‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 45 sur 49 · VIII. rÉgypte · texte numérisé non relu

VIII. rÉgypte

pays qae fréquentait dès lors la marine ra^^usane: à côté des noms de la fiomanie, de la Barbarie, de Tunis, de la Syrie, nous y lisons aussi celui de l'Egypte:^ les vaisseaux ragusans rapportaient à Venise des produits de tous ces pays et les traités en question ont précisément pour objet la fixation des droits à percevoir sur ces articles. On pourrait, il est vrai, nous opposer certains documents dans lesquels des citoyens de Baguse prennent vis-à-vis du doge de Venise l'engagement de ne pas aller en Egypte;* mais il ne faut pas s'y tromper; ces pièces datent des années qui précédèrent la croisade de Frédéric n, c'est à dire d'une époque où le voyage d'Egypte était interdit aux citoyens de Venise eux-mêmes. Sur la côte italienne de l'Adriatique, Ancone était alors dans tout son éclat; nous avons vu déjà que ses bourgeois étaient en relations avec la Syrie et qu'ils y avaient même un établissement permanent; ils trafiquaient aussi avec l'Egypte. Boncompagni, faisant la description du siège de la ville, en 1174, par Christian, archevêque de Mayence,' énumère ses défenseurs et note qu'un grand nombre de bourgeois étaient absents: ils se trouvaient en ce moment pour leurs affaires à Alexandrie, à Gonstantinople, ou encore sur d'autres points de l'empire byzantin. H est assez probable qu'il existait des traités entre les sultans d'Egypte et Ancône, car le pape Grégoire X semble y faire allusion dans une lettre adressée au sultan, en 1231, pour intercéder en faveur de marchands de cette ville: ces malheureux avaient été jetés dans les prisons d'Alexandrie et dépouillés de tout leur avoir: le pape dit que les Ancônitains étaient en droit de compter sur la protection du sultan.* Si d'Ancône on se dirige vers le Sud, on rencontre tout le long de la côte une série de ports dont la situation était particulièrement favorable au développement de leur trafic avec l'Egypte. Barletta, Trani, Bari, Brindisi avaient une population d'armateurs qui ne se bornaient assurément pas au transport des pèlerins et des croisés, mais s'occupaient aussi de celui des marchandises. Us mirent à profit les bons rapports de Frédéric n et du sultan pour multiplier leurs voyages en lÉ^iypte. C'est à cette époque qu'appartient le testament d'un citoyen de Trani qui habitait, à ce qu'il semble, ordinairement Brindisi: il y dispose de sommes d'argent et de marchandises confiées par lui à un vaisseau parti pour Alexandrie (1227).^ Les exemples de ce genre ne nous feraient certainement pas défaut si les documents d'origine privée de cette ca-

* Taf. et Thom., H, 811, 882, 468; * Mowum. Sla/v, merid,, I, 88; IH, 8Ö4.

Mcmum, apect. bist. alav. merid., I, 48, ' Muratori, SS. VI, 980.

55, 84 et 8. Le premier de ces traités * Baynaid, Annal, eeol,, a. a. 1281,

se trouve encore dans VArehiv. stor. it., v? 56.

App. IX, p. 886. A rapprocher, le passage ^ Davanzati, SuUa seconda moglie di

de Benjamin de Tudèle cité plus haut. Manfredi, p. xciv et ss.

420 Detixiènte période, — /. FonShtion des colonies cotnmerciales.

tégorie étaient moins rares. La mort ae Fi'édéric II et celle de Manfred ne rompirent pas les relations enti'e l'Italie méridionale et l'Egypte. Si, d'nne manière générale, Charles d'Anjou chercha à prendre le contre-pied des princes allemands, sur ce point il eut la sagesse de* suivre leur exemple; il rechercha l'amitié du sultan d'Egypte et n'oublia pas de stipuler en faveur de ses sujets la prolongation des privilèges dont ils avaient joui au temps de Frédéric.^

Les circonstances favorables aux marins d'Italie ne l'étaient pas moins à ceux de la Sicile:* ceux de Messine semblent en avoir particulièrement profité, ce qui est tout naturel, étant donnée la situation de cette ville sur la route directe de l'Egypte. C'était aussi une bonne occasion pour les habitants de Saleme et d'Amalfl; leurs relations avec l'Egypte étaient d'ancienne date déjà, et Amalfl les entretint autant que le lui permettaient ses forces déjà bien réduites.*

Nous avons énuméré à peu près complètement toutes les villes d'Italie qui entretenaient des relations commerciales avec l'Egypte, celles du moins pour lesquelles il existe des preuves ou de très-grandes probabilités. Passons au midi de la France: ici, nous trouvons d'abord Marseille: ses relations avec l'Egypte remontaient à une antiquité reculée; en les reprenant, elle ne fit que revenir à un ancien état de choses. Les statuts de la commune marseillaise au XIII® siècle nous montrent ce trafic en pleine activité ; il y est fréquemment question de marchandises apportées d'Alexandrie à Marseille par des marchands indigènes ou étrangers. Us nous apprennent de plus que, soit pendant le voyage, soit pendant leur séjour à Alexandrie, les Marseillais étaient toujours placés sous l'autorité de consuls de leur nation.* En 1272, un incident faillit arrêter brusquement ce trafic Des vaisseaux marseillais avaient capturé un bâtiment musulman qui ramenait de Crimée à la cour du sultan Bibars des ambassadeurs Tatars: les ambassadeui's euxmêmes avaient été réduits en captivité et menés à Acre avec le reste

^ Michand-Eeinaud, Bibliothèque des 'H existe encore, de Pannée 1259,

croisades f IV, 482 et b., 515; Wilken, un contrat passé entre un Amalfltain et

Qeseh. der Kreuxx., Vil, 420 et s., 528. un habitant de Ravello, localité situé sur

On trouve encore un témoignage de ce la hauteur qui domine Amalfi: il s'agit

fréquent échange d'ambassadeurs entre d'un voyage d'affaires à entreprendre en

les deux princes, dans Del Giudice, Cod, commun, à Alexandrie ou à Acre: Camera,

dipl. angiov.y p. 222 et s., not (Chartes Mem. di Amalfiy I, 435.

de 1269 et 1271) et dans Minieri Eicci, ^ Méry et Guindon, I, 829, 838; H,

n regno di Carlo I d^Angiô negli anni 205 et ss. Voyez aussi le contrat passé,

1271 e 1272, p. 13, 15, 75. en 1219, entre la vme de MarseiUe et le

' Benjamin de Tudèle les signale déjà comte Hugues de Empurias, dans Papon,

fréquentant le marché d'Alexandrie, au Hist. de la Provence, II, preutfes, n* XLL temps de la domination normande.

VIIL UÊgypte. 421

de l'équipage. Le sultan réclama immédiatement leur élargissement sous peine d'interdiction de son empire au commerce marseillais. Cette menace fit son effet: les ambassadeurs fuirent relaxés et les Marseillais demeurèrent libres de poursuivre leurs entreprises commerciales en Egypte.^ Montpellier avait aussi sa colonie de commerce à Alexandrie dès avant le milieu du XIII® siècle. A cette époque, les rois d'Aragon étaient seigneurs de Montpellier, et il semble que les colons à Alexandrie dussent leur reconnaître les mêmes droits de souveraineté que leurs compatriotes en France; il n'en fîit pourtant point toujours ainsi: par des raisons qui nous sont inconnues, les colons prétendirent s'a&anchir à leur égard des liens de l'obéissance: cela se passait au moment du séjour de Baimond de Gonchis en Egypte; or, nous trouvons ce même de Gonchis chargé de missions en Chypre et à Tripoli ^ en 1236 et en 1243; il est possible que son séjour en Egypte ait précédé ou suivi de près l'une de ces missions et que ce soit lui qui ait rendu compte à son retour des prétentions émises par les colons. Quoi qu'il en soit, par un décret spécial de l'an 1264, le roi Jayme P' déclara renoncer à la punition de cet acte de félonie.« H est certain d'ailleurs que le mouvement de révolte avait été éphémère. Les consuls coloniaux exerçaient leurs fonctions au nom du roi et en vertu d'une nomination émanant de l'autorité royale. En 1267, Jayme P' envoya à Alexandrie, avec un navire de commerce, deux bourgeois de Montpellier, Bernard de Molendinis (Molinis?) et Bernard de Piano, munis de ses pleins pouvoii-s. Non-seulement les sujets du roi embarqués sur le même bâtiment étaient soumis à leur autorité et à leui* juridiction pendant la durée de la traversée, à l'aller et au retour, mais encore ordre était donné à tous les marchands originaires de territoires dépendants de la maison d'Aragon, présents à Alexandrie, de se soumettre à leur autorité administrative et judiciaire. Les deux plénipotentiaires étaient autorisés à pourvoir à la location du fondaco et chargés d'installer dans la colonie, avant leur retour, un ou plusieurs consuls, investis au nom du roi de la juridiction civile et criminelle.* D semble que les gens de Montpellier établis à Alexandrie n'avaient pas un consulat et un fondaco particuliers, du moins tant que leur mère -patrie fiit soumise à la couronne d'Aragon, mais qu'ils partageaient consulat et fondaco avec les marchands originaires des provinces espagnoles de cette même couronne, et

* Michaud-Reinaud, Bihlioth, des crois.y ^ Germain, Hist. du commerce de MontrV, 630 et s.; Wilken, Oesch. d. Krewix., pellier, I, 253.

Vn, 608 et s. ^ Capmany, Memorias sobre la tnarina

* Méry et Guindon, I, 419 et s.; Ger- de Barcelona y IV, 6: on trouvera à la main, Hist. de la commune de MotUpeUierj suite, p. 7, Tordonnancement d^une somme n, 513. à toucher par ces deux personnages.

422 Deuxième période. — J. Fondation des colonies commerciales.

que les chefe de la colonie étaient choisis alternativement dans chacime des nationalités dont elle se composait

Si, en général, le commerce avec PÉgypte était licite pour les sujets du roi d'Aragon, il leur était cependant interdit de vendre aux Sarrasins soit des matériaux de constructions navales, soit des vaisseaux tout construits. Ce trafic fit l'objet d'un solennel avertissement adressé, en 1272, par le pape Grégoire X aux bourgeois de Montpellier: nous en avons déjà parlé. L'année précédente, il en avait déjà adressé un à peu près identique aux bourgeois de Narbonne.^ Ce fait indique que Narbonne entretenait aussi des relations avec l'Egypte dès l'époque des croisades. Au témoignage d'un géographe arabe contemporain,^ il existait un trafic entre l'Angleterre et Alexandrie par Narbonne: voici comment Tonte l'Aquitaine était alors au pouvoir des Anglais; or, l'Angleterre expédiait par mer jusqu'à Bordeaux des chargements d'étain et de cuivre; de Bordeaux, ces matièi'es remontaient la Garonne jusqu'à Toulouse, d'où elles étaient dirigées sûr Narbonne à dos de bétes de somme. Là, elles étaient de nouveau prises en charge par des vaisseaux "francs" qui les portaient à Alexandrie; ces vaisseaux "francs" appartenaient naturellement à la marine de Narbonne.'

Pour terminer ce sujet, ajoutons que, dans le nombre des marchands que Benjamin de Tudèle dit avoir vus à Alexandrie, il cite ceux ä^ Aragon; en réalité, ce qu'il entend désigner sous ce nom, c'est la Catalogne, réunie à l' Aragon depuis 1137, et, en particulier, sa capitale, Barcelone. Ces marchands catalans &isaient, la plupart du temps, le voyage d^ Alexandrie sur des vaisseaux indigènes, cela ne peut pas faire l'objet d'un doute. Dans la suite (1227), le roi Jayme I«' interdit même de charger sur des bâtiments étrangers les marchandises à destination d'Alexandrie ou de la Syrie, tant qu'il y aurait des vaisseaux disponibles dans le port de Barcelone.^ H est donc certain que la marine marchande de Barcelone faisait d'une manière habituelle la traversée d'Egypte.^ Au besoin, d'ailleurs, le code maritime connu sous

' Port, Histoire du commerce mari- ^ A propos des états croisés de Syrie,

lime de Narbonne, p. 128, 129: à rap- j*ai émis Tavis qu'il y avait lieu d'attri-

procher d'un pa8sag:e de Germain, Eist, buer au commerce qui se faisait entre la

du commerce de Montpellier, I, 266 ^et ss. Syrie et Barcelone la présence, sur ce

' Ibn-Saïd (mort en 1274), dté par dernier marché, de produits de TOrient

Aboulféda, Qéogr,, trad. Beinaud, n, 807. en quantités énormes; Capmany (I, 43

' Certains marchands de Narbonne, re- et ss.) Pattribue au commerce d*£igypte

venant d'Alexandrie avec des confrères de et je dois reconnaître pour ma part qu'une

Pise et de MarseiUe, tombent entre les grande partie des épices qui arrivaient à

mains d'un Génois (1291); Annal, Jan,, Barcelone devaient avoir passé par cette

p. 841. voie.

* Capmany, /. c, n, 11 et s.

VIIL LÊgfpte. 423

le nom de Ckmsidaâo dd mar serait là pour nous l'apprendre. On admet, ayec tonte apparence de raison, que ce code fiit entièrement rédigé à Barcelone; or, différents passages donnent à entendre que les marins de la nation à Tosage de laqudle il avait été composé connaissaient, pour les ayoir visitées, non-seulement l'Arménie et la Syrie (Acre) mais aussi Alexandrie.^ Ce trafic présentait un danger; c'est qu'il coiitribuait à fournir aux souverains de l'Egypte les moyens de consolider leur puissance militaire; pour y parer, Jayme P*^ publia, en 1274, une ordonnance spéciale par laquelle U prohibait l'exportation en Egypte des métaux, des bois de construction, des armes, des vaisseaux et des objets d'alimentation.' Cette mesure était purement préventive et nullement destinée à entraver le commerce d'£^;ypte; le mouvement des affidres &vec ce pays avait déjà pris im tel développement, qu'Alexandrie fut une des premières places d'outre -mer où Barcelone envoya un consul: en vertu d'une délation royale, ce consul fiit nommé par le conseil et les prud'hommes (probi homines) de la ville et envoyé à Alexandrie pour y prendre la direction de la colonie catalane, avec l'assistance de deux conseillers." Ce développement de la prospérité commerciale rentrait trop dans les vues politiques des rois d'Aragon pour n'être. point &vorisé par eux. Parents des Hohenstaufen, animés du même esprit, ils suivaient la même ligne de conduite amicale à l'égard des sultans d'Egypte. Déjà Jayme I^ avait échangé des témoignages d'amitié avec le sultan d'Egypte ^ probablement par l'intermédiaire de Manfred de Hohenstaufen, lié avec les deux souverains. Des questions commerciales à traiter fournirent à Pierre m, fils de Jayme, l'occasion de renouer ces relations.^ Mais le prince qui poussa le plus loin cette politique fut Alphonse lu d'Aragon; d'accord avec son frère Jacques, roi de Sicile,

' ConsîUado dd mar, Akûa Pardessus, Fivaller et qu*ü fat nommé en 1270;

CoUeetion des lois maritimesy H, 80, SOI. j'avoue que je ne puis rien déoouTrir de

Le nom d'Acre qui se trouve là (on sait semblable dans les documents en question:

qu'elle fut détruite en 1291) démontre cela n'empêche d'ailleurs pas Capmany

que le chapitre en question fut rédigé à (I, b, p. 47, 196) de désigner Guillelmi

l'époque des croisades. comme le plus ancien.

* Capmany, n, 86 et s. ^ Michaud-Reinaud. Budiùth, des ertns,,

* L'autorisation royale relative à la IV, 494, 616; Miedes (De vita et rebus nomination de consuls pour les ^'partes gestisJaeobH Valenc|i6SS, p. 809 et s.) Ultramarinas" (chartes de 1266 et 1268 parle de deux bourgeois de Barcelone, dans Capmany, n, 82—84) ne précède que grands voyageurs, comme d'ambassadeurs de très peu l'envoi de Petms Guillelmi du roi.

comme consul catalan à Alexandrie (1272), ^ Oapmany, I, 2« part, p. 48, ne donne

ihid, n, 866. Dans l'appendice de ce vo- malheureusement pas le document relatif

lume, p. 68, Capmany prétend que le à ce fidt. premier consul fut un certain Jayme de

424 Deuxième période. — J. Fondation des colonies commerciales.

il envojra an Caire une ambassade chargée de oonclare avec le sultan Eelavoan un traité d'alliance offensive et défensive; son but était d'obtenir, sinon des secours en hommes, tout an moins des subsides en argenti Le ti-aité fut effectivement conclu le 25 avril 1290. Wilken* n'en parle à tort que comme d'un traité de commerce, car la première place y appartient aux clauses d'intérêt purement politique. H renferme cependant aussi quelques articles relatifs au commerce. Ainsi, il y est stipulé, entre autres choses, que les droits d'entrée, de sortie et de transit usités jusqu'à ce jour seront maintenus pour les marchands originaires des territoires dépendants de la couronne d'Aragon, à Alexandrie, Damiette et autres villes frontières de l'Egypte; que, pour les ventes et les achats négociés entre les dits marchands et les marchands égyptiens en territoire égyptien, les formalités à suivre seront réglées par la loi musulmane; enfin, qu'Alphonse ne fera rien pour empêcher ses sujets ou autres Francs d'exporter en Egypte du fer, des armes, du bois et autres articles analogues.^ Comme, dans l'intervalle, Alphonse avait complètement changé sa ligne de conduite politique, il est douteux qu'il ait donné sa ratification à cette convention.^

Eelavoun mourut six mois après (10 nov. 1290), au milieu des préparatiâ du siège d'Acre: son fils AlmeUk-Alachraf acheva son entreprise. Cet événement ïnarque la fin de la période des croisades. H ne nous reste donc qu'à dire quelques mots de ce que, depuis trente ans qu'ils régnaient en Egypte, les suUans mamelouks avaient £ût pour le commerce. Leur élément était la guerre; le but de leurs efforts, l'affaiblissement des états croisés, leur écrasement s'il était possible; et comme de nouvelles armées pouvaient accourir à l'aide de la domination franque chancelante en Syrie, la protection assurée de leur pays contre leurs attaques. Si, parfois, ils consentaient à nouer des relations amicales avec quelques princes d'Occident, c'était un moyen de détourner du Ikiouvement des croisades une partie de la chrétienté et, accessoirement, de se tenir au courant de la situation politique de l'EMrope et des projets de ses princes. Les considérations commerciales ne venaient qu'en seconde ligne. Devant les mesures à prendre pour la défense de

' Jacques réclama effectivement des sub- c'est cette traduction française que Wilken

sides deux ans plus tard; nous reviendrons a retraduite en allemand fOesch, der

sur ce point. &remx., Vu, suppl,, 17—30). M. Amari a

• Oeaek, der Eremx., Vu, 713. collationné à plusieurs reprises ces tra-

" Ce traité se trouve dans la biog^ra- ductions avec l'original et a fini par donner

phie arabe du sultan Eelavoun: Silvestre de en italien la traduction la plus fidèle (La

Sacy l'a traduit le premier en français et guerra del veapro aiciliano, 8« édlt, Fi-

pubUé séparément ^JIfa^a«fnem^o£0péûft^ue renze, 1876, II, 332 et ss.). de Millin, 7« année, 1801, H, 146 et as.): * Amari, /. c, I, cxiii, 422.

VIIL L'Egypte. 436

l'Egypte contre les croisés, les intérêts da conuneroe n'avaient qa'à s'efiEàcer. C'est ainsi qne, pour parer anx dangers d'une invasion des Francs par l'embouchure du Nil, le sultan Bibars rétrécit et rendit impraticable aux vaisseaux de haut bord la branche de Damiette; peu lui importait que l'accès du fleuve fût ainsi fermé aux grands navires marchands! Au temps de Makrizi, c'est-à dire pendant la première moitié du XV® siècle, le fleuve était encore obstrué en cet endroit et les navires venant de la haute mer étaient obligés de déchaiger leur cargaison dans des barques. Le trafic commercial de Damiette se ressentit naturellement de cet état de choses. Déjà, U avait eu beaucoup à souffiîr du déplacement de la ville opéré en 1260. Auparavant, elle était facilement abordable du côté de la mer, de sorte qu'à deux reprises les croisés s'en étaient emparés et en avaient fait leur base d'opérations; pour leur ôter à l'avenir ce point d'appui, les Sarrasins la démolii'ent eux-mêmes et allèrent fonder une nouvelle Damiette sur les bords du fleuve, à deux lieues plus loin.^ Pour en revenir aux sultans mamelouks, il faudrait pourtant se garder de les accuser, même Bibars, le plus belliqueux de tous, d'une indifférence absolue pour les intérêts du commerce. Bibars, par exemple, veillait avec sollicitude sur les marchands qui parcouraient la Mer Bouge; les souverains des îles de Dahlak et de Souakim ayant Mt main basse sur les biens de marchands morts sui* leur territoire, il leur fit exprimer son mécontentement par un envoyé spécial:^ il supprima les droits sur les ventes qui constituaient une charge écrasante pour les habitants d'Alexandrie et, par cette mesure, facilita les échanges.^ Ce que nous venons de dire de Bibars s'applique bien mieux encore à Keiavaun. Celui-là certes suivait d'un œil attentif les progrès de la vie commerciale, qui conclut avec les Génois ce traité de commerce, si remarquable par les détails dans lesquels il entre et par le dessein visible d'aller au-devant des désirs des marchands étrangers, n semble que ce sultan se soit donné pour tâche d'attacher à son pays les nations conunerçantes de l'Occident; mais il ne négligeait pas pour cela celles de l'Orient En 1288, il fit rédiger par son secrétaire d'état des passe-ports que des marchands égyptiens furent chai^gés de répandre dans l'Yémen, dans l'Inde et l'Indo- Chine et jusqu'en Chine, pour servir à tous ceux des habitants de ces régions qui voudraient visiter l'Egypte et la Syrie.^ H est évident qu'on ne pouvait témoigner d'une manière

* Sur cette double opération, voyez Madden, lu, 113, 321; Wilken, Oeaeh.

Makrizi, Eist, des sua. maml, I, 1, p. 15, der Kreuxx., VI, 186; VII, 268 et a. 140; Aboulf. dans le Recueil des kist, des ' Makrizi, /. e., p. 231.

crois,, p. 130, 768; Michaud-Beinaud, Bi- ' Und, p. 221.

hlioih, des crois,, IV, 481; AnnaL. Jan,, * Id., H, 1, p. 97.

p. 227; Matth. Paris, Eist angl, éd.

486 Deuodème période. — J. Fondcdion des colonies commerciales.

plus frappante le désir d'attirer de plus en pins vers l'Egypte et la Syrie le commerce de ces pays lointains. Nons ignorons si cet appel eut tout le succès voulu, mais il parait bien que l'empire des sultans ^'^^STPto exerça sur les Orientaux une attraction à laquelle contribuaient son étendue, ses yastes ressources et la gloii-e militaire de ses souyerains. Nous en trouvons un exemple intéressant dans l'ambassade* du prince de Geylan qui arriva en Egypte au mois d'avril 1283. Ce prince avait reçu des offi^ d'alliance du souverain de l'Yémen, mais il préféra rechercher celle de Eélavoun et nouer avec son empire des relations commerciales. H envoya dans ce but un ambassadeur, et, comme la voie la plus courte passait en vue de l'Yémen, il lui fit faii*e un long détour par le golfe Persique et Bagdad. Désireux de donner au sultan une haute idée de sa puissance, il avait chargé son ambassadeur d'une lettre dans laquelle il énumérait complaisamment ses vaisseaux et ses éléphants, ses vingt -sept places fortes et ses nombreux trésors; puis, il exposait conune quoi son pays produisait en abondance les perles, les pierres précieuses, la mousseline et autres fines étoffes, le bois du Brésil, la cannelle; il affirmait que les Égyptiens trouveraient chez lui tous les articles qu'ils tiraient jusqu'alors du pays des Banians, c'est à dire de llnde; enfin, il exprimait le désir que le sultan établît un commissaire à Aden, la principale station intermédiaire ratre l'Egypte et Ceylan; sans doute, dans sa pensée, ce fonctionnaire devait donner l'impulsion au trafic entre les deux pays et le protéger en même temps.^ Cette lettre vient à l'appui de ce que nous avons dit, à savoir que les Égyptiens recevaient en général les produits de l'Orient par l'intermédiaire des Indiens. Nos recherches ne nous ont pas permis d'établir si la concurrence dont Ceylan les menaçait réussit à s'organiser et si elle eut du succès. Ce que nous voulons démontrer, c'est que, pendant sa période guerrière, l'Egypte reçut constamment la visite de marchands venus du fond de l'Orient, qu'elle-même y envoya toujours des marchands, et que par conséquent, les produits de l'Orient ne cessèrent jamais de s'entasser et de s'échanger sur ses marchés.

^ Qufttremère, Mém. géogr. et hdst, sur 1, p. 69 et s. l'Egypte, H, 984—286; lUkrizd, /. c, II,

II. Développement du commerce du Levant par suite de l'ouverture du continent asiatique.

(Depuis la fin du XIII« siède jusque vers la fin du XIV*.)

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