ils ne s'en cachèrent pas aux ambassadeurs du roi de France.^ Peut-être posèrent -ils intentionellement des exigences inacceptables; ce qui est certain, c'est que les négociations n'aboutirent pas. Les ambassadeurs de S. Louis
^ Citation par Ajnari, Storia dei Mu- trat publié par ChampoUion-Figeae dans
8ulm, di Sicü., m, 039. ses Documents hdetoriquea inédits (OoU.
' Wilken, Geseh, der Ereuxx., Vu, des doc. inid.), I, 606—609. 480 et s., 628. * Matth. Paris, l c, V, 207.
' Voyez, pour ce qui oonceme les vais- ' IhiiùiemeyHistarùelVancoirumscrijh
seaux génois , les renseignements donnés tores. Y, 486—487. par les Ann(ü, Jan., p. 220, 224, 227; * Bref du pape Clément IV, dansMar-
pour ceux de Marseille, le texte du con- tène et Durand, 17ms. aneed., II, 628 et s.
410 Deuxième période. — /. Fùndation des colonies commerciales,
se transportèrent à Gênes et y trouvèrent de meilleurs conditions. ^ n est probable, que le roi conclut un arrangement analogue avec Marseille.^ On sait qu'il eut la malheureuse idée de commencer la campagne par une diversion sur Tunis et qu'A trouva la mort sous les murs de cette place. Au moment où la croisade allait commencer, une ambassade du sultan d'Egypte se trouvait à Qênes;' cependant, rien ne prouve que la diversion ait été provoquée par les Génois, dans le but de détourner l'orage de la tête du sultan; loin de là: ils avaient fourni à l'expédition un contingent de plus de 10,000 hommes et c'est dans leurs rangs qu'on blâma le plus hautement le changement de direction imprimé aux opérations.^
La dernière croisade fat la dernière menace contre FÉgyptc. Chacune de ces expéditions y avait mis les colonies commerçantes dans une situation plus ou moins pénible. Mais ce n'étaient que des orages passagers, suivis de longues périodes de calme et de beau temps. A l'approche des flottes croisées, le sultan faisait surveiller étroitement les étrangers, parfois même il s'assurait de leurs personnes; mais, le danger passé, les marchands jouissaient de nouveau de leur liberté de mouvements et le commerce reprenait son cours. Parfois, nous l'avons vu par l'exemple de Venise pendant les préparatife ou bien au cours d'une croisade, certaines villes commerçantes inteiTompaient leur trafic avec l'Egypte: mais, la plupart du temps, il se continuait sans entraves et ces temps d'arrêt n'empêchaient par les sujets des colonies franques de remplir leurs magasins, sûrs qu'ils étaient de retrouver l'écoulement de leurs marchandises aussitôt que la mer serait redevenue Ubre.
Pour bien connaître les conditions d'existence normales du commerce et des colonies occidentales en Egypte, on ne saurait mieux faire que d'étudier les diplômes des sultans. C'est Venise qui possède la collection la plus nombreuse de ce genre de pièces et les plus complètes. Il n'est donc que juste de commencer par cette ville l'exposé des droits et des propriétés des nations commerçantes en Egypte pendant le XIII* siècle. Les principales concessions accordées aux Vénitiens sur le sol de l'Egypte sont énumérées dans les diplômes des sultans Almélik-Ala-
^ Les contrats de nolis (Pacta nau- Canale, Nuova istoria délia repubbliea di
iorum) contiennent les détails les plus Genom, II, 599 et ss. et, ponr la rectifi-
intéressants sur les constructions navales cation de la date, adopté par Jal (1968
de Tépoque: ils ont été publiés par Jal, au lieu de 1948), 1. c, p. 67, les Arekiv.
Doe. hist ined,y l. c, l, 507—604, U, dee mise, seientif., 2« série, m, SOO.
50 et ss., etBelgrano, DoeumenH inediti ' Jal, /. c, p. 613, 609 — 614.
riguardanti le due crœiate di 8. Lodovieo ' Annal. Jan,, p. 964.
rediFraneia (Qenova 1859); voy. encore ^ Ibid. p. 967, 968. & ce siget Annal. Jan., p. 964 et ss.;
VIIL L'Egypte. 411
dfl I«,i Almélik-AladU H,» AlméUk-AssaUh-Nedjmeddm-Eyoub« et Almélik-Almoaizz-Izzedin-Eibek.^ Nous savons déjà qu'ils possédaient à Alexandrie, depuis le commencement du siècle, deux fondaci dont l'entretien était à la charge de la douane, c'est-à dire du gouvernement égyptien, et qui servaient à la fois à l'habitation des marchands et à l'emmagasinement des marchandises: ils avaient de plus une église dédiée à S. Michel et un bain réservé exclusivement à leur usage. On avait monté dans l'un des fondad une boulangerie d'où ils tiraient leur pain. Le vin était interdit sur tout le territoire musulman, mais il était permis d'en introduire et d'en vendre dans l'intérieur des deux fondaci. L'autorité avait, d'ailleurs, toutes soi-tes d'égards pour le bien-être des marchands dans les fondaci; c'est ainsi que, sur la simple demande de la République de Venise, on s'empressa de transférer ailleurs un marché aux poissons qui se tenait d'habitude dans l'un d'eux: les fonctionnaires vénitiens fixaient les heures d'ouvei*ture et de fermeture; mais ils étaient tenus de se conformer à l'usage et de les faire fermer le vendredi pendant les heures de prière des Musulmans: cette disposition avait sans doute pour objet d'éviter les froissements entre les diverses religions. Chacun des fondaci avait son administrateur ou directeur (funcUcarius) : la colonie entière était administrée par un constd auquel étaient affectés trois serviteurs. Tous ces fonctionnaires étaient exempts de l'impôt de la capitation,^ même si leur séjour en Egypte datait de plusieurs années. Dix fois par an, les consuls des nations commerçantes étaient reçus en audience^ par le sultan et, à cette occasion, ils étaient autorisés à exposer verbalement leurs désirs ou leurs réclamations. D'ailleurs, en vertu des traités, tout Vénitien avait le droit de porter plainte directement au sultan ou d'en charger son consul qui, dans ce cas, adressait au sultan un mémoire écrit C'était également au consul qu'il appartenait
* Taf. et Thom., H, 184—193. A la comme exemple de langage, dans Ro-
p. 192, les éditeurs contestent à tort la manin, m, 899.
possibilité de la réunion des deux noms ^ Lettres de 1254 et de 1268, dans
Bubeker Machometo; le sultan portait ef- Taf. et Thom., Il, 483 et ss. fectivement les noms d^Abou-Bekr et de ^ ZUta, Taf. et Thom., H, 486, de
Mahomet; voy. Hammer, Litt. Oesch. der Tarabe Djaliah: voy. Hammer, Laender-
Araber, VU, 60 not et le document pisan Verwaltung tmter dem Chaltfat, p. 189;
dans Amari, p. 267 (et la note de la p. Quatremère, Makrixi, U, 1, p. 182. 492). Pour la chronologie, voy. plus haut * H en était du moins ainsi sous Al-
' Diplôme de 1288, dans Taf. et Thom., mélik Aladil P', d'après Bicc. de S. Ger-
n, 886 et ss. et dans Marin, VI, 337 et ss., mano, dans Pertz, SS. XIX, 886. Le nom
IV, 268et88. (les dates 1268 et 1262 doivent de Saphadinus attribué à ce prince dans
être rectifiés: c'est 1288 qu'on doit adopter), cette relation et dans quelques autres, est
' Diplôme de 1244, dans Taf. et TÎiom., une altération de son surnom Seif-ed«din,
n, 416 et ss.; on en trouve une partie Vépée de la foi.
412 Deuorteme période. — L Fondation des colonies commerciales.
de recueillir l'avoir des si^ets vénitiens décédés; cependant, les traités ne jettent que peu de lumière sur tout ce qui concerne leurs fonctions administratives; cela est tout naturel: de même, il n'est nulle part question des conseillers qui leur étaient adjoints. On devine i certaines expi*essions qu'il y avait des consuls dans d'autres villes qu'Alexandrie, mais aucune n'est désignée par son nom. Les ambassadeurs de la République avaient émis, dans l'intérêt spécial du trafic, une série de vœux auxquels les décrète des sultans donnèrent satis&ction dans la mesure du possible; ainsi, les capitaines de navires vénitiens étaient autorisés à faire opérer le chargement et le déchargement, à l'arrivée et an départ, par des hommes de peine à eux. Les Vénitiens étaient autorisés à entretenir à la douane un commis chargé de la déclaration et de la surveillance des marchandises pendant tout le temps qu'elles restaient dans les magasins de la douane. Certaines taxes odieuses, teUes que le droit de vérification ou de gardiennage des marchandises au bureau de douane^ et autres, introduites abusivement par les agente des douanes ou les drogmans faisant fonctions de courtiers, furent supprimées. Les perles, les pierres précieuses et les fourrures fines furent entièrement exemptées de droits. Les Vénitiens devaient être libres de vendre à qui ils l'entendaient et s'ils voulaient remporter les marchandises non vendues, il était inteitUt de les imposer; défense était faite de les contraindre à vendre n'importe quelles marchandises ou à garder celles qui, après achat, seraient reconnues falsifiées. Bref, toutes les ordonnances du gouvemem^t égyptien respirent un parti-pris de bienveillance envers les Vénitiens. Tandis que ceux-ci arrivaient i se faire admettre au nombre des nations privilégiées, les Pisans se maintenaient dans leur ancienne situation. En 1207, sous le sultan Âlmélik-AIadil, le même qui avait accordé aux Vénitiens le plus ancien privilège qui soit parvenu à notre connaissance, ils lui envoyèrent un ambassadeur nommé Marzucco dei Teperti, avec mission de conclure un nouveau traité. Leurs demandes portaient sui* les pointe suivante:^ maintien des Pisans en possession de leur fondaco, de l'église de S. Nicolas et de leura bains'; les réparations du fondaco et de l'église aux frais du sultan ; droit pour les Pisans de faire usage de leurs poids; interdiction de toute surtaxe
^ Ces deux taxes sont désignées par rardo Gortevecchia : Amari, p. 280 et s.
deux mots formés de Tarabe, cuifum et M. Fanucci, U, 68 et ss. a attribué une
aisum: Taf. et Thom., Il, 186, 188, 880, fausse date & ces instructions: IL Bonai-
484; voy. l'explication qu'en donne Amari, ni a d^& relevé cette erreur dans ks
Dipl. arab., p. 468 et s., 470. notes de l'ouvrage de Rondoni, p. 468,
* Instructions données à Marzucco par et, récemment encore M. Aman, p. 465
Tarchevôque Ubaldo (occupa le ûége épis- a rétabli la vérité d'une manière encore
copal de 1175 à 1208) et le podestat Ge- plus précise.
rill. nÊgypte. 413
sur leurs marc andises; exemption entière pour l'or et l'argent Ces demandes furent accordées ou tout au moins les plus' importantes/ c'est ce que nous fait conniutre la lettre de convoi remise à Marzucco à son retour; un diplôme contemporain, signé par Almélik-Aladil, assure aux Pisans, entre autres choses, le maintien du tarif des douanes au taux usité jusqu'à ce jour.' Le même sultan reçut encore un deuxième ambassadeur pisan, nommé Banuccio di Benedetto Yemaccia: ses letti-es de créance, signées par l'archevêque Lothaii'e et le podestat Ubaldo Visconti, sont datées du 29 mars 1215.' H est bien permis de supposer que le diplôme de 1215 nous présente les résultats de cette mission.^ .Almélik- Aladil y donne l'ordre de mettre en liberté sans rangon certains Pisans qu'il avait &it enlever dans leur église^ et réduit en esclavage; il garantit aux Pisans la liberté d'aller et de venir et la sécurité personnelle, la conservation de leui*s biens en ôas de naufrage, la possession de leur fondaco, de leur église, afiectée à leur sépulture en même temps qu'au service rdigieux, et de leur bain. Les droits sur les marchandises générales sont fixés à 16 7o; ^^ ^'or et l'argent ä 10%; les vivres et le vin importés pour leur consommation personnelle sont exempts. Ils sont autorisés à entretenir & la douane un commis, à l'église un prêtre et un sacristain, qui, tous trois, seront exempts d'impôts. Enfin, pour toute violation des traités commise par un bas fonctionnaire égyptien, le recours leur est ouvert auprès du gouverneur d'Alexandrie et, au besoin, auprès du sultan en personne. Ce diplôme renferme les derniers privilèges accordés aux Pisans par les sultans: la liste de ces documents, est courte et se termine par conséquent en 1215. Mais les statuts de la commune de Pise nous renseignent sur les temps postérieurs et démontrent indubitablement que cette République conserva ses consuls et ses fondaci dans les ports d'Egypte pendant toute la période des croisades et au delà. H est particulièrement intéressant de parcourir, à ce point de vue, le Brève Pisani communis de 1286.^ Deux passages
^ Pour For et l'argent, voy. plus loin, ment fauBse, car Aladil mourut en Tan
le diplôme de 1215. 615 de Thégire (1218): M. Amari la recti^p
' Âmari, p. 282, 283. avec raison et lui substitue Tan 612. Le
^ On en trouve le texte latin et la même écrivain p. 288 et s., publie égaletraduction arabe dans Amari, p. 81 et s. ment un autre diplôme tout à fSEut analogue, et 284. M. Tronci âdt mention de cette am- mais d'une époque inconnue: on ne peut basaade à Tannée 1216. Ici encore M. Fa- faire à ce sujet que de pures suppositions, nucci, n, 280 et s. est dans une erreur ' Probablement à l'occasion de l'arresabsolue en ce qui touche & la chronologie, tation générale des marchands occidentaux,
* On trouve une vieille traduction ita- signalée plus haut, d'après Amari, p. Iv.
lienne de ce traité dans Pagnini, U, 198 * Bonaini, SkUuH Pisani inediHf I,
—201 et dans Amari, 285—287; la date, 65--640. an 622 de l'hégire (1225) est nécessaire-
414 Deuxième période. — J. Fondation des colonies commerciales.
du premier livre indiquent les conditions requises pour le choix des consuls d'Alexandrie et de Damiette, la durée de leurs fonctions et quelques dispositions spéciales à leur usage. Citons, par exemple, l'interdiction de tolérer la vente du vin dans les fondaci pisans;^ Tinterdiction, sous peine d'une forte amende, de déclarer comme sujets pisans pour les faire jouir des privilèges accordés à leurs compatriotes, des marchands étrangers à la Bépublique. Enfin, les statuts communaux nous apprennent au moins le nom d'un consul: Bemarduccius Maacha; son nom est cité à propos d'une boulangerie qu'il avait £a.it installer pour ses compatriotes, mais il n'est accompagné d'aucune date.^
Sur les relations de Oênes avec l'Egypte, les éclaircissements fournis par les sources, sont également fort incomplets. Gênes avait ses consuls à Alexandrie et même ils fonctionnaient parfois, à ce qu'il semble, deux à deux. Ce détail nous est donné par un passage des Annales génoises relatif à un événement qui se passa pourtant loin de l'Egypte. En 1204, nous l'avons déjà vu, l'aventurier génois Alamanno de Costa expulsa les Pisans de Syracuse où ils étaient installés en maîtres depuis peu de temps: parmi les membres de cette expédition se trouvaient des consuls génois qui, ayant terminé leur temps à Alexandrie rentraient dans leur patrie.^ Ceci demande quelques explications. Alamanno était parti de l'île de Crète, où certains de ses compatriotes qui se trouvaient là de passage, venant de Syrie et d'Alexandrie, s'étaient joints à lui C'étaient très-probablement des consuls qui rentraient des colonies et ce .furent eux qui, agissant en leur qualité de représentants des autorités génoises, l'installèrent avec le titre de comte dans la ville conquise. Les expressions de l'annaliste indiquent qu'il y avait là deux couples de consuls, venant tous deux "*? Alexandria'' à savoir: d'une part Lambertus Fomarius et Belmustus Lercarius, de l'autre Ogerius de Insulis et Belmustus Lercarius le jeune. Faut-il admettre que ces quatre consuls avaient été simultanément en fonctions à Alexandrie, et revenaient tous ensemble à Gênes? c'est bien difficile: faut-il croire que l'un des couples revenait d'Alexandrie et se rencontra sous les murs de Syracuse avec l'autre couple qui, lui, se rendait à son poste pour le remplacer? ce serait déjà plus vraisemblable, mais il n'était pas d'usage que des consuls coloniaux abandonnassent leur poste avant l'arrivée de leurs successeurs et, d'ailleurs, dans l'histoire de l'expédition de Syracuse, on ne voit point que l'escadre d'Alemanno ait été rejointe , par un vaisseau
^ Bonani, op. dt I, 883. Depuis le gueur que jamais: c'est sans doute la cause
règ^e de Bibara, les prohibitions relatives de rinterdiction en question, à Tusage du vin chez les musulmans a- * lind. m, 395 et s.
valent être renouvelées avec plus de ri- ' Annal. Jan., p. Idl et s.
VIIL VÊgypte. 415
yena de Gênes. M. Canale cherche à résoudre le problème^ en supposant que le premier couple seul venait d'Alexandrie et que le second aurait été à Alexandrette: il faudrait donc admettre la possibilité qu'il y eût alors des consuls occidentaux à Alexandrette, ce qui est bien difficile, étant donné l'état d'abandon de la ville à cette époqua Mais voici quelque chose de plus positif: c'est le traité conclu, en lâ03, par les consuls Lamberto Fomari et Belmnsto Lercari avec le prince d'Antioche' Le premier couple de consuls ne venait donc pas d'Alexandrie, mais de Syrie où ils avaient fonctionné pendant l'année précédente. C'est uniquement par suite d'un lapsus calami échappé à l'auteur ou au copiste, que le mots "de Alexandria" reparaissent deux fois dans le passage; il fendrait rétablir à la suite des noms des deux premiers consuls les mots ''de Syria^, et il reste de cette discussion que les consuls revenant d'Alexandrie étaient Ogerius de Insulis et Behnustus Lercarius le jeûna
En dehors de ce qui précède, nous en sommes réduits à quelques mots glanés de ci de là, tantôt à propos d'un vaisseau, tantôt ä propos d'ambassadeurs dont un chroniqueur signale le départ de Gênes pour Alexandiîe, mais sans ajouter sur le but et le résultat de cette mission des indications de nature à nous satisfaire.^ C'est seulement vers la fin du Xm® siècle, qu'un jour plus net commence à se fidre sur les relations de la république génoise avec les sultans d'Egypte, grâce à un document de l'année 1290: c'est le texte d'un traité de paix et de commerce conclu entre les deux puissances, dans le but de mettre fin à une série de représailles mutueUes. En 1287, un vaisseau marchand, portant une riche cargaison et appartenant à la maison génoise Spinolino Spinola et consorts, faisait escale à Alexandrie à son retour de Syrie: le sultan Kelavoun avait f&it saisir le bâtiment, mettre en lieu de sûreté l'équipage et la cargaison et n'avait consenti à s'en dessaisir que contre une forte rançon. Par contre, en 1289, le capitaine génois Benedetto Zaccaria,
^ Nuova istoria dii Qtnova, U, ;828. ambassadeurs de Gênes qui rapportèreM
' Canale, L e., Il, 810; cf. Olivieri, deux charges de Sarasina (imitation des
Carte e Oranaehey p. 69. étoffes d^Orient), six gerfauts et un grand
' Annal, Jan., a. a. 1200, 1906, 1281 chien; ils arrivèrent au Caire avec des
—1288, p. 118, 128, 11?-— 181; dans le envoyés de Rodolphe deHapsbonrg (Bur-
premier de ces passages seulement il est chardus de Monte Sion) et de l'empereur
dit que l'ambassadeur devait demander Andronic l'ancien; leur projet était sans
au sultan la délivrance des prisonniers doute de chercher k inspirer an sultan des
génois mais qu'il échoua dans cette partie dispositions pacifiques à l'égard des chré-
de sa mission. Voyez encore Makriati, éd. tiens de Syrie; voyez Earabacek, Une ami»
Quatremère, I, 1, p. 91, not 216; I, 2, hoMode de BoMphe de Blapsbourg en
p. 127; U, 1, p. 81 (aux années 1288, É^nfP^ (tirage k part de la Oesterr. Mo-
1276, 1286); enfin Canale, L e,, II, 827 natsséhrift für dm OrierU, 1879). et s. Makrizi signale, à l'année 1286, deux
416 Deuxième période. — 7. Fandaiion des colonies commerciales.
agfissant de concert avec le consul de Gaflh, Paolino Doria, enleva, près de la côte de l'Asie -Mineure, à hauteur de Candelore, un vaisseau égyptien cliargé de sucre, de poivre et de lin: c'était une sorte de représaille pour la prise de Tripoli, tombée au pouvoir du sultan au mois d'avril de la même année. Comme presque toujours en pareil cas, le sultan furieux fit retomber le poids de sa colère sur les marchands génois dont il se trouvait précisément en ce moment un grand nombre à Alexandrie; tout ceux qui n'eurent pas vent de la chose et ne purent pas fbir à temps fhrent jetés en prison. Sur ces entrefiiites, un certain Béranger Panzano (?) avait eu l'audace d'aller attaquer la ville de Tinëh (à l'ouest de Faramah): le gouvernement génois se hâta de désavouer Zaccaria et Panzano et de déclarer que ce n'étaient que des corsaires qui refusaient d'obéir à ses ordres et couraient les mers k leurs risques et périls. Alberto Spinola ftit expédié en ambassade auprès du sultan (déc. 1289); il ramenait les passagers du vaisseau saisi par Zaccaria et rapportait leurs marchandises ou leur valeur en argent: après les formalités de la remise, il jura solennellement que la restitution était complète et exprima le désir de conclure un traité de paix avec le sultan. Kelavoun se fit prier longtemps, mais comme, en somme, il eût été bien fâché de perdre les bénéfices que rapportait au pays le trafic avec Gênes, il finit par se laisser fléchir.^ Les négociations aboutirent au traité du 13 mai 1290^ qui M signé au nom de la République de Gênes par Alberto Spinola, au nom du sultan et de son fils par le viceroi (Nalb) d'Egypte Hossam-eddin-Torontaï (Osemedinus)^^ et au quel
^ Ce qui précède est un résomé de la dactiou et oommentaires. Les textes latiiis
rélatioii donnée par les AnnaL Jan., p. se trouyent dans le Liber juriumy n, 243
817, 824 et du récit du biofi^raphe de Ke- —248; avant sa publication ils avaient
layoun; voy. la note ci dessous. été déjà communiqués, avec moins d'exac-
' Le traité se compose, en réalité, de titude, ü est vrai, par Silvestre de Sacy
quatre parties: les concessions accordées (ibid. p. 84—41) et Cibracrio, Eeotiomia
fit le sultan; la formule du serment par polüiea del meddo evo, â® édit, p. 400 et s.
lequel le Naïb Torontaï en jure Tobser- On trouve des extraits de ce traité dans
vation; les engagements pris par Spinola Serra, Sioria dêW antiea lAguria e di
et, enfin, son serment. Le livre des Chartes Oenova, lY, 162 et ss. et dans Depping,
de la vUle de Qènea donne les parties 1, 2 Biet, du commerce entre le Levant et
et 8 en latin, et encore il manque la fin l'Europe, H, 119—128; ce dernier a eu
de la troisième, tandis que le biographe le tort de parler de deux traités conclus
anonyme de Kelavoun, arrivé à ce point, Tun avec Almansor, Tun avec Kelavoun,
a reproduit en langue arabe les parties carAlmansor et Kelavoun ne sont qu'un seul
8 et 4, la troisième intégralement SU- et même personnage (Oanale,iVtMM»i8<oHa
vestre de Sacy d'abord (Not. et eactr., XI, di Cfenota, m, 184—190) en a donné une
41—62) et, depuis lui, Aman (Atti déua estimable traduction avec oommentaires.
Società Ligure, Y, 606 — 614 et sappL) ' Il occupa ce poste de 1279 à 1290;
ont publié ces textes arabes avec txa- Makrizi, n, 1, p« 6, 110, 118.
VIIL L'ÊgypU, 417
assistèrent comme témoins les deux consuls génois Boni&zio (?) et Baflfb, et quelques marchands et dignitaires ecclésiastiques choisis parmi les chrétiens d'Egypte. L'ambassadeur garantit sous serment qu'à l'avenir, les citoyens génois respecteraient en tous lieux les personnes et les biens des sujets du sultan et s'abstiendraient de s'en prendre à l'un quelconque d'entre eux du mal commis par un tiers. De son côté, le sultan donna toutes les assurances capables de satisfaire les vœux exprimés par l'ambassadeur au sujet du traitement et de la situation des marchands génois en Egypte. Si nous commençons l'examen du traité par ce qui concerne la colonie génoise d'Alexandrie, nous voyons qu'il ne contient pas une garantie formelle de la propriété du fondaco, mais il la sous-entend, car il stipule l'exemption de droits pour le fromage et autres objets de consommation destinés à ses habitants. La possession de l'église de Notre Dame est, au contraire, garantie aux Génois, mais sous la condition qu'il n'y sera fait aucune réparation, quand même elle viendrait à tomber en ruines.^ Les limites de la juridiction des consuls génois et de l'émir (mû, mUm) chef de la douane sont fixées comme d'ordinaire, en ce sens que le demandeur doit soumetti*e sa cause aux juges naturels du défendeur. Chaque consul génois est autorisé à s'adresser directement au sultan lorsqu'il aura à porter plainte au nom d'un de ses nationaux et à requérir l'escorte d'un cawas de l'émir, soit pour lui-même, soit pour la personne qu'il enverrait dans ce but au Caire. A la douane, les marchands génois auront la jouissance de magasins vastes et en bon état d'entretien, dont les clefe resteront entre leurs mains; les marchandises entreposées dans ces locaux seront confiées à la garde des douaniers, sous leur responsabilité. Un commis entretenu par les Génois tiendra un registre où seront inscrits d'une part le montant des droits dus par les marchands génois à la douane, de l'autre, les sommes dues par la douane (les marchands vendaient souvent directement à l'administration). Si, au moment de son départ, un génois est encore débiteur de la douane, celle-ci devra accepter soit la caution du commis génois, soit une acception d'un sujet sarrasin sur lequel l'individu en question aurait une ci*éance. Pour toute vente faite par un Génois à un Sarrasin, si elle a été faite régulièrement par devant témoins par l'un des courtiers ou des drogmans de la douane, l'administration sera garante du paiement Un Génois ne peut être contraint de vendre; il aura toujours le droit de remporter sans frais une marchandise non -vendue; de même, aucun fonctionnaire ou grand personnage du pays ne peut obliger un Génois à acheter. Le traité que nous analysons i-enferme une foule d'articles
^ «Tadopte sur ce point, d^aooord avec lieu de niai) si dimierit.*' Silvestre de Sacy, la lecture: "nec (au
418 Deuxième période. — I. Fandation des colonies commerciales.
relati& à la fixation des droits de douane, dont le taux variait suivant une échelle établie d'après la classification des marchandises. Les fourrures fines et les pierres précieuses sont exemptes: les camelote, les soieries, la soie, les étoffes connues sous le nom de cendal et de samit, les draps de toute couleur, les draperies de Beims, les fils d'or, les bois de construction payeront 10%; tous les articles qui doivent être pesés à la douane sont soumis à un droit de 12%; pour For et l'argent monnayés ainsi que pour l'argent non monnayé, le droit est d'un peu plus de 4%; pour l'or en barre, il dépasse 6%.^ Tout Génois ayant de l'or ou de l'argent en barres, pourra le faire frapper pour son compte à la Monnaie du sultan, à Alexandrie, contre paiement d'une certaine taxe:^ cet argent n'est soumis à aucun droit de douane s'il est expédié d'Alexandrie au Caire pour y fiedre des paiements.' Ceci démontre que les Génois ne restaient pas renfermés & Alexandrie, mais qu'ils se répandaient dans l'intérieur, où la capitale les attirait naturellement plus que les autres places. Il résulte du préambule du traité que tous les territoires placés sous la domination du sultan leur étaient ouverts: un autre passage prévoit le cas où un Génois viendrait à mourir dans une localité où il ne se trouverait ni consul de sa nation, ni même aucun de ses compatriotes: dans ce cas, les autorités égyptiennes devaient prendre son avoir en garde jusqu'à la décision du gouvernement génois.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que de la situation des trois principales villes commerçantes d'Italie en Egypte; mais elles n'étaient pas seules à exploiter un terrain si fructueux. En dépit des efforts de Venise pour barrer la route aux autres villes de l'Adriatique, elle ne pouvait empêcher Baguse et Ancône d'envoyer leurs vaisseaux jusqu'en EJgypte. Trois traités à peu prés identiques, conclus entre Baguse et Venise pendant les années 1233, 1236 et 1262, peuvent nous donner un aperçu des
' La somme à payer était, suivant le cam'S monnaie (en arabe sicca, à proprecas, de quatre et six besants, plus un ap- ment parler, le poinçon à frapper la monpoint en petite monnaie, dont le chiffre naie). Les employés de la monnaie, à est écrit dans le manuscrit d^une façon qui les Génois devaient payer la taxe sont tout à fait illisible: les uns y trouvent: appelés ici "mesorii": suivant M"^ le prof, ch. XVI et ch. XII, les autres: m. XVI Fleischer, qui a eu Tamabilité de nous et m. XII: les premiers traduisent Tabré- communiquer ce renseignement, ce mot viation par ^'charatos^, les seconds par correspond à Tarabe ^'massara'*, presse, ^'miliarenses*': on comptait S4 charati et que nous avons déjà rencontré à propos 48 migliaresi ponr un besant; voy. Uzzano, de la fieibrication du sucre. p. 111, 113. ' ''Portent dictos darenos ad impli-
' A la place du mot "ceram", qui est candum apud Garum (le Caire):" cf. in
absolument dénué de sens, il faut lire civitate Cari, dans Taf. et Thom., U, 489. dans l'original "cecam", c'est à dire "zeo-