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442 Deuxième période. — IL Dévéhppement du commerce du Lemfd.
Or a déooayert réoemment une source prédeuse pour l'histoire de cette petite guerre. Ce sont les procès -verbaux d'une commission de trois juges instituée, en 1278, par le doge Ghiac Ciontarini, pour la constatation des pillages, dommages et sévices subis par des sujets Vénitiens de la part des Grecs et de leurs alliés au cours des dix années précédentes: du moins, on rencontre rarement des dates plus i-eculées; les plaintes des victimes, recueillies par la commission et confirmées par des témoins ou des fonctionnaires, devaient probablement composer un dossier destiné à être mis sous les yeux de l'empereur par des ambassadeurs, à l'appui d'une réclamation d'indemnités. Ces procès-verbaux sont du plus haut intérêt:^ à part quelques passages où il est question d'exactions commises par des agents de la douane ou de vexations subies par des commerçants en sel ou en céréales, ils ne présentent qu'une succession d'histoires de corsaires: ces corsaires, il ne faut point s'y tromper, étaient poussés à ce métier autant au moins par la haine nationale que par l'amour de la rapine, et ils donnaient la chasse aux vaisseaux vénitiens, pillaient les passagers, parfois même les maltraitaient et les dépouillaient de tout jusqu'à ne leur laisser que leur chemise. Pour aller seulement de Négrepont à la côte de Thessalie, d'Andros à Négrepont, le moindre bâtiment risquait de tomber entre leurs mains et d'y laisser tout son chargement, ne f&t-il composé que de fromages, de haricots ou de poissons. Les traversées plus longues exposaient naturellement le marin à des risques plus grands encore. Nous lisons les noms de grands navires marchands, la Bombiza et la Zonella (Gioella?), capturés dans l'Archipel à leur retour de Syrie avec un chai*gement de coton. > Parmi les noms des corsaires, nous en relevons un grand nombre qui dénotent une origine occidentale; ced se comprend aisément, si l'on songe à la quantite d'éléments occidentaux qui s'étaient mêlés à la nationalité grecque dès avant hi quatrième croisade et plus encore après, et au nombre d'Occidentaux qui servaient dans la marine impériale en qualité d'amiraux ou de capitaines de navires. Pour n'en citer qu'un exemple, nous voyons le Génois Andrea Gaffore figurer une fois comme simple corsaire, puis comme capitaine d'un vaisseau de guerre impérial, ou même comme commandant d'une flottille impériale forte de dix-huit bâtiments.' Toutes les fois qu'il se rencontre un de ces noms qui trahissent une origine occidentale ou qu'il est formellement accompagné de l'indication de la nationalité, pisane, génoise ou autre, le
* Taf. et Thom., m, 169—281. ■ Sur cet individu, voyez Hopf, Ur-
* Sanudo, htoria dû regno di Ro- künden und Zusätze xur Cftsehickie von mania, p. 182; Taf. et Thom., lU, 837, AndroefSiixungsberiehte der Wiener Akad^ 851. phü. hisL CL, XXI, 1856), p. 346 et s.
A. L Uempwe grec et les principautéa franques de Orèee. 443
rédacteur du procès -verbal ne manque pas d'qouter que l'individu en question est au service impérial, ou bien qu'il habite Rhodes, Thessalonique, Ania etc., ou encore que le vaisseau corsaire commandé par lui a été équipé dans tel ou tel port grec Cette précision de détails est évidemment calculée pour établir le droit de fiedre remonter jusqu'à l'empereur la responsabilité des dommages causés par les corsaires. Ceux d'origine grecque n'étaient guère moins nombreux que les autres, et les fonctionnaires impériaux n'avaient pas honte de les protéger; il s'en trouvait même qui Msaient mieux encore et qui armaient euxmêmes pour la course, comme par exemple les gouverneurs de Thasos, de Scopélos, de Cérigo, mais surtout celui de Khodes, un nommé Erivikiotès; celui-ci gardait longtemps les prisonniers vénitiens tombés entre ses mains, les accablait de coups, les astreignait aux travaux les plus pénibles, comme des criminels. Après les îles désignées plus haut, les refuges préférés des corsaires étaient les ües de Samothrace, de Zéa et de Samos, les ports de Malvoisie et de Thessalonique sur la côte européenne, et celui d'Ania sur la côte asiatique de l'ArchipeL C'était de Thessalonique que Jean Senserazon partait en course avec son équipage de corsaires: Ania abritait celui de Jean de lo Cavo, natif de Namflo, plus tard souverain de cette ile.^ Les noms de ces deux cheft de corsaires sont ceux qui reviennent le plus souvent, mais nous pourrions en citer environ quatre-vingt-dix autres, et à chaque nom correspond une liste plus ou moins longue de méfaits commis au détriment des Vénitiens. Outre ces écumeurs de mer, sortis des ports et des îles de la Grèce, tout un essaim de corsaires génois rôdaient autour de Négrepont, ne laissant à la colonie vénitienne ni trêve ni repos. Leurs hauts fedts sont résumés dans un mémoire rédigé par ordre de la Seigneurie et qui nous est parvenu sous le titre de: Dampna data per homines Jam^e Venetis habitatoribus Negrepotdis sub bajtdatu Victoria Délphyno (c. à. d. de 1273 à 1275).«
Les Génois et les Grecs auraient pu, à leur tour, établir une contreliste de corsaires vénitiens ou alliés des Vénitiens. Les seigneurs de Négrepont alliés de Venise et le baile vénitien lui-même' exécutaient en personne des coups de main sur les côtes de l'empire grec L'un d'eux entre autres, dirigé contre Ania, fut couronné d'un plein succès; on y fit un énorme butin de pierres précieuses, de perles, de matières d'or et d'argent et on en ramena une quantité de prisonniers. Les
^ Sanndo, dans Hopf, Œron. grico- ' Ropf, Oriechenkmd,op,eä^LXXXV,
romanes, p. 182; Hopf, Veneto-byxant, 810, not, 78. Analeeten, dans les SUxungsberiehie der ' Archiv, venet., XX, 81.
Wiener Âkad., phii. hist. Cl., XXXII, (1859), p. 500.
444 Deuxième période. — IL Déveioppement du commerce du Levant.
petites îles de rArchipel possédées par des seigneurs de famille vénitienne fournissaient anssi leur contingent de hardis corsaires qai s'aventuraient jusqu'en Arménie, en Chypre et au Kiptchak (Scitia).*
Cette petite guerre, incessamment entretenue des deux côtés, ruinait moralement et matériellement le pays et ses habitants. Pour comble de malheur, une foule de pirates de profession, accourus de tous les coins du ciel, profitaient du désordre général pour tuer et piller tout ce qu'ils pouvaient atteindre indistinctement. Il est vrai que s'ils trouvaient des rdFuges, notamment à Négrepont et à Nauplie, ils avaient des adversaires qui les pourchassaient énergiquement; à ce métier, les frères Manuele et Benedetto Zaccaria de Phocée déployaient une activité toute particulière, car il y allait de l'intérêt de leur conmierce d'alun de purger les mers des brigands qui les infestaient.'
On peut se figurer sans peine les pertes énormes que faisait subir un pareil fiéau au commerce en général, mais surtout à celui de Constantinople et de la mer Noire et aussi, par ricochet, à celui de l'Egypte, de l'Arménie, de la Syi'ie et de Chypre. Et ce n'était, à ce qu'il semble, que le prélude d'une guerre générale, dans laquelle on devait voir Venise combattre aux côtés de Charles d'Anjou, et Gênes aux côtés de Michel Paléologue. Les Vêpres Siciliennes et la mort de Michel prévinrent la catastrophe. Sous le règne A^Andronic II, il se produisit un certain apaisement des deux côtés. D'une part ce prince n'était rien moins que d'humeur belliqueuse; d'autre part, pendant les dix premières années de son règne, les nations commerçantes se tinrent assez tranquilles, bien que l'inégalité de traitement sur le territoire grec, cause première de leurs conflits, subsistât toujours. A cet égard, le nouvel empereur suivit exactement la voie tracée pai* son père; comme lui, il réserva toutes ses faveurs pour les Génois et ceux-ci, grâce à cette situation privilégiée, conservèrent leur prépondérance dans le Bosphore. Les documents nous font malheureusement défaut pour cette première partie du règne d'Andronic, de sorte qu'il nous est impossible de connaître par des témoignages certains les concessions nouvelles accordées par lui à cette nation. Sans doute, l'ambassade envoyée de Gênes en 1284 pouvait compter sur un accueil bienveillant, car elle amenait une marquise de Montferrat destinée à devenir l'épouse du jeune empereur r^ nous connaissons encore l'ambassade de Jacopo Doria en 1288 et celle de Nicolo di Palazzo en 1291,* mais les résidtats n'en sont point pai--
* Sanudo, dans Hopf, Ckron. gréco- ' Annal, Jan., p. 311.
romanes, p. 120, 127, 146 et s. * Canale, Nuova ütona délia repulh
' Ibid, p. 127, 146 et s. blica di Genava, m, 202.
A. L V empire grec et les principautés franques de Grèce. 446
venus à la postérité. Après de longues négociations ouvertes k Constantinople par Angelo Marcello et Marco Zeno et continuées à Venise par le Métropolite de Lesbos et Constantin Foscamalus, la paix fut enfin signée entre Andronic et Venise, en 1285. Les clauses du traité ne sont qu'une reproduction de celles du pacte de 1277, mais sa durée, fixée à dix années, le distingue avantageusement des courts armistices consentis par Michel Paléologue. Andronic voulut bien, à cette occasion, payer une indemnité de 24,000 hyperpres pour les préjudices causés aux Vénitiens par les corsaires grecs, et leurs alliés sous le règne de Michel,^ mais il lui eût été impossible d'accepter pour l'avenir la responsabilité des actes de piraterie commis à leur détriment dans les eaux grecques. En effet, par sa négligence il laissa la marine grecque déchoir à ce point que ses propres sujets étaient exposés sans défense aux attaqua des corsaires, et qu'on dut ordonner aux habitants des côtes de se retirer dans l'intérieur des terres pour éviter d'être enlevés.' On comprend que, dans un tel état de choses, les étrangei'S ne pouvaient compter que sur eux-mêmes.
n n'y avait pas dix ans qu'Andronic était sur le trône, quand Acre tomba au pouvoir du sultan d'Egypte et, avec elle, tout ce qui subsistait encore des états croisés en Syrie. Cette catastrophe barrait au midi la route du commerce du Levant, ou, tout au moins, lui enlevait toute sécurité de ce côté; ce M un coup d'autant plus sensible pour les Vénitiens que déjà, au nord, la prépondérance des Génois semait de difficultés la route de Constantinople et de la mer Noire. De là, nouvelle explosion de haines entre les Vénitiens et les Oénais,^ et le sol de l'empire grec Alt de nouveau le théâtre de scènes de meurtre et de pillage. L'année 1294 vit le commencement d'une longue guerre entre les deux puissances. Les débuts furent heureux pour les Génois: ils commencèrent par infliger une sanglante défaite à leurs ennemis à la bataille de Lajazzo, prirent d'assaut la Canée dans l'île de Crète, détruisirent une flotte marchande dans le port de Modon ;^ mais, après ces premiers succès, la fortune les abandonna et ce fiit le tour des Vénitiens. Leur amiral, Buggiero Morosini, surnommé Malabranca, ayant rencontré une flottille ennemie, lui donna la chasse dans le Bosphore jusqu'au détroit connu sous le nom d'Hiéron,^ puis, revenant sur Galata, il mit tout à feu et à sang sur son passage (1296). Le faubourg de Galata était encore inachevé; il n'avait point de murailles;^ ses habitants, Grecs et Génois,
^ Taf. et Thom., m, 8S2 et ss., 389 * Dandolo, p. 404 et s.
et 88. ' C'est le Lalgiro de Dandolo, p. 406.
* Pachym., n, 106. * Jacq. de Vorag., dans Mnrat, SS.
' Ibid. n, 232 et s. IX, 66; Nicôph. Greg., I, 134.
446 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant
s'étaient réfagiés à Oonstantinople avec leurs fiBtmilles et tout ce qui pouvait s'emporter et y attendaient l'ennemi de pied ferme; les habitants grecs de Oonstantinople avaient pris les armes, fermé leurs portes et fEuisaient bonne garde; pour empêcher les Vénitiens établis dans la ville de conspirer avec leurs compatriotes, Andronic les itvait tous fût enfermer.^ H tenait les ennemis des Génois, ses protégés, pour ses propres ennemis et, en ce qui concerne les Vénitiens, il y était d'autant plus autorisé que, dans la circonstance présente, ils venaient de violer une des dispositions les plus importantes du traité, celle qui interdisait à la fois aux Génois et à eux de vider leurs différends dans l'intérieur des détroits qui aboutissent à Oonstantinople.' Morosini commença par mettre le feu aux maisons abandonnées de Galata,® puis il retourna ses forces contre Oonstantinople, mais là, il rencontra une résistance vigoureuse qui lui fit juger prudent de battre en retraite. Sur son chemin, il s'empara encore par surprise de Foglia-^ecchia (Phocée) alors possédée par le £uneux Benedetto Zaccaria, frère de Manuele, mort en 1288; il en emporta les chaudières et autres ustensiles employés à la fabrication de l'alun.^ Morosini parti, Andronic mit le séquestre sur les biens des Vénitiens établis à Oonstantinople: il s'assui'ait par ce moyen un gage jusqu'à acquittement d'une indemnité de 80.000 hyperpres qu'il réclamait comme équivalent de la valeur des maisons incendiées à Galata.^ Quant aux Génois, ils assouvirent leur vengeance sur les colons vénitiens de Oonstantinople; à propos d'une altercation quelconque, il se ruèrent sur leurs adversaires, enlevèrent de vive force une tour où ils s'étaient réfugiés, précipitèrent du haut du toit leur baile (M. Bembo) et massacrèrent un grand nombre^ des plus notables d'entre eux. Les petites
* Les habitants grecs de Ck>n8tanti- *' Jacq.deVorag.,/. <;.; Dandolo, p.406. noide commirent, à cette occasion, an dé- Ce dernier parle d'une fabrication de satriment des Vénitiens, des vols pour une yon à Phocée; il fidt, sans doute, conyaleur de 7000 hyperpres: ce fiait ressort fusion.
des termes du traité de paix du 4 oct ' Pachymérès remarque avec raison
IdOâ — 7 Mars 1308. qu'en agissant ainsi Tempereur ne ÊEÛsait
' Taf. et Thom., m, 96, 141, 3S9, que procéder conformément aux traités, qui
846; Pachym., Il, S89. lui donnaient le droit d'indemniser les
* Cet incendie obligea les Génois de victimes aux dépens des agresseurs; voyez Péra réfugiés à Constantinople, d'y pro- les passages des traités cités plus haut, longer leur s^'our: ils avaient été recueil- * L'arménien Héthoum dit 66 (Bee. is dans le quartier des Blaquemes (voy. des hist. des crois,, dœ, annên,, I, 490); Paspati, Bi{. fulér.f p. fil5). AUi délia le continuateur de Jacq. deVoragine parle Soe, lig,, X, 498 (te passage de Jacq. à de 70 au moins (AUi délia Soe. lig., X, Voragine que nous avons dté ci -dessus 499).
est mieux rendu dans cet ouvrage que dans Murât, SS. IX, 66).
A, L U empire grec et les principautés franques de Grèce. 447
• gens en réchappèrent, mais le séjour de Constantinople ne leur paraissait plus assez sûr et ils préférèrent repartir pour Venise. Andronic^ supposant bien qu'on l'accuserait d'être l'instigateur de cette mutinerie, envoya une ambassade donner des explications à Venise, mais il n'en subsistait pas moins qu'un pareil attentat ayait pu se commettre impunément dans sa capitale, sous ses yeux, et la République avait bien le droit de s'en prendre à lui: comme le traité de 1286 était expiré, elle reftasa de le renouveler avant qu'on eût restitué les biens mis sous séquestre.^
En somme, quel résultat avaient obtenu les Vénitiens en attaquant les colonies génoises?^ Ils avaient porté à leurs rivaux des coups trèssensibles sur le moment, mais ils ne réussirent pas à les expulser définitivement d'aucune des stations occupées par eux: bien plus, les ruines qu'ils avaient faites se relevèrent sous leurs yeux et Ghalata, notanunent, rebâtie en peu de temps sur de plus vastes proportions, sembla avoir puisé dans son désastre une vigoureuse impulsion. Quant à eux personnellement, les terribles représailles des Génois achevèrent la ruine de leur colonie de Constantinople et ils se firent encore infliger une dé£Btite navale à hauteur de 111e de Curzola, dans la mer Adriatique (7 sept 1298).^ Enfin, grâce à la médiation de Matteo Visconti, seigneur de Milan, les deux républiques firent de nouveau la paix en 1299; chacune d'elles renonça aux indemnités auxquelles elle pouvait avoir droit: l'empereur ne fut point compris dans le traité; la prolongation de l'état de guerre enti^e lui et Venise y fht même formellement admise, car, à titre d'alliés de l'empereur et en vertu des anciens traités, les Génois se réservaient la faculté de contribuer à la défense de tout point du territoire grec qui viendrait à être attaqué par des Vénitiens, sans que cette coopération pût être relevée contre eux comme une violation de la paix.^ En effet, à cette époque, les Vénitiens étaient encore loin
^ D'après Dandolo^rarrestation des Vè- maiheurensement, les seuls qui fassent nitiens de Constantinople aurait précédé mention de ces éyénements, et encore en et provoqué Texpédition de Morosini. Cet termes par trop laconiques. On peut enhistorien me fait ici l'effet de déplacer core mettre au nombre des sources pour Tordre véritable des fidts, dans le but de Thistoire de cette guerre, la charte d'Anfoumir rétroactivement un prétexte aux dronic publiée par Marin, VI, 805 et ss. actes de vengeance exercés contre les co- 'En même temps que Morosini attalonies génoises. Sur cette guerre et ses ' quait Galata, Giov. Soranzo enlevait d'un suites, Técrivain le plus complet et le plus coup de main et occupait Gaffii (1296): digne de foi est Pachymérès, n, 237— nous verrons cela plus loin. 244; j^ai, en général, suivit sa narration: ' Sur cette date, voyez la discussion Nicéph. Grég. (207 et s.) est plus court et de M. Tule, M. Pblo, I, p. Ixxv et s. en désaccord avec lui sur un point secon- ^ L'instrument de paix a été publié daire. Parmi les historiens génois, Jacq. dans le Ltb, jur,, n, 844 et ss.; voy. de Voragine et son continuateur sont, aussi Navagero, dans Murât, SS. xxni,
448 Deuxième période. — IL DévèloppemefU du commerce du Levant,
d'une entente avec Andronîc. Us s'obstinaient à réclamer la restitution des gages saisis par l'empereur ou, tout au moins, une dimunition de l'indemnité exigée par lui; ils présentèrent encore leur demande en 1299, mais, loin de l'accueillir, le prince n'y répondit que par de nouvelles mesures de rigueur à l'égard des colons vénitiens de Constantinople.^ Cette situation ne pouvait prendre fin que par la force: en 1301, une flotte vénitienne, commandée pai* Belletto Giustiniani et Guidino Morosini, se montra devant Constantinople, mit tout à feu et à sang sous les yeux des habitants du palais impérial, enleva et martyrisa cruellement de paisibles habitants des îles des Princes, tout cela, sans que la flotte grecque, réduite à une honteuse impuissance, osât se monti*er:^ l'empereur céda enfln et rendit les gages saisis par lui;^ le 4 oct 1302, ses ambassadeurs signaient la paix à Venise: le 7 mars 1303, le traité recevait la ratification de l'empereur:^ non-seulement il renonçait à réclamer des indemnités pour les dévastations commises sur le territoire de l'empire par Buggiero Morosini, mais il promettait des sommes considérables en réparation des préjudices causés aux Vénitiens par des sujets de l'empire. Au cours de la guerre, les Vénitiens avaient occupé un certain nombre d'îles grecques:^ ils conservaient celles de Zéa (Cya), Sériphos (Sarphus)i Santorin (sanda Erina) et Amorgos; autrement dit, Andronic reconnaissait comme fondée en droit la souveraineté des familles vénitiennes qui s'y étaient taillé des principautés depuis 1296: c'étaient les familles Michieli, Giustiniani, Ghisi et Barozzi« Par contre, certaines îles, telles que celle de Cos (Lango), récemment conquise par Belletto Giustiniani^ et qui n'avait jamais appartenu aux Latins, devaient faire retour à l'empereur. Parmi les questions intéressant le commei*ce, signalons l'interdiction pour les marchands vénitiens de vendre dans l'intérieur de l'empire soit du sel, soit du mastic: sur ce point, l'empereur se montra inflexible.
1011 et les passages de divers historiens ^ Navagero, p. 1009.
dans Taf. et Thom., m, 391 et s. ° Voyez Hopf, art Oiustimani, dans
^ Pachym., H, 286 et s.; Dand., p. 409. Ersch et Gruber, p. 303 et s.; Zusalxe
' Pachynu, 11,322 et ss.;Nicéph.Qrég., xur Oeseh. von Androa, Op. eu,, p. 225
I, 208-— 210; Dand., /. c; Comwemariali et ss.; Veneta-byxant, Analekien, Op. eu.,
deUa repMiea di Venexia regesti, I, 20 p. 387, 454.
(n^ 79), et 24 (n® 102). ^ Hopf, Giustiniani, op. eu. Remar-
' Pachjm., n, 826. quons ces attaques dirigées par les Vé-
* Taf. et Thom., IV, 12 et ss., 16 nitiens sur File de Cos dès les années 1291
et ss. Le premier livre des Misti, v. Ar- et 1292 (Dand., p. 403); c'est un fait très
ekîv. Venet., XVni, 324; XX, 293, cour significatif.
tenait eertaines pièces relatives aux préliminaires de oe traité de paix: il est
perdu«
A, L L'empire grée et les principautés franques de Grèce. 449
La paix était donc rétablie, mais, pour les Vénitiens, il n'y avait pas grand chose de changé et la situation de leurs affaires dans l'empire n'était pas de nature à les satisfaire; aussi ne cessèrent-ils pas de fomenter des intrigues et des conspirations contre les Paléologues. Charles, comte de Valais, frère de Philippe le Bel, roi de France, avait épousé, en 1301, la petite-fiUe de l'ancien empereur, Baudouin n, et prétendait avoir acquis par cette alliance des droits à la couronne de Constantinople; le jour où il voulut les fi&ire valoir, il trouva la république de Venise toute prête à le seconder.^ Thibaut de Cépoy, son agent, se rendit à Venise en 1306, muni de ses pleins pouvoirs et arrêta avec le gouvernement le programme d'une e:q^édition à entreprendre en commun au printemps de l'année 1307.^ En attendant, deux agents vénitiens, Filippo Marchiano et Matteo Balbo négocièrent un accord secret entre Charles et certains dignitaires de l'empire grec.^ Une flottille vénitienne escorta en Grèce Thibaut de Cépoy; il était chaiigé d'y préparer les voies en qualité de vicaire général de Charles et de son épouse,^ et, en particulier, de gagner à la cause du prétendant la compagnie de mercenaires catalans.^ Peines perdues: Charles d'Anjou remettait son départ de six mois en six mois, et il le remit si bien qu'il finit par renoncer à l'entreprise. Cependant, le doge s'impatientait; s'attendant de jour en jour à voir commencer les opérations, il avait rappelé, dès 1308, les marchands vénitiens qui se trouvaient dans l'empire; toutes leurs affaires étaient paralysées; mais toutes ses exhortations tombaient dans le vide.^ Finalement, il se trouva que la Bépublique avait £ftit des armements, exposé les intérêts de son commerce,^
^ n n'avait pas besoin des encourage- * Muntaner, trad. Lanz, n, 174 et ss.;
ments du pape Clément Y (Gommem. re- voy. aussi Eunstmann, Studien über Ma-
gesti, I, 66; Taf. et Thom., IV, 88; d.d. rino Sanudo d, ÄÄ., Abh, der 3^ Cl, der
16 Janv. 1806); au reste, en 1804, le pape Bayer, Akad, Vil, 8, p. 776.
Benoît XI avait déjà adressé un appel sem- * Taf. et Thom.|, IV, 69 et s., 76 —
blable & tous les fidèles. Doc, suUe relax, 70; Oommem, regestiy I, p. 86, n® 861, p.
to8c.y p. 112 et s. 172 et s., n<» 10—16: on peut voir ce
' Le document dans lequel est inséré qu'il advint des vaisseaux équipés pour
le texte des pouvoirs donnés à Thibaut cette expédition, dans Mas -Latrie, OoU.
et à ses compagnons (d. d. Paris, 28 juill* des doc, mêd., Mélangea histor,, Sfi série,
1806) porte la date du 19 déc. 1806 et m, 62 et ss., documents extraits des
se trouve dans Taf. et Thom., IV, 48 et ss. Oommemoriali, ou dans les Qmnném.
' Ducange, Eist, de Ople,, p. 226, et Reg., I, 178 et s., n<» 18—26, 28; p. 222
Chartes, p. 60 — 68; Buohon, Reekerehes et s., n«» 248, 244.
et matériaux, I, 48 — 60; Miklosich et ' Sanudo, dans Eunstmann, Op, eit,,
Müller, Acta grœa, TU, 242 et ss. et dans Hopf; Chron. gréco^am,, p. 178;
^ On trouve ce titre accolé à son nom Eomanin, Storia di Venexia, HL, 9 et s dans une notice placée en tête du M. Polo de Pauthier, p. 2.
460 Deuxième période, — IL Développement du cmnmerce du Levant
s'était compromise, tout cela pour rien. La persistance avec laquelle elle poursuivait son rêve de restauration de l'empire latin est réellement incroyable; en 1320, elle noua encore des négociations dans ce but avec Charles, gendre du prince Philippe de Tarente.^
Mais, au commencement du XIV® siècle, l'empire grec était sous le coup d'un danger autrement sérieux que les conspirations ourdies en Occident; l'invasion turque gagnait du terrain en Asie-Mineure avec une force irrésistible. Désespérant de vaincre cet ennemi avec ses seules troupes, Andronic appela à son aide, en 1302, le condottiere Boger de Flor et sa bande, devenue célèbre sous le nom de Compagnie catalane. Cet événement n'est point étranger à l'histoire de nos colonies de commerce: en effet, les G^énois virent avec un sensible déplaisir l'arrivée de ces mercenaires; ils se rendaient bien compte, dit Bamon Muntaner*, que, "si ces troupes demeuraient dans le pays, ils perdraient la situation puissante et honorée dont ils avaient joui jusqu'alors, car l'empereur n'osait rien entreprendre sans leur assentiment.'* Si les Catalans jouaient dans l'empire le rôle de sauveurs, il serait assez naturel que leur nation devînt la favorite du souverain; c'était une rivalité qui se préparait sur le terrain commercial; déjà, peu de temps auparavant, (1290) Andronic ne lui avait -il pas accordé la liberté du commerce?^ Cet état des esprits ne pouvait manquer d'amener un conflit; c'est ce qui eut Uen, mais les Génois eurent le dessous; trois mille des leurs restèrent sur le carreau et l'on eut toutes les peines du monde à arrêter les mercenaires qui avaient commencé à piller Galata.^ H &llait avoir recours à un autre moyen: à partir de ce moment, les colons de Galata eurent soin de relever tout ce qui pouvait mettre l'empereur en défiance contre la compagnie. Us étaient exactement informés des préparatiâ de Charles de Valois; ce prince avait obtenu, en 1302, du roi de Sicile, Fi-édéric H, une promesse de secours pour l'expédition qu'il projetait;^ or, la bande de Boger de Flor avait précisément été au seiTice du roi de Sicile et ne l'avait quitté que pour venir à Constantinople, en 1302; les Génois ne manquèrent pas de la présenter comme une avant -garde déguisée, chargée de préparer le terrain à une armée d'invasion; il est certain que c'était une opinion très-soutenable, mais Andronic se refusait à écouter leurs insinuations;^ pour lui, c'étaient de pures calomnies:^ cependant, la morgue et l'insolence de Boger et de ses compagnons
> T»f. et Thom., IV, 170 et a.; Cbff. *' Huutaner, Qp.ct;^.; lOTets.; Pad^ynu,
éès doe. inê(L, l e., p. 72 et s.; yoyez II, 398 et s.
Hopf, art Oriechenktnd, Op. eit,, LXXXV, ' Ducange, jEKsf . de Qpfe, Cftoiies, p. 4a
879, 406. * Buchon, Reeherehes et matériaux^ eUu,
* Trad. Lani, H, 106. I, p. 48—60.
' Voy. plus loin. ^ Fachym., H, 489 et s.
A. L L'empire grec et les principautés franques de Grèce. 451
prirent de telles proportions qu'il ne tarda pas à se faire un revirement dans son esprit. Tous ces aventuriers traitaient la Bomanie en pays conquis. La mort de Boger de Flor (1305), assassiné sur Finstigatiôn du prince Michel^ fils et co-régent de l'empereur, leur fournit un prétexte de se mutiner ouvertement; de leur garnison de GàUipoU, ils envoyèrent des députés porter à l'empereur un défi en règle. Un détail qui démontre d'une manière frappante la persistance de l'hostilité de Venise à l'égard de Byzance, c'est que les députés des Catalans donnèrent lecture de leur message à la colonie vénitienne de Constantinople et lui en remirent une copie.^ Les Génois restèrent fidèles à leur ligne de conduite: d'ailleurs, leurs intérêts se confondaient avec ceux de l'empereur; l'éloignement ou l'écrasement de la Compagnie était pour eux une question de vie ou de mort; quels que fussent les malentendus et les différends qui vinssent à se produire en ce moment entre Grecs et Pérotes,* ils ne pouvaient entrer en ligne de compte. Un amiral génois livra bataille aux Catalans dans la mer de Marmara et fit prisonnier leur che^ Bérenger de Entença; un autre alla les attaquer chez eux, à Gallipoli, avec l'aide de troupes grecques, mais il rencontra une résistance vigoureuse et dut battre en retraite.^ Cependant, pour une nation commerçante comme la nation génoise, dont les vaisseaux innombrables entretenaient un incessant mouvement de va-et-vient entre l'Occident et la mer Noire, il était nécessairement pénible de se ü'ouver sur un pied d'hostilité avec une troupe guemère postée de manière à commander le détroit des Dardanelles. Aussi les Génois de Galata finirent-ils par déclarer à l'empereur leur intention de faire à tout prix leur paix avec les Catalans; et ils le firent comme ils l'avaient dit, sans s'inquiéter de lui être désagréables.^ D'un autre côté, l'amitié des Vénitiens pour les Catalans s'était singulièrement refroidie: le revirement fut même poussé si loin que, dans le traité conclu, en 1310^ entre Venise et l'empereur grec, on put, conformément au désir exprimé par Andronic et avec le consentement formel de la Seigneurie,*^ insérer la clause suivante: "il est interdit à tout sujet vénitien, sous peine d'un châtiment sévère, de trafiquer avec la dite Compagnie, aussi longtemps qu'elle occupera de force une localité quelconque de l'empire".^ On sait que, par la suite, les Catalans évacuèrent volontairement Gallipoli après avoir ravagé et épuisé le pays tout autour d'eux et qu'ils finirent par se fixer, en 1311, dans VAttique et la BéotiSy d'où ils expulsèrent les ducs de la maison de La Boche.
^ Muntaner, trad. Lanz, IT, 132. * Taf. et Thom., IV, 83.
* Pachym., Il, 684—639. * Misti, Ub. 3: extraits publiés dans ' Pachym., H, 533—557, 597 et sa.; V Archiv, venet., XVm, 325: "acceptentur
Himtaner, n, 133 et s., 150—155. capitula quod nostri non vadant ad sode-
* Pachym., H, 624 et s. tatem," etc.
452 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant,
Les Génois se trouvèrent ainsi débarrassés d'un voisinage gênant, mais ce fut le tour des Vénitiens de Négrepont. La passion conquérante de ces aventuriers devint pour ceux-ci un sujet d'inquiétudes perpétuelles; leurs incursions s'étendaient jusque dans llle même; en 1317, ils s'y emparèrent de la capitale, passagèrement il est vi*ai, mais l'occupation de la forteresse de Earystos fut plus durable (ils n'en sortirent qu'en 1365).^ Et ce n'était pas tout: le brigandage sur la terre ferme ne leur sufßsant plus, ils s'adonnèrent à la piraterie et s'unirent aux Turcs d'Asie -Mineure pour ravager l'Archipel jusqu'à l'île de Crèt-e.* Divers princes francs, dont les intérêts, dans cette circonstance, étaient les mêmes que ceux de Venise, lui avaient proposé de former une ligue pour l'anéantissement de la domination catalane dans le duché d'Athènes,^ mais la Seigneurie ne tarda pas à reconnaître que toute leur action se bornerait à des pourparlers; elle se garda donc bien d'attaquer le territoire de la Compagnie, mais elle fit donner la chasse aux corsaires par ses galères^ et eut recours à la voie diplomatique pour tâcher d'obtenir la réparation des préjudices causés par eux à son commerce: elle s'adressa, à cet effet, au chef de la Compagnie, le prince Alfonso Fadrique^ et à son père, Frédéric n, roi de Sicile; elle fut assez mal reçue chez ce dernier.^ Enfin, le 9 Juin 1319, la paix fut conclue et un traité signé pour une durée de six mois entre Alfonso Fadrique et la Compagnie d'une part, Francesco Dandolo, balle vénitien de Négrepont, et les seigneurs féodaux de l'île d'autre part Les Catalans promirent de désarmer leurs navires à voiles, de n'en point armer d'autres et de ne venir en aide aux pirates, ni directement ni indirectement; cependant ils étaient autorisés à conserver, mais à condition qu'ils ne fussent pas armés en guerre, les vaisseaux attachés au port de Livadostro;^ ce port est situé au fond du golfe de Corinthe et
' Hopf, Ueberbliek über die Sekieksaie deux premières de ces quatre pidoes se
von Kàryatoa, dans les Süxungsberiehte trouvent aussi dans la OoU, d. doe. inéd,,
der Wiener Âkad,, phil. kist. Cl., oo- 1. c, p. 36 et ss., 41 et se. Les négocia-
tobre 1853, p. 570 et ss.; art Griechen- tions pour le rég^lement des indemnités
Umd, Op, eit,j LXXXV, 410 et ss. se tirèrent en longueur: voy. les pièces
' Hopf, «rt. Griechenland, Op. eä.y dans Testa, De vUa et rebus gesHs l^Wefo-
liXXXY, 415, 425 et s., 461; Dépêches riei II, SieiL reg., p. 967—270.
de Crète, dans Taf. et Thom., IV, 107 ^ Le document a été publié par H. de
—110. Mas-Latrie dans la Coll. d. doe. inéd., 1. a,
' Coll. des dœ. inéd., Mélanges hist, p. 44 et ss. et par M. Thomas dans Taf.
m (1880), p. 82 et ss., 84 et ss., 48 et s., et Thom., IV, ISO et ss. H. de Mas-Latrie
Archiv, venet., XVII, 136 (4® paragr.). assimile le "Eivadostia" du texte avec
^ Commem. Reg., I, 194, n* 110. Rodosto, sur la mer de Marmara (comme
* Ibid et p. 198, n® 106. le font aussi, du reste, les Commem, Beg.,
^ Taf. et Thom., IV, 110—117. Les I, 204, n° 164); cette assimilation dénote
A. L L'empire grec et les principaïutés franques de Grèce. 453
de là, ils ne pouvaient ni menacer les îles de F Archipel, ni tendre la main ans Tores. Ce traité fut renouvelé le 11 mai 1321 et le 5 avril 1331 (et peut-être d'autres fois encore) en termes à peu près identiques; on ajouta seulement une clause concernant spécialement les Turcs: il était interdit aux Catalans de conclure avec eux de nouveaux traités et de les aider dans leurs entreprises contre Négrepont ou contre les petites iles possédées par des princes d'origine vénitienne, les Sanuto et les Ghisi.^ n semble que la Compagnie s'attacha de plus en plus sérieusement à l'exécution de ce traité si important pour la sécurité du commerce dans l'Archipel et cela s'explique. Ce n'était d'abord qu'une '^République de brigands", mais peu & peu elle prit les allures d'un état régulier, et dès lors Venise put s'entendre et même vivre avec elle sur un pied amical Les Catalans lui procurèrent même indirectement l'occasion d'ajouter un nouveau territoire à ceux qu'elle possédait déjà en Grèce. En 1319, ils envahirent pour la seconde fois la Thessalie et en annexèrent une partie; pour leur échapper, la population du port de Phtäion, situé non loin de Zeitoun à l'entrée du golfe de Volo,* se mit sous la protection de Venise." Andronic^ qui se sentait incapable de. conserver cette ville, et le prince Alfonso Fadrique, chef de la Compagnie,^ donnèrent leur consentement à la prise de possession de ce port par la Bépublique; pour elle, cette acquisition comblait ses vœux, puisqu'elle lui procurait une nouvelle station maritime sur le continent, en face de l'Ue de Négrepont; autrefois, ses navires marchands abordaient assez fréquemment à Phtélion, mais, du temps de Michel Paléologue, ce port était devenu un nid de pirates.^ A partir de l'occupation, il y eut là un Secteur vénitien, subordonné au baue de Négrepont.'
une grande ignorance de Phistoire de la ^ Sannt, ^Epüi, 3, publ. à la suite
Compagnie, car, à cet4» époque, elle avait des Secret, fid, ente. , p. 298 : '^ Veneti
évacué depuis longtemps déjà les environs habent unum castrum juxta mare inBlachia
de Constantinople. M. Thomas (Op. eu., p. nomine Fetenli, quod de bona voluntate
335), mieux avisé, a rétabli la vérité. et sua licentia reliquit eis Imperator Gr»-
' Le premier de ces traités se trouve corum, qui Q. quia) obtinuissent eum all-
dans la Coll. des doc. inêd., 1. c, p. 49 ter Catellani*'
et ss., le deuxième dans Taf. et Thom., ' Hopf, art. Orieehenlandy op. cit.,
IV, 214 et ss. LXXXY, 422: Tauteur dte à Fappui un
' Leake, Jh^avela in northem Oreeee, document des Mùti.
IV, 841 ; Uzzano, p. 224 • Taf. et Thom., IH, 167, 214, 216, 286.
' Voici le passage du traité du 6 Avril ^ Sur Phtélion on trouve quelques indi-
1881 (voy. ci-dessus): ''cum illi de Castro cations, mais sous une forme tellement
Ferrelii ö>ltt8 loin il est dit: illi de Phe- abrégée qu'eUe en est souvent incompré-
teleo) cum omnibus juribus et pertinentiis hensible, dans les tables des matières du
se dederint dominio potestatis inditi D. livre perdu des Mùti, dans VAreh. Venet.,
Ducis et communis Venetiarum*" etc. (Taf. XVUI, 829; ICS, 84 et ss. et Thom., IV, 218).
464 Deuxième période. — IL Dévélùppement du commerce du Levant.
Aux déflordres causés par la campagne des Catalans en Grèce saccéda une période de calme; nous allons en profiter pour entrer dans quelques détails sur la situation et les possessions des diverses nations commerçantes d'Occident en Grèce au commencement du XIV® siècle» sur ce qu'il en advint au cours de ce siècle et sur l'organisation de leurs colonies. H est tout indiqué de commencer par les Génois et par leur colonie de Oalata, puisqu'à ce moment c'étaient eux qui jouaient le premier rôle dans le Bosphore. Composée à l'origine de quelques maisons exposées sans défense à toutes les insultes, détruite par Morosini en 1296 et abandonnée à moitié pendant quelque temps, à la suite de l'incendie allumé par lui,^ Galata commençait à sortir de ses ruines: c'était une véritable ville qui s'élevait sur l'autre rive de la Corne d'or. Au mois de mars 1303, sur la demande des Génois, Andronic avait igouté de nouvelles concessions de terrains aux précédentes: le tout formait dorénavant un ensemble compact qui devait être entouré d'une muraille et d'un fossé; au delÀ du fossé, on devait laisser une zone nue (ce que nous nommerions maintenant un glacis) d'une laideur de soixante aunes. La configuration de la nouvelle ville était à peu près celle d'un trapèze ayant sa gi*ande base (longue de 339 pas) du côté de la mer, en travers du promontoire arrondi qui marque la fin de la Corne d'or et le commencement du Bosphore. Cette ligne partait d'un point situé dans la Corne d'or à vingt -cinq pas environ du bassin désigné sons le nom de "vieille darse" (vêtus tarsana), le même sans doute que le carénage indiqué sur le plan de Constantinople de Eauffer (publié par M. Hammer),^ petite baie sur laquelle les Pérotes eux-mêmes établirent plus tard leur arsenal maritime:' du côté du Bosphore, elle se terminait au point où se trouve actuellement la porte de Earakeui,^ à soixante -dix pas de la Tour de Galata; cette tour, dont le nom revient si souvent dans l'histoire de la quatrième croisade et dans les chroniques byzantines, devait donc être située en dehors et à l'est du quartier génois:^ elle s'élevait sur
^ Jacques de Voragine, archevêque de ' Barbaro, Oiom. deW assadio di
Oénes, mentionne ce détail à propos de la Opoliy p. 27 et s. le nomme ^'navarchio
chapeUe de S. Michel de Pôra, qui, à cette di Fera."
époque, ayait été complètement ruinée: voy. ^ Paspatî, SvlX., 7, 89, 115: Bi{. fitXix.,
le document du 32 jany. 1297, communiqué p. 179 et s., 182.
p r E. Belgrano (Blustraxione dd registro » m. Hammer (Op, eu,, p. 110) voulait en
areiveaeoviley AUi délia Soe, Ug,, H, 855 avoir retrouvé les ruines devant la porte
6t ss.). des chaufourniers (Eiredsch^ji-Kapoussi, p.
' La localité de Kalafalryeri, que M. 77).. M. Paspati, Svll^, VU, 89; Bi^,
Paspati ÇSvXk,, 7, 115; BvX. ntUt., p. 220) iitXér.^ p. 180) en détermine remplacement
assimile à la ^'vetus tarsana", n'est portée d'après celui de certaines constructions
sur aucune des cartes que j'ai pu me tout à fait modernes. Il ne ûiut pas con-
procurer. fondre cette tour avec la tour fortifiée
A. L U empire grec et les principautés fra/ngues de Orèce. 466
la côte, vis-à-vis de la Pointe du Sérail; en tendant une chaîne entre ces deux points, on pouvait fermer l'entrée de la Corne d'Or; avec une autre chaîne tendue entre la tour de Galata et la tour de Léandre, dans l'île de Damalis, on pouvait interdire l'approche de Constantinople aux vaisseaux naviguant dans le Bosphore. La petite base du ti^apèze, longue de 217 pas, courait parallèlement à la grande, à une certaine hauteur au-dessus de la côte ; elle traversait des vignes et passait devant plusieurs églises isolées. Les deux côtés étaient beaucoup plus courts: le côté extérieur, long de soixante-quinze pas seulement, remontait en formant une ligne brisée; l'autre, partant de la vieille darse, avait quatre-vingtdix pas de long; ainsi, la longueur occupée par la ville sur la côte était à sa profondeur à peu près dans la proportion de quatre à un«^ En règle, il était interdit à tout Génois d'habiter en dehors des limites dont nous venons d'indiquer le tracé, limites clairement indiquées par le fossé, et le glacis. Néanmoins, dans la suite, un certain nombre de Génois achetèrent des places à bâtir et se construisirent des habitations en dehors de leur quartier; mais comme cela donna lieu à des difficultés, l'empereur se plaignit de cet abus et la République dut donner tort à ses sujets.^ Dans un statut du 14 févr. 1317, édicté spécialement pour la ville de Galata, un ai-tide spécial interdit à tout Génois de construire en dehors du quartier sans autorisation de l'empereur; quant aux maisons déjà bâties, une décision spéciale devait être prise d'un commun accord, entre l'empereur et les six conseillers du Podestat.« Par contre, Andronic laissait aux Génois toute liberté à l'intérieur du terrain concédé, sauf pour la construction d'une citadelle ; ce détail prouve qu'il avait le sentiment du danger que le voisinage de la nouvelle ville créait pour Constantinople.^
Les Génois se mirent promptement à la besogne et leur nouveau quartier se couvrit bien vite de splendides monuments publics et privés.
encore bien conservée de nos jours, qui un acte de donation contemporain qui ne
s'élèTe sur la hauteur de Galata et qui nous est pas parvenu. Cette description
est célèbre pour la vue dont on jouit de se trouve dans Sauli, DeiUa coloma dei
son sommet: ceUe-ci a été construite par Oenovesi in OakUa, XI, 209 et s.; dans
Anastasios Dikoros et fut relevée par les le Lib. jur.y U, 436 et ss., et dans les
Génois très peu de temps avant la prise AM délia. Sœ. Lig., Xm, 108 et s.
de Constantinople par les Turcs. Paspati, ' Négociations entre Andronic et Gênes:
Op. CÜ. â2 mars 1808; Aäh 1. c, p. 112, 114.
^ Tout ce qui précède a été emprunté ' Sauli, n, 224; AtU. l c, p. 118.
à une description de Galata datée du mois ^ Privilège impérial du mois de mars
de Mai 1808 et commençant par ces mots: 1804 (contenant une reproduction abrégée
^'L'emplacement livré et concédé aux Gé- de Pacte de donation); Sauli, n, 211 et s.;
nois à Galata par ordre de l'empereur a lAb.juir., U, 441 et s.; AUh L o., p. 105. pour limites'^: etc. Cette pièce suppose
466 Deuxième période. — II. Dévdqppement du commerce au Levant.
Pendant lliiyer de 1804 à 1306, sons la menaoe d'une attaque des Catalans, ils se hâtèrent d'en compléter les défenses en donnant au fossé une profondeur suffisante pour qu'on pût y faire arriver l'eau de la mer.^ En 1316, un incendie réduisit presque toute la ville en cendres. L'année suivante, le podestat Montano dei Marini dut rebâtir le palais communal et d'autres monuments publics; c'est également sous son administration que ftit construit le nrar du côté intérieur.'
A côté de la construction matérielle de la ville, il s'agissait de fonder la colonie sur des bases solides; c'est à quoi l'on pourvut par la création d'une administration civile et judiciaire et par la réglementation des questions d'intérêt général Nous en trouvons la preuve dans une série de documents législatijb arrivés jusqu'à nous. La collection connue sous le nom de Magnum volumen Peyre n'est pas autre chose qu'un résumé du droit coutumier génois imposé intégralement à la colonie, avec injonction aux fonctionnaires coloniaux de l'y appliquer. C'est une sorte de code de droit criminel, civil et commercial et de procédure crimineUe;j' il se compose de brefs (instructions officielles) adressés aux tribunaux consulaires, de statuts édictés par les Capiiani ddpopolo et de quelques édits, tous datés du XII« ou du XTTf« siècle et réunis en cinq volumes à Gênes,* vers la fin du XI^^^ A cette collection, il faut ajouter, d'une part, une série d'ordonnances sur diverses matières, promulguées, le 20 déc 1300, pour les colonies de son ressort, selon l'usage suivi également par d'autres podestats, par Gavino Tartaro, représentant de la conmiune génoise dans l'empire byzantin et les pays riverains de la Mer Noire, et, d'autre part, les statuts organiques applicables à toutes les colonies, édictés à Gênes le 16 mars 1304. Tous ces règlements et ordonnances, auxquels on joignit un mandement de l'archevêque de Gfênes et un édit sur des questions de droit criminel, rendu, le 18 Juillet 1304, par Rosso Doria, podestat de Péra, furent réunis, précisément sous l'administration de ce Doria, en un volume qui forme le sixième et dernier du code.^ Enfin, nous possédons encore un
^ Pftchym., n, 496. Gènes donnée par M. Canale (Nuova ùtoria
• Jacq. de Vorag., Ckron. corU.; Mi ^^^ repubbliea di Genom, H, 234 et as.). deOa Soc, Lig., X, BOO; YTTT, 321. ^^ reconnaît que les deux sont identiques,
, „ ^ , . . , * l'exception d'un chapitre, et on voit
M. Pudeonu en a coimniuuqué qud- dairement que, ji«qt.'à la p. 7H le« «ta-
q.e« i»a»ge<i ayant tnut au drwt inan- ^^^j ^ p^ „^ ^^ ^^ ^^ ,^
tmB.OoU.de, lot, mont., VI, B88 et m. ^^^ ^^ ^^ ^^^^^ ^ ^„^ ^ ^^
* SUüuH deäa cohnia genovese di Pera n'est pas plus spécial à la colonie qu'& edUi da Vmc, I^^omù, dans les MisceU, la mère patrie.
di storia üaliana, XI (1S70), 618 et ss. 'La date la plus récente est l'année
En étudiant le contenu des cinq livres, de 1290.
la p. 664 à la p. 764, et en le rapprochant * L'ordonnance du 19 mai 1816 pour
de la description du Gode des statuts de les voyageurs & destination de Gafia (p.
A. L L'empire grée et les principautés franques de Chrèce. 467
statut du 14 février 1317,^ émané du goayemement génois (consüium gîAematorum) et spécialement applicable an podestat de Péra et aux colons ses subordonnés. Nous allons essayer, à l'aide de ce statut et de quelques autres documents, de tracer un tableau de la vie intérieure de la colonie de Galata.
Le podestat recevait son brevet de nomination à Gênes. Loin d'être renfermée dans le cercle étroit de Péra, son autorité s'étendait & tous les citoyens génois séjournant sur le territoire grec à titre permanent ou provisoire; les consuls génois et autres agents dispersés dans l'empire étaient ses subordonnés et il en était de même, au XIV® siècle, pour les consuls échelonnés le long de la Mer Noire (le consul de Caflfa seul excepté) et dans l'Asie-Mineure turque, jusqu'à Sivas.* C?est pour ce motifi sans doute, que nous voyons décerner au podestat de Péra le titre de potestas (vicarius) januensis in imperio Bomaniœ, ou même, une fois, de vicarim pro communi Januœ in toto imperio Bomaniœ et mari majori.^ H remplissait jusqu'à un certain point auprès de l'empereur les fonctions de ministre résident de sa patrie, ce qui n'empêchait pas son gouvernement de se faire représenter par des ambassadeurs spéciaux dans les circonstances graves. Aussitôt nonmié, le podestat prêtait serment entre les mains de l'empereur. Comme représentant de la plus &vorisée des nations d'Occident, il paraissait fréquemment à la cour; les dimanches et jours de fêtes religieuses ou de gala à la cour, il assistait régulièrement avec ses conseillers à la table impériale; d'après l'ordre des préséances, il prenait, rang dans ces occasions, après le grand-amiraL^ La personnalité d'un fonctionnaire de cette importance ne pouvait pas être indifférente à l'empereur. En effet, un excès de partialité en fietveur de ses compatriotes ou le défaut d'énergie de sa part pouvaient entraîner l'inobservation des obligations contractées par les Génois à l'égard du souverain. Dans bien des cas, le temps étant trop court pour demander des instructions à Gênes, le podestat devait prendre une décision de son propre chef: guidé par un esprit de conciliation, il pouvait rendre de grands services à l'empereur; hostile ou cassant, il pouvait faire beaucoup de mal. Aussi, dans le traité de 1275, Michel Paléolc^^^ posa
764 et s.) paridt ayoïr été ajoutée après que plus tard le chef- lien adndnistratif
coup. C^est la reproduction littérale du de toute la région de la mer Noire, début de FOrdo de Caffa, de mars 1816 ' Off, Gax,, p. 886, 879; Lib.jur,, H,
(Off. Qax.f p. 877 et s.). 440; Sauli, U, 260; Aîmal, Jbn., p. S76;
' Sauli, n, 222—280; Mi deOa Sœ, AiH deUa 8oe. Lig., XHI, 101, 102, 126,
Lig., Xm, 116—128. 128 etc. 986, 945; Siatuti di Pèra, L o., p.
• Staiuti di P&ra, 1. c, p. 761 et s.: 765, 768; Gommem, Eeg,, H, 94, n*688. remarquons qu'A est feiux que Sayasto soit * Codin. Curopalat, p. 55 et ss., 65, 74
identique à SebastopolL Caffa ne devint — 76;cf. Cantacuz.,I,61;Pacfa7m.,II,589.
466 Deuxième période. — iZ Dêvehpp&nent du commerce du Levant,
comme condition qne le personnage appelé à ces fonctions devrait montrer une soUidtade égale pour les intérêts de l'empereur et pour ceux de la Commune de Gênes.^ Parfois, l'empereur refusait son agrément à la nomination d'un candidat, pour cause de désaccord personnel^ Le podestat réunissait entre ses mains la plus haute puissance administrative et judiciaire. Dans l'exercice de ses fonctions, il avait à appliquer les règles du droit civil et criminel en vigueur à G^nes, les ordonnances rendues dans la mère -patrie pour la colonie > et les traités existant entre Gfênes et Byzance. Pour l'administration de la colonie, il était secondé par un grand conseil et un petit conseil, composés l'un de vingtquatre membres,^ l'autre de six, choisis par moitié parmi les nobles et les plébéiens.^ Cette institution démocratique ne datait pas de l'origine: elle fut créée pour prévenir les tendances trop accentuées des podestats vers le régime aristocratique. Les nombreux changements de constitution de la mère*patrie avaient naturellement leur contre-coup dans la colonie. A partir de 1270, nous trouvons à Qtênes un Abbate dd popolo, fonctionnaire revêtu d'attributions analogues à celles des tribuns du peuple à Bome, et dont la puissance suivait les alternatives de celle du parti démocratique;* cette fonction fut également introduite à Péra en 1306, suivant ce que nous apprend l'écrivain grec Pachymérès, dont la relation décèle une connaissance remarquablement nette de ces choses;^ elle subsista jusqu'au milieu du XY® siècle.^ Le podestat exerçait ses fonctions judiciaires par lui-même ou par un vicaire (vicarius curiœ potestatis) dans VHôtd de viUe. Tous les Génois de Péra et de Constantinople, même ceux qui étaient devenus vassaux de l'empereur,' étaient justiciables de ce tribunal un Génois ne pouvait être cité devant les tribunaux grecs que dans deux cas: soit comme accusé, pour blessure faite à un sujet de l'empereur, si le podestat avait refusé de le poursuivre, soit connue demandeur contre un si^et de l'empereur, dans un procès civil;
^ Saali, n, 205. aussi question à^Anetena, Noi. et extr^
' En IdOS, Bemabo Spinola était dé- XI, 65 et s., 70.
signé pour la seconde fois pour les fonc- ^ Oanale, m, 161 et s.
tions de podestat de Péra, qu'il avait ^ Pachym., H, 624.
d^à remplies en 1800. Andronic refusait ^ "Abbas Peyre*' (1306); AUi, L c, p.
son approbation parce qu'il avait eu des 118 et s. ^^Luchinus de Petra rubea abbas
difficultés avec ce personnage; cependant communis et populi Peyre (1835):*' Lib.
les Oüpitani de Gfénes ne cédèrent pas. jur^ II, 441. **Leonardo di Comasca ge-
Atti, L c, p. loa, 118, 115. novese abbate del popolo di Pera (1341):''
' Capitula ûommuma Peyre: AUi, L (hmmem. reg., H, 94, n* 538. "Abazia
c, p. 177. di Pera (1427):" Olivieri, Carte e ero-
* Statut de 1817; Sauli, H, 223; Atti, naeke manoecHüe, p. 122.
L c, p. 116 et s. ' Lib.jur., I, 1351; n, 448; AUi, L
' Bnd. et Lib. jur., II, 441. Il est c, p. 106.
A. L L'empire grée et les principautés franques de Qrèce. 459
dans ce dernier cas, deux fonctionnaires spéciaux, grecs tons deux, étaient chargés de recevoir les plaintes des Génois, mais le podestat pouvait toujours appeler de la sentence à l'empereur, si elle lui paraissait entachée de partialité, ou mal fondée par suite de connaissance insuf* fisante de la langue italienne.^ Le podestat adopta à son tour le même système et délégua à deux arbitres (mediatares) le règlement des procès dans lesquels le demandeur était de nationalité grecque et le défendeur de nationalité génoise; mais l'empereur Andronic protesta contre cet abus et, par ordre du gouvernement génois, le podestat dut revenir à l'ancien usage et prononcer la sentence en personne.*
Gomme le commerce jouait le premier rôle dans l'existence des colons génois, c'était aussi au commerce qu'avaient trait la plupart des questions administratives et judiciaires soumises au podestat; aussi avait^U auprès de lui, pour le seconder dans cette besogne, un bureau commercial (officium mercaneiœ).^ La besogne ne lui manquait pas: il fallait d'abord faire respecter par les agents des douanes grecques la franchise absolue, garantie par écrit ,^ en faveur des Qénois, tant à l'exportation qu'à l'importation, tant à la vente qu'à l'achat;^ d'autre part^ il y avait lieu de faire observer par les Génois les restrictions introduites par les empereurs au sujet de certains articles, suivant les besoins de leur politique commerciale. Par exemple, l'exportation de l'or et de l'argent était prohibée, à moins d'une autorisation expresse de l'empereur;^ il était défendu aux Génois de faire le conmierce du sel et du mastic dans toute l'étendue de l'empire; ^ en 1275, l'exportation du blé était encore permise, à condition qu'il ne fût pas expédié à des ennemis de l'empire; mais, en 1304, l'interdiction devint générale.® On pouvait trouver ces restrictions mauvaises au point de vue de l'économie politique et, en tout cas, elles étaient très-gênantes pour les marchands italiens; mais, en droit, on ne pouvait s'opposer à ce que les empereurs prissent des mesures pour empêcher la fraude, les étrangers n'étant que trop coutumiers du fait Ainsi, certains fonctionnaires coloniaux génois, pour fournir à des marchands étrangers le moyen d'échapper à la douane grecque, leur donnaient des certificats de nationalité génoise. L'empereur, de son côté, soumettait
* Sauli, n, 205 et s., 227 et s.; AUi fait passer par le territoire byzantin dn fer, deUa Soc, lAg., XIII, 121. da bois ou des mamelouks & destination
' Miy 1. c, p. 112, 114. d* Alexandrie, ee trafic étant fait en Yio»
' Off, Qax., p. S29 — 331, 337, 844, latîon de ses ordonnances. AtH, L c,
351 et s., 419. p. 111.
* AUi, 1. c, p. 107. • Lib,jur., 1, 1865 et s.; AtH, Xm, 109. ' Cependant le gouvernement génois ^ AMi, XITT, 107. Les navires génois
ne faisait point d'objections an cas où la n'étaient autorisés qu'à faire passer en douane grecque exigeait d'un marchand transit le sel de la mer Noire. Ibid. 120. jgénois le paiement des droits, pour avoir ' SauU, n, 207; AUi, XIH, 109.
460 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.
natnrellenient les dédarations de nationalité à un contrôle sévère et le gouvernement génois ne pouvait pas fa^ire autrement que de prescrire à ses agents de s'abstenir de semblables complaisances.^ Un cas plus fréquent racore, c'est que pour faire passer des marchandises étrangères en ihtnchise, les marchands génois les déclaraient comme leur appartenant en propre ou, d'une manière générale, comme de provenance génoise. D'après ses instructions, le podestat de Péra devait infliger à ceux qui se rendaient coupables de cet abus de confiance une amende double de la somme fittudée à la douane:' les patrons et conmiis des navires marchands reçurent ordre de remettre aux commissaires Impériaux une déclaration sincère de toutes les marchandises non génoises qui se trouveraient à leur bord; de même, toutes les fois que des ventes ou achats avaient lieu entre marchands génois et non-génois, les agents du bureau du poids public de Péra devaient en feôre la déclaration aux inspecteurs de La douane grecque."
Sous le rapport religieux, les Génois jouissaient dans Galata d'une liberté entière; ils avaient le droit d'y construire des églises à leur usage et d'y faire célébrer le culte par leurs prêtres, suivant le rite romain; l'empereur n'avait fait de réserve que pour trois églises grecques comprises dans le terrain concédé au moment de l'agrandissement de la ville; il fut entendu qu'elles resteraient affectées à la religion grecque et sous l'autorité des patriarches de Constantinople> La ville de Galata dépendait du ressort de l'archevêque de Grênes; sa cathédrale, détruite en 1296, mais promptement restaurée, était dédiée à l'archange S. Michel, patron de Péra;^ le prévôt de la cathédrale faisait en même temps fonction de vicaire général de l'archevêque de Gênes.^ Galata renfermait divers monastères d'hommes dépendant d'ordres religieux d'Occident^ Quelques-uns des religieux de ces maisons se firent chez les Grecs une
^ Mif Xm, 111, 113 et s., 116 et s. Fera." AUi délia Soc, Lig., XTTT, 153.
' Lib.fur,y l, 1365; Saali, 205, 225 En 1398, Engnerrand Vil de Coucy fût
et 8.; AtU.'Knif 111 et s., 114, 118 et as. un legs en feivenr du monastère de S.
' AUij Xm, 106, 111, 119 et s. Domenico de Péra: Coll. des doe. tnéd^
* Lib.Jur., n, 442; AUi, Xm, 106; Mél. hiat, m, 282. "Petras de Borna et Fispati, Bvt. fitlét., p. 271. guardianus firatnun ordinis minonim in
' SteUa, p. 1118; AtH délia Soe. Lig.y Pejra** soutient un procès contre le ''Beetor
xm, 158, 165, 167, 174, etc. 948, 951, 972. eccledsB S. Michaelis'' Gauthier de Verano :
* Lib.jur,, n, 488, 445; Belgrano, AUi deUa Soe, lig,, Xm, 934 et as. Dans JBkutraxionedelregistroareiveseovilefAUi, les testaments de quelques habitants de n, 354 et 88. Péra, on trouve encore nommées, outre
^ Padiym., H, 616. **Tùu: w»tà rttif les églises de S. Francesco et de S. Do-
Dëi^ala» 9>9ê^K." lAb. jfwr.y H, 437. menico, edles de S. Helena et de &
''Frater QuiUélmus de Lagneto ordinis liaxia de Galata: UM. p. 933, 949, 970. fratrum preâieatorum vicarius in loco de
A. L Uempire grée et les principautés franques de Grèce. 461
grande réputatioii pour leur science et leur connaifisance ^^profondie de la philosophie de l'antiquité grecque (celle d'Aristote); plusieurs furent chargés de missions soit pour la colonie, soit même pour l'empereur, particulièrement lorsque Bome et Byzance entamaient des négociations dans le but d'arriver à la réunion des deux lÈglises.^ Les principales églises de monastères paraissent avoir été celles de S. Paul et de S. François (actuellement Jeni Cjami);* le voyageur Clav^o rapporte qu'dles possédaient de précieuses reliques et qu'on y voyait des tombeaux intéressants.' Enfin, la population de Péra comprenait un certain nombre de chrétiens orientaux appartenant à l'église arménienne.^
Outre Galata, Michel Paléologue avait promis. aux âénoia une foule d'autres stations commerciales, mais, comme les sources sont muettes sur ce point, nous ignorons jusqu'à quel point il s'exécuta. Q^oi qu'il en soit, Ândronic reprit pour son compte une de ces promesses; en 1304^ il consentit à nouveau, en faveur de la République de Gênes, & la cession d'un quartier dans la ville de Smyrncy avec maison commune, bain, four, église etc^ Q suffit de se rappeler ce que j'ai déjà dit des progrès ef&uyants des Turcs en Asie -Mineure pour comprendre ce que cette acquisition avait de précaire. Dans les provinces et dans les Oes, les propriétés privées de certaines ûunilles génoises dépassaient de beaucoup en importance celles de la République. Qu'il nous sufiftse de mentionner llle de Karpathos (Scarpanto), donnée en fief par l'empereur Ândronic II au Génois Andrea Mcresco, en récompense de ses bons services comme corsaire et comme amiral; au reste, Moresco n'en jouit pas longtemps; il fdt chassé de l'île par Andrea Comaro au commencement du XIY® siècle, et son firère Lodovico ayant voulu la reprendre» expia sa tentative par une longue captivité dans les cachots de la Crète.* Plus heureuse, la famille Zaccaria resta pendant plusieurs générations en possession de Phocée^ et de ses précieuses mines d'alun et atteignit
^ Gantaoïus., n, 602 et 88.; m, 02. qa'ime Phoeée, comme AnneComiièiie; âa-
' PiisiMiti, dans la Beyne du Syliogos nndo l'ancien (Hopf; Chro». grieo-rtnnan^
de ConstofUinople, Vil, 115, dans les Bvl. p. 146) ne parle que de la Foggia, au sin-
fifUx,, p. 220; Hammer, CorutofUinopel, g^er; enfin, dans sa relation de la cam-
n, 111. pagne de Morosini, Jacques de Voiagine
' daygo, p. 71 et s. (f 1298)ne nomme égalementqu'inePhooée.
^ AUi delta Soe, Lig,, XTTT, 205 et s. Cepencbint il y a certainement une dis-
^ AtHy XTTT, 106. tinction & faiie: cela ressort d'un passage
* Kojif ^Veneto-l^fxaniindêeheAnaleeteny de Nicéphore Grégoras où cet ôcriwn
Op. cü,y p. 479 et 88., 486; cf. Commem, parle de la nrei^lMç 4>w»aMs, évidemment
reg., I, 208, 225 et s.; Arehio. Venet,, par opposition avec une autre locaUté de
XX, 294. même nom située plus dans rintérieir
^ Le plus ancien historien de Tépoque des terres (I, 525). La plupart des chro-
des Paléologues, Pacbjmérés, ne connaît niques, chartes et cartes du XIV® siècle
468 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.
un haut degré d'opulence. On peut se foire une idée de ce qu'étaient les revenus de ces mines et de la rapidité avec laquelle Phocée se releva des ruines foites, en 1296, par Bugg^iero Morosini, quand on voit que, dès 1298, Benedetto Zaccaria pouvait déjà vendre 650 quintaux d'alun au prix énorme de 1,500,000 livres.* Il y avait, cependant, un point noir, les Turcs, qui avançaient sans cesse et dont l'Asie-Mineure tout entière semblait condamnée sans rémission à devenir la proie. H s'agissait de prendre des précautions pour se mettre à l'abri de leurs incursions. Le chroniqueur Ducas qui écrivait, il est vrai, cent quatre vingts ans après les événements que nous rapportons, mais qui, en sa qualité de propriétaire d'une maison dans la nouvelle Phocée, s'était livré à une foule de recherches sur l'histoire de cette ville, rapporte que le projet primitif se bornait à la construction d'une petite citadeUe, suffisante pour abriter le propriétaire des mines et ses cinquante ouvriers; mais à peine les travaux étaientrils commencés, que les Grecs du district de Mainomenos, de Magnésie et de NymphsBum, harcelés par les Turcs, vinrent se grouper autour des Latins et mettre leurs bras à leur disposition. Les constructions prirent en conséquence un développement imprévu et, au lieu d'une simple citadelle, ce fut une ville qui sortit de terre, assez grande pour loger à la fois les Grecs et les Latins, sous la protection de la citadelle.' Ce changement dans les dispositions primitives paraît remonter à l'an 1300, car le catalan Muntaner qui prit part, en 1307, à une expédition contre "Fuylla" (Foglia), dit qu'il y avait une citadelle et une ville de plus de 3000 habitants grecs occupés à la préparation de l'alun.' D'après lui, les fondateurs de la nouvelle ville seraient deux Génois de la fomille Cattaneo, Andrea et Jacopo. Effectivement, dnq ans avant sa mort, Benedetto Zaccaria s'était fait représenter à Phocée par son neveu Tedisio. Après sa mort (1307), son fils et héritier Paléologo (dit aussi Benedetto II) Zaccaria délégua ses pouvoirs sur Phocée à un nouveau représentant, Andreolo Cattaneo. Paléologo mourut à son tour en 1314, et avec lui s'éteignit la descendance de Benedetto Zaccaria. Phocée passa alors par cession à une autre maison génoise, celle des
et tontes eeUes des époques postérienies nouveUe. Cependant, cette hypothèse n*est
indiquent deux Flioeée. H semblerait assez pas indiscutable. En tout cas, il y a lien
indiqué de fixer la naissance de la nou- de tenir compte de la note de VEist.
Tdle Phocée au moment de la fondation polit. Opol., éd. Bonn., p. 26, qui dit que
d'une TiUe de ce nom par les Latins et les deux localités sont distantes de 3 &
les Grecs réunis, ainsi qu'il sera rapporté 4 lieues.
un peu plus loin, d'attribuer à l'ancienne ^ Hopf, art Oiustiniam, dans Ersch
Phocée tout oe qui est dit de Phocée ayant et Gruber, 1« sect, iJLYUi, 310.
cette époque, et de supposer que l'andenne ' Duc., p. 16S.
TiUe a continué d'exister à côté de la * Trad. Lans, U, 172.
A, I. L'empire grec et les principautés franques de Gfrèce. 463
Cattaneo délia Volta, apparentée aux Zaccaria: le premier propriétaire fïit Tancien représentant des Zaccaria, Andreolo (1314 — 1331) qui la transmit ä son fils Domenico (1331—1336). Poor en revenir à la relation de Dncas, nous constatons qu'elle est conforme à l'histoire vraie en ce sens seulement qu'un Andrea (Andreolo) Cattaneo dirigea pendant de longues anuées la colonie de Phocée; mais il n'est pas question d'un Jacopo. Quant à l'agrandissement et aux travaux de fortification de Phocée, mentionnés par ce chroniqueur, s'ils ont été exécutés sous l'administration d'Andreolo , ce ne peut avoir été que pendant la première année (1306), car, en 1307, Muntaner trouva déjà la ville transformée. Quoiqu'il en soit, la cause de la concentration de la population chrétienne sur ce point fut, assurément, la marche progressive des Turcs. Mais Phocée n'était pas menacée seulement par terre: les corsaires turcs couraient incessamment les mers; qu'ils vinssent à se rendre maîtres des îles de l'Archipel ou même seulement des îles voisines de l'Asie-Mineure, de Ohio par exemple, et Phocée se trouvait coupée du monde occidental; il devenait à peu prés Impossible d'en expédier des vaisseaux chargés d'alun et les marchands habitués à venir l'acheter ne pouvaient plus arriver sans s'exposer aux plus grands dangers. Benedetto Zaccaria pressa vivement l'empereur de prendre des mesures pour la protection de Phocée^ à moins qu'il ne préférât lui en laisser le soin. Comme la réponse tardait, il alla de l'avant, sans attendre, et commença par mettre la main sur l'île de Chio (1304). Trop Mble pour l'en expulser, Andronic lui en donna le gouvernement pour dix années, sans tribut; Benedetto avait proposé d'employer les revenus de l'île aux travaux de défense.^ Après lui, l'île passa à ses héritiers et à leurs successeurs; ä chaque changement, le nouveau titulaire demandait l'investiture de l'empereur et son drapeau ne cessa jamais de fiotter sur les murs de la capitale, mais en réalité ils agissaient en princes indépendants. L'un d'eux, Martina Zaccaria (1314 — 1329) se distingua tout particulièrement, dans la lutte contre les Turcs, par sa bravoure et ses succès; il se fit une téUè situation par la protection dont il couvrait les voyageurs occidentaux, que le prétendant latin au trône de Gonstantinople, Philippe, lui décerna le titre de ^Boi et despote d'Asie-Mineure" et que le pape Jean XXTT, en reconnaissance des services rendus par lui à la chrétienté et aussi de ses nombreux envois d'argent, lui accorda, par dérogation à la dé* fense générale de trafiquer avec l'Egypte, la permission d'exporter du mastic d'Alexandrie.' Ainsi Chio qui ne devait, d'après le traité de
^ Pachym., U, 658; Cantacuz, I, 370. édit: cf. Giom. ligust, 1878, p. 974);
' Jord. Gâtai., p. 68; GuilL Âdœ, De Mmieri Bicdo, Saggiodieod, dipl, Napoi.,
modo exstirpandi Saraeenos (encore in- Suppl., Sfi part (1883), p. 76 et s.; Arehiv,
464 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.
Nymphseum, recevoir qu'une station génoise, se trouvait entièrement au pouvoir des Génois, la fieunille Zaccaria concentrait entre ses mains l'exploitation des mines d'alun de Phocée et du mastic de Chio, et le commerce génois monopolisait la vente de deux des produits les plus prédeux et les plus rares de ces régions.
Passons aux Vénitiens. A Cionstantinople, centre de la vie commerciale, ils restaient confinés dans le rôle secondaire auquel les avaient réduits les événements. Le chef de la colonie n'y portait plus le titre si élevé et si significatif de podestat: cette qualification était désormais réservée au chef de la colonie génoise; sous la dynastie des Paléologues, Venise ne put avoir à Constantinople qu'un baUe:^ à elle seule, la différence de titre constituait une infériorité de rang à l'égard du podestat A la cour, par exemple, ce baile ne faisait pas partie, comme le podestat génois, des personnages invités à La table impériale les jours de grandes fêtes religieuses;^ cep^dant, comme le podestat, il allait tous les dimanches rendre ses devoirs à l'empereur^ et il assistait aux fêtes de la cour, mais point aux premiers raugs. La plus délicate de ses fonctions était la représentation des intérêts de sa patrie et de ses compatriotes éparpillés dans tout l'empii-e; dans leur malveillance à l'égard des Vénitiens, il n'était pas de moyen, que les Grecs ne missent en œuvre pour fausser, tourner, violer les traités; c'étaient tantôt sur un point, tantôt sur l'autre, des atteintes aux personnes, aux droits, aux propriétés des Vénitiens, de sorte que le temps du baile se passait en réclamations d'indemnités et en protestations. Le jugement des attentats commis par des Vénitiens contre des Grecs, des contestations entre Vénitiens, des plaintes portées par des individus d'autres nations latines contre des membres de la colonie vénitienne, rentraient dans ses attributions;^ à cet eflEet, il tenait trois audiences par semaine, soit dans son tribunal, soit à l'entrepôt, soit sous le portique de l'église de S^ Marie. Les peines qull prononçait étaient, la plupart du temps, .des amendes auxquelles s'ajoutait, pour alimenter la caisse commune de la colonie, le produit de
de rOr. kU,, I, 272. Sur ce personnage * ^Bectorem, qui vocetur Bcgnlns.*'
et snr tons les membres de sa ikmiUe, Taf. et Thom., m, 83. ''Bignlus sen
en tut que propriétaires & Chio et à rector/ Ibid. 97 et s. Cf. anssîi ibid.
Phoofe, oonsnlter en prendàre ligne Tex- p. 189, 897; Nioépb. Grég., I, 97.
oaUentartidedelLHopfsiirlesCTufsfftPMM»- * Codin. Curop., 65 et ss., 74—76.
m gén«iB, dans Ersch et Gmber, Op. ' Cantacoz, I, 61.
eiL Cet artide a été tradmit en italien * La règle de la jorisprudenoe était
et complété par le prot Wolff (Oiam, contenue dans le Capüulare b<j^i Con-
ligwL, Vn, Vin, IX, 1881—82); voir aussi sUmtinopoliiam. Filiasi (Mèmorie dei Ve-
Pxonis, La xeeea di Seio durante il do- ndi primi e seeondd, VI, 2, p. 191 et sl)
minio dei Oenoveei (Msm. deW Aoead. en connaissait encore un exempbiire; fl en
di Torinoy 2« série, XXm, 1866). parle comme d'un code dyil et crimineL
A. L L'empire grec et les principautés franques de Grèce. 465
diverses taxes et de loyers, de sorte qu'elle était en général assez remplie pour pourvoir aux traitements des agents coloniaux et aux autres dépenses d'intérêt public Cette caisse recevait également les dépôt» d'argent et les cautions: le baile en était l'administrateur, et on exigeait de lui des comptes très -sévères. Il lui était adjoint deux conseillers (eonsuiarU) dont le rôle était d'assurer la régularité de ses actes aâministrati& et d'exercer un contrôle constant II leur était d'ailleurs permis, en dehors de leurs fonctions, de s'occuper d'a&ires de commerce, chose interdite au baile; aussi en résultait -il qu'ils profitaient souvent de ce prétexte pour se dispenser d'assister aux séances et aux démarches officielles. En cas de désaccord entre ces trois personnages, les questions en litige pouvaient être tranchées en appel par le conseil des douze (censilium majus) élu chaque année parmi les membres de la colonie.^
Pour la question des habitations des Vénitiens à Constantinople, le principe posé par le traité de 1277 et confirmé par celui de 1286' était toujours en vigueur: l'empereur était tenu de fournir et d'entretenir en bon état une maison pour le baile, une autre pour ses conseillers, une troisième pour emmagasiner les objets appartenant à la communauté, plus vingt- cinq logements ou davantage, suivant le besoin,' pour les marchands. D'après les traités, ces maisons ne pouvaient être situées que dans le quartier situé sur le rivage de la Corne d'or, entre la Porta Peranue (Peramatis) actuellement Balik- Bazar -Eapoussi et la Porta Drungarii, probablement la porte actuelle de Zindan-Eapoussi, c'est-à dire précisément sur l'emplacement de l'ancien quartier vénitien. H est bien probable que ces maisons ne formaient pas un groupe aussi compact que dans les temps anciens; ce qui est certain, c'est que les Vénitiens n'avaient plus à leur disposition de place fermée où ils pussent mettre leurs personnes et leurs biens à l'abri des soulèvements populaires et des incendies:^ à cet égard, ils étaient en droit de regarder d'un œil
* Les sources auxqueUes nous ayons dans plus de détails qu^il n'était possibl
emprunté ces renseignements sont princir de le fiûre ici (ibid» p. 90—127). paiement: les rapports rédigés par le baile ' Taf. et Thom., III, 189, 326 et s.;
Marco Minotto, en 1817 (?) et 1820, et Commemor, regest, 1, 248. la Commission d^Andrea Gradenigo, 1874. ' H y avait des époques où le chiifre
Les rapports de Minotto se trouvent au de 26 logements pouvait dépasser celui
complet dans Tat et Thom., IV, 108 et ss., des besoins: dans ce cas, le baile était
164 et ss. M. Diehl a donné des extraits tenu de louer le surplus au profit de la
de la Commission de 1874, dans les Ifé- commune: voyez Diehl, L c, p. 95, 108. langes d'archéologie et d'kist pubL par * Taf^ et Thom., IV, 187: ce ''locus
réeole française de Rome, 8® année, mars condusus*' signifie non pas une Citadelle,
1888, p. 128—181 : au moyen de ce docu- comme le pense M. Diehl, /. e., p. 96, mais
ment et d'autres sources, il a fait une simplement un quartier clos de murs, étude des fonctions du baile, où il entre
466 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.
d'envie la situation de Galata sur l'autre rive. Les églises de S^ Marie et de S. Marc qui leur avaient appartenu dès l'origine de la colonie et que les traités leur avaient rendues S se trouvaient enclavées dans les limites des habitations et leur entretien était à la charge de l'empereur. Les colons n'étaient d'ailleurs point absolument obligés d'occuper les logements fournis gratuitement par l'empereur, ni de se renfermer dans le même quartier; libre à eux de louer des maisons à leurs frais dans d'autres parties de la ville. A Thessalonique, la règle était la même; seulement, vu l'importance moindre de cette ville, le nombre des logements à fournir par l'empereur aux marchands vénitiens avait été abaissé de vingt -cinq à quinze au minimum. On sait avec quelle pai'cimonie les Paléologues mesuraient leurs dons aux Vénitiens: aussi ne sera-t-on pas étonné d'apprendre que les maisons affectées par eux à cet usage étaient si petites que ceux à qui on les assignait ne pouvaient y loger, et préféraient les sous-louer à des marchands de poisson ou autres petits commerçants.^ Ces deux villes étaient les seules où les marchands vénitiens eussent droit à des logements gratuits, mais partout ils pouvaient s'établir à leurs frais. Nous en trouvons, par exemple, dans la ville à^MaoBj sur la cote, à l'embouchure de la Maritza et dans différentes ües de l'empire.^ Par malheur, en dépit des garanties données par les traités aux Vénitiens comme aux Génois, la sécuiîté des personnes et des biens était fort mal assurée. Il paraît que la population grecque conservait toujours dans son cœur un amer souvenir du temps où elle subissait l'oppression des Latins, et qu'elle était au coui*ant des tentatives toigours renouvelées des Vénitiens pour restaurer la domination latine à Constantinople; aussi ne se passait -il pas de jour où quelque Vénitien ne tùi maltraité ou détroussé. Portait -il plainte devant les tribunaux, il était hué par les juges ou par de simples spectateurs absolument étrangers à l'affaire, de teUe sorte qu'il n'arrivait même pas à se faire entendre. Les traités donnaient aux Vénitiens le droit de se faire indemniser par le fisc pour les dégradations causées à leurs propriétés par des sujets grecs ;^ mais quand ils allaient à Constantinople porter une réclamation de ce genre, on les renvoyait avec une dél^ation sur les biens de l'auteur du préjudice; généralement celui-ci n'avait rien; ils devaient donc refedre une seconde fois le voyage de Constantinople pour toucher leur argent; là, on les traînait encore en longueur; à la
* Taf. et Thom., IH, 140, 827; IV, 188. • Taf. et Thom., IV, 164, 166.
* Plainte rédigée par Marco Celsi, con- ^ Traité de 1303. Taf. et Thom., 17, soi de Thessalomqae (Taf. et Thom., IV, 16 et as.
184): eUe a été reproduite, mais assez mal, dans les Commem, regest. y I, 208,
A. L L'empire grec et les principaiOés franques de Grèce. 467
fin, las d'attendre, ils consentaient à une réduction de leur créance et, au moment du paiement, l'agent du fisc leur en retenait encore une partie. Pour eux, la liberté du commerce, l'exemption des droits n'étaient guère que des mots; il n'était sorte d'entraves qu'on n'y mît D'après les traités, les seuls articles dont le commerce leur fût interdit sur le territoire de l'empire étaient le sel et le mastic;^ ils pouvaient exporter le blé, à moins qu'il n'y eût cherté et que le prix ne dépassât un taux déterminé.^ Mais ils allaient aussi chercher du blé des provinces de la mer Noire, de la Bulgarie en particulier. Le cas était prévu dans les traités: il était stipulé que ces blés pourraient traverser librement le territoire de l'empire.^ Or, les agents grecs interprétaient cette clause en ce sens qu'il était seulement permis aux Vénitiens de £Bdre passer du blé en transit, mais non de le mettre en vente sur les marchés de l'empire, et tout Grec qui achetait de ce blé était frappé d'une taxe de six carats par modius; naturellement, il préférait s'adresser autre part Les Vénitiens soutenaient avec raison que cette mesure vexatoire ne pouvait être appliquée qu'en violation des traités, car les blés de la mer Noire n'étaient pas compris dans la série des articles exceptés de la règle générale comportant la liberté de ventes et d'achats. Ce n'était d'ailleurs pas le seul pour lequel les agents grecs se permettaient^ sans la moindre apparence de droit, soit d'en interdire la vente aux Vénitiens, soit d'exiger une taxe de l'acheteur. Un autre droite reconnu aux Vénitiens sans restriction, était celui d'exercer n'importe quel métier, mais du droit au Mt, quelle distance! Apportaient-ils au marché de Constantinople des objets de sellerie fabriqués par eux, on les leur confisquait aux portes; on s'en prenait surtout aux Jui& qui exerçaient le métier de selliers sous la protection des Vénitiens; on brûlait leurs cuirs, on les jetait à l'eau; ofdciellement, ils pouvaient exercer le métier de fourreur; en réalité il leur était interdit On ne permettait pas à un pêcheur vénitien d'avoir une table au marché au poisson, à un boucher vénitien de tenir un étal à l'abattoir général; de même pour tous les petits détaillants. Le gouvernement fE^isait son possible pour entretenir une barrière entre les nationalités grecque et vénitienne. Tout matelot grec entrant au service des Vénitiens, tout ouvrier grec travaillant en commun avec des Vénitiens, tout producteur grec ayant recours pour ses transports à des navires vénitiens était frappé d'un impôt ou soumis à toutes sortes de vexations. Toutes les autres nations d'Italie, non pas
* Taf. et Thom., IV, 17. L'üe de Ohio, • Taf. et Thom., m, 98, 144, 382 et s.,
pays de production du mastic, appartenait 348; IV, 82 et ss. encore, à cette époque, à l'e^ipereur grec, ^ L. e., lu, 144, 332, 349.
qui avait créé un monopole pour la vente de cet article.
468 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.
seulement les Gfénois, mais les Pisans, les Ânconitains étaient l'objet de préférences révoltantes. A la cour, les affaires des Génois passaient tout droit, celles des Vénitiens ne parvenaient pas à aboutir. Sur les quais en dehors des murs, les Génois, les Anconitains pouvaient tenir des cabarets, les Vénitiens, non. Un incendie détruisit un jour un pâté de maisons aux environs de l'église de S. Pierre des Pisans'; tous les sinistrés reçurent la permission de rebâtir leurs maisons; les Vénitiens seuls se la virent refuser.^
Ainsi, sur le territoire de l'empire, en butte à la malveillance de l'empereur et de ses agents et à la haine populaire, aux humiliations, aux vexations de toutes sortes, dans les parties de la Grèce où s'était maintenue la domination franque, les Vénitiens jouissaient au contraire d'une situation très-considérable. La colonie de Négrepont, gouvernée par un baile, avec l'assistance de deux conseillers,^ était le centre de leur puissance: c'était, suivant l'expression si judicieuse d'une lettre écrite par un marchand vénitien, la prunelle de l'œil et la main droite de la Eépublique.^ A l'origine, les propriétés possédées directement par Venise étaient renfermées dans les limites que nous avons déjà décrites, c'est-à dire que le tout, y compris la maison commune, l'église de S. Marc^ etc. ne dépassait pas les proportions d'un quartier assez spacieux de la capitale de llle. Cependant, dans la main de ses bailes, habiles hommes d'état, esprits profonds, ne perdant jamais de vue les intérêts de la République, ce petit coin de ville devint la base de vastes entreprises. D'abord, la puissance des ti^ders, possesseurs du reste de Ifle, s'affaiblit vite par des changements de personnes, des partages, des querelles intestines; abandonnés à eux-mêmes par les princes de Morée, auxquels ils n'étalent liés que par des liens d'une vassalité à peu près nominale,^ ils ne tardèrent pas à comprendre que, dans la lutte incessante qu'il lern* fallait soutenir contre les Grecs, les Turcs, les Catalans, ils ne pouvaient trouver d'appui solide que dans la République de Venise, qui, elle, ne laissait jamais
^ Nous ayons emprunté les détail^ de ce Hopf, art Orieehenland, Op. eu., LXXXV,
tableau partie aux rapports du baile Marco 307, 371.
Minotto déjà cités, partie aux procès-yer- ^ Hopf, dans les Sitxungsbertehte der
baux de négociations engagées au mois de Berl Alüxd.f phil. hist. CL, 3 féyrier 1862,
Sept. 1319 entre le doge et une ambassade p. 81, 89.
grecque (Taf. et Thom., IV, 124—139), * Ce quartier fut entouré d'une mupartie aux explications échangées en 1320 raiUe fortifiée, à laquelle on trayailla de entre le doge et l'empereur (ibid. IV, 139 1305 à 1308: Hopf, art. Griechenland, —164), partie enfin aux projets d'instruo- Op. cit., LXXXV, 375. Au cours des tiens à remettre à un ambassadeur qui années 1838, 1340 et 1343, on trayailla deyait partir de Venise pour Oonstantinople à perfectionner les fortifications, p. 438 et s. en 1322 (ibid. IV, 187-191). * Hopf, Op. cit., p. 410.
' Sanudo, dans Murât, SS. XXTT, 797;
A. I: L'empire grec et les principautés franques de Grèce. 469
sa colonie dé Négrepont à Fabandon et lui fournissait toirjoors une escadre pour la protéger- en temps de danger. Us se sentaient donc de plus en plus les protégés de Venise, et ils regardaient comme un bonheur d'être compris dans les traités qu'elle signait avec d'autres puissances. D'un autre côté, la République savait se fisdre payer ses services: après l'expulsion des Catalans, en 1317, elle mit garnison dans les citadelles et les villes, ne laissant aux tierders que le plat pays.^ Ainsi elle arrivait peu à peu au but de son ambition, la suprématie politique dans l'île; elle la possédait depuis longtemps dans le domaine du commerce: déjà, en vertu d'un traité conclu en 1262, toutes les marchandises arrivant par mer, quel que f&t le point de débarquement, devaient payer un droit de douane^ dont le taux, suivant Pegolotti,^ était de 2%; mais, ce qui assurait mieux sa prépondérance, c'est que Négrepont était une des stations le plus fréquentées par sa marine marchande; tous les vaisseaux venaient toucher là en passant et en repartaient soit pour C!onstantinople, Tana, Trébizonde etc. ou pour Venise,^ soit pour les côtes européennes ou asiatiques de l'ÂrchipeL
La situation des ducs de Naxos était tout à fait analogue à celle des tierciers de Négrepont. Ces petits princes réunissaient sous leur domination médiate ou immédiate plusieurs des Cydades. Issus de la £unille vénitienne des Sanudi, ils avaient longtemps prétendu se soustraire au patronage de leur mère patrie; ils se prévalaient alors du titre de vassaux de l'empereur latin ^ et de pairs de la principauté de Morée;^ plus tard, exposés plus que personne aux ravages des corsaires, ils durent bien avoir recours à Venise, et celle-ci leur fit parvenir de Négrepont du matériel de guerre; dès lors, convaincus que c'était la seule puissance capable de les protéger, ils firent tout pour se rattacher étroitement à elle.^ En cela, ils ne faisaient que suivre l'exemple^ d'un grand nombre de petits souverains insulaires, descendants de familles vénitiennes; ceux-ci
^ Hopf, Op. cit., p. 413, 426, 488. de Séripho (ria Sirafo, via per bucham
^ Taf. et Thom., m, 47, 53. de Serifo) ; voyez Sathas, Doe, inêd. relat.
^ PegoL, p. 109. Eu 1348, les habi- à Vhist. de la Orèce au moyen -âge,
tants de Tile eux-mêmes se plaignireut 1^^ série, I, 67, 114, 134, 194.
du taux exagéré des droits de douane. ' Voyez un document intéressant dans
Hopf, Op. cit., p. 452. Hopf, 2ki8ätxe xur Gesch. von Ändros,
* Réglementairement, les galères en Op. cit., p. 242— -245.
route pour Constantinople et la mer Noire ^ Hopf, art Orieehenland, op. dt.,
devaient faire escale à Négrepont (Arch. p. 410.
Venet., XVm, 826, 827, livres perdus ' Hopf, Op. cil., p. 462.
des Misti); cependant, du moins à des * Hopf, Op. cit., p. 878, dit que le
époques postérieures, lorsque le voyage commencement du JLIV® siècle marque
devait être fait plus rapidement, eUes l'époque de la consolidation de la domi-
passaient parfois par les Cyclades, en vue nation vénitienne dans FArchipel.
470 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant
passaient souvent nne partie de l'année à Venise, et, comme leurs prindpantés ne lenr donnaient que des revenus insuffisants, il y demandaient des fonctions, et on les voyait amiraux, ambassadeurs, gouverneurs au service de la République.^ La Seigneurie tenait jalousement la main à ce qu'ils ne fissent que des mariages à sa convenance à elle, car il s'agissait d'empêcher ces îles de passer aux mains d'un étranger, d'un Génois surtout;* aussi, appelait-elle devant son tribunal tous les procès en revendication de propriété ou d'héritage. C'est que tout ce qui pouvait contribuer à développer la puissance de la République, à ouvrir à sa marine de nouvelles stations et de nouveaux ports de refuge dans les eaux de la Grèce, favorisait les intérêts de son commerce dans le Levant, sans compter que, si peu nombreux qu'ils fussent, les produits de ces ues étaient un appoint foumi au mouvement commercial.
Tandis que le baile de Négrepont exerçait une surveillance vigilante sur la partie septentrionale des îles de la Grèce, dans la partie méridionale les intérêts de la République étaient confiés au duc de Crète. La plus vaste de toutes ces îles et en même temps la plus méridionale, la Crète en forme comme la clef de voûte: entre les mains de Venise, c'était un précieux instrument de domination sur toute cette région, mais surtout c'était une station intermédiaire d'une valeur inappréciable pour le commerce de Syrie et d'Egypte. Nous en avons déjà parlé à ce point de vue; nous avons également énuméré les produits qu'elle livrait au commerce; il ne nous reste qu'à reprendre l'histoire de l'île depuis le moment où elle devint colonie vénitienne. Maître de Constantinople, Michel Paléologue voulut la reprendre. H y expédia des troupes; attaqués à la fois par ces troupes et par la population grecque de l'île, les colons vénitiens se trouvèrent un moment dans une situation des plus critiques (1264).* Cependant, ils tinrent leurs adversaires en échec jusqu'au moment où l'on put faire la paix; par les traités de 1265, de 1268 et de 1277, Michel s'engagea à retirer ses troupes et à ne plus jamais disputer aux Vénitiens la possession de l'île.^ Effectivement, aucune menace ne vint plus du côté de Constantinoplé, mais l'ère des difficultés intérieures ne faisait que s'ouvrir. Nous ne parlerons que pour mémoire des querelles intestines, issues d'un acte de vengeance privée qui provoqua (1269) une insurrection d'un certain nombre de femiUes vénitiennes contre le duc Andrea Zeno^ (1265—1269): mais les
• Voy. p. ex, Hopf, Gesch. von Andros, * Taf. et Thom., lU, 68, 80, 95, 137. p. 87 et 8., 44. Son fils Andronic renouyela cette promesse
• Ibid. p. 66—60. en 1285; tlnd. 325, 844.
• Taf. et Thom., m, 64; Laur. de * Laur. deMonacis, p. 168—160. L'or- Monads, Ckromeon de rebus venetiSf p. 168. dre chronologique des faits rapportés par cet
A. L L'empire grec et les principautés franques de Orèee. 471
principaux éléments de la résistance se trouvaient dans les familles à^ archontes grecs, feunilles très-puissantes, tant par leurs fortunes territoriales, que par leur influence sur la population des campagnes. Le premier soulèvement eut poui* che& les Cortcusgi; ils annonçaient hautement leur volonté de chasser l'étranger, et par deux fois ils furent sur le point d'atteindre leur but; la première fois, en 1274, ils surpiirent le duc Marino Zeno dans un défilé, et la fleur de la noblesse vénitienne resta sui* le champ de bataille; la deuxième fois, en- 1277, ils acculèrent le duc Pietro Zeno dans Candie, sa capitale, devant laquelle ils vinrent mettre le siège; mais l'arrivée de Marino Gradenigo les obligea à le lever, et leur soumission ne tarda pas à suivre cet échec: la révolte avait duré six années à peu près.^ Quelques années plus tard, Alexis Kalergis se mettait à la tête d'un nouveau soulèvement; il soutint la lutte pendant seize années (1283 — 1299);' on finit par obtenir sa soumission aux prix d'un traité avantageux qui lui assurait une extension considérable de ses domaines et de beaux revenus à prendre sur les biens d'églises et de couvents.^ A pai'tii* de ce moment, il voua aux Vénitiens une fidélité inébranlable qu'imitèrent ses descendants; grâce à leur abstention, diverses tentatives de soulèvement qui se succédèrent en 1319, 1333 etc., ne purent pas prendre d'extension et furent aisément étouffées. Cependant, en 1341, éclata une nouvelle insurrection générale et, pendant un cei*tain temps, les Vénitiens lurent réduits à la possession de la capitale et de quelques châteaux isolés.^ Us finirent pourtant par prendre le dessus et, quoique la mère patrie n'eût point refusé ses secours, le principal mérite du succès revint aux propriétaires de fiefs nobles et autres qui remplirent énergiquement leurs devoirs militaires. Ce qu'avait été leur existence pendant ce temps, on peut se le figurer: tantôt la culture des terres était impossible, tantôt les insurgés détruisaient les récoltes sur pied; heureusement, la merveilleuse fertilité du sol suppléait au travail de l'homme et comblait rapidement les vides. Le commerce ne pouvait faire autrement que de ressentir l'influence de ces guerres intestines sur la production de l'île: néanmoins, le grand commerce avec la Syrie et l'Égjrpte suivit toujours son cours, grâce à cette circonstance que Candie, la capitale et le principal ancrage des galères, ne tomba jamais aux mains des insurgés. Il y avait encore un autre
écrivain a été rectifié par M. Hopf ^G'rfreeA«»- ^ Laur. de Monads, p. 160 et s.; Hopf,
kmdy Op. cit., p. 304), qui a établi exacte- Op. eit, p. 314.
ment l'époque du règne de Zeno, et, en ' Laur. de Monads, p. 161 et 88.;
second lieu par la date (!«' avril 1269) de Hopf, Op. cit., p. 460.
la lettre écrite au doge par Zeno au si^et * Taf. et Thom., lU, 376 et ss.
de cette rébellion (Taf. et Thom., III, * Laur. de Monacis, p. 164— 171 ; Hopf,
102 et 88.). Op. CÜ., p. 460—462.
472 Deuxième période. — II. Développement du commerce du Levant.
port, moins important^ la Canée^ en 1293, les Génois le rédnisirent presque complètement en cendres; en 1309, des corsaires pisans s'en emparèrent;^ mais en dehors de ces denx circonstances, il resta tout le temps ouvert aux navires marchands. Là, comme à Candie, les Vénitiens avaient construit on grand m61e pour &ciliter l'accès du port.'
Snr la terre ferme, en Morèe, Venise, nous le savons, ne possédait qu'un coin de terre, mais sur ce coin s'élevaient deux villes d'une valeur capitale pour une nation intéressée au commerce de l'Orient; la Seigneurie les avait entourées de bonnes fortifications et y entretenait une garnison permanente. Coron passait pour la plus importante des deux; son port fortifié pouvait abriter les galères et autres navii*es;^ elle avait aussi plus de revenus que Modon, où le chiffi-e des recettes était souvent inférieur à celui des dépenses.^ Administrativement, les deux colonies n'en Élisaient qu'une, placée sous l'autorité de Castellans (gouverneurs), d'abord au nombre de trois et réduits plus tard à deux, qui alternaient dans chacune des deux villes à époques fixes. Ces castellans avaient moins à s'occuper des affidres du pays voisin que de ce qui se passait sur mer; transports chargés de pèlerins, galères de commerce, flottes de guerre vénitiennes ou autres venaient fréquemment chercher un refuge dans leurs ports; souvent on réclamait leur avis ou leur aide lorsqu'il y avait danger de rencontrer des flottes ennemies ou des corsaires:^ sonvent aussi, dans des moments critiques, on confiait à leur garde, pour les reprendre plus tard, des marchandises provenant de diverses parties du Levant*
Maintenant que nous connaissons la situation des deux principales nations commerçantes dltalie en Grèce sous les règnes de Michel Paléologue et d'Ândronic II, le moment est venu de dire le peu que l'on sait de la Colonie pisane de ConstatUinopie pendant la même période.
^ Hopf, Op, eu., p. 460. Thomas, Die äUesten Verordnungen der
' OomiiiiBsion pour Pile de Crète, signée Venetianer für auswärtiffeAngekg^iheiien :
par le doge Andrea Dandolo en 1360, pabl. Abh, der bayer. Akad., Cl. I, vol. Xm,
p. Thomas, Abh. der bayer. Akad., CL I, sect I, p. 118. Cet ordre (quod fadant
vol. XIV, sect. 1, p. 208—212. (Ordon- ibi — nn Coron — arsenatnm) fut, d^ail-
nances des années 1312 et 1817). Les leurs réitéré entre 1313 et 1317 (Archiv.
livres perdus des Mieti contenaient une Venet., XIX, 113: on y trouve, en outre,
série de règlements pour Pile de Crète toute une série d'autres ordonnances rela-
publiés par la Seigneurie entre les années tives à Coron et à Modon). 1293 et 1382: on en trouvera les rubriques * Sathas, 1. c., m, 876.
dans V Archiv, Venet., XVm, 58 et ss. ^ Hopf, art Griechenland, Op. eiL.
' En 1281, les castellans de Coron re- LXXXV, 307 et s., 341 et s., 396, 440. curent Tordre de faire construire "unum " Sathas, 1. c, m, 299 et s., 363 et s^
arsenatum, in quo sub cohoperta possint 367, 441 et s. salvari et teneri galee et aliud navalium" :
A, L Uempire grec et les principautés franques de Grèce. 473
En entrant à Constantinople, Michel Paléologfue y trouva des marchands pisans en assez petit nombi*e et consentit à les laisser continuer d'habiter dans l'intérieur de la ville avec leur consul particulier.^ Il semble que leur quartier était toujours le même qu'autrefois, car nous trouvons que l'église de S. Pierre, qu'ils possédaient déjà au Xn® siècle, était encore à eux au Xin® et au XIV®.* En qualité de représentant de sa nation, le consul pisan était admis à l'honneur de présenter ses hommages à l'empereur les jours de grande fête,^ mais, en dehors de cela, il ne jouait qu'un rôle tout à fait effacé. Il n'est question qu'une fois, dans les annales byzantines, d'un service signalé rendu par un consul pisan à l'empereur Andronic Des moines franciscains avaient acheté un terrain à C!onstantinople et y avaient construit un «magnifique monastère et une église; la chose s'était faite avec le consentement de l'empereur; mais l'établissement de religieux catholiques-romains en pleine capitale suscita une telle irritation chez le patriarche grec et dans la population, qu'Andronic résolut de les fiäire partir, même par la force, si la persuasion ne suffisait pas. Le consul pisan, qui demeui*ait dans le voisinage, se rendit très -utile dans cette occurrence, en obtenant du clergé de St Pieire qu'il se chargeât de la garde des vases sacrés du monastère;^ mais, s'il acquit par cette démarche des droits à la reconnaissance de l'empereur, il s'attira la haine du podestat génois de Galata qui, excité contre lui par les Franciscains, tenta de le faire assassiner.^
Coomient expliquer qu'après avoir joué, vers 1200, un si grand rôle en Syrie et à Ck)nstantinople, les Pisans fussent réduits dans la capitale de l'empire à une situation si mesquine et qu'ils aient fait si peu parler d'eux dans les nouveaux pays qui s'ouvrirent au commerce pendant cette période? La cause en est à la longue rivalité de G^nes et de Pise: pendant bien des années, les deux Républiques avaient été en guerre; il s'agissait d'abord de la possession de la Sardaigne et de la Corse, mais, en réalité, de la prépondérance maritime dans la partie occidentale de la Méditerranée: la lutte se termina, en 1284, par la bataille navale de Meloria; la flotte génoise était commandée par Oberto Doria; les Pisans laissèrent trente -trois de leurs galères aux mains de l'ennemi; sept autres furent coulées à fond; dix mille hommes, parmi lesquels l'élite de la noblesse pisane, furent emmenés en captivité par le vainqueur.
^ Pachym., I, 162 et s., 168. ignorait qu'eUe eût appartenu aux Pisans;
' '^In contrata S. Pétri Pisauorum:^ mais cette circonstance que le consul pisaa
Taf. et Thom., IV, 166. avait, par le fait même de ses fonctions,
^ Oodinus Curopal., p. 57. des ordres à donner au dergé de cette
^ Le traducteur ajoute, tout à fait à église, aurait dû le mettre sur la trace
tort, dans ce passade, que l'Église de S.Pierre de la vérité, était une église grecque; il est vrai qu'il ' Pachym., II, 536—539.
474 Deuxième période. — //. Dévélqppemeni du commerce du Levant.
Contrainte de subir, en 1288, un traité humiliant, elle ne s'y prêta qu'à contre-cœur et continua une guerre de détail Pour Ten punir, Corrado Doria détruisit, le 10 sept. 1290, le port de commerce appelé Port Pisan (entre rembouchure du Calambrione et l'ancienne forteresse de Livoume)^ et établit un barrage à l'embouchure de l'Amo. Ce fut un coup mortel pour la puissance maritime et commerciale de Pise; elle ne s'en releva jamais. Cela lui eût d'ailleurs été d'autant plus difflicile qu'en ce moment la Toscane était déchirée par la rivalité des Guelfes et des Gibelins, arrivée à son paroxysme; Pise était à la tête de la faction gibeline et eUe avait besoin de toutes ses forces pour soutenir la lutte contre les forces supérieures des Guelfes.
Ces événements exercèrent néoessairement sur l'activité commerciale des Pisans une influence dont le contre-coup se fit ressentir jusqu'à Constantinople; mais déjà on commençait à y voir des bourgeois àe Florence, la ville guelfe, la future héritière de Pise; déjà Pegolotti la nomme à part parmi les nations commerçantes représentées à Constantinople, et cela, à une époque où elle ne disposait encore ni d'un port ni d'une galère.^
Parmi les villes de l'Italie centrale, Ancone avait encore à Constantinople sa colonie de commerce distincte. Cette colonie était administrée par un consul nommé par la mère patrie pour trois ans et assisté par un conseil de marchands (coUegium mercatorum in Bomania exir stentium).^ Dans les cérémonies officielles de la cour de Byzance, son rang venait immédiatement après celui du consul. pisan, ce qui correspondait exactement à l'importance relative de la nation représentée par lui.^ En dehors de cela, la ville d'Ancône envoyait des ambassades spéciales, lorsqu'il s'agissait d'obtenir la réparation d'abus ou une extension de franchises.^ C'est à l'occasion d'une de ces ambassades que l'empereur Andronic n abrogea les dispositions d'un décret précédent, maintenant perdu, et fixa les taxes ^ dues par les marchands anconitains au taux unique de 2 7o ^ l'entrée et à la sortie, y compris les droits de pesage et de courtage; par la même occasion, il interdit toute fraude; en effet, pour échapper entièrement aux droits, certains marchands anconitains faisaient parfois entrer leurs marchandises en contrebande, en leur attribuant une origine vénitienne ou génoise.
* AÜatUe Luœoro, p. 52. * Codia. CuropaL, p. 57.
' PeRoL, p. 24. En 1348, la maison ^ Makuscev, l c.
de banque Alberti, de Florence, avait une ° JuilL 1308, publ. en grec par Miklo-
succursale à Constantinople: Perrens, Eist, sich et Muller, Äetagra^a, HL, xvi— xix, de Florence, m, 258 et s. en latin par Makuscev, /. c, p. 156 — 158.
' Makuscev, Monumenta hist. Slav.
mérid., I, 1, p. 161 et ss. Commem, reg,, II, 69, lign. 2.
A, L Vempire grec et les principautés franques de Ghrece. 475
Enfin, l'Italie méridionale était réprésentée à Constantinople par des villes de la Fouille, spécialement par celles de Bari et de Trcmi, puis par des marchands Amalßains et Siciliens.^
Les marchands de Raguse entretenaient toujours des relations avec Byzance ; ils avaient fait renouveler leurs anciens privilèges, d'abord par Michel Paléologue, et encore, en 1322, par Andronic IL* Leur trafic se faisait à la fois par mer et par terre, grâce à des privilèges obtenus de divers princes bosniaques, serbes et bulgares,« qui leur permettaient de pai-courir, avec leurs mai'chandises, toute la péninsule de l'Hémus.
Toutes ces nations étaient connues depuis longtemps en Grèce; mais à l'époque où nous sommes, nous en trouvons une nouvelle, les Catalans: parmi ces derniers arrivés, les bourgeois de Barcelone se faisaient particulièrement remarquer, vers la fin du XIŒ® siècle, par leur esprit d'entreprise. La communauté d'intérêts qui rapprochait dans une même hostilité contre les princes de la maison d'Anjou, souverains du royaume de Naples, les Paléologues et les rois d'Aragon, semble avoir exercé une influence favorable sur le développement du commerce dans les états de ces derniers. C'était bien le moins qu'à C!onstantinople on fît bon accueil aux capitaines de navires catalans, quand les rois d'Ai*agon, unis aux insurgés de la Sicile, tenaient en échec les armées napolitaines et leur donnaient assez d'occupation pour ôter aux habitants de l'empire grec toute crainte d'invasion: d'un autre côté, les Vêpres siciliennes avaient formé la base d'une union intime entre les Aragonais et les Catalans d'une part et les Siciliens de l'autre; les deux nations étaient gouvernées par des princes de la même maison; dans le port de Messine, la marine catalane était presque comme chez elle; le commerce catalan y jouissait de privilèges exceptionnels.* N'oublions pas que le détroit de Messine
* D'Avino, Ceftni starici stdle ekiese les Génois avaient joué le premier rôle NapoL, p. 676; Petroni, Storia di Bari, sur le marché de la Sicile. Yoy.Pandelta n, app.y p. 537; Pegol., p. 24; Camera, délie gabelle di Messina, éd. Sella, dans Mem. di Amalfi, I, 540 et ss., parle de les MisceU, di Storia Ual,, X, ISO et sa. navires amalfitains pillés dans les eaux et V introduction de P. Yayra, p« 33 — 37. grecques par des Vénitiens en 1321 et 1352. Cette faveur ne se bornait pas aux marchands
' Luccari, Ristretto degli annali di de Barcelone et de la Catalogn^e en gréné-
Rausa, p. 40; Appendini, Notixie stdle rai; elle s^étendait à ceux des Baléares et
antickità dei Bagusei, I, 287; Engel, de tous les pays du midi de la France
Oesch, d. Freistaats Ragusa, p. 118. sigets de la couronne d'Aragon: le comté
' Miklosich, Mmum. Serbica, passim. de BoussiUon avec Perpignan, la Cerdagne,
* Les diplômes des rois de Sicile Jacques les villes de Narbonne et de Montpellier. (18 et 22 févr. 1286, 17 juiUet 1288) et Voyez ibid. p. 131—142, les diplômes de Frédéric II (3 avril 1296) témoignent Frédéric II, des années 1300, 1305, 1313 éloquemment de la situation privilégiée et 1332; j'attribue cette dernière date au faite aux Catalans, tandis que, jusqu'alors, diplôme en faveur de Montpellier publié
476 Deuxième période. — II Bévdoppement du commerce du Levant,
était ran des passages les plus fréquentés de la i-onte d'Orient^ et nons comprendrons que les marchands catalans devaient être naturellement amenés à suivre le courant Ils finirent donc par former une colonie à Cionstantinpple; il serait difficile de préciser la date de sa fondation, mais il est certain que, vers 1290, un consul catalan, nommé Dalmacio Suner, reçu en audience par l'empereur Ândronic n, lui exposa le projet formé par les habitants de l'Âragon, de la Catalogne et de Majorque et particulièrement par les bourgeois des villes maritimes de Barcelone, Valence et Tortose, de fréquenter l'empire grec et sa métropole, et leur désir d'obtenir d'abord la liberté d'accès en général, puis et surtout un abaissement des droits de douane. L'empereur leur accorda l'autorisation d'aller et de venir en toute liberté sur son territoire, et fixa à 3 % ^^ droits à payer par eux à l'entrée et à la sortie; en outre, il leur garantit la sécurité de leurs marchandises, particulièrement en cas de naufr-age. Le diplôme où ces fisiveurs sont énumérées a été conservé; on en possède le texte original en grec^ et la traduction en latin;^ il est regrettable qu'il ne porte ni le nom de l'empereur, ni l'indication de l'année; mais conmie le roi d'Aragon y est qualifié en même temps de roi de Sicile, il est évident qu'il ne peut appartenir qu'à l'époque où les deux couronnes étaient réunies, c'est à dire à la période comprise entre les années 1282 et 1296; il est difficile de comprendre par quelle voie M. Capmany arrive à fixer la date de 1290; on ne peut l'admettre que comme une approximation. Certains détails de ce diplôme sembleraient indiquer que les relations commerciales des Catalans avec l'empire en étaient à leur début; dans ce cas, il faudrait supposer que D. Suner était un ambassadeur chargé de la double mission de fonder la colonie catalane à Constantinople et de l'administrer pendant un certain temps. Mais, dès 1268, les autorités municipales de Barcelone avaient obtenu du roi l'autorisation d'établir des consuls dans les pays avec lesquels la marine de leur ville était en relations, et la Bomanie, c'est-à dire l'empire byzantin, est spécialement nommée.' n est difficile d'admettre que cette autorisation soit restée lettre morte justement pour la capitale de ''la Bomanie" et qu'on ait attendu l'année 1290 pour y nonmier un consul. Ajoutons encore que l'on trouve des traces certaines de l'existence d'un trâfic maritime enti'e la Catalogne et Byzance dès le temps de Midiel
saiu date par M. SeUa et extrait de Mas- m, 606 et as.; Miklosich et Müller, Ada
Latrie, Doeumenis sur le commerce marù gr€Bca, m, 97 et s.
Hme du midi de la Franee; Bffdioth, de ' Capmaiiy, /. c, p. 367 et s.: la pièce
Vëeole des chartes, S® série, III, 205. est accompagnée d'une notice snr Tépoqne
^ Gapmany, Mém. hist, sobre la ma- de sa rédaction.
rina, eommercio y artes de Baredonay U, ' GapmaBy, /. c.y p. 34, n* XTV. 467 et s.; Zachariœ, Jus gnxeo-romanum.
A. L Uempire grec et les principautés franques de Grèce. 477
Paléologue; en effet, cet empereur profita un jour de la présence d'un grand vaisseau marchand catalan dans le port pour faire donner la chasse à un corsaire génois.^ Ce trafic se continua sous Andronic IL En 1302, par exemple, au moment où des marchands de Bai-celone faisaient yoile pour Constantinople, les autorités de la ville leur remirent des lettres de recommandation poui* le podestat génois :> pourquoi pas pour le consul catalan? demandera-t-on. Il est permis de supposer, avec M. Cistpmany, que le poste de consul catalan était alors inoccupé ou que, peut-être, cette fonction n'était pas encore créée à titre permanent II semble que l'arrivée de la compagnie de mercenaires catalans, commandée par Boger de Flor, en cette même année 1302, f&t fidte pour créer à la nation catalane une situation à part à la cour byzantine et surtout que la reconnaissance de l'empereur pour les services importants qu'elle kd rendit contre les Turcs, dût étendre ses effets à tous les Catalans présents à Constantinople. Le fait est que les Génois craignaient de se voir effacés par eux dans les préférences de l'empereur et qu'ils prirent tout de suite vis-à-vis d'eux une attitude hostile. Mais la mort de Boger de Flor, traîtreusement assassiné, en 1305, à l'instigation du prince Michel, bouleversa la &ce des choses. De Gallipoli, où elle était cantonnée, la Compagnie, nous l'avons vu, envoya un défi à l'empereur; en réponse, celui-ci fit mettre à mort leur amiral et tous les Catalans et Aragonais présents à Constantinople. Il n'est cependant pas certain que cette cruelle mesure ait atteint les simples marchands; néanmoins, tant que dura la guerre entre la Compagnie et l'empire, c'est-à dire pendant plusieurs années, il eût été difftcile à une colonie de commerce de subsister à Constantinople sans s'exposer aux plus grands dangers. Les colons émigrèrent sans doute, probablement dans le château fort de la Compagnie, à Gallipoli; ils y trouvaient double avantage: d'abord, le butin immense qui y affluait fournissait à leur commerce un aUment inépuisable, et puis ils contribuaient à la défense de la place.^ Quand par la suite, la Compagnie abandonna Gallipoli pour aller se fixer dans
* Pachym., 1, 424 et s. M. Capmauy cite ' Gapmany, n, 876 et s.
à ce propos un passage de la Okromque ' Mimtaner, trad. Lanz, H, 106 et s.,
de Oiav, ViOcmi (éd. Dragom., I, 439); 129 et s., 182, 144, 162. Muntaner pla^
mais il est beaucoup moins probant Voici des marchands catalans à la tête de la
ce qu'il rapporte, à Tannée 1286: "i Pi- troupe de femmes armées pour la défense
sani presono cinque navi grosse de' Geno- de Qallipoli contre les Génois; il est cer-
yesi e più altri legni di Gilidani e Gâta- tain que ces gens ne sortaient pas de la
lani, i quali veniano di Bomania e di Ci- Compagnie de mercenaires, dlia.'' n est probable que les nayires génois Tenaient seuls de Bomanie, et que les siciliens et catalans venaient de Sicile.
478 Deuxième période. — IL Dévdoppement du commerce du Levant,
le duché d'Athènes (1311) il n'est pas douteux que cette principauté dut devenir le but des vaisseaux marchands catalans,^ puisqu'ils y étaient assurés d^un bon accueil Mais Constantinople avait toujours une toute autre importance au point de vue commercial; aussi, les marchands catalans appelaient -ils de tous leurs vœux la reprise des anciennes relations. Û semble que la pacification désirée ne se soit pas fait attendre, car ils obtinrent, antérieurement à l'année 1320, une réduction de 3Vo ^ 27o sur les droits d'importation et d'exportation. En effet, dans un document de cette année 1320, les autorités de Barcelone se référaient à un privilège impérial par lequel ce taux devait être garanti en faveur de leurs compatriotes; seulement, elles se plaignaient de ce qu'on exigeât d'eux jusqu'à deux et trois fois le paiement des droits; d'après elles, quand les marchands catalans ne trouvaient pas à se défedre de leurs marchandises dans le premier port où ils avaient débarqué et les transportaient sur d'autres marchés, on leur réclamait chaque fois la même taxe. Pour obtenir la suppression de cet abus, elles demandèrent au roi Jayme n d'appuyer leur demande auprès de l'empereur; la maison de commerce G. Garbonell et C^® qui chargeait en ce moment un vaisseau à destination de Cionstantinople, se chargea de la lettre du roi.^ M. Capmany pense que le deuxième diplôme d'Andronic en £a.veur des Catalans fut accordé à la suite de cette démarche; nous possédons ce document, mais, malheureusement, il n'est pas plus daté que le premier:^ M. Capmany, conséquent avec lui-même, le place à l'année 1320.^ A première vue tout semble justifier cette opinion: en effet, le diplôme est évidemment la réponse à une lettre du roi Jayme, apportée par un certain Carbonell et trois autres marchands catalans. Mais, en y regardant de plus près, on découvre que la première lettre du prénom du Carbonell de la lettre des autorités de Barcelone est un G. (GuiUermo?) tandis que le Carbonell du diplôme impérial est dénommé en toutes lettres Berangario; en outre, le diplôme fixe le droit à payer à 2%^ puis vient la défense d'exiger des Catalans une taxe plus élevée; mais cette phrase est conçue en termes trop généraux pour qu'il soit possible
^ Cette supposition est confirmé par ' Capmany, II, 84 et s.
les Oommem, reg., n, p. 16, n<> 96, p. 22, ' Capmany, U, 468—471; il donne le
XL^ 129, p. 28 et s., n<> 166, p. 80, n^ 171, texte grrec avec accompagnement de la
173, p. 189 et s., n^ 130, p. 826, n^ 269, traduction latine; le texte grec se trouye
p. 880 et s., no 808: dans ces pièces nous également dans Zachariae, /. c, p. 639
voyons des marchands de Barcelone ou et ss. et dans Miklosich et MuUer, /. c.
de Majorque faisant des voyages d^afi&dres lU, 98— 100. à Athènes et & Thèbes ou prenant part *' Mpm,y I, 73.
À des expéditions qui avaient le duché d'Athènes pour point de départ
A. L Uem^re grec et les principautés franques de Grèce, 479
d'y voir nne réponse favorable à la réclamation des autorités de Barcelone. Je crois donc que le diplôme auquel M. Capmany attribue la date de 1320 est le premier privilège par lequel Andronic abaissa les droits de douane de 37o ^ 2%; c'est la réponse à une pétition plus ancienne, appuyée par le roi et apportée par Bérenger Carbonell et consorts. Quant aux résultats obtenus par une autre lettre de Jayme écrite en 1320 et portée par Guillermo Carbonell et consorts, à supposer que le roi l'ait effectivement écrite, ce qui est d'ailleurs très-vraisemblable, mon avis est que nous manquons des moyens de les connaître. Quoiqu'il en soit,^ U n'y a pas à douter que la marine marchande de Barcelone, alors à l'aurore de sa prospérité, ait fait largement usage de l'autorisation qui lui était accordée de trafiquer avec l'empire grec et qu'elle ait hardiment pris place à côté des marines génoise et vénitienne:' nous verrons que son apparition dans les eaux grecques ne tarda pas à être suivie de celle d'une flotte de guerre, chargée d'y soutenir les intérêts de la maison d'Aragon.
Enfin, dans l'énumération des nations commerçantes représentées sur la place de Constantinople, donnée par Pegolotti, nous trouvons le nom de ProvençatJix;^ mais il faut le prendre dans la large acception que lui donnait le Moyen-Age. Ainsi, ce nom doit nous rappeler d'abord les habitants de Marseille, la première ville de la Provence proprement dite, mais aussi et peut-être plus encore ceux de Montpellier et de Nathanne. Trois faits de piraterie qui donnèrent lieu à des réclamations et à des procès nous feront connaître ce qu'était le trafic entre les villes du midi de la France et Constantinople, et nous donneront un aperçu des articles qui faisaient l'objet du commerce entre les deux pays. En 1334, des marchands de Narbonne, de Montpellier et de Béziers s'étaient embarqués à Constantinople pour Aigues-Mortes sur un navire de Narbonne, avec une cargaison d'alun, de cire, de peaux et de blé ; en route, ils tombèrent entre les mains de corsaires espagnols.^ En 1363 et 1356, un grand marchand français, nommé Haimond Seraller (Serailler) dont la maison de commerce se
* n est possible que Ton trouve des des doc, inéd.j Mélangea hiêt.f m (ISSO),
éclaircissements dans la Caria al Bey An- p. 96.
dronieo ü PcUeologo, publiée dans la Ri- ' PegoL, p. 24. Us sont aussi nommés
vista de eienciaa historicas, de S. Sanpere dans le traité de 1333 entre Andronic m
y Miquel, n^ 1, ayril 1880: je n'ai pu et Venise: Mildos. etMuUer, Aeta graea,
m'en rendre compte, car il m'a été Im- m, 108.
possible de me procurer ce numéro. ^ Germain, Eist, du commerce de Mont-
' n y eut, en 1B26, à Constantinople, peUier, I, 509 et ss. On trouve un autre
des conflits sanglants entre Vénitiens et exemple semblable (vers 1860) dans Port,
Catalans: Hieronymus, évêque de Caifa, Essai sur l'kist du eomm, marit, de Nor-
qui se trouvait là aida & les apaiser: OolL bonne, p. 117.
480 Deuocième période. — IL Développement du commerce du Levant,
trouvait à Montpellier, mais qui faisait de temps à aatres des séjours à Narbonne,^ subit à plusieurs reprises des pertes graves du fait de corsaires vénitiens qui couraient les eaux de la Grèce. Gênes et Venise étaient alors en guerre, nous le verrons plus loin, et ces corsaires donnaient surtout la chasse aux bâtiments génois, mais cela ne les empêchait pas de visiter partout où ils les rencontraient les vaisseaux naviguant sous pavillon neutre, sous prétexte de s'assurer qu'ils ne portaient pas de marchandises génoises: quand les cargaisons étaient à leur convenance, ils ne se gênaient pas pour les déclarer de bonne prise, quelle qu'en f&t l'origine. En voici un exemple: en 1363, une flottille vénitienne commandée par Lorenzo Celso, rencontra un jour un bâtiment de commerce de Rhodes revenant de Bomanie vers son port d'attache; elle le saisit et l'emmena à Candie. Baimond Seraller avait sur ce bâtiment des marchandises pour une valeur de mille écus d'or environ, et il ne put en obtenir la restitution.^ Autre exemple: le 18 février 1366, trois corsaires vénitiens rencontrèrent dans le détroit des Dardanelles (in buca Bomaniœ juxta DardaneiUum . . . loco qm dicUur turris Erminii) une barque de Messine allant de Rhodes à Constantinople et s'en emparèrent; ils la soupçonnaient de porter des marchandises génoises, et elle en portait effectivement; mais, parmi les passagers, il y avait on certain Jean Tascher, parent et agent de Eaimond Seraller, qui avait chargé sur cette barque des marchandises de prix montant à une valeur d'environ 6000 écus d'or: les corsaires vénitiens saisirent sans autre forme de procès, avec tout le reste, non-seulement les marchandises de Tascher, mais même l'argent qu'il portait sur lui.^ La liste des mar-
^ On trouTera des détails sur ce per- les 9 et 11 mars 1365, et devant le tri-
sonnage dans Francisque Michel, Eist, du bunal de Rhodes, le 23 avril de la même
eommeree ddela navigation de Bordeaux, année: OoU. des doe. inéd,, Mélang. kist.,
n, 169; voy. aussi Gennain, Eist, de la m, 121 — 134; Commem. reg., H, 277,
eomm^me de MorUpeUier, H, 218, not n^ 6, suppl. (même pièce); n9 7, snppL A«
D'après ce dernier passage, il avait des Plainte de SeraUer, und, p. 293, n^ 92,
rapports pins directs avec le roi de Chypre : suppl. Réponse des patrons vénitiens, ibid.
dans une des pièces que nous citerons tout p. 307, n^ 163, suppL — Les agents de
à Hievre, il se donne la qualité de ''bur- SeraUer avaient fidt immédiatement oon-
gensis^ de ce roi. stater judiciairement les deux actes de
* Le Mt fut constaté judiciairement piraterie commis à leur détriment; des à Rhodes (1 Avril 1864): voy. Oommem, commettants à lui déposèrent à Venise reg., II, 276, n^ 6, suppL A. Nous possè- une plainte et une demande en dommagesdons de plus, à cet égard, une déclaration intérêts (OoU. des doe. inéd., L e., p. 184 de Raimond SeraUer en personne, ibid. et ss., 141, 147; Commem. reg.. H, p. 275 p. 298, no 92 et une lettre du pape Inno- —277, n<» 8—7, 9; p. 296, n^ 102; p. 297, cent VI, ibid. p. 264, no 28a no 106 et s.; p. 800, no 121): le régent
' D^KMitions de Tascher et de témoins de France mit toute son autorité au ser-
assermentés devant le podestat de Ohio vice de cette cause (Oomtnem. reg., ibid.
A. L Vempire grec et les principautés fresques de Grèce. 481
chandises que Tascher portait au marché de Constantinople ou de Përa nous fjBdt connaître le genre d'articles exportés par le midi de la France dans l'empire grec: nous y trouvons des drape de France et de Flandre, de la toile de Beims, des camelot». Autant que nous le sachions, de toutes les villes du midi de la France, Narbonne était la seule qui eût reçu des privilèges des empereurs grecs. Le premier lui fut accordé par Andronic m En ce qui concerne les droits de douane, les concessions qu'ils renferment ne sont pas bien grandes, car les droits d'entrée et de sortie y sont fixés à 4% et encore l'empereur ajoute, dans l'intérêt de son trésor, qu'il compte bien que les Narbonnais s'abstiendront de chercher à faire passer en eontrebande, avec les leurs, des marchandises étrangères soumises à un droit plus élevé. La colonie est autorisée à avoir une maison commune et un consul élu par ses membres pour l'administrer; ce consul a le droit de juger toutes les contestations qui viendraient à se produire entre ses adioiinistrés, mais il lui est interdit de prononcer dans les causes capitales. L'empereur veut bien ne pas rendre les marchands narbonnais i*esponsables des dommages que des corsaires de leur nation pourraient causer dans l'empire; il donne en outre les garanties habituelles pour la sécurité des biens en cas de naufrage. On n'attendait à ce qu'il semble, que ce diplôme,^ pour fonder officiellement la colonie, car l'empereur parle d'un consul déjà nommé (ccnsUl gm est et pro tempore fuerU). Cette colonie lui survécut; en effet, nous voyons plus tard un consul des Narbonnais demander, et obtenir de l'empereur Jean Y, fils d'Andronic, le renouvellement de ce diplôma'
p. 293, no 92; p. 299, n» 114): le pape n» 28; p. 190, n» 279; p. 234, no 8; p. 280,
Fappuya (Md. p. 264, no 238, p. 283, no 38 no 202).
et 8., p. 307, no 163): en dépit de tont * Le texte original grec de ce diplôme
cela, Baim. Seraller ne parvint pas à se est perdu; la traduction latine se trouve
faire rembourser par les moyens pacifiques: dans Ducange, Famuiœ byxantmtB, p. 287
il âJlut qu'on donnftt à lui d*abord, puis et s., éd. Paris, in foL A en juger d'après
à ses héritiers, des lettres de marque les le diplôme suivant, celui ci doit être d'An-
autorisant à saisir, partout où ils en trou- dronic ni; il régna de 1328 à 1341. La
vendent, les marchandises appartenant aux date manque.
Vénitiens, jusqu'à satisfaction complète. * Diplôme grec sans date, des archives La conséquence de cette mesure fut que les de la commune de Narbonne, pubUé rénavires marchands vénitiens s'abstinrent cemment avec fac-similé dans le Mmée de visiter les côtes du midi de la France: des archives dépariemenUUes (Paris 1878), Pour attirer de nouveau les marchands Texte, p. 282 et s.. Tables, n^ XLIV; cevénitiens sur les marchés firançais, les rois pendant, il était déjà connu, car on le de France durent déclarer à plusieurs re- trouve dans Ducange, FamiL byx,, p. 239 prises ces lettres de marque supprimées et s.; Zachariœ, Jus greBeo^romanum, m, et pour longtemps (Gommem, reg., m, 712 et s.; Miklosich et MuUer, Aeta et p. 12, no 61; p. 78, no 470; p. 91, n» 663; dipl. graea, m, 120 et s. Pour la dép. 102, no 664; p. 132, n» 23; p. 133, termination de la date, on a beaucoup de
488 Dmoahme période. — //. Dèvdojppement du eomnerce du Levant.
Ainsi donc, on peut dire véritablement qn'one foule de nations commerçantes fréquentaient les marchés de Constantinople et de Péra (Galata), son fiiubourg. Les conditions faites aux unes et aux autres étaient variables; c<»nme d'ordinaire, les grandes étaient plus fiavorisées que les petites. Les Vénitiens et les Génois jouissaient de l'^emption entière des droits de douane;^ les Pisans payaient à Cionstantinople et à Péra 27o ^d valorem, à l'importation et à l'exportation. Les Florentins, Provençaux, Ânconitains, Siciliens et autres étrangers étaient soumis au même droit de S^ot seulement on exigeait de ceux-ci le pai^nent des deux taxes dès leur arrivée; la taxe d'exportation se calculait facilement, car de deux choses l'une: ou bien les marchands étrangers i^prës avoir vendu leurs marchandises en achetaient pour la même somme d'antres destinées à l'exportation, ou bien, avec leurs marchandises d'importation, ils apportaient sur eux de l'or et de l'argent destiné à de nouveaux achats; or, ces sommes étaient également sujettes aux droits et devaient, par conséquent, passer par la visite des agents. Une fois ce double droit payé et la quittance des agents de la douane en main, les mai'chands n'avaient plus d'autre charge, sauf dans le cas où ils rachetaient avec le produit de leurs ventes d'autres marchandises pour les revendre eux-mêmes sur un autre marché de l'empire; dans ce cas, ils devaient acquitter de nouveau le droit de 2 %; il en était encore de même s'ils allaient chercher des marchandises dans les pays riverains de la mer Noire pour les rapporter dans l'empire.' Pegolotti, à qui
latitade, car Jean Y monta sur le trône basée sur la valeur de leunpropiiétéB indbi-
étant encore enfuit, en 1341, et gouyeina lièree et inunobiliéres; poar lei mardianâs,
réellement de 1865 à 1891. Ce diplôme elle était proportioneUe à la vüenr de leurs
eat en général très inognifiant: tout ce maichandîBes quelles qu*eUes fussent, ar-
qu^on pent y ?oir, c'est que Pempereur tides d'importation, d'eq[K>rtatloii ou de
promet de ne point changer les dimensions transit: les capitaines de nanres devaient
de Tanne r^lementaire; cela prouve une acquitter la taxe au moment de Panivée
fois de plus, que les draps étaient le prin- ou du départ, alors môme qu'ils fiuaaioit
cipal article d'exportation de la France, simplement escale; voy. AéH deUa Soe.
ce que nous savions déjà. Lig., XŒ, 266 et ss.
^ Bien entendu, il n'est pas question ' FegoL, p. 214. Mon opinion est qu'il
ici des impôts levés dans les colonies par faudrait, dans ce passage, après les moti
ordre du gouvernement de la mère-patrie, ^'pagano 9 per centini^o*' le mot **6ntnn-
La BépuUique de Gènes les affermait U do" an lieu du mot ^'usoendo". J^ai éga-
Gomme partout ailleurs. Les habitants de lement rayé de la liste des natkms sou-
Péra, ainsi que les marchands et capitaines mises au droit de S% le nom das Cata-
de navires génoii qui n'y s^oumaient que lans, car il est notoire qu'ils payaient à
passagèrementydevaientpayerl'impôtentre cette époque 8% et qu'ils payèrent cette
les mains des fermiers ou de leurs rece- taxe pendant toute la durée de la dynastie
veurs: pour les Pérotes, la taxe était fixée des Faléologues. d'année en année par une commission, et
A. L Ü empire grec et les prindpa/utés fraftques de Orèce. 488
nous sommes redevables de ces renseignements, ajoute, que quand on Mt un cadeau aux agents, commis ou drogmans de la douane, ils deviennent très polis et taxent volontiers les marchandises importées audessous de leur valeur. Pegolotti est en général très-bien renseigné, et on peut s'en rapporter à ce qu'il dit de la variété des taxes imposées aux diverses nations commerçantes; cependant, il ressort du privilège d'Andronic m que, pour les Narbonnais, qui étaient comptés comme Provençaux, le droit était de 4% & l'entrée et à la sortie et que, pour d'autres nations, il était encore plus élevé!; nous avons vu, en effet, que l'empereur insiste pour que les Narbonnais s'abstienn^t d'introduire en contrebande au milieu des leurs, des marchandises soumises à des droits plus élevés.
Sur les marchés de Constantinople ou de Péra, il y avait encore toute une série de frais que l'acheteur et le videur supportaient généralement par moitié: taxe de pesage ou de mesurage (les Génois en étaient dispensés à Péra quand ils &isaient usage de leurs poids et mesures), taxes de criblage (bocardage) des épices, spécialement pour les espèces donnant ordinairement des rebuts, salaires des courtiers (Ve %)i des porte^ faix, des emballeurs, etc.
Le principal marché était celui de Péra: il se ûdsait beaucoup moins d'affaires à Constantinople, mais, au point de vue des articles mis en vente, il n'y avait aucune différence entre les deux places. Il serait impossible d!en donner une liste complète ou même seulement approximative. Pegolotti^ donne une idée de leur variété infinie; le but qu'il se propose n'est cependant pas d'en dresser la liste, mais seulement d'indiquer celles qui se vendent à la livre, au boisseau, à la pièce etc. et les frais qu'elles ont à subir avant d'arriver entre les mains de l'acheteur. Citons en première ligne les épices, les matières tinctoriales, les plantes aromatiques de l'Inde et de la Perse, importées soit par Trébizonde, soit par Tana; pour ces articles, le marché de Constantinople ou plutôt celui de Péra n'avait de rival que celui d'Alexandrie tout au plus et, pendant un certain temps, celui de Famagouste. Sur aucune^ place on n'eût trouvé un pareil assortiment d'alun de tout^ les qualités; cela était tout naturel, puisque la plus grande partie venait de l' Asie-Mineure; c'était aussi le pays de production de la noix de galle. Les pelleteries du nord arrivaient par Tana et Caffa. Constantinople était le grand entrepôt des blés de la Crimée, de la Bulgarie et de la Thrace. L'industrie textile d'Occident s'y approvisionnait de matières premières: soie de Perse, laive, poil de chèvre d'Asie-Mineure, lin d'Alexandrie ou de Grèce: elle y expédiait aussi ses propres produits: les draps de Flandre, de France, de
» PegoL p. 14—18.
484 Deuxième période. — II. Déodofpement dn commerce du Levant.
ToBcane, les toilas de Champagne, les fils d'or et d'argent de Lacques et de Gênes s'y rencontraient à côté des bongrans d'Elrzinghian (Arménie) et de Cihypre. Les vins d'Italie y faisaient concurrence ä oeox de la Grèce et de Candie; les savons de Venise, d'Âncône, de la PoniUe, de Chypre et de Bhodes, les figues d'Espagne, les noix de Naples, l'houe d'olive dltaUe s'y échangeaient contre la cire de Grèce et de Tatarie (Taaa), le laudanum de Chypre, le mastic de Chio. Cest précisément à cause de l'énorme mouvement de produits de l'Orient et de l'Occident qui se fidsait sur cette place, que Pegolotti croit nécessaire d'établir à l'usage des marchands un tableau comparatif des ecnds, mesures et monnaies en usage à Péra et ä Constantinople et de ceux de toutes les autres localités sur lesquelles il a pu obtenir des renseignements, n ne se contente pas d'établir la comparaison entre ce double marché et les principales places d'Italie et du midi de la France; il pousse son enquête jusqu'à Séville et Cadix et même jusqu'à Bruges et Londres.
Arrêtons cette longue digression et revenons au récit des MtB historiques: nous le reprendrons encore à l'époque à^Andronie II et nous repasserons les événements des dix dernières années de son règne. Tout d'abord, nous avons à signaler un conflit grave entre les colonies génoises du Levant et leur mère-patrie. A Gênes, après de longues dissensions intestines entre les Guelfes et les Gibelins, les premiers avaient fini par prendre le dessus et rangé la ville sous le sceptre du chef 4u parti en Italie, Robert, roi de Naples (1318). Les colonies du Levant restaient fidèles au parti gibelin; l'empereur Andronic tenait aussi pour ce parti et cela se comprend de reste; il n'avait aucun intérêt à Ikvoriser un agrandissement de puissance du roi de Naples, dont le frère, Philippe de Tarente, était devenu, par son mariage avec Catherine de Valois^ (1313)f l'héritier des prétentions de Baudouin n à la couronne impériale; aussi le voyons nous fournir d'abondants subsides, d'un côté aux Génois exilés pour leur attachement ä la cause gibeline, et de Fantre à l'adversaire direct de Bobert, Frédéric n, roi de Sicile.' Le parti guelfe, maître de Gênes, pouvait d'autant moins tolérer l'oigar nisation de cette opposition gibeline en Orient, que déjà le nombre des Gibelins bannis de la ville constituait un danger. On résolut donc de frire une démonstration capable d'intimider à ]a fois l'empereur et les sujets génois établis en Grèce et sur les bords de la mer Noire. En 1324^ une flotte génoise guelfe mit à la voile pour l'Orient sous le commandement de Carlo Orimaidi. En arrivant devant Péra, celui-ci
> Bnchoii, Bôckêrekes d matériaux, I, ' Testa, Vita Fridenci II p. 183.
p. 68 et n.
A, L U empire grec et les principautés frangues de Grèce. 486
trouva les colons prêts à le recevoir; n'osant pas les attaquer, il se contenta de &ire quelques captures, puis pénétra dans la mer Noire et infligea des pertes plus sérieuses à ceux de Tana et de Pesce (port situé au sud de Tana sur le Beï-sou); mais quand il voulut revenir en arrière, il trouva l'entrée du Bosphore barrée; une flotte supérieure en nombre à la sienne, équipée par les (Génois de Péra, l'attendait au détroit d'Hiéron (in bechagiro = Bocca ai Oiro). Ne pouvant passer, U se dirigea sur Sinope, espérant y trouver du secours: le souverain de l'endroit, Ghazi Tchélé^i, lui promit tout ce qu'il voulut, mais ce n'était qu'une feinte; ayant trouvé moyen de se saisir par trahison d'une grande partie des équipietges de la flotte et de la plupart des che&, il flt trancher la tête aux uns, jeter les autres en prison et s'empara de presque toutes les galères; le reste prit la ftdte et réussit à se glisser à travers les croiseurs de Péra et à regagner Gênes.^ A peine tranquille de ce côté, la colonie de GaUita eut à se défendre contre une attaque des Vénitiens qu'elle réussit à repousser sans grandes pertes. C'était en 1328Î; ^^ ^^^^ rivales vivaient en paix depuis longtemps, mais, poussée à bout par les nombreux actes de piraterie des marins génois, Venise résolut d'en tirer vengeance une bonne fois et organisa une grande wpédition dont elle confia la direction à OiusHniano CHustimam. Divisant sa flotte en deux parties, l'amiral vénitien réussit à fiure défiler la première sous les remparts de Galata; celle^d alla occuper le détroit d'Hiéron et y captura un grand nombre de bâtiments génois; avec l'autre, Giustiniani se posta en avant de la tour de Léandre (près de Scutari)' et déclai-a qu'il ne bougerait pas de là jusqu'à ce qu'il eût de la colonie génoise la promesse d'une indemnité de guerre de 18,000 écus d'or, payable dans uu délai de trois ans: on ne le flt pas attendre plus de deux à trois semaines; en se retirant, U relâcha les navires marchands génois (et grecs) dont U s'était saisi et l'on eut, à Gonstantinople, le plaisir de constater que les cargaisons de blé et de poisson salé, rapportées par ces navires des côtes de la mer d'Azov et de l'embouchure du Eouban et du Don, étaient encore intactes. La surprise était d'autant plus agréable que la cq^itale de l'empire en était réduite à aller chercher ses approvisionnements dans ces pays lointains, depuis l'époque où les plaines fertiles de la Thrace et de la Macédoine avaient été ravagées tour à tour par la Ciompagnie catalane et par les Turcs d'Asie-Mineure.^
^ Contin. de Jacq. de Voragine, l o., " Daadolo, p. 41d; Stnato, VîU M
p. fi06 et 8.; SteUa, dans Murât, SS. XYU, duekij p. 599; Contm. de Jacq. de Vora-
1061 et 8.; Giustiniani, Annali di Gen4>va, gine, p. 607 et s.; Nioéph. Orég., I, 416
p. 129. et 8. Dans le chapitre spédalement oon-
* Nicéphore Gr^ras dit'- "dans la sacré au commerce de la mer Noire, Je
Corne d*or." * donnerai des édaireissements sur la partie
486 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.
QaélqaeB mois après, le vieil Ândronic II était chassé du trône par son petit-fils, Andronic HI le Jeune (mal 1338). Cette révolution semble avoir infosé nn sang nouveau dans l'empire. Le nouvel empereur était d'un caractère belliqueux; il s'appliqua, en particulier, à relever la marine de Fétat d'abaissement où la coupable négligence de son prédécesseur l'avait laissé tomber; ce fut l'affaire de peu de temps. Un de ses premiers actes fiit la reprise de possession de Me de Chio, dont la &mille génoise des Zaccaria s'était abusivement emparée, nous avons vu dans quelles circonstances. La population grecque de l'île, écrasée d'impôts par ces nouveaux maîtres, les haïssant d'ailleurs à cause de leur origine latine, s'était adressée à l'empereur en le suppliant de la délivrer du joug étranger. En 1329, Andronic équipa une flotte comme on n'en avait pas vu depuis longtemps; secondé d'ailleurs par la population grecque de llle,^ il réduisit sans peine le prince alors régnant, Martine Zaccaria, ä capituler et l'emmena en captivité à Gonstantinople. Benedetto Zaccaria, frère de Martino, avait trahi sa cause dans des vues intéressées: il en fut pour sa trahison; comme il prétendait se la faire payer par trop cher, on le chassa purement et simplement; il essaya de reconquérir 111e pour son propre compte, échoua et mourut de dépit en 1330.* Son autorité rétablie à Chio, Andronic songea ä la restaurer également à Phoeée. Cette ville, nous l'avons vu, était passée, en 1314, des mains de Paléologo Zaccaria, mort saus enfants, à celles d'Andréolo CcManeo. Ce dernier vivait encore quand Andronic vint mettre le siège devant la ville, mais il était absent et en avait confié la garde à son onde, Arrigo Tartaro. Arrigo ne fit même pas un s^nblant de résistance: il remit à l'empereur toute la nouvelle Phocée, ville et ch&teau, et prêta serment entre ses mains, avec toute la garnison génoise; Andronic fit son entrée dans le château, y tint sa cour pendant deux jours, et, quand il eut ainsi bien établi son droit de souveraineté, il nomma Arrigo gouverneur de la pktce pour une durée indéfinie, comme représentant
de ce dernier passage qui oonceme rim- une occasion d'expulser les Génois des
portation des produits de la mer d'Azov, positions occupées par eux en Bomanie. ^ Niccolô Sanuto, duc de Naxos, fournit ' Gantacuz., I, 371 —888, 890 et s.;
aussi à la flotte grecque un renfort de Nicéph. Grég., I, 488 et s.; Contin« de
quatre vaisseaux; c'est du moins ce que Jacq. de Vorag., p. 610. D'après cette
rapporte Nicéph. Grég. (1, 488) et son récit dernière source, l'empereur aurait expulsé
semble plus véridique que celui de Ganta- alors tous les Génois établis à ddo et
caaène(I, 885); suivant ce dernier, le duc confisqué leurs biens. La captivité de
de Naxos aurait attendu que la conquête Martino est signalé par les voyageurs
de lUe fût un &it accompli pour venir Ludolf von Suthen, p. 28 et s., et JorcL
saluer l'empereur. Nous trouvons encore Gatalani, p. 68, et par Brochart, dans
dans ce détail un exemple de l'attention son Âdo%8 direetif (en tête de l'œuvre de
des Vénitiens à ne pas busser échapper Piloti), p. 281.
A. L L'emfjgive grec et les principautés frangues de Grèce, 487
d'Andréolo absent.^ Cest ainsi que, par un acte d'opportune somnissioiif la maijson de Gattaneo conserva la possession de Phocée. Andréolo monmt peu après (1331); son fils et successeur, Domenioo, oubliant sa condition de simple gouverneur, ne tarda pas à se conduire à Phocée en seigneur et maître et, non content de cela, il s'empara, par la force des armes, d'une des plus belles îles de l'empire. Ce fut à l'occasion des opérations entreprises, à l'instigation de Venise, par plusieurs puissances alliées contre les Turcs d'Âsie-Mineure: il s'agissait, d'abord, de mettre les côtes et les îles de l'Archipel à l'abri des descentes de leurs corsaires, puis, si possible, de les éloigner de la côte et de les refouler dans l'intérieur des terres.^ Malgré d'heureux débuts, les alliés ne tardèrent pas à renoncer à i)ousser cette campagne; mais les chevaliei's de Bhodes, le duc de Nazos et le seigneur de Phocée, furieux d'avoir fait des frais en pure perte, résolurent de se dédommager en s'emparant de Lesbas: bien que cette île appartint à l'empire et qu'Andronic fît partie de la confédération. Bs réussirent, mais les chevaliers de Shodes et le duc de Naxos furent bientôt obligés de lâcher leur proie: usant tantôt de ruse, tantôt de violence, le seigneur de Phocée sut manœuvrer de manière à s'assurer la possession exclusive de 111e, puis il se hâta d'y fixer sa résidence, ne laissant à Phocée qu'une garnison.'
Cette conquête de Lesbos par un de leui*s compatriotes ne pouvait qu'être agréable aux Génois de Gkdata; c'était une sorte de compensation pour la perte de Ohio. Dans la manière dont ils firent éclater leur joie, il y eut quelque chose de blessant et même de menaçant pour l'empereur. Le fait est qu'ils lui en voulaient, d'abord d'avoir repris Chio aux Zaocaria et humilié les Gattaneo à Phocée, et puis d'avoir renoncé à la politique méfiante et hostile de son prédécesseur^ â l'égard de Venise. En effet, premier grief: à l'époque où il se préparait à détrôner son grand-père, Andronic s'était déjà adressé â l'amiral vénitien Giustiniani pour en obtenir un secours qui lui avait été refusé, il est vrai;'^ second grief: il était entré dans la confédération contre les Turcs, une invention
* Cantacnz., I, 388—890. plus grands griefs, en autorisant la vente
' On trouvera plus de détails dans le des blés du Pont et autres en général dans
chapitre sur l'Asie-Mineure. tout Fempire, sauf sur le marché aux grains
' Nicéph. Grég., I, 5S5 et s.; Ganta- (? tov xoxov xov n^oçipoçhv dans rori^final,
cuz., I, 476 et s. loco Baybe dans la trad.) de Constanti-
^ Au reste, pendant ses dernières an- nople: le texte grec de ce traité se trouve
nées, Andronic II avait déjà fait preuve dans Miklos. et MuJler, Aeta graea, m,
de sentiments plus pacifiques & Fégard 199 et ss.; le texte latin, dans Ta£ et
des Vénitiens. Par un traité conclu, au Thom., IV, 200.
moii d'octobre 1824, avec le doge Giov. ' Niceph. Greg., I, 417. Soranzo, il supprima la cause d'un de leurs
488 Deuxième période, — //. DévéloppentefU du commerce du Levant.
essentiellement vénitienne, et, aux conférences tenues en commun à Bliodes en 1332, il s'était Mt représenter par Pambassadeur vénitien, Pietro da Canale;^ troisième grief: au mois de novembre de la même année, il avait confirmé les anciens traités conclus entre l'empire et Venise et s'était montré disposé à accueillir toute une série de demandes d'indemnités présentées soit par le gouvernement, soit par de simples particuliers de Venise.^ Dans ces conditions, les Génois se crurent dispensés de l'observation rigoureuse de leurs propres traités; ils renforcèrent les vieilles défenses de Galata, puis, trouvant encore cela insufftsant, ils élevèrent en dehors des limites de leur quartier, sur la hauteur qui domine Gtalata, des sortes de citadelles où ils amassèrent des armes de toutes sortes.^ A la première nouvelle de ce qui se passait à Lesbos, l'empereur avait ordonné tous les préparatiâ nécessaii*es pour reprendre l'île à ses envahisseurs, mais il ne voulut pas partir avant d'avoir infligé une leçon aux Pérotes. H commença par faire mettre le feu aux citadelles élevées par eux sur la hauteur, car ils n'avaient pu les construire qu'en se mettant en contradiction complète avec le privilège de 1304; il eût volontiers poussé plus loin, mais il s'arrêta devant l'attitude résolue des habitants; enfermés derrière leurs murailles, complètement barricadés du côté de Constantinople, ils se préparaient à soutenir un siège en règle. On put voir en cette circonstance ce qu'était le trafic entre la capitale et son faubourg et à quds besoins il répondait; comme c'était à Constantinople que les habitants de Galata s'approvisionnairat des objete les plus nécessaires à la vie, ils se virent, au bout de quelques jours, menacés de la fiunine, et^ en outre, une foule de petits marchands qui vivaient de ce commerce se trouvèrent privés de leurs moyens d'existence. Cette situation fit réfléchir les che& du mouvement et, quand on eut bien criaillé pendant une semaine, ils se décidèrent à baisser pavillon devant l'empereur; Ândronic put partir tranquillisé de ce côté et mit à la voile avec une flotte imposante pour fidre rentrer dans le devoir Domenico Cattaneo.^ H commença par capturer cinq bâtiments appartenant au rebelle, le long des côtes de Lesbos, puis après avoir débarqué dans l'île une certaine quantité de troupes chargées de l'assiéger dans Mitylène, sa nouvelle capitale, il se dirigea sur Phocéen son principal objectif De ce côté, il trouva un auxiliaire fort utile dans Sarou-khan^ {Sapxavfti), sultan de Magnésie.
' Reins pouyoirs du 26 août 1832: Taf. ' Nicéph. Grég., I, 527.
et Thom., IV, 227. * Nicéph. Grég., I, 528; Cantacuz., L
' Texte grec dans MMosich et Müller, 476 et s. est moins bien informé; il dit
Ada graea, lŒ, 106 — 111; texte latin seulement qne Tempereur reprocha amère-
dans Taf: et Thom., IV, 280 et ss. ment aux Pérotes la prise de l'île de Lesbos.
A. I. Uempire grée et les principautés franques de Grèce. 489
Les relations de ce sultan ayec la colonie de Phocée étaient assez singoliëres. EUle loi payait chaque année, sons forme de présent,' nne certaine somme déterminée par d'anciens traités, ce qui ne l'empêchait pas d'être toujours en querelle avec lui, et, précisément, en ce moment elle détenait le propre fils du sultan avec quelques autres otages. Le sultan avait fait, en mainte occasion, l'expérience de la bravoure de la garnison de Phocée^ et de la solidité de la citadelle et n'osait plus l'attaquer. Cependant, il accepta avec empressement l'invitation de l'empereur et leurs forces réunies mirent le siège devant la ville: la place résdsta pendant plus de six mois: les assiégés étaient menacés de la famine; ils ne s'en étaient préservés, et encore pour quelques jours seulement, qu'en jetant hors des murs les habitants de race grecque; enfin ils se décidèrent à traiter (1336). Le gouverneur génois rendit la liberté aux prisonniers turcs et s'engagea à obtenir de Cattaneo l'évacuation de l'île de Lesbos; celui-ci se décida effectivement à abandonner llle ou plutôt la capitale, car c'était tout ce qui lui restait, mais le traité ne paraît avoir influencé en rien sa résolution: ce qui le détermina, ce fut l'abandon de ses soldats, corrompus par l'or grec.^ H regagna Phocée dont l'empereur avait consenti à lui laisser, non pas la propriété, mais l'usufruit D'ailleurs, si réduit que fût son domaine, il n'en jouit pas longtemps. Quatre ans après (1340), un jour qu'il était à Îa chasse, la population grecque se souleva, massacra la petite garnison latine et déclara ne plus vouloir reconnaître d'autre maître que l'empereur. Un Megaduca grec, envoyé par ce dernier, vint prendre en son nom les rênes du gouvernement.^
Nous en savonn assez pour comprendre ce que ces événements devaient provoquer de colères à Galata: en 1337, quand le grand émir des Osmanlis, OrKhan, déjà msStre depuis longtemps de la rive asiatique de l'Hellespont, eut l'audace de traverser le détroit sur deux points dans l'intention de mettre le siège devant Constantinople même, il avait fait entrer ce mécontentement dans ses calculs.^ S'était-il entendu au préalable avec les habitants de Galata? Etait-il en droit de compter d'une
* Sur ce sultan et son empire voy. * Ce qui précède est emprunté à Niplus loin, Asie-Mineure. céph. Qrég., I, 529—586, et à Cantacuz.,
* Ibn-Batouta, H, 814; Ducas, p. 162 I, 477—496: il faut dire que les deux et s. Ce dernier précise le chifi&e du tri- relations présentent de grandes diyerbut; d'après les dates qu'à indique, les gences.
Zaccaria auraient dû commencer à le payer ^ Nicéph. Grég., I, 558; Hopf, art
dès la fin du XIIIo siècle. OiusHniani, p. 818, 815.
* Au temps d'Andreolo Cattaneo elle • Nicéph. Grég., I, 589. se composait de 52 chevaliers et 400 hommes
de pied: Catal., p. 68.
490 Deuxième période. — //. Dévdoppement du commerce du Levant.
manière positive sor leur coopération ou seulement sur leur neutralité? Nous ne saurions le dire et d'ailleurs la chose a peu d'importance, car il fut battu et refoulé avant d'avoir atteint les murs de la capitale; mais ce détail est extrêmement intéressant en ce qu'il montre à quel point était relâchée, sous le règne du troisième Paléologue, l'alliance ^tre Bjzance et Gènes, scellée par le traité de Nymphseum.
Andronic lu mourut en 1341, laissant l'empire à Jean F, un enfuit de neuf ans, et à sa mère, l'impératrice régente Anne (de Savoie). Peu de temps après, le Grand-domestique Jean Cantacueène levait l'étendard de la révolte; après plusieurs années de lutte, il réussit à se &ire donner la couronne par intérim en attendant la majorité de Jean Y (1347). Cette longue guerre civile paralysa le commerce et l'industrie du pays, ruina le peuple, affiiiblit l'empire et fournit à ses ennemis l'occasion de s'agrandir tout ä leur aise à ses dépens. C'est alors qvL^ Etienne Doud^n, roi de Serbie^ étendit son domaine jusqu'à l'Archipel et prit le titre d'empereur de Constantinople ; maître du bassin du Strjrmon, pour achever la conquête de la Thrace et de la capitale de l'empire, il ne lui manquait, du moins il le pensait, que l'alliance d'une puissance maritime; deux fois (en 1346 et 1350), il s'adressa à Venise pour obtenir sa coopération; la deuxième fois, il lui offrit pour prix de son concours tout le despotat d'Épire ou Fera; mais diaque fois il reçut pour toute réponse que la République ne pouvait manquer à la foi des traités. Elle préférait le rôle de médiatrice.^
En général, à cette époque, les relations de Venise avec les souverains de l'empire grec ont un caractère amicaL Au moment où elle prenait possession de la régence, l'impératrice Anne reçut les félicitations d'un ambassadeur vénitien qui renouvela avec elle les anciens traités pour une durée de sept années;^ lorsque Jean Cantacuzène ceignit la couronne impériale, la République le fit également complimenter^ et lui demanda une nouvelle prolongation de ses anciens privilèges.^ Il est vrai que ces compliments n'étaient qu'un moyen de £aire passer des de-
* Mmum. kist, Slav. merid,, II, 174, ' On chargea de cette missioii (14 jaüL
178, 192 et s., 326 et s.; m, 119, 176, 1347) des ambassadeun qui se rendaient
177, 181. auprès du Klian Djanibek et se trouTatent
' Texte grec dans Miklosich et Huiler, de passage à Constantinople : Ta£ et Thom.,
Acta, m, 111—114: date, 26 mars 1842: IV, 310.
texte latin dans Taf. et Thom., IV, 267 ^ Par l'entremise de Zaocaria Contact ss. Voyez aussi Hopf, art Griechen- rini, 9 sept 1849; Miklos. et Mnller, L land, Op. cit., p. 448 et s., où il est parlé o., p. 114—120; Taf. et Thom., IV, 341 d'un emprunt pour lequel Anne aurait re- et s. mis en gage à Venise les joyaux de la couronne.
A. L L^empire grec et les principautés franques de Orèee. 491
mandes d'indemnités et des réclamations de tonte espèce. Par exemple, des marchands vénitiens exportaient des blés de FAsie -Mineure torque par Phocée et les agents des douanes grecques les forçaient de' payer les droits: la République prétendait trouver dans ce fait une violation des traités; la vente du vin dans les cabarets était interdite aux Vénitiens et peimise aux Grecs seuls: c'était un attentat à ses franchises. En 1344, le gouvernement vénitien chargea les bailes de travailler à la suppression de ces mesures, et, en 1346, il adressa à l'empereur une lettre conçue dans le même sens.^
Les Génois, de leur côté, ne négligeaient pas l'occasion que leur offraient les déchirements intérieurs de l'empire. Us avaient fort à cœur de reprendre possession de llle de Chio, où résidait depuis 1329 un gouverneur grec: mais celui qui y tenait le plus était l'ancien maître de l'île, Martino Zaccaria. Emmené à cette époque en captivité à Constantinople, puis rendu à la liberté, il avait été placé par les nations confédérées contre les Turcs à la tête de l'armée qui, plus tard, sous ses ordres, fit la conquête de Smyme: il conçut le projet de saisir cette occasion pour reprendre Chio, mais le pape interdit cette entreprise aux croisés, par le motif qu'elle s'écartait du but principal de la campagne, n fallut y i-enoncer' et la question ne put plus être remise sur le tapis après la prise de Smyme, Zaccaria ayant été tué en 1346. Cependant, moins de deux ans après sa mort, Itle était de nouveau au pouvoir des Génois. Yoid ce qui s'était passé. En 1346, une insurrection avait éclaté parmi la population des côtes de Ligurie; pour la réprimer, il fidlait une flotte, mais les caisses de l'état étaient vides. Bépondant à un appel du gouvernement, un certain nombre de riches patriotes se chargèrent d'équiper une flotte, à condition que l'état leur garantît le remboursement de leurs frais, et mirent à sa tête un brave plébéien, Sitnone Vignosi. Les insurgés s'étant dispersés sans résistance, on voulut proflter des armements exécutés et on envoya la flotte dans la mer Noire, où les colonies génoises avaient besoin de protection. Partie de Gfênes au printemps de l'année 1346, elle atteignait le 8 juin la station intermédiaire de Négrepont Elle y trouva une autre flotte qui se préparait à mettre à la voile; c'était une expédition que Hutnbert II, dauphin de Vienne, menait au secours de Smyme, serrée de près par les Turcs. Le dauphin avait, depuis son arrivée à Négrepont, probablement, noué des négociations avec la régente Anne, dans le but d'obtenir d'elle la cession de l'île de Chio pour une durée de trois années, durée assignée à l'expé-
^ Tafel et Thomas, IV, 278 et s., * Baynald, Annal, eeel., ad. an. 1344,
492 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levafä.
dition placée sons son commandement^ Cette ue devait lui servir de base pour ses opérations ultérieures en Âsie-Mineure. H paraît qu'après avoir d'abord accueilli fistvorablement cette demande, l'impératrice avait changé d'idée et le dauphin se disposait à occuper l'üe de vive force au moment où Yignosi fit son entrée dans le port de Négrepont avec ses vingt-neuf galères. Humbert lui offiit, ainsi qu'aux capitaines de navire, ses compagnons, des sommes énormes pour obtenir leur concours ou tout au moins leur neutralité: ce fut en vain. H n'était pas un Glénois qui ne se souvînt que, peu d'années auparavant, Ohio appaitenait encore à un prince de sa nation et qui ne nourrît le désir de refaire de cette üe une possession génoise; pas un seul n'eût voulu prêter son aide pour la Mre tomber dans d'autres mains, et Vignosi et ses compagnons voyaient à bon droit dans l'opération projetée par le dauphin un coup monté par les Vénitiens, ses principaux alliés dans cette campagne;' or, les Vénitiens une fois installés dans l'üe à la suite du dauphin, on savait qu'il ne serait pas facile de les en faire sortir; et la domination de Venise à Chio, c'était une menace sérieuse pour les relations de Gênes avec Constantinople et la mer Noire. L'amiral et ses compagnons rejetèrent donc ces propositions, et, faisant mieux encore, ils se hâtèrent de prendre les devants: arrivés à Chio, ils se contentèrent d'abord d'ofäir aux habitants leur aide pour repousser l'attaque imminente de Humbert et des Vénitiens; ils ne leur demandaient en retour que d'arborer l'étendard génois et de recevoir leurs troupes; accueillis par une fin de non recevoir catégorique, ils eurent recours à la violence (16 juin 1346) et s'emparèrent en quatre jours de l'île entière, à l'exception de la citadelle de la capitale: celle-ci finit par capituler à son tour après un siège de trois mois (12 sept);" quant au dauphin, cette campagne se termina peu honorablement pour lui; non-seulement il dut renoncer à la conquête qu'il avait rêvée, mais
' [Valbonais] Mémoires pour servir à encore quelques autres doeuments relatifis
r histoire du Dtwpkiné. Paris 1711, in. à cette croisade dans Taf. et Thom., IV,
foL, p. 677, 680. Cet ouvrage est une 298,300; U.Chevalier, Choix de doe, kist.
des meilleures sources pour rhistoire de la sur le Dauphiné (Lyon 1874), p. 96 et ss.;
croisade de Humbert ;c^est d'elle surtout que Archives de VOr. lot., I, 637 et s.
s'est inspiré M. Petigny pour tracer Tes- ' Taf. et Thom., IV, 398, 800; Cbm-
quisse de cette croisade qu'il a donnée dans mem. reg., H, 149, n" 173.
la Bibl. de Véeole des chartes^ 2^»« série, ' Pour l'histoire de la conquête de CSùo,
I, 274— S80: il a malheureusement négligé consulter d'abord le document publié dans
deux sources complémentaires importantes le lAb, jur., H, 668-— 672 (et dans C. Pé-
pour la connaissance de ce point d'histoire: gano, DeUe imprese e del dominio dei
le chroniqueur génois Stella (Hurat, XVII, Oenovesi neUa Oreeia, P- 271—286) et Li
1086 et s., 1088) et les Istorie PistoUsi, Chronique de Giorgio Stella, L c, p. 1086
Prato 1886, p. 468 et s. On trouvera —1089.
A, L L^ empire grec et les principautés franques de Chrèce. 493
il y perdit ses chevaux, ses joyaux, ses équipages et autres objets de valeur enlevés par les corsaires génois.^ Le succès de leur coup de leur main devait naturellement donner à Yignosi et à ses compagnons l'idée de reprendre aussi les deux Phocées, si longtemps réunies avec Ohio sous le sceptre d'une même famille de princes d'origine génoise; ils avaient d'aUleurs ä tirer vengeance des habitants de ces deux villes qui n'avaient cessé de les harceler pendant le siège de la citadelle de Chio. Toutes deux tombèrent en leur pouvoir au cours d'un seul et même mois, l'ancienne Phocée le 18 sept, la nouvelle Phocée le 20.* Yignosi voulait pousser encore plus loin et étendre ses conquêtes jusqu'à Lesbos et Ténédos, mais la plus grande partie des équipages refusa de le suivre et il dut se résigner a rentrer à Chio.'
Pour fEÛre accepter aux habitants de Chio et de Phocée le nouveau régime qui, de sujets de l'empire grec, les transformait sans transition en citoyens génois, les conquérante se montrèrent très généreux, en ce sens qu'ils respectèrent dans la limite du possible les propriétés privées et donnèrent aux individus toutes les garanties désirables pour la conservation de leurs libertés, civile et religieuse:^ ils s'occupèrent, en second lieu, d'organiser des garnisons suffisantes pour la garde de l'île et des villes du continent. Après avoir ainsi pourvu à toutes les nécessités du moment, ils retournèrent dans leur patrie: il s'agissait de régler leurs comptes avec la commune: ce fiit l'objet de longues négociations qui se terminèrent enfin par un arrangement définitif^ signé le 26 février 1347.B La commune, nous l'avons vu, n'avait fiât aucune avance pour l'équipement et le recrutement de la flotte, mais elle avait pris l'engagement d'indemniser les membres de l'expédition de toutes leurs pertes éventuelles, et de rembourser aux armateurs toutes leurs dépenses, au moyen de retenues fûtes sur les revenus de l'état Or, tout compte fiedt, les frais de la campagne s'élevaient à 203,000 livres, mais le trésor était toujours à sec Pour indemniser les promoteurs de l'expédition^ le gouvernement leur fit l'abandon de l'ile et de Phocée en toute propriété; chaque patron de navire reçut un titre qui lui assurait une certaine quote-part sur les recettes publiques: les conquérants de Chio et de Phocée se trouvèrent ainsi constitués, en une société par actions désignée, comme plusieurs auti-es sociétés analogues de cette époque, sous
^ Biblicth. de Vieole des chartes, L c, * Voir les traitée da 12 sept pour
p. 284—287. CJhio, et du 20 pour Phocée, dans Pagano,
* Stella, /. c, p. 1089 et s.; Lib.jur., p. 261--270.
n, 560; Yoir Tacte de la capitulation de * IAb,jur., U, 568—672 et une sola nouvelle Phocée dans Pagano, l e., conde fois à une date fausse (1447), p. p. 266—270. 1498 et ss.; Pagano, p. 271—285.
* Stella, p. 1090.
494 Deuxième période. — IL Dévdoppemefd du commerce du Levant.
le nom de Maone^ oa Mahone; les actionnaires étaient appelés Mahona. La commune s'était réservé le droit de racheter peu à peu les actions, de manière à se trouver propriétaire dans un temps donné, tout en ayant complètement indemnisé les Mahons; mais, par suite des nombreuses guerres daos lesquelles la République se trouva successivement engagée et des frais qu'elles entraînèrent, cette réserve resta toujours à l'état de lettre morte.' Le dominium uMe de Ohio et de Phocée ne sortit plus des mains de la société; mais son organisation, le nombre et les noms des participants, le nombre et le montant des actions subirent avec le cours des temps de nombreuses variations: concentrées d'abord dans les familles des patrons de nar vires qui avaient conquis Chio et Phocée, les actions passèrent, par suite de ventes, de famille en £&mille.> Malgré cet éparpillement, la communauté d'intérêts subsistait toujours; en 1362, un nouveau traité étant intervenu entre la commune et les mahons,^ ces derniers jugèrent utile de pro-
^ On trouyeia diverses explications de ce nom chez les écrivains ci-après: Serra, Staria delT anHea Liguria e di Oenova, IV, 108 (éd. Capolago); Pagano, Delle impreae e dd dominio dei Qenovesi ntUla Qreoia, p. 18&; Canale, Nvava iäoria di Otnova, I, 277; Olivieri, Carte e eronaehe manoaeriUe, p. 68; Hopf, art 0if48tiniani, p. 827; Promis, La xeeea di SciOf p. 836; Amari, Dipl. arab., p. zxv; Amari, Storia dei Musuhnani in Sieüia, m, 886, not. 4; of. Dosy et Engdmann, Oloesaire des fnoia etpagnoU et portugaia dérivée de V arabe, 2^ éd. (1869), p. 179 et s. Je ne perdrai pas mon temps à disenter certaines élymologies tout à fidt fausses et me bornerai à fidre remarquer qne plusieurs écrivains tels que M. Hopf^ par exemple, admettent le mot grec Jtf mwc (unité) comme une racine, n ne faut pas oublier que la plus ancienne des associations connues sous le nom de Mahones était formée pour l'exploitation non pas d'une Ue, mais d'un territoire situé au nord de PAirique, celui de Genta (Ganale, l e., H, 348). Il n'y avait rien qui pût suggérer l'idée d'aifnbler la société d'un nom grec J'i^oute qne dans les langues des nations commerçantes romanes les racines grecques sont beaucoup plus rares qne les racînw arabes.
H 7 a, précisément, en arabe, un mot dont la eonsonnance se rapprocbe plus de ceUe
de "Maone" et dont la signification convient mieux au caractère de cette association que celle de tout autre, c'est le mot Ma'oûnah, qui signifie assistance réconfortante, une contribution extraordinaire (en cas de disette dn trésor public), et aussi une société commerciale ou industrielle. C'est Amari qui a proposé cette étymologie*. nul doute qne oe mot ne soit en effet la racine de notre mot Haone et aussi du mot catalan almojna, signifiant contribution ou don vobntaire pour l'armement de vaisseaux destinés à combattre les Maures (v. Doiy et Engelmann, l. ej,
' En 1373, la commune racheta bien la propriété (''dominium utile^ de Tue, mais, comme eUe dut pour cela emprunter la somme nécessaire aux Mahons eux-mêmes et comme eUe leur donna en gage les revenus de Ghio et de Phocée, les choses restèrent dans lemême état que par le passé: Ltb.jur., n, 782 et ss., 790 et as.; Hopf, QiusHniani, p. 318.
' Voir le détail de ces multiples changements de propriétaires, dans les documents du Lib.jur., H, 714 et sbl, 782 et ss., 790 et ss., 1016 et ss. et dans l'étude si complète de M. Hopf sur les Qiuainittm, p. 317-32a
« Lib, jur^ n, 714 et SB.
A. I. L'empire grec et les primeipautis framqttes de Grèce, 496
clamer pabliquement le lien qai les unissait et, à cet effet, chacun renonça an nom de famille qa'il avait porté jnsqn'alors pom- le remplacer par celai de Oiasiiniani;^ le choix de ce nom Tenait sans doute du palais Giustiniani, propriété commune de la société à Gênes.' A partir de ce moment, les mahons semblèrent former un yaste clan. Contrairement à la coutume des anciens membres de la mahone qui, pour la plupart, résidaient à Gênes et confiaient la perception de leurs revenus à des fermiers, les Giustiniani demeuraient presque tous à Chio même, comme marchands, banquiers, rentiers et se partageaient dans les finances et Tadministration les fonctions dont la société avait la disposition. A peu d'exceptions près, tous les emplois à Chio et à Phocée étaient occupés par des mahons. Déjà, à l'époque du premier traité passé avec Simone Yignosi et consorts, la commune de Gênes n'avait stipulé que trois réserves: la souveiaineté sur l'ensemble des nouvelles possessions, la juridiction civile et criminelle et le droit de propriété directe sur la ville de Chio et sa citadelle ainsi que sur les deux Phocée et leurs citadelles : par suite de cet arrangement, elle n'avait à sa nomination qu'un nombre fort restreint de fonctionnaires: 1^ un podestat poui* l'île de Chio, 2^ un podestat pour les deux Phocée; 3^ trois gouverneurs (castellani) pour les citadelles de Chio et des deux Phocée. Les personnages appelés à ces fonctions étaient élus d'après un mode déterminé par les traités et qui attribuait dans ce choix la plus grande part aux mahons, de sorte qu'il était impossible d'y arriver sans leur agrément. De plus, dans toutes les affaires dont le caractère n'était pas purement juridique, le podestat de Chio était astreint à prendre l'avis de collèges de conseillers choisis par les mahons entre eux. De la sorte, l'autorité du gouvernement central se trouvait toujours très-limitée: en compensation, l'entretien de la colonie ne lui coûtait pour ainsi dire rien. C'était la mahone qui payait et entretenait l'administation et la police, les troupes de terre et les galères, les fortifications, les travaux des ports etc.; elle pourvoyait même aux traitements des fonctionnaires laissés au choix de la commune. Il est intéressant de savoir an moyen de quelles ressources elle pouvait couvrir toutes ces dépenses et amortir en même temps les frais de la conquête; pour cela, il faut se rappeler ce que nous avons déjà dit de la fertUité de l'île et particulièrement de sa grande richesse en plantations de lentisqnes et du rendement des mines d'alun de Phocée. En moyenne, la vente du MasUc (résine du lentisque) ne s'élevait annuellement qu'à 430 quintaux, car on ménageait les plantations pour éviter un épuisement prématuré; mais le quintal valait de 40 à 46 livres,
^ AgMt OioBtiniaiii ad. an. 1869, fol. * Hopf, Op. eä,, p. 897.
187 a; Hopi; Op. eu., p. 817.
496 Deuxième période. — //. Divdoppement du commeree du Levant.
de sorte que cet article, à Id seul, produisait chaque année une somme de 17 à 19,000 livres. Les impôts étaient également d'un grand rapport; ils pesaient surtout sur les habitants de race grecque; les Occidentaux en étaient beaucoup moins surchargés; puis venaient les droits d'importation et d'exportation. A l'époque des Giustiniani, l'ile avait plusieurs ports très-firéquentés; c'étaient d'abord celui de Ohio, puis les ports moins importants de Porto-Fino (Delfino, l'ancien Delphinium) et de Llthi (l'ancien Laius); ^ Occidentaux et Orientaux de toute nation y grouillaient littéralement; les uns venaient y chercher les précieux produits de l'île; pour les autres, c'était une escale sur la route d'Egypte, de Syrie ou d'Occident à (üonstantinople et à la mer Noire ou en sens inverse; un règlement spécial, Mt expressément poui- favoriser la prospérité de Ohio, ordonnait aux bâtiments génois fiôsant le voyage du Levant de s'arrêter un jour à Chio. Les Génois jouissaient généralement de la franchise de droits, mais, pour l'exportation des produits naturels, du mastic par exemple, ils payaient les mêmes droits qu'au temps du gouvernement grec; de même à Phocée.' Toutes les autres nations payaient des droits trëshélevés; la taxe minimum était, paraît-il de cinq hyperpres par quintal^ Nous possédons deux documents qui nous renseignent d'une manière assez concordante sur la somme totale que ces diverses sources de revenus faisaient entrer dans les caisses de la mahone; dans un document français récemment publié, elle est estimée à 70,000 florins; dans Foglietta, à 60,000 genovini d'oro;^ la valeur des genovini d'oro et des florins était la même. Cantacuzëne admet un chifre un peu plus élevé pour la fin de la domination de la maison de Cattaneo (1329); il parle de 120,000 hyperpres d'or;'^ comme la valeur de l'hyperpre d'or était, à cette époque, égale aux deux tiers d'un florin,^ cela donnerait un revenu annuel de 80,000 florins. Si l'on admet pour l'écu d'or, à cette époque, une valeur de 12 francs, on voit que, d'après ces trois sources, la sonmie totale pouvait être de 720,000 à 960,000 fruncs. La colonie fondée par Vignosi^ eut une existence de plus de deux
^ Hopf, Op. eu,, p. 386, et Fustel de aussi complète que possible et extraite
Coulanges, dans les Archives des missions presque en entier de documents consultés
sûieffutifiquês, Y, 600, 608 et s. dans lesarchiyes: elle se trouve dans Part
' lAb, jur,y n, 668, 802. QiusUniam, dans Ersch et Gruber, (1^
* Hopf, Op. eü.y p. 831. sect, LXVm, 808—841): eUe a été trsr *' Bibi. de Vieole des chartes, 1« série, duite en italien par M» Wolf dans le G'tbnt.
I, 286; FogL, p. 682. ligust,, aSo 7 e 8 (1881), p. 816 et ss., 362
* Cantacuz., I, 371. et w., 400 et ss., 471 et ss.; ano 9 (1882),
* Desimoni, dans le (7tbm.;i^/., 1874, p. 18 et ss., 49 et ssl, 100 et ss. La p. 168, not partie historique de Fétude de Dom. Pïo-
* M. Hopf a écrit une histoire de Chio mis, La xeeea di Seio durante il domindo et de Fhocée au temps de la mahone, dei Cfenavesi (M6m, dell' aeead, di Torino,
A. L L'empire grec et les principauêés franques de Grèce. 497
cents ans; placée sous la suzerameté de Gènes, elle était goayeniée, administrée et exploitée par une compagnie composée de feanilles génoises; outre Ghio et les deux Phocée, son domaine embrassait d^autres îles de moindre importance, Samos, Nikaria, (Enoussa et Santa Panagia. Au point de vue du commerce, c'était une acquisition d'un prix inestimaUe. Ohio formait le premier chaînon d'une longue suite de colonies dont Péni peut être considérée comme le centre, et dont les extrémités étaient marquées d'une part par Gaffa et Tana, de l'antre par Trébiaonde et Tauris. La possession de Ohio augmentait considérablement la sécurité des communications entre Gènes et ces colonies lointaines. H Mak cela au moins, pour contrebalancer tant soit peu la prépondéranioe de Venise dans l'ArchipeL Mais, même en debors de ces considérations de haute politique, le commerce de Gênes tix)u?ait des aliments abondants dans les produits de Ghio et de Phocée. Si cette derai&re ne cûmpte que pour son alun, ce produit à lui seul sufBsait pour lui doaner nne grande valeur, et l'on peut y joindre encore, comme article de transit, les blés de l' Asie-Mineure; quant à l'fle de Ghio, les produits du sol et de l'industrie y abondaient Gitons en première ligne la fine résine dn lentisque, le mastic; il résulte des recheiH^hes de M. Hopf que la Mahone en expédiait chaque année en moyenne 180 quintaux pour FOccîdent, 114 pour l'Arménie, Ghypre, Rhodes, la Syrie et FÉgypte,^ 800 pour l'empire grec et l'Asie-Mineure turque. Gomme cet aitide ne se tooik* vait qu'à Ghio, les voyageurs du Moyen-Age oublient génér&banent, après en a^oir parlé, tous les autres produits de 111e; cependant Glavyo mentionne les jardins et les vignes ' et M. Hopf complète nos connaissances à cet égard au moyen des renseignements qu'il a puisés dans diverses archives: "l'île, dit-il,^ produisait en quantité, pour l'exportation, des vins fins et de l'huile, des figues et autres fruits du midi; la soie de Ghio était des plus estimées; les riches carrières du Pelinaeon fournissaient du marbre; enfin, on expédiait au loin une argile qui ne le cédait en rien à celle de Lemnos."
n faut que l'empire grec fut alors dans un état bien misérable, pour s'être laissé enlever aussi facilement par les Occidentaux une fle si fer» tile et si productive. La guerre civile déchirait le pays; l'impératrice
s« série, T. XXm, 2« part, p. 826-388), ment de ToiiTnge de IL Paguio elt6 plus
n'est en général qu'un extrait de la pré- haut et se trouvent maintènaai en partie
cédente. Au reste, les documents qui con- dans le Lib.jùr,
tiennent les clauses fondamentales, base ^ A l'époque de Piloti, une caisse de
des droits et des devoirs de la Mahone mastic se payait 100 ducats sur le marché
à l'égard de l'île de Ohio d'une part et d'Alexandrie: Piloti, p. 876.
de la Commune de Gênes d'autre part, ' ClaT^Oi p^ 42
avaient d^à été publiés dans le supplé- ' Art Qi/ustiniamy Op. eu,, p.
498 DeHxiime période. — IL Dévdoppement du commerce du Levant,
AmtÊB, ièauée de tout, de l'argent nécessaire pour équiper une flotte et d'hommes capables de la commander, était hors d'état de s'opposer par la force à l'entreprise de Yignosi; quelques vaisseaux partirent bien, soQS la conduite de lltalien Facciolati, pour tenter de ravitailler Ifle, mais ils arrivant trop tard. Pour se venger de son insuccès, Facdolati s'en prit à quelques inoffensi& navires marchands génois et massacra une partie de leurs équipages. Cet acte digne d'un pirate exdta an {dus haut point la colère des Génois de Galata; mis par eux hors la loi, Facdolati n'osa plus sortir qu'avec une escorte armée; en outre, les Génois faillirent réduire k capitale à la famine en arrêtant les expéditions de blé dont ils étaient les uniques fournisseurs.^ Pour &ire cesser cet état de choses, l'impératrice se vit dans l'obligation de leur rendre ce que l'on avait pris et d'y ajouter encore une indemnité.'
A l'égard des partis qui se divisaient l'empire, la conduite des colons génois de Galata était pleine de duplicité; ils donnaient leur appui taat&t à l'un, tantôt à l'autre." La guerre civile étant nuisible à leur commerce, il semble qu'ils dussent se féliciter de la victoire de CantacoKène qui y mit fin en 1387, après une durée de cinq années, et rétablit Fordre dans l'empire. Mais, parmi les moyens employés par le nonvean r^nt pour restaurer les finances de l'état, il en était un qui ne pouvait leur plaire. Il consistait dans l'abaissement des droits perçus par la douane de Gonstantinople sur les produits étrangers; par cet allégmaent, le régent comptait engager les nations commerçantes à reprendre le chemin de Gonstantinople. Avec le cours des temps, le ccmunerce de Galata avait pris un tel développement au détriment de celui de la capitale, que les recettes de la douane y atteignaient le chifBre de 200,000 hyperpres, tandis qu'à (Gonstantinople elles ne dépassaient pas 30,000.^ L'abaissement des droits à Gonstantinople était &it pour renvttfier la proportion en peu de temps. Autre désagrément: Cantacozène s'occupait de restaurer la marine grecque; or, moins les Grecs avaient de moyens de transport à leur disposition, plus la marine génoise était maltresse du trafic: moins les Grecs avaient de vaisseaux de guerre à mettre en ligne, moins Ghio et Phocée avaient à craindre d'eux. Les habitants de Galata prirent tout cela tellement à cœur qu'ils se préparèrent à lutter énergiquement pour le maintien de leur prépondérance commerciale et maritime. Mais combattre n'était pas tout; ils ne pouvaient compter sur le succès tant qu'ils ne seraient pas maîtres des hauteurs qui s'élèvent en arrière de Galata et la dominât Us
1 Bemaïqae de Nioéph. Grég., n, 766. ' Gantaciu., n, 602— 6S2, 607 et 8.;
' Nioéph. Grég.» n, 766 et b.; Ganta- Nicéph. Greg,, H, 784 et s., 776 et 8. COS., n, 663 et 8. « Nicéph. Grég., U, 842.
A. L L'empire grée et les principautés franques de Orèee. 499
essajrèrent d'abord de la douceur et adressërrat à Cantacuzëne une pétition dans laquelle ils exposaient que leur quartier n'était plus assez vaste pour sa population; mais le régent n'était nullement disposé à fedre l'abandon d'une position dont il connaissait parfiiitemeiit la yaleur. Ayant échoué par ce moyen, ils profitèrent de ce que Gantacuzène était retenu par la maladie à Didymoteichos , pendant l'été de 1348, pour commencer les hostilités. Les Grecs l'eussent-ils voulu, ils ne pouvaient faire autrement que de relever le gant; en efifet, il y avait panni les Génois un certain nombre d'individus qui eussent désiré lé maintien de la paix daus l'intérêt de leurs aflEaires et qui avaient tâché, au dernier m(Hnent, de prévenir la rupture en envoyant une ambassade à Constantinople; or, ceux-là même s'obstinaient à exiger de la part des Grecs l'abandon de toutes les mesures prises pour la restauration de leur marine. Tandis que les habitants de Gonstantinople attmdaient avec inquiétude, derrière leurs portes fermées, la tounuure ^e prendxakat les choses, les Génois mirent le feu aux maisons grecques bftties sur la rive de la Corne d'or du côté de Galata, aux bâtiments marchands k l'ancre dans la rade, aux magasms situés en dehors des murs de la capitale et détruisir^t dans les darses les navires en construction ou en réparation; on ne put en sauver que trois grands et quelques petits, qu'on réussit à &ire passer pendant la nuit dans les bas-ibnds d'un difficile accès qui se trouvent au point où les Saux-douces se jet« tent dans la Corne d'Or.^ Après ce coup de force, les Génois s'occupèrent d'étendre leur quartier vers l'intérieur des terres, jusqu'au sommet de la colline et, pour garantir le terrain nouvellement annexé, se hâtèrent d'élever une haute muraille: ils avaient depuis longtemps commencé à amasser sans bruit les matériaux nécessaires; là où la muraille ne suf«* flsait pas, ils joutèrent des ouvrages en terre et des palissades; comme couronnement de ces fortifications, ils élevèrent une tour sur le point culminant de la colline: les travaux furent poussés jour et nuit; hommes et femmes, nobles et manants rivalisaient d'ardeur patriotique. Entre temps, on donnait de la besogne aux habitants de la capitale par des attaques dirigées tantôt sur les portes, tantôt sur les vaisseaux encore intacts; de la sorte, les troupes grecques, peu nombreuses, n'avaient pas le temps de troubler sérieusement les travaux du quartier génois et tout ce qu'elles purent flaire fiit d'incœdier les maisons génoises situées en dehors des murs de Galata. Les GtérnÂR se prcmiettaient une action très efiäcaoe du rôle de leur flotte, chargée d'empêcher tous les amvages
* Sur la disposition des lieux, voir midion, dans Tangle le plus reculé de la Hammer, OonsUmtinopd und der Bas- Oome d'or. ponts, n, 86. La carénage était au Cos-
SOG Deuxième période. — IL DéveloppemerU du eommeree du Levant,
daiiB la Yille; ils comptaient, par ce moyen, avoir promptement raison de leurs adversaires, mais Us se heurtèrent à une énei^gie et à une vigueur de résistance tout-à-&it inattendues. Les habitants de Constantinople employèrent toutes leurs ressources à compléter leurs moyens de défense, de sorte que, pour les réduire, il ne resta plus aux Génois d'autre ressource qu'une attaque directe. Us réunirent donc une grande quantité de vaisseaux et de troupes, parmi lesquelles on comptait un contingent fourni par leurs compatriotes de Chio, et tentèrent un assaut sur la partie de la ville riveraine de la Corne d'or (automne 1348). Les Grecs défendirent leurs murailles et leurs portes avec une telle vigueur, que malgré leur acharnement k la lutte, les Génois durent battre en retraite avec des pertes s^isibles; il se décidèrent alors d'eux-mêmes à offrir la paix, mais inutilement. Pour leur malheur, l'empereur, à peine guéri, revint sur ces entrefaites dans sa capitale: son retour donna un nouveau courage aux défenseurs; il apportait de l'argent, amenait avec lui des renforts et des vaisseaux pour remplacer ceux qui avaient été détruits. D'un antre côté, les vaisseaux génois échelonnés le long de la rive de Galata pour couvrir le fianbouig avaient tant à souffrir des projectiles lancés de Constantinople, qu'il &llut les retirer, laissant ainsi à découvert la muraille de ce côté. De nouveau les Génois voulurent taire la paix; ils demandèrent la médiation des chevaliers de Rhodes; mais ils ne voulaient ni évacuer le terrain dont ils s'étaient emparés ni payer d'indemnités pour tout ce qu'ils avaient détruit; les négociations furent vite rompues et le vaisseau qui avait amené les délégués des chevaliers s'en retourna emportant des objets précieux, des femmes et des en&nts que les habitants de Galata envoyaient à Rhodes pour les mettre à l'abri du danger; en effet, on s'attendait aux pires extrémités. Pendant l'hiver, Cantacuzène compléta ses armements et, an printemps, il était en mesure, non -seulement d'opposer de nouveaux vaisseaux à ceux des Génois, mais aussi d'assiéger avec des troupes fraîches leur nouvelle citadelle. Les Génois ne se sentaient pas assez forts pour combattre à la fois sur terre et sur mer et songeaient sérieusement à renoncer à la lutte sur mer pour concentrer tous leurs efforts sur la défense de la citadelle; mais leur amiral avait reconnu d'un coup d'oeil le côté feible de la flotte grecque; montée pai' des rameurs inexpérimentés, elle était incapable de manosuvrer. Il insista donc pour la continuation de la lutte sur mer; secondé par un orage violent, il battit à plate couture la flotte grecque; la déroute ftat telle qu'une panique générale se répandit parmi les habitants de Constantinople et les troupes qui assiégaient à la citadelle de Galata: tous prirent la fuite dans le plus grand désordre. Au moment précis où les choses prenaient ainsi une tournure fevorable pour les habitants de Galata, arrivait de Gênes une ambassade envoyée
A, L L empire grec et les principautés franques de Chice. 601
alors qu'on y était encore sous l'inflnence des échecs i»*écédents. La mère-patrie n'ayait jamais pu approuyer la conduite de ses colons; aussi n'ayait-elle enyoyé ni renforts ni ambassadeurs chargés d'arranger le conflit L'ambassade dont nous yenons de signaler la yenue ayait pour missicm d'exiger des colons la restitution du terrain illégalement occupé, et le paiement d'une indemnité pour les dégâts causés par eux et le yersement d'une somme considérable à titre d'amende. Mais, après ce qui s'était passé, il ne pouyait plus être question d'obliger les Pérotes, encore dans l'iyresse de la yictoire à demander la paix à de pareilles conditions, et Cantacuzène n'était plus en état de les imposer. H ne demanda pas mieux que de laisser aux Génois le terrain objet du litige.^
Pour l'accomplissement d'un des rêyes caressés par les Génois, il fallait que la marine grecque restât dans un état d'abaissement et de dépendance; mais Cantacuzène ne songeait à rien moins qu'à leur î^ixt ce plaisir. En même temps qu'il s'occupait sans tréye de répai'er ses pertes, il ne perdait point de yue le projet de réincorpor^ à l'empire Cldo et Phocée. H commença par enyoyer à Oênes une ambassade chargée de ses réclamations contre l'occupation illégale de l'île. La réponse du doge fut telle qu'on pouyait l'attendre: la commune, dit^ n'y était pour rien; c'était une société d'un caractère priyé qui occupait CSiio; quant à lui, doge, il était pour le moment hors d'état de contraindre cette sodété à rendre sa conquête etc. Cantacuzène n'accepta pas cette fin de non-receyoir et, d'ailleurs, son droit dans cet affaire était trop éyident, pour qu'il f&t possible d'opposer un seul motif plausible. Le go«yemement génois consentit donc a signer un traité dans lequel il était stipulé que la Compagnie restituerait sans délai l'île de Chio à l'empereur, ayec la rëserye qu'elle resterait encore en possession de la capitale jusqu'en 1357, à condition de reconnaître la souyeraineté de l'empire et de payer un cens annuel de 12,000 hyperpres d'or.' H est éyident que, du côté de Gfênes, ce traité n'était pas sérieux, car on pouyait être certain que ni Vignosi ni ses compagnons ne se prêteraient à l'exécuter. Aussi les Grecs eurent-ils recours à des moyens plus énergiques. L'archonte chiote Zybos, à qui Vignosi ayait confié le gouyemement de l'ancienne Phocée, essaya traîtreusement d'enleyer Chio pour le compte de l'empereur et sans doute ayec sa complicité; mais äa tentatiye édioua.' Ainsi, ni la diplomatie ni la force n'ayaient réussi: la compagnie resta en pos-
' Ca]itaciiz.,in,08*-d0; Nieéph. Qréfl:., Cantacus., m, S9 (eOes ne sont pu reih
n, 841-~S67. Les durouiqneun génois duee avec Mses de fidtiltè dam Hopf,
passent oomplèteineat sous sUence ces 6t6- Op. oii^ p. 816). nements importants. ' Cantaens., IH, 80-^86b
* Voir ces conditions et d'autres dans
609 Deuxième période. — II. Bèvdoppement du commerce du Levant.
session de Ohio; les Orecs réussirent seulement à Texpolser passagèrement des deux Phooée (1848); on trouve des gouverneurs grecs, dans l'une jusijn'en 1361, dans l'autre jusqu'en 1368.^ Finalement, l'empereur Jean se vit obligé de signer les traités de 1363 et de 1367, par lesqads il reconnaissait la souveraineté de la Mahone sur Me de Ohio en échange d'un tribut annuel de 600 hypei^pres.'
Tout occupés qu'ils fussent à maintenir dans son état dlmpuissanœ absolue la marine militaire et marchande de l'empire grec, les Génois trouvaient encore le temps de travailler à entraver le développement de la puissance de Venise dans le Levant Pendant plusieurs années, la RéjpubUque de Venise avait à peu prés exclusivement concentré son activité sur l'extension de son domaine de terre-ferme en Italie;* mais, a;u moment où nous sommes arrivés, elle commençait de nouveau à tourner ses regards vers le Levant Nous en avons la preuve dans les efforts qu'elle fietisait pour combattre les Turcs Seldjoucides. Mais c'était dans la mer Noire qu'elle se donnait le plus de mouvement; les villes commerçantes des côtes devinrent le théâtre d'une concurrence acharnée entre les deux rivales, et déjà leurs relations étaient des plus tendues, quand les Génois, prenant les devants sur les Vénitiens, réussirent à s'emparer de Ohio; ce n'était pas pour calmer l'irritation croissante de ces derniers. La guerre eût éclaté dès lors, si le doge de Gênes, Giovanni de Murta ne se f&t opposé à la rupture: il était d'ailleurs secondé par k terrible peste de 1848 qui paralysa les forces des deux nations.^ Mais, en 1360, Gênes eut un autre doge, Giovanni di Valente; à peine arrivé au pouvoir, celui ci r^rit le projet cher à sa nation d'expulser entièrement sa rivale de la mer Noire ^ et il fit saisir quelques vaisseaux vénitiens dans le port de Caffa:^ la guerre était désormais inévitable. L'amiral Marco Ruzzini, expédié de Venise avec trente-cinq galères, surprit dans le port d'Alcastri (sept 1360) une flottille de quatorze bâtinftnts marchands gteois à destinaticm de Fera et de Caffa;^ quatre seulement purent
^ Hopf, Op. cit., p. 316. Ida n<> 384, p. 195 ii9 400, p. 196 n« 403,
• Sperone, Beat grandexxa di Genova, p. 217 n» 20, p. 218 no» 24, 26.
p. 206 et 8. ■ Dandolo, p. 420; cf. Nîcéph. Greg.,
* Surtout pendant le règne du doge U, 877.
I^anc Dandolo, 1929—1839; BomanmlU, * Bomaain, lU, 168.
108 et 88. ^ Je troure un port de Gastri on Gestio
^ Romanin DI, 166 et s., 168; SteUa, à la pointe méridionale de Pfle d*£nbée,
p. 1090. Voyez encore Oommem, reg., à Test de Garystos: Toy. la carte de Grèce
n, 168, ao 266. Le pape Glément VI d'Aldenhoven et de Giov. da üacano, dans
s'entremit également ponr amener lapaci- Pagnini, IV, 222. Mais Nicéph. Grég.,
fication entre Gênes et Venise: il continua qni était aion lai4nême en Bnbée, pariant
à y trarailler même pendant la guerre; de la localité où la flotte génoise se 1
ibid. p. 176 n^ 303, p. 186 n» 864, p. surprendre, désigne positivement un port
A. L L'empire grec et les principautés frcmgues de Grèce. 603
s'édu^per et se réfugier à Ohio. A Galata, Buizini n'eut pas le mAme succès; les colons l'attendaieut avec des jNréparatifr qui lui dtèrent l'enyie de les attaquer, et il passa outre pour continaer ses opérations dans la mer Noire. Sur ces entre&ites, les seigneurs de Chio (Vignosi et oim* sorts) armèrent une flotte à laquelle se joignirent les quatre vaisseaux échappés au désastre d'Alcastri, et l'envoyèrent attaquer les possessions vénitiennes de llle d'Enbée. La ville de Négrepont, objectif principal de cette expédition, ne s'attendait à rien; les Chiotes entrèrent de vive force dans le quartier vénitien; les prisonniers d'Alcastri, leurs compatriotes, laissés par Buzzini à la garde des habitants de la ville, mirent à feu et à sac les maisons, les navires amarrés dans le port et s'en retoui-nèrent chargés de butin, emmenant de nombreux prisonniers et emportant les clefii de Négrepont qu'ils suspendirent en trophée aux portes de Chio.i
Ces fûts n'étaient que le intiude d'événements l^us importants: les Vénitiens se préparaient à engager la lutte sur une vaste échelle.' Comme ils avaient conscience de leur infériorité, la puissance des Génois étant alors autrement grande que la leur, ils cherchaient des alliés. Us savaient que Pierre /F, rai éF Aragon, en voulait à leurs rivaux à cause de l'appui que ses vassaux de l'île de Sardaigne, insurgés contre lui, avaient trouvé de tout temps et tout récemment encore dans la commune de Gênes: ils le firent sonder pour savoir s'il ne serait pas disposé à s'aUier à eux contre Gênes et le trouvèrent fàvorablemrat disposé: deux ambassadeurs génois se succédèrent auprès de lui pour le dissuader, mais ne purent le ramener. Le 16 janvier 1361, il signait avec Venise un traité auquel le doge donna sa ratification le IS juillet: il se chaigeait de donner de l'occupation aux Génois par des attaques incessantes sur les côtes et les iles de lltalie, de manière à les obliger de diviser leurs forces et à assurer ainsi d'autant mieux aux Vénitiens leur Uberté d'action dans le Levant» En même temps, ceux d, par-
situé entre Oropus et Auüb, par conBéqaent par lequel il fïit acquitté, que sa oonduite
sur la oôte orientale d'£ubée (lU, 48 et s.), n'avait pas été aussi Iftohe qu'on pourrait
^ Daodolo, p. 420; Sanuto, Vue dei le croire si Ton s'en rapportait à certaines
Dogiy p. 621 et s.; Stella, p. 1091; Gî- chroniques.
ustin., foL 186; Fogl, p. 448; Nieéph. * ''AdconfusioneniidestruetionexBetex- Grég., n, 878; ni, 48 et s. Lorem» de terminium finale Ja&uensium" (expressions Monacis a conmiuniqué, sur la prise de du traité condu arec Pierre IV d'Aragon). Négrepont par les Chiotes, quelques détails ' Sur ces négociations Toyes Çurita, extraits du mémoire écrit pour sa défense Anales dt la csmma de Aragon (éd. de par le haue vénitien de Négrepont, Thom. 1610), H, 241 et a; Marin, VI, 89-^1: Viaro (voy. aussi Marin, VI, 94 et a; Bomanin, m, 160. Les documents se Bomanin, m, 169 et s.); il résulte de trouvent dans le Mmùnal kishrico escette pièce et encore mieux du jugement panoi, H (Madrid 1861), p. 274 et as.
504 Deuitihne période. • — IL Développement du commerce du Levant.
faitement aa courant des nombreux grieft de Jean Cantacueene contre les Génois, faisaient des tentatiyes auprès de ce prince pour l'attirer dans leur ligne; mais, comme il avait en ce moment sur les bras une guerre contre les Serbes, leura premières démarches n'eurent pas tout le succès désiré.^ Les Pisans, invités également à se joindre k la ligne commencèrent aussi par refiiser ; déjà très-affaiblis, ils craignaient d'épuiser dans une nouvelle guerre ce qui leur restait de forces; ils donnèrent leur adhésion par ht suite, mais il était trop tard.' D'ailleurs, assurée de l'alliance des Aragonais, marins habiles, soldats exercés, Venise se sentait assez forte pour ouvrir les hostilités. Au courant de l'été de l'année 1351, une flotte de vingt-cinq galères vénitiennes, commandée par Niccolo Pisani, arrivait une belle nuit devant Galata;' comme les portes de la ville restaient habituellement ouvertes, les Vénitiens péné* trèrent aisément dans l'intérieur; les habitants, réveillés en sursaut par les cris d'alarme, eurent toutes les peines du monde à les rejeter hors dies murs; sauf oe coup de main, la flotte vénitienne se borna à tenir la mer et à iBure la course. Cependant, avant de s'éloigner de C!onstantinople, elle y avait laissé un ambassadeur, Giovanni Dolflno, qui re^t les t^tatives déjà faites une première fois auprès de Cantacnzène.^ L'emperew ayant encore témoigné le désir de rester neutre, les Vénitiens se décidèrent à une action énergique; ils l'appelèrent leur baile de Gonstantinople et le prirent à bord. Au moment où, par cette démonstration menaçante, ils cherchaient à faire réfléchir l'empereur aux conséquences graves que pouvait avoir pour lui la neutralité, les habitants de Galata la lui rendaient impossible par leur insolence. Qs le regardaient, avec raison d'ailleurs, comme un ami secret des Vénitiens; or un jour, pour lui montrer qu'ils ne le o^aignaient pas, ils projetèrent une grosse pierre avec une de leurs machines de guerre jusque dans Constantinople: le
n y a d'aatreB documents, dont «ne partie Tambassadeiir Dolfino, chargé de négocier
n^est que la répétition des précédents, ayec l'empereur.
dont Tautre les complète, dans les Com^ ^ Le 4h^ 'Pctoi'^ri^ç de Cantaeuz. ÇJL,
mem. reg., H, p. 187 n» 368, p. 191 186) qui écriyit une lettre pour appuyer
no 881, p. 1«S no 886 et s., p. 193 n» 887, les efforts de Dolüno n'est ni un prince
389 et s., p. 194 no 392, 395, p. 196 deBaTenne(!) comme l'affirme l'ancienne
no 398. traduction latine de Oantacuzène, ni un
^ Cantaeuz., m, 118. roi de Hongrie, comme le suppose Lebeau
' Matt Villani (éd. Dragomanni) I, (HUi. du Bas-empire, nauv. éd., XX, 800),
148; cf. Sauli, I, 396 et ss.; Hopf, art mais bien le roi Pierre d'Aragon. Dans
Grieebenland, Op. eu., p* 447. certains documents grecs (voy. p. ex. Mi-
' Dandolo, p. 481 ; M Sauli (1, 830 et s.) klosich et MuUer , Acta pcUriareh. OpoL,
confond les années 1360 et 1851, quand H, 77, 98), le roi d'Aragon est t^ipelé
il rapporte que ce fut Buazini qui exécuta én^ 'Payovmç.
l'attaque de nuit sur Galata et qui amena
Ä. L U empire grec et les principautés franques de Qrece. 505
lendemain, même répétition. En &ce d'an pareil défi, il ne restait plus " à OantacQzène autre chose à faire que de joindre ouvertement sa cause à celle des Vénitiens.^ Son contingent fut fixé à douze galères et les \ Vénitiens lui promirent de payer les deux tiers des frais, comme ils ^ l'avaient fidt pour le roi d'Aragon; en outre, ils voulurent lui rendre des jojraux qu'il avait depuis quelque temps, mis en gage à Venise; enfin, il fiit convenu que si l'on s'emparait du quartier de Galata, il serait rasé et que Chio et Phocée seraient rendus à l'empereur." Ces arrangements terminés, les forces grecques et vénitiennes entrèrent en campagne ' de concert, et tandis qu'une partie donnait la chasse aux navires génois avec un succès qui en faisait une opération fructueuse, l'autre commençait le si^e en règle de Galata par terre et par mer: les travaux du siège étaient en bonne voie et déjà toutes les dispositions étaient prises pour donner l'assaut, quand l'amiral vénitien reçut avis de l'approche ■ d'une grande flotte génoise; on le prévenait en même temps que, sil persistait à rester devant Galata, U courait risque de se Mre cerner et couler à fond. Laissant aussitôt tout là, il se hâta de fistire voue pour l'Archipel, tandis que Cantacuzène continuait seul le siège jusqu'à nouvel ordre.« La flotte génoise était, effectivement, des plus respectables: forte de 60 galères, elle était montée par des équipages de choix et commandée par l'iUustre amiral Paganino Doria.*^ Quand elle arriva, la flotte vénitienne, qu'elle espérait rencontrer en pleine mer, avait eu le temps de se mettre à l'abri derrière les fortifications de Négrepont. Doria n'hésita pas à mettre le siège devant la place et il la tenait déjà bloquée depuis deux mois (du 15 août au 20 oct 1351) ^ quand l'approche d'une nouvelle escadre vénitienne sous les ordres de Pancrazio Giustiniani et d'une escadre aragonaise sous les ordres de Ponce de Santa Pau« l'obligea de s'éloigner.^ Son départ rendait la liberté à Pisani
* Cantacuz., m, 185 — 191 (Nicéph. * Dand., 1. c.,; FogL, /. c. D'après
Grég., n, 880). Nicéph. Grég. (n, 1081) Nicéph.Grég.,m,46— 51, la place d'Orôos,
rapporte que, pour punir Tempereur d'être au nord de File , aurait été aadégée par
entré dans la ligne formée par les Véni- les Génois et défendue par Pisani ayee
tiens, les Génois de Galata incendièrent Faide de 300 oheyaliers du duché d'Athènes,
plusieurs maisons habitées par des Grecs ^ C'est la forme espagnole de ce nom,
et menacèrent la capitale d'une attaque, d'après Çnrita et Capmany; dans les chartes
' Marin, VI, 91 — 98; Bomanin, m, latines il s'écrit Pontius de Santa-Pace.
160 et s.; Taf. et Thom., inéd,; Commem. ' Dand., 1. c.; Çurita, p. Si4 et s. H
reg., n, 196, no 40â. prit encore aux Vénitiens, en passant, la
" Cantacuz., m, 198—200; Nicéph. place de Phtélion, dans le golfe de Volo.
Grég., m, 45 et s., 76. Sanut, p. 634.
^ SteUa, p. 1091; Giustin., p. 185; FogL, p. 449. Le contin. de Dandolo donne le chiffire de 66 galères, p. 431.
606 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.
qui put opérer sa jonction avec les renforts dont l'arrivée avait été si opportune: il était désigné pour exercer le commandement suprême.^ Mais l'hiver approchait et, pour le moment, les deux amiraux n'eurent rien de plus pressé que de mettre de leur mieux leur flotte à l'abri des intempéries de la saison, dans les ports de l'ArchipeL' La lutte dédsive était remise à l'année 1352 et devait avoir Ueu dans le voisinage de Constantinople.
Plus le moment décisif approchait, plus les Génois ressentaient les dangers de leur isolement Ss firent diverses tentatives pour détacher Cantacuzène de la triple alliance, mais toujours en vain; eux-mêmes, d'ailleui^s, semblaient vouloir faire échouer tout essai de rapprochement: n'allaient-ils pas, au moment même où ils négociaient dans ce but, occuper les villes d'Héradée et de Sozopolis, dans la mer de Mannara? Pour leur excuse, il fsBtut dire qu'en ce qui concerne Héradée, ils y avaient été amenés par l'attitude hostile des habitants.* Us furent plus heureux du côté des Turcs. D'une part ils conclurent un traité d'al* liance avec Khidhrbeg, souverain d'Altoluogo;^ d'autre part, Doria envoya en mission auprès d'Orkhan, émir des Osmanlis, deux Pérotes nommés Filippo Delomede et Boni&zio Sauli. Le territoire de cet émir s'étendait jusqu'à la côte asiatique du Bosphore: les deux envoyés commencèrent par gagner sa bienveillance par des cadeaux, par la promesse d'un tribut, et finirent par l'amener à signer un traité en règle, dont le texte ne nous est pas parvenu.^ S'il fallait en croire Cantacuzène, les Génois n'auraient fait aUiance avec Orkhan qu'après la grande bataille dont nous allons parler un peu plus loin; c'est alors seulement que, s'attendant à une nouvelle attaque sur Péra qui, d'ailleurs, n'eut pas lieu, ils auraient sollicité et obtenu de lui un corps de secours. Nicéphore Grégonus place, au contraire, la signature du traité avant la grande bataille et il doit avoir raison. H semble évident qu'Orkhan
^ Dandolo, L c.; CantacuE., m, 219. niAlheureiisemeiit Tindication exacte de la
' Matt Yillani, I, 158; Nic6pL Grég., date), m, 61, 78. ' Cantacuzène (lU, âS8 et s.) et Nicéph.
' Nicéph. Grég., m, 78--8â; Ganta- Greg. (lU, 84) parlent de ces négoefations.
coz., m, S09— 218. H n'y a pas grand II y eut un traité en forme, cela n'est
chose à prendre dans le discours de Phi- pas douteux, car d'autres traités posté-
lotbéos sur Toccupation d'Héradée, qui rieurs s'y réfèrent: roj. Lib.jur., H, e02;
se trouve dans la première liTraison du Not. ei extr,, XI, 69. Certains documents
premier volume (p. 1—88) des Anecdoia récemment publiés par M. Belgraao nous
graca (avkXorri ikX$tPutùh àptnôirtmi)^ éd. font connaître les négociateurs en faveur de
Constant Triantaphillis et Alb. Grapputo qui Orkhan obtint, par la suite, l'exemp-
(Venis. 1874). tkm d'impôts à Péra; Âtti deOa Soe. Hg^
^ Traité inédit, signalé par Hopf, art. xm, 126 et ss. Oriechenland, QP« eu., p. 447 (il manque
A. L üemipire grec et les prindpanUés françiues de Grèce. 607
prit ce jour-là part à Taction, avec on corps établi sur la côte méridionale du Bosphore, car un document génois d'une date postérieure parie ayec éhgea du rôle joué par lui dans cette occasion.^
L'empereur attendait avec une impatience bien naturelle l'arrivée des flottes vénitienne et catalane; enfin, le 16 février 136S, on les vit apparaître, se dirigeant à toutes voiles des îles des Princes sur Gonstantinople: Paganino Doria évita le choc en se repliant en arriére: bien qu'il e6t reçu de la colonie de Galata des renforts qui portaient sa flotte à 66 voiles, elle était encore inférieure en nombre à celle de ses advei^aires. Poussées par une bonne brise et Ubres de continuer leur route, les flottes alliées opérèrent leur jonction avec la flotte grecque à l'hauteur de l'arsenal maritime dlleptaskalon: (^est le quai de la mer de Marmara, nommé actuellement Eatergarlimani (port des galères).' Aussitôt après, c'est-à dire le même jour,^ la bataille s'engagea. Gênés par un vent contraire, vivemoit poussés par leurs adversaires, les Génois reculèrent d'abord, découvrant même Gcdata dans ce mouvement de retraite. Cependant, arrivés à la hauteur de Sali-Basar, la partie de la côte comprise entre Top-Hané et Bechik-Tach,^ ils se décidèrent à faire tête à l'ennemi et l'engagement devint généraL H n'y avait pas Ut moins de 130 à 140 vaisseaux de guerre, combattant par groupes daos l'étroit canal qui constitue le Bosphore. On se battit avec acharnement; la nuit était déjà tombée que l'on combattait encore; les Catalans perdirent douze galères, les Pérotes, plus de la moitié de leurs combattants. Finalement, ce fut une de ces batailles indécises à la suite desquelles les deux partis s'attribuent la victoire et se retirent également épuisés, également peu désireux de prolonger la lutte. Quelques jours après, l'amiral vénitien reprenait le chemin de l'Occident, suivi de près par les Aragonais: ceux-ci emportaient le corps de leur brave commandant. Ponce de Santa Pau, mort des suites de ses blessures.^
^ Atti, L c; p. 127, 129. H 86 trouye parmi les "Doonmentos con-
' Hammer, Consianiinopel und der ooniieates à la annada que en 1861r mandô
Boeparue, I, 128 et s. aprestar el Bey D. Pedro IV de Aragon
' Stella, p. 1092, indique la date du en contra de Genovesee (éd. D. Juan Sanz
9 mars pour le jour de la bataille; c^est y Barutell), dans le Memorial histarico
une erreur. espanol, T. U (Madr. 1851), p. 889. M. Çu-
* Je prends id pour guide un auteur rita, Anaies, 1. c, p. 245, a retracé la phy- ▼ersé dans la connaissance des localités, sionomie de cette bataille au moyen de di- M.Paspati. Yoy. Bv{atT«i^» /u^AfTcM, p. 267. vers rapports du même genre et de la
* Avant de mourir il rédigea un rap- Chronique de D. Pedro IV. Càntacuzène, port dans lequel il attribuait la victoire m, 218—284; Nioéph. Grégoras, m, 86 à son parti: ce rapport, daté du 2 mars —94, et M. Villani, I, 184—187 (éd. Dra- 1852 ''in loco dicto Boca de Giro (Hiéron) gomanni), sont ceux qui abondent le plus in portu de Corrumba'', est très court en détails; les chroniqueurs génois etvé-
508 Deuxième période, — //. Dévdoppement du commerce du Levant.
Quant au Grecs, ils ayaient lâchement abandonné le champ de bataille an moment le pins chaud; aussi n'avaient -ils perdu aucun de leurs yaisseauz. Cependant, quoiqu'indemne, l'empereur, ses alliés partis, n'entendait pas porter À lui seul le poids de la lutte: il ^i avait d'autant moins envie que les Turcs, appelés à l'aide par les Génois, multipliaient leurs incursions et commençaient à devenir fort gênants, et qu'ils se préparaient, de concert avec leurs alliés, à £Bdre le siège en règle de Constantinople.^ n fit donc sa paix avec Paganino Doria. Dans l'arrangement conclu entre eux, l'empereur promet d'une part d'interdire aux navires vénitiens et catalans d'aborder (sauf pour débarquer un ambassadeur ou un baile) et de faire des provisions sur toute l'étendue de son territoire et, d'autre part, de défendre aux vaisseaux grecs de visiter les ports vénitiens et catalans; à l'avenir, il ne sera plus permis à des sujets grecs de prendre du service sur des navires appartenant à des ennemis de Gènes, ou de se mêler aux querelles qui pourraient survenir entre Génois d'une part, Catalans et Vénitiens de l'autre. En ce qui concerne le commerce, l'empereur et la commune de Gênes s'engagent réciproquement à accorder la franchise de droits de douane pour les articles achetés par les sujets de l'un aux sujets de l'autre. Si des sujets grecs vendent du vin à Galata, ils paieront ks droits entre les mains des employés des accises de la localité comme les Génois, et réciproquement La cession gratuite de Galata aux Génois est expressément confirmée et les limites en sont déterminées par le fossé de l'enceinte; le document désigne trois des points par lesquels passait cette ligné: la pointe de Galata (caput Gaüata), la tour de Traverius (?) et la citadelle placée sous le vocable de la S*» Croix (eastrum S, Crucis) ; cette dernière désignation s'applique sans doute à la citadelle bâtie sur la hauteur, cause première de la querelle, de sorte que la mention qui en est fistite constituerait une approbation indirecte de sa construction. Pour Chio et Phocée, il ne fut pris alors aucune décision; le champ restait ouvert à la diplomatia^
Après avoir ainsi mené à bien sa mission, Paganino Doria ne tarda pas à s'éloigner du Levant à son toui-. Cependant, la guerre n'était pas terminée; toute la différence était que Cantacuzène n'y prenait plus une part activa Pisani parut encore une fois au cours de la même année devant les murailles de Galata, avec une flotte composée de vaisseaux
niti«ns en aoat plus avares; panni les Giég.t ni, 91 et s., 99, 144 et s.; M. Vil-
derniers, nous citerons en particulier Lo- lani, I, âOO.
renao de Honacis, parceque sa relation est * L'instrument de paix porte la date
basée sur le récit d^on témoin oculaire du 6 mai 1362 et se trouve dans Saoü,
(p. 214). n, 216 et 88., et dans le Lib. jur., H,
' Cantacuz., m, 238 et s.; Nicéph. 601 et ss.
A. L Vempire grec d les principautés franques de Orèce. S09
vénitiens et catalans; mais la ville était sur ses gardes et il repartit comme il était vena.^ L'année suivante, on fit de nouveau d'immenses armements en Aragon, à Gênes et à Venise, mais, cette fois, la grande bataille ne ftit^pas livrée dans le Levant; elle eut lieu près des côtes de Sardaigne, à hauteur du port ä!Äls^o et se termina pour les Génois par une épouvantable déroute (39 août 1363): les conséquences de ce désastre étaient encore aggravées par la persistance des divisions intestines, l'épuisement et la famine. Dans cette détresse, désespérant du salut de leur patrie, les Génois firent leur soumission à Jean Visconti, souverain de Milan. Aussi riche que puissant, ce prince s'oocupà de réorganiser la marine et^ dès 1364, une flotte génoise était de nouveau en état de prendre la mer. Doria pouvait encore promener fièrement l'étendard de Gênes: pénétrant dans l'Adriatique, ce hardi marin s'avança jusque dans le voisinage de Venise, prit d'assaut et incradia la ville de Parenzo et termina la campagne par un fait d'armes des plus brillants (4 nov.); il surprit, dans le port de Zonchio (Vieux Navarin), une flotte vénitienne de force à peu près égale à la sienne, s'empara, après une faible résistance, des trente*cinq galères qui la composaient et ramena prisonniers à Gênes leurs équipages à peu près au complet, plus de dnq mille hommes.' Ce coup, reçu de la main d'un ennemi qu'ils considéraient comme à moitié mort, émut profondémait les Vénitiens. L'année précédente, ils avaient encore rejeté dédaigneusement des propositions de paix de Jean Visconti; cette fois quand ses héritiers et successeurs au pouvoir, les trois frères Matteo, Bemabo et Galeazzo Visconti offiirent de reprendre les négociations, ils se montrèrent moins fiers et consentirent à signer d'abord un armistice (16 janvier 1366)^ puis un traité de paix (1^ juin). Quand on songe aux événements considérables qui avaient marqué cette guerre, les clauses stipulées dans ce traité paraissent bien insignifiantes. Le point le plus important est l'engagement réciproque pris par les deux nations de n'envoyer, pendant une durée de trois années, aucun navire marchand à Tana; la question des droit» et possessions des Italiens en Bomanie n'est pas même effleurée, sauf sur un point concernant le duc de Naxos: les (Génois pnmiettent de lui rendre tout ce qu'ils pourraient lui avoir pris au cours des hostilités.^ Mais le fait seul que la paix était conclue snfftsait pour exercer une influence de premier ordre sur les relations des Italiens avec le Levant; délivré des entraves incessantes apportées à son développement par la
* Samit, p. 625; Navagr., p. 1086; ' Sanut., p. 680 et s.
Nicépb. Grégr-) m, 171 et b. * L^instrninent de paix se tarouTe dans
* Matt, ymam, I, 889-886; SteUa, le Lib. jur., n, 617 et as. p. 1098; FogL, p. 462; Dand., p. 424;
Sannt, p. 629 et s.
510 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.
guerre qui yenait de finir, le commerce pouvait dorénavant y prendre un nouvel essor.
En attendant, une nouvelle révolution se préparait à Constantinople. Les projets de Cantacuzène, son intention de s'emparer de l'empire à son profit et à celui de sa maison et d'en exclure les Pàléolog^es, devenaient de joui* en jour plus évidents. D avait soin de tenir Jean V Fàléctogue, l'empereur Intime, éloigné du siège du gouvernement Mais plus ce prince approchait de sa majorité, plus il supportait impatiemment son exiL H commença de bonne heure à chercher des alliés sur l'aide desquels il pftt compter le jour où il se croirait assez fort pour réclamer ses droits les armes à la maison et chasser l'nsurpatair. H paraît qu'il s'adressa d'abord aux Vénitiens. Quand l'amiral Niooolo Pisani entreprit sa deuxième campagne dans le Levant contre les Génois, Jean négocia avec lui un emprunt de 20,000 ducats et donna en gage au doge l'île de Ténédos avec jouissance entière* de la souveraineté et de l'usufruit^ Muni de cette somme, il voulut aller se montrer à Constantinople, espérant provoquer un soulèvement en sa &veur; il échoua. Les Génois de Galata, qui cachaient peu leur sympathie à son égard, ne purent que lui donner asile ainsi qu'à son partisan le patriarche Calliste, et leur procurer les moyens de gagner en sûreté l'île de Ténédos.* Là, Jean attendit des temps meilleurs. Le moment désiré se présenta en 1364: un Génois de famille riche et considérée, Franceeeo GattUush, parti de Gènes avec deux galères pour chercher fortune dans le Levant, était venu &ire relâche à Ténédos. U n'ignorait pas ce que ses compatriotes de Galata avaient &it pour Jean Paléologue; il savait que, depuis le premier jour de son s^our dans l'île ils étaient restés en relation avec lui et n'avaient cessé de travailler secrètement en sa fihveur;' fidèle à ces antécédents, il s'entendit avec le jeune empereur pour exécuter un coup de main sur Constantinople. Grâce à une ruse de Gattilusio, Jean réussit à s'introduire dans la capitale et à s'y établir solidement: Cantacuzène, pris à llmproviste, fut contraint de reconnaître ses droits; biœtôt après, il renonçait à partager l'autorité et Jean restait seul empereur. Désireux de reconnaître les services signalés de Gattilusio, il lui donna la main de sa propre sœur, la princesse Marie,
^ Taf. et Tham., inêd., à la date du m, S84 et 8., 257. Dans une dépêche
10 oet ''VI Ihd. (185d) in hmgo Bni." (On adrenée de Constantinople à son gowrer-
en trouve des extraits dans les Commem. nement, le baile vénitien Matteo Yenerio
reg., T. S, p. dl4, n^ 6). .fines formait, signale Tattadiement des Qénois à la cause
avee les TiUes de Ghalddiqne, nne petite de Jean. 6 août 1864: Mon. kist. SU».
sonTeraineté cédée par Gantacuzàne à Jean; merid^ m, 266. Oantacnz., IH, 208. * Nlcéph. Greg., m, 664.
' Ouitac., m, 266, 276; NicépL Grég.,
A. L l! empire grec et les principautés franques de Orèee. 611
ayec llle de Leàbos pour dot^ Telle fat l'ori^ne d'une principauté qui eut un siècle entier d'existence. On compte successiyement cinq princes de la maison de Qattflusi: ils régnèrent sur Leebos de 1366 à 1462, pour le plus grand bien de 111e, à laquelle leur sage administration assura une prospérité exceptionnelle.* Ce n'est point ici le lieu de raconter leur histoire, mais nous ne pouvions négliger de signaler un événement qui contribua singulièrement à accroître la puissance et l'influence des GFénois dans l'empire, ainsi que l'élévation d'une &miUe qui, sortie de leur sein, se trouva subitement placée au rang des familles princières chrétiennes de Bomanie et devint l'une des plus riches et des plus considérables.* Les GattUusi, alliés aux fionilles impériales de Gonstantinople et de Trébizonde, entretenant avec elles les relations les plus intimes, jouissaient d'une grande influence sur les empereurs grecs, œ qui ne les empêcha pas de profiter de la décadence de r«npire tombé en dissolution pour accroître leurs possessions, au point de laisser bien en arrière tous les princes vénitiens de l'ÂrchipeL* Francesco^ le premier d'entre eux, ne possédait rien en dehors de Lech boB, mais il afferma pour lui et ses descendants la vieille Phocée, pro-
' Sur ce point, la meiUeiire source est Docas, p. 40—43, 46; par suite de ses relations personneUes ayec la maison de Gattilnsi il est très au oouiant de Phistoire de cette funille. Voir encore Nicéph. Grég., m, 654; Laon. Chalooc., p. 5S0; Matt yfflani, I, 848 et s.; Giastm., p. 186; FogL, L c. Dans sa relation de la surprise de Gonstantinople par Jean (lu, S84) Gantacnaàne ne ùAt nuUement mention de la coopération supposée de Gattilnsio.
' Diaprés le témoignage de l'écrivain grec Chalcoc, p. 621.
' Pour rbistoire des Gattilusi à Lesbos, les principales sources à consulter sont, en premier lieu Ducas, surtout dans la traduction italienne jointe à Téd. de Bonn: eUe renferme sur les Gattilusi plus de détails que le texte grec, qui n'a pas été cour serve intégralement; en second lieu, Laonicus Chalcocondylas. Gette histoire a été Tobjet de diverses monographies, mais seulement au point de vue spécial des monnaies: ceUe de Kœhne (dans les M6m.
de la Sœ, éPcuréhéoL et de numism, de S, PHenbourÇy m, 476 et ss.; IV, 110 et ss.) est assez médiocre; de même celle de IL Promis dans Pétude intitulée Mmete e xeeehe
HalianePliise.degtor. ttal^ Vu, 884 et ss.); la meilleure est celle de IL Friedlsender, dans l'ouvrage publié par lui en commun avec IL Pinder, Beitr. »ur äUeren Miènx^ kunde, I (BerL 1861), p. 29 et ss.: citons encore une monographie récente de M.
Schlumberger, Numiamaiique de l'Orient latin, p. 48& et s. Voir des pièces relatives à cette histoire dans les DoeumeM riguardamH aletmi dimtsH dèW Areipdagot dans le Qiom, lig., I, 81 et ss., 217 et ss.; n, 86 et ss., 292 et ss.; EŒ, 818 et ss. ^ Francesco GattUusio lésa encore d'une autre manière les intérêts de la république de Venise, en ÜEdsant frapper des monnaies sur le modèle des ducats vénitiens. Le doge de Gènes lui écrivit à ce siget une lettre (8 août 1867; Chmmem, reg., U, 266, no 262), dans laquelle il rengageait d'une manière très pressante à faire cesser cet abus; il est possible que cet avertissement soit demeuré sans effet, même du temps de Francesco; en tout cas, son fils Niccolo et son petit- fils Dorino firent de nouveau frapper des monnaies de ce type; voy. Schlumberger, L c, p. 486, 489, 441. Gradenigo, DeUa moneta veneta4mperiale.
(Udine 1869) p. 28.
612 Deuxième période. — IL Dévéloppemeni du commerce du Levant.
priété de la Mahone de Chio.^ Son frère Niccolo annexa à ses possessions, antérieurement à Tannée 1384 ^ la ville populeuse d'JEncSy sur la côte de Thrace: cette prise de possession eut lieu sur la demande même des habitants, opprimés par leur préfet grec.^ iEnos devint la résidence d'une branche florissante de la maison de Gattilusi, tandis que la branche aînée continua de régner à Lesbos. Située dans le voisina^ d'une rivière navigable, la Maritza, cette ville centralisait le trafic entre l'Archipel et la Thrace. Entourée d'eaux très poissonneuses, elle tirait encore un revenu considérable de ses marais salants, car c'était elle qui fournissait le sel à la Thrace et à la Macédoine tout entièrea^
Vers l'époque où l'^np^^ur Jean opéra la révolution qui le laissait srâl sur le trône, les OsmanUs s'emparaient du château de Tzympé sur la côte des Dardanelles, puis, fiiit bien plus grave, de la ville de Eal- Upolis (Gallipoli); partant de là, ils s'étendaient non -seulement sur la Chersonnèse de Thrace en entier, mais aussi sur la côte septentrionale de la mer de Marmara, jusqu'à Bodosto; en même temps, ils s'avançaient de l'autre côté le long de la Maritza, prenaient Andrinople et Philippopoli et enfin ils occupaient une large bande de territoire entre la Maritza et la mer Noire; tout cela était de mauvais augure pour le nouveau règne. Les possessions de l'empereur étaient réduites à un cercle étroit autour de sa capitale. Bien, dans les conquêtes des Bulgares ni dans les invasions des Serbes, n'était comparable aux résultats obtenus pour ainsi dire au pas de course par les Osmanlis victorieux. Ces événements se rattachent aux dernières années du sultan Orkhan (mort en 1359) et aux premières du règne de Mourad P'. Les nations commerçantes jouissaient dans l'empire de privilèges trop considérables pour qu'il leur fat possible d'assister à son écroulement en spectatrices indiflérentes. D'une part, dès que leurs marchands tentaient de pénétrer dans l'intérieur de la Thrace ou de la Macédoine, ils se heurtaient aussitôt aux nouveaux maîtres du pays, dont l'ardent fanatisme ne permettait pas d'espérer qu'on pût de si tôt obtenir d'eux des concessions fiavorables au commerce. D'autre part, la sécurité du commerce était bien exposée sur une des routes maritimes les plus fréquentées, depuis que les Turcs, maîtres des deux rives des Dardanelles, tenaient en leur pouvoir Gallipoli, la def du Bosphore et du Pont; il y avait de quoi donner des inquiétudes graves à Venise et à Gênes.
* Hopf, art 0iu8tvnani, p. 819. * CritobuL, éd. Müller, p. 112 et s.
* La pièce sur laqueUe nous nouB ap- Ces aTantages avaient d^à, à ime époque puyons pour fixer cette date a été publiée antérieure, inspiré aux Vénitiens la pensée dans le Qiam. Itgtut., I, 86 et s. d'occuper iBnos. Taf. et Thonu, m,
' Laon. Cbalooc, p. 6S0. 70, 81.
Ä. L L'empire grec et les principautés frasques de Orèce. 613
Cependant, le plus direetement atteint était encore Femperenr: il enyoya le Génois Michèle Malaspina à la cour de Borne implorer Tasr sistance du pape (1366).^ Urbain Y nourrissait depuis longtemps la pensée de provoquer en Occident un mouvement en faveur de l'empire grec; mais un seul prince, un petit souverain, le chevaleresque ^Comte vert^, Amédée VI de Savoie,^ répondit à son appel Résolu à dégager l'empereur Jean, son parent, prêt à succomber sous le nombre de ses ennemis, il partit à la tête d'une armée bien équipée.' Au mois d'août 1366, il était assez heureux pour enlever GaOipoli aux Turcs, mais, à son arrivée à Constantinople, il apprit que l'empereur était tenu en captivité par le roi des Bulgares. Bepartant aussitôt avec un renfort de deux vaisseaux fournis par la colonie de Péra,^ il entreprit une campagne dans la mer Noire. Divers coups de main heureux sur des villes fortes de la côte décidèrent le roi des Bulgares à relâcher l'empereur. Revenant alors à son premier projet, Amédée prit encore deux petites places turques (mai 1367). Malheureusement, le terme de l'engagement de ses mercenaires approchait^ ses ressources pécuniaires étaient épuisées, il dut reprendre le chemin de son pays. En somme, cette petite croisade ne produisit aucun résultat durable: en partant, le comte remit Gallipoli aux mains de Jean Pàléologue; mais à quoi pouvait servir cette conquête, si le débile empereur était nécessairement condamné à la reperdre à bref délai? Le successeur d'Urbain V, Grégoire XI, multiplia encore une fois ses démarches auprès des princes latins et grecs du Levant, pour organiser une vaste ligue contre les Turcs; tous ses efforts échouèrent^
n eût fiillu de puissantes aimées et plus d'une campagne pour arrêter les progrès des Osmanlis; Gtônes et Venise, puissances maritimes, ^ n'étaient point en état d'équiper de pareilles armées. Venise en particulier était précisément à cette époque obligée de concentrer toutes ses forces en Crète, désolée depuis 1363 par une formidable insurrection. Le motif de cette levée de boucliers avait été l'introduction d'un nouvel impôt; les habitants grecs de l'üe, toujours prêts à faire une révolution, n'avaient pas laissé échapper cette occasion et, cette fois, un grand nombre
^ Baynald., ad. an. 1865, n» 22. génois et marseiUaÎB; mais Bomanin, ni,
' Ce qni soit est emprunté à PouTrage 232, nous apprend que la République lui
deDatta, Speddxione in Oriente diAnui- fournit deux galères, outre une somme
deo VI, eonte di Sawna; c'est également d'argent
de cet ouvrage que s'est inspiré Cibrario, ^ Datta, p. 192.
Staria délia manarehia di Savoia, lu, ^ Baynald., ad. an. 1872, n« 29; Bu-
192—204. chon, Nauv, reeherekes, II, 1, p. 218 et
' Datta prétend (p. 69 et s.) que le ss.; Hopf, art Orieehenland, Op. eu,,
comte n'avait à sa disposition que des LXXXVI, p. 28, 24.
galères louées à des armateurs vénitiens,
S14 Deîêxième période, — II. Développement du commerce du Levatd.
de colons yénitiens conduits par des chefs ambitieux appartenant aux meilleui^ familles (Tito Venier, Marco Grradenigo etc.) faisaient cause commune avec eux. La colonie fat sur le point de se séparer de la mèrepatrie:^ Venise parvint enfin à réprimer la révolte, mais il avait fallu plusieurs années de lutte et d'énergie (1364 — 1366).' Dans ces conditions, elle ne pouvait songer à combattre les Turcs. D'ailleurs, elle n'avait que deux alternatives: équiper des troupes et les envoya au secours de l'empire grec, incapable de se défendre lui-même, ou bien s'annexer les restes de l'empire et, sans autre appui que ses propres ressources, défendre à tout prix Ck)nstantinople contre ses nouveaux ennemis.' Ni l'une ni l'autre n'allait à sa politique. Tout ce qu'elle désirait, c^était de conserver avec l'empereur des relations suffisamment bonnes pour tirer de lui tous les avantages qu'elle pourrait En dehors de cela, elle était toute résignée à voir venir les événements.
Entre Venise et l'empereur, les rapports diplomatiques ne devaient pas être des plus agi-éables pour celui-ci, car les envoyés de la Bépublique revenaient constamment à la charge pour lui rappeler tantôt qudque indemnité non payée, tantôt quelque dette restée en souffirance.^ De plus, c'étaient à chaque instant de nouvelles difSicultés entre les bailes vénitiens et le gouvernement grec. Fatigué de cet état de choses, l'empereur chargea, en 1362, son ambassadeur à Venise, Andronic Inerti (Ëieoti?) de réclamer une copie des anciens traités afin de pouvoir vérifier jusqu'à quel point étaient justifiées les prétentions de ces balles. Un des points sur lesquels portaient leurs plaintes était le droit d'acdse imposé aux sujets grecs pour les ventes et les achat» faits à des Vénitiens. Dans les instructions remises à Inerti, l'empereur dédare
^ Qaelques-uns des patriciens rebelles * Quand Yenise envoyait des ambaasa-
avaient été jasqu*à former le projet d^oflrir deurs demander une prolongation des
Vût à la république de Gênes, mais celle- traités, les réclamations pécuniaireB qui
ci reftisa de fiiyoriser cette insurrection, semblaient n^étre que la partie acoeasoire
et le doge Gabriele Adorno eut la loyauté de leur mission en étaient, an contraire,
d^interdire à tous les Génois tout trafic fréquemment Tobjet principal; voy., par
avec les parties de Tue au pouvoir de ex., les instructions de Zaccaria Contarini
rinsurrection. Oommem. reg., ni, 22, (9 sept 1349, publ. en grec dans Miklosich
nMOB. etMuUer, Aotagracctj DI, 114 et as.; en
' Bomanin, m, 217—227, fiût Fhisto- latin dans Taf. et Thom., IV, 841 et m.,
riqne de cette insurrection d'après les 847 et s.) et celles de Giov. Gradenigo
sources les plus dignes de foi (8 oet 1867, pubL en grec dans HikL et
' Marino Ealier, balle de Gonstanti- MuUer, L e,, m, 121 et ss.; extraits en -
nople, avait fidt, le 16 avril 1865, la pro- italien dans les Commem. reg., H, 289,
position d'adopter ce dernier parti. Yoy. n^ 266). Hopf; art. Qrieehenlandy Op. eu., LXXXY,
A. L L'empire grec et les principautés frangues de Chrèce. 616
cette rédamadon mal fondée, attendu que les Grecs sont ses si^ets à loi, qu'il a le droit d'exiger d'eux ce qu'il lui plaît, et que cet impôt s'applique à toutes les afEaires, qu'elles soient fîEdtes avec des Vénitiens ou avec d'autres étrangers. Lui-même, d'ailleurs, a bien des récriminations à &ire: l'une de celles qui se représentent le plus souvent, c'est que des sqjets grecs sont admis, sans motif justifié, comme m^nbres de la colonie, ou que des individus non Vénitiens pratiquent la contrebande en se faisant passer pour Vénitiens. C'étaient là deux abus nuisibles aux intérêt» du trésor impérial; l'empereur en signale encore un troisièma . Un giand nombre de Vénitiens étaient propriétaires de maisons ou d'autres biens fonds dans Gonstantinople ou sur d'autres points de l'em« pire, soit qu'ils les eussent achetés, soit qu'ils les eussent reçus sous forme de dot en épousant des femmes grecques, soit qu'As les eussent hérités de parents grecs. Jusqu'alors ces biens avaient toi^ours payé l'impôt foncier; mais, à partir du jour où ils passaient aux mains de sujets vénitiens, il n'en était plus question. L'empereur déniait aux Vénitiens le dioit d'acheter des propriétés foncières sur le territoire grec, et il prétendait les obliger à payer l'impôt ou à se défaire de leur propriété. Les autorités vénitiennes répondaient que l'achat de maisonSi de terres et de jardins était, au contraire, de droit pour leurs compatriotes, en vertu des traités: que, cependant, en considération de la situation momentanée de l'empire, elles voulaient bien leur donner le conseil de s'abstenir d'achats de ce genre jusqu'à l'expiration du traité de 1363, c'est-à dire pendant cinq ans: mais que l'empereur n'avait aucun droit de lever l'impôt foncier sur les propriétés actuellement possédées par des sigets vénitiena Deux ambassadeurs grecs, Théophylacte Dermokaitès et Constantin Cavallaropoulo étaient venus à Venise en 1363,^ munis de pleins pouvoirs et signèrent, le 13 mai 1363,^ un nouveau traité con« Armant les précédents et y ajoutant comme d'habitude de nouvelles stipulations; dans la discussion des articles, la Seigneurie maintint énergiquement son principe. Il y avait encore une autre pierre d'achoppement: c'était le grand nombre de cabarets tenus par des Vénitiens, où ceux-ci vendaient d'énormes quantités de vins entrés en franchise: ici, le tort causé atteignait à la fois le fisc impérial et la culture de la vigne dans l'empire. Sur ce point, le Doge consentit à satisfaire un vœu exprimé par l'empereur, en réduisant à quinze, pour la prochaine période de cinq années, le nombre des cabarets vénitiens à Constantinople. Enfin, il promit de donner des instructions sévères aux bailes pour qu'on s'abstint
^ Voy. ce document dans Miklosich et Marin, VI, 159—156, et par Bomanin, MuUer, Ada graea, III, 129 et s. ni, 216 et s.; j'en ai eu sous les yeux
' Ce document a déjà été utilisé par une oopie entière.
616 Deuxième période, — IL Développement du eommerce du Levant.
doréiuiTant de déclarer comme Vénitien un individu n'ayant pas droit à cette qualification.^
Si, dans la capitale, il se présentait mainte occasion de conflit entre le fisc réclamant ses droits et les Vénitiens réclamant leurs franchises, elles n'étaient génère plus rares dans le faubourg de Péra, entre deux nations rivales, mues par des intérêts opposés et remplies d'animosité Fune à Fégard de l'autre. Péra était territoire génois et cependant les Vénitiens ne pouvaient pas faire autrement que d'y aller pour leurs afEdres, car c'était un marché plus important que celui de Gonstantinople et c'était là que venaient aborder à l'aller et au retour la plus grande partie des galères qui faisaient le service de la mer Noire. H arrivait de (Gonstantinople à Venise des séries de plaintes sur les mauvais traitements infligés à des si\jets vénitiens depuis quelques années par les podestats génois, contrairement aux coutumes observées de tout temps; la Seigneurie envoya spécialement à Gènes, en 1360, un ambassadeur, Damiano Andrea, chargé d'exposer ses grie&.' En voici des exemples: le podestat de Péra avait retenu plus longtemps que nécessaire des galères vénitiennes à leur retour de Tana en fidsant procéder à des visites vexatoires de leur chargement: un certain Candiote avait un stock de peaux à Péra; pour les peser, il se servait de poids de Venise; le même podestat, non content de le lui interdire avec menaces avait Dût briser les poids; cet individu n'avait cependant fait que se conformer à la coutume jusqu'alors généralement suivie par les Vénitiens. Les courtiers vénitiens avaient toujours exercé leur métier à Péra sans entraves; on les en avait expulsés. Si un Vénitien avait un procès à Péra, les frais de témoins et de pièces à produire étaient beaucoup plus coûteux que pour les Génois devant les tribunaux de Gonstantinople, Si, plaidant contre un Génois, il venait à gagner son procès et si son adversaire était condamné à payer, on ne le condamnait pas moins aux frais, lui, demandeur, dont le bon droit avait été reconnu, et ces frais dépassaient souvent de beaucoup la somme objet du litige. Si un Vénitien ûdsait du tapage ou avait une querelle dans les rues de Péra, le podestat le iSûsait mettre dans sa prison et instruisait lui-même l'affaire au lieu de renvoyer le prévenu devant ses juges réguliers à Gonstantinople. Comme
^ Pièces des aichives yéni^eimes, dans 1 févr. 1870, entre la république de Venise
Taf. et Thom., inéd.; Toy. un projet pré- et l'empereur grec, en ce moment depas-
paré pour les rédamations à fiiire pré- sage à Rome; Taf. et Thom., inéd. senter par Andronico Inerti (nommé dans * Instruction sans date (fin de 1359);
cette pièce Ineoti) , dans les Oommem. Oommem, reg., H, 80 et s., n<> 169. J^en
rtg.t n, 881 et s., n9 808. Des articles ai eu le texte au complet sous les yeux,
rédigés dans le même sens se retrouvent grAce à la complaisance de M. Thomas, à divers endroits du traité conclu, le
A. L L'empire grec et les principautés franques de Grèce, 517
les podestats de Péra recevaient fort mal les réclamations des balles de Cionstantinople et prétendaient ponr toute justification qalls ne fidsaient que se conformer à lenrs instructions, il jEallait que la question fût yidée entre les gouvernements respectif des deux colonies. Le doge de G^nes promit une enquête et recommanda aux autorités de Péra de mieux traiter les Vénitiens à Tavenir.i De concert avec le doge de Venise, il expédia au commencement de 1361 à Péra, Caffa et Tana, des instructions conçues dans le sens de la conciliation et il les renouvela en 1362 et 1363.' H est cependant permis de supposer qu'elles restèrent à l'état de lettre morte, car, dès 1364, le doge Lorenzo Celsi profitait de l'occasion d'une ambassade envoyée à Gtônes à propos d'autres affaires pour renouveler ses plaintes au sujet des injustices, des violences, des iniquités de toute sorte dont les Vénitiens avaient à souffiir de la part des podestats de Péra.^
Une nipture se préparait: entre Venise et Gênes la rivalité devait nécessairement aboutir à des hostilités ouvei*tes. S'il était possible de séparer des événements concomitants et de ne parler que de ceux qui eurent l'Orient pour théâtre, la guerre dont nous allons retracer l'histoire pourrait à bon droit s'appeler la guerre de Ténédos. Ténédos, l'une des rares îles de l'Archipel restées ou revenues au pouvoir des empereurs grecs, avait acquis, par le fait de sa situation à l'entrée du détroit d'Abydos, une importance de premier ordre pour les nations commerçantes en relations d'affaires avec Constantinople et la mer Noire. Les Osmanlis, devenus maîtres des deux rives du détroit, pouvaient leur en fermer l'accès. Pour une fiotte de guerre chargée d'ouvrir le passage de vive force, Ténédos était une bonne base d'opérations. Aux navires marchands fuyant vers la haute mer pour échapper à la poursuite des Turcs, cette île offrait un refuge rapproché. C'était encore un excellent point d'observation pour surveiller les forts des côtes et leurs garnisons, et pour se tenir au courant des projets des Turcs. Depuis longtemps, Venise épiait l'occasion de s'en emparer. Nous avons déjà vu qu'en 1362 l'empereur Jean V l'avait donnée comme gage d'un emprunt.* En 1366, quand le comte Amédée de Savoie partit pour son expédition contre les Turcs, il passa par Venise; en compensation de l'assistance que lui fournissait la République, il offrit de lui céder GallipoU, qu'il allait conquérir; mais c'était une place difficile à défendre: la Seigneurie refusa dédaigneuse-
' Commem, reg., Il, 809, n^ 176, 177. Gênes les assurances les plus pacifiques;
• Ibid, U, p. 309, n<» 176, 177; m, Oammem, reg., m, p. 37 et s., n9 194 p. 7, no« 16, 17; p. 17, no 79. ^ Romanin, m, 256: la note 2 a trait
' Mas-l4ktrie, ^et: de Chypre , m, à ce document, maïs la date indiquée,
748 et 8. En réponse, le doge reçut de 1865, est fausse.
618 Deuxième période. — il Développement du commerce du Levant,
ment et déclara sa préférence ponr Ténédos.^ Le comte ne ponyait pourtant pas se charger d'arracher cette île par la force des armes à l'empereor, son coQsin, lui qui entrait en campagne précisément pour la défense de Tempire. Mais l'empereur était maître d'en disposer; en 1369 — 1370 il fit en personne un Toyage en Occident pour demander des secours et passa par Venise: la Seigneurie ne laissa pas échapper cette occasion de renouyeler sa demande; eDe offrait de lui rendre, en échange de son consentement, les joyaux qu'il lui ayait remis en gage.' En 1375, une ambassade, enyoyée à propos d'indemnités à réclamer, reyint encore à la charge. Une flotte deyait aller se montrer deyant Constantinople et exercer par sa présence une pression sur la détermination de l'empereur. Cette fois, outre la restitution du gage qu'ils ayaient en main, les Vénitiens offraient une somme de 3000 ducats et ils s'engagaient à fidre flotter sur Vue l'étendard grec à côté des couleurs yénitiennes et de laisser en paix le clergé grec^ Ces conditions étaient assez belles pour tenter l'empereur; il consentit enfln.^ Mais on ayait compté sans les Génois: ils étaient exactement informés de ce qui se tramait et n'entendaient^ sous aucun prétexte, laisser passer aux mains de leurs riyaux une station d'une si grande importance pour le trafic du Leyant: plutôt que d'y consentir, ils étaient résolus à la prendre pour eux-mêmes, et pour ce faire, ils ne craignirent pas de proyoquer une réyolution. Le fils aîné de l'empereur, Andronic, ayait déjà cherché une fois à renyerser son père; en punition de son attentat, il ayait été condamné à perdre la yue, mais la sentence n'ayait été exécutée qu'à moitié. Au cours de son yoyage en Occident, l'empereur Jean ayant été appréhendé par certains Vénitiens, ses créanciers, Andronic, peu compatissant à la détresse patemèOe, refusa de payer et laissa toute la dépense à la charge de Manuel, son frère cadet^ A son retour, Jean fit jeter Andronic en prison en expiation de sa fskute et désigna Manuel pour son successeur. Les Génois, se glissant à trayers ces dissensions de famille, s'entendirent ayec An-
^ Bomanin, m, 282. ment à continuer son œuvre: nuda Bo-
' Caroldo, p. 227, cité par Gicogna, manin (IQ, 258-— 261) tient avec raison
hcrixioni venez., VI, 96. cette biographie pour un tissu peu véri-
' Romanin, ni, 256. dique d'histoires romanesques: aussi ïtà-
^ D'après la VUa CaroKZmi (Murât, je laissée de côté. XIX, 216) Jean Paléolog^ue aurait remis ^ Notre manière de présenter ces £uts
Facte de cession au Vénitien Carlo Zeno s'écarte quelque peu de celle qui est génè-
en sortant de la captivité dont il sera ralement admise, mais elle est basée sur
parlé plus loin : S'il fiallait en croire cette les recherches de M. Berger de Xiyrejr, dans
source, C. Zeno aurait fait des démarches son Mém. sur la nie et les outroffes de
pour la délivrance de Fempereur et aurait Mcmuel Paléologue fMém. de VAeoA. éa
obtenu la cession de Ténédos en récompense imcr., XIX, 2), p. 80—89. de son intervention et comme encourage-
Ä, L üempire grec et Us principautés franques de Grèce. 619
dronic, lui fournirent les moyens de s'échapper de sa prison, et Jean, Tami des Vénitiens, perdit à la fois la couronne et la liberté (1376). Le baile Pietro Grimani et les marchands vénitiens qui se trouvaient en ce moment à Constantinople furent jetés en prison et leurs biens livrés au pillage.^ Quant aux Génois, ils se firent donner en paiement par l'usurpateur l'île de Ténédos avec sa citadelle et un terrain en avant de leur quartier de Péra.^ Jusque là tout avait réussi & souhait; mais quand ils voulurent prendre possession de l'île, ils se heurtèrent à une résistance insurmontable de la pai*t du gouverneur et de toute la population restée fidèle à l'empereur légitime, fidèle à ce point que, connaissant l'intention de l'empereur de la céder aux Vénitiens, après avoir repoussé la tentative des Génois elle se livra à l'amiral vénitien Marco Giustiniani qui croisait en ce moment dans l'ÂrchipeL Sans perdre un instant, les Vénitiens travaillèrent & fortifier Ténédos et y envoyèrent comme baile Ant Venier (janv. 1377).^ Un ambassadeur génois, Damiano Cattaneo osa aller à Venise même réclamer Ténédos au nom de l'empereur Andronic; on lui signifia simplement le refus de discuter cette question jusqu'au jour où l'empereur Jean serait remonté sur son trône. Les choses en étaient arrivées ainsi au point qu'il n'y avait plus à songer à une solution pacifique; d'ailleurs, au même moment, comme pour achever la rupture, un conflit de la plus sérieuse gravité avait éclaté en Chypre entre les deux rivales. La guerre commença ouvertement, guerre fertile en grandes catastrophes se succédant avec une rapidité qui ne s'était vue dans aucune autre. La fortune se déclara tout d'abord en faveur des Vénitiens; leur baile, Venier, repoussa vigoureusement, à Ténédos même une attaque des Génois (nov. 1377);^ leur amiral, Vettore Pisani, remporta de brillants succès dans la mer Tyrrhénienne et la mer Adriatique (1378): une de leurs flottilles du Levant s'empara de Phocée la vieille et incendia les faubourgs de Chio et de Mitylène (1379).^ Mais, au cours de cette même année 1379, la flotte vénitienne fut presque détruite à Pola; les Génois victorieux apparurent avec des forces écrasantes en vue de Venise même, s'emparèrent de Chioggia au sud des
* On mit également bous le séquestre ' Stella, p. 1106; Bomanin, UI, 968.
àPéra, sur la réquisition d' Andronic, des *' Sanuto, p. 680; Vita di (7. Zeno,
marchandises et des sommes d'argent ap- p. 217.
partenant à des Vénitiens de Oonstanti- ' Lettre du doge Andrea Contarini à
nople: Casati, Otterra di Ohtoggich p. 296. la Commune de Pérouse (4 janT. 1380),
' Voyez le document du 23 août 1376, dans VArchiv, ator. üal,, XVI, 2^ part.,
dans le Ltb.jur., II, 819—821: ce n'est p. 564 et s. que la confirmation d'une première charte de concession qui n'est pas parvenue jusqu'à nous.
630 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant,
Lagones; de là ils tendaient la main à François de Carrara et an roi Louis de Hongrie, leurs alliés; ceux-ci, opérant de concert avec eux, prenaient à reyers les possessions de terre ferme de la Bépublique. Cernée de toutes parts, privée de la flotte qui deyait la protéger, Venise semblait être sur le point de succomber. Cependant, après un moment d'abattement, les bourgeois reprirent promptement courage et se préparèrent à une résistance énergique: grâce à leur déyouement, aux habiles dispositions de leurs cheâ, à l'arrivée opportune d'une flottille qui, sous les ordi*es de Carlo Zeno revenait du Levant, chargée de butin pris sur des vaisseaux génois, la guerre ne tarda pas à prendre une autre &ce: bloqués dans Chioggia, d'assiégeants les Génois devinrent assiégés et, réduits à la famine, ils se résolurent à capituler; la flotte génoise se vit obligée de battre en retraite et les Vénitiens, marchant de succès en succès, se trouvèrent bientôt eux-mêmes en mesure de menacer Oénes (1380); cependant il n'y avait pas eu de grande bataille.^
Quand la guerre eut coûté bien des hommes et bien de l'argent, causé bien des ruines chez toutes les nations intéressées au commerce du Levant, le pape Urbain VI et Amédée VI comte de Savoie (1® même que nous avons déjà rencontré avec le surnom de Comte vert) offiîrent lern* médiation.' Le moment était favorable; les belligérants,, également épuisés, ne demandaient qu'à cesser la lutte. Cependant^ les premières négociations ouvertes à Cittadella pendant l'été de 1380, repi-ises aux mois de février et d'avril 1381, n'aboutirent pas.' Mais le comte Âmédée ne se laissa pas décourager par cet échec;^ il convoqua à nouveau les
' Purmi les sources à consulter pour Ghinazzo, 1. c, p. 779 et dans la Ckro-
riiistoire de cette guerre, les chroniques ni^ue de récnyain padouan Gkdeazzo Gat-
de Trévise et de Padoue^ s'occupant sur- taro (Murât, SS. XVn, 409). Pour leurs
tout des éyénements qui se sont passés demandes antérieures, voy. Monum, Hung.
sur le continent, ont pour nous moms hist, Ada extera, EŒ, 283 et s., 289,
d*intérét que Stella, p. 1106 et ss. atons 298 et ss.
encore deux monographies de cette guerre, * La Bépublique de Florence înaista
écrites: Tune par un contemporain, Da^ auprès de lui pour Tempêcher de renoncer
niele da Chinazzo, dans sa Cronaca délia à son œuvre de médiation ^inter istas
guerra di Ckioxa (Murât, SS. XV, 699 duas urbes, duo maxima Italise lumina,
-— S04): Tautre, de nos jours, par le comte maris dominas, commertiorum alumnas'':
L. A. Oasati, dans son ouvrage intitulé: eUe déclarait qu'elle serait heureuse de
La guerra di Chioggia e la paee di 7b- voir finir cette ftineste guerre, afin que les
rino, Fir. 1866. vaisseaux marchands pussent de nouveau
' Casati, L c, p. 134 et ss.; Gibrario, parcourir les mers. Lettre du 4 juillet
Storia deUa monarehia di Savqja, m, 1881, dans le Oiomale degli arehim tos-
256 es ss., 850 et ss. eani. Vu, 179 et s. Voy. une autre lettre
' Casati, /. e,, p. 134—166. Voir Fex- de la même répubUque au roi de Hongrie,
posé des prétentions émises par les Génois du 4 déc 1880, conçue dans le même
au congrès de GittadeUa, dans Dan. da sens: Manum. Hang., 1. c, p. 416 et ss.
A. L L'empire grec et les principautés franques de Ghrece. 521
délégués des états intéressés à son château de Turin; la première conférence eut lieu le 19 mai 1381.^ Après avoir laissé aux deux parties le temps de développer tout au long leurs propositions et contre -propositions,^ rarbitre princier prononça sa sentence:^ elle fut reproduite à peu près sans changement dans le protocole que les parties signèrent le 8 août Dans ce volumineux document,^ la seule partie qui nous intéresse pour le moment est celle qui contient les conditions de paix arrêtées entre Gênes et Venise, et encore seulement en ce qui concerne les tenitoires dépendant» de Fempire byzantin. Les stipulations spéciales à Chypre et à Tana trouveront ledr place dans un autre chapitre. Ciomme la possession de Ténédos avait été le point de départ de la guerre, le sort de cette Ue devait aussi être un des objets les plus importants discutés dans la conférence. Les Génois prétendaient que Venise la reniUt à Gênes, légitime propriétaire suivant eux; à quoi les Vénitiens répondaient qu'ils n'avaint point usé de violence pour s'en emparer, que c'étaient les habitants eux-mêmes qui les avaient suppliés d'en prendre possession, que, &ute de cela, elle serait infedUiblement tombée au pouvoir des Turcs, enfin qu'ils étaient résolus à n'en jamais sortii*. Le comte Amédée trouva un biais pour tourner la difficulté: il décida que l'objet du litige ne serait attribué ni à l'une ni à l'autre des parties et sa sentence fut insérée dans le traité de paix sous la forme suivante: Venise fera la remise de 111e entre les mains du fondé de pouvoirs envoyé à cet effet par le comte; cette remise aura lieu dans le délai de deux mois et demi (par la suite ce délai fut prolongé de quinze jours); le comte fera procéder à la démolition des ouvrages de fortification et de toutes les habitations de l'île de manière à les mettre hors d'état d'être réparées; ce travail sera &it aux frais des Génois. Comme garantie de son exactitude à i*emettre lUe au comte dans les délais convenus, la Seigneurie déposera des joyaux pour une valeur de 160,000 écus d'or entre les mains d'une puissance neutre; la puissance dépositaire restituera ce gage à Venise après l'évacuation de l'île; en cas d'inexécution de la convention, elle le remettrait à Gênes. — Quand le fondé de pouvoirs du comte de Savoie se présenta à Ténédos en compagnie d'un commissaire vénitien, le baue Giovanni Muazzo refusa d'un ton anx)gant de lui remettre llle.^ La première pensée qui devait venir à l'esprit, c'est que le baile n'agissait pas ainsi de son propre mouvement
* Casati, p. 176 et s.; voy. aussi les Màrca IHvigiana e Veronese, XV, app., lettres publ. par M. Cibrario, l c, p. 867 p. 71—112, dans le Lib.jur.y H, 868— et s., 869 et s. 906, et dans les Monum. spect. hist, 8lav,
* Casati, p. 180—228. mena,, IV, 119—168.
* Ibid. p. 228 et ss. '^ Commem, reg,, EŒ, 166, n<» 120, 121. ^ H se troiiye dans Verci, Staria délia
63S Deuûoième période. — IL Dévdoppement du eommerce du Levant.
et quil ne fiûsait que se conformer à des instmctions secrètes de son gonvemement: le syndic de Grênes, venu avec le fondé de pouvoirs, ne manqua pas d'exprimer hautement ses soupçons à cet égard et repartit sans ayoir rien fait (mars 1382). La Seigneurie de Veaise envoya des ambassadeurs au gouvernement génois et au comte Amédée, œ les chargeant de bien leur répéter qu'elle n'avait nullement l'intention de jouer un double jeu et qu'dle saurait contraindre son présomptueux gouverneur à l'obéissance.^ Une particularité bien singulière en toute cette affinire, c'est que Pantaleone Barbo, le commissaire vénitien qui avait été port^ à Muazzo l'ordre de rendre ^e, et Enrico Dandolo, le patron de la galère sur laquelle il avait fait le voyage, furent mis en accusation quelque temps après à Venise même et condamnés comme convaincus d'avoir secrètement encouragé Muazzo dans sa résistance.^ La Seigneurie leur avait- elle donné des instructions secrètes^ rédigées dans un sens opposé à celui de leur mission officielle et les livra-t-elle ensuite à la main de la justice pour détourner d'elle-même des soupçons qui s'exprimaient tout haut? ou bien les malheureux, irrités des concessions du traité de Turin, s'étaient ils laissé aller à prendre le contre-pied de leur mission pour conserver, si c'était possible, Ténédos à la République? Qui le saura jamais? Quant à Muazzo, voici le sens de sa défense: tout d'abord fl était disposé à l'obéissance, mais la garnison s'était mutinée; eUe avait refusé d'évacuer la citadelle avant cTavoir reçu sa solde et il n'avait pas assez d'argent pour la payer: les habitants de l'île, les Grecs conmie les Vénitiens s'étaient eux aussi, tout d'abord, décidés bien qu'à contre- cœur à s'expatrier: mais alors était arrivé un émissaire de Francesco Gtettilusio, seigneur de Lesbos; il avait excité le peuple en répandant le bruit que finalement toute l'île deviendrait génoise: tout en insistant pour qu'on obéît, les Vénitiens venus avec le fondé de pouvoirs du comte de Savoie, et entre autres le commissaire de la Seigneurie en personne, avaient confirmé ce bruit: lui (Muazzo) avait voulu quand même exécuter ses ordres, mais la population, la garnison et les équipages des galères s'étaient soulevés, décidés à conserver à tout prix Ténédos à la Bépublique; ils l'avaient choisi pour leur chef; il avait
^ Andr. Gattaro, 1. c, p. 462 et s. Le cogna, Inaerix, venez,, VI, 97 et s. Le
doge de Gênes déclara aussi (18 mars 1882) 17 mars 1888, Barbo fut déclaré mcapable
qu^il ne mettait pas en doute Tintention d^occuper aucune fonction pendant une
de Venise de se conformer aux traités: durée de dix années; Ters la même date,
le roi de Hongrie se porta garant de sa Dandolo fut exilé pour cinq ans de Candie,
bonne foi: Commem, reg,, m, 158, n^elSO, La punition de Barbo fut levée en 1386