‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 6 sur 49 · IL - ~ De rappariticn de Mahomet aux eraisades · texte numérisé non relu

IL - ~ De rappariticn de Mahomet aux eraisades

Yin* et du IX* siècle, qae l'on trouve enfouies en Bassie et dans les régions de la Baltique, sont la preuve incontestable de Pantiqnité de ces relations. En effet, chez les Arabes, les monnaies n'avaient de valeur que pendant la vie du prince régnant; son successeur les mettait hors de cours et en Msait frapper de nouvelles. Ainsi, au X® siècle, par exemple, on ne pouvait plus émettre ou fkhe circuler des pièces fittppées au nom d'un sultan ou d'un calife du IX® siècle et encore moins du Vin® . Donc, longtemps avant que Rurik ne fondât son royaume, alors que les tribus daves vivaient isolées et indépendantes sur le sol russe, elles expédiaient des marchandises vers l'Asie et en recevaient en retour de l'argent arabe, sinon à flots comme plus tard, du moins en quantités déjà notables, et, dès lors aussi, cet argent se répandait bien au delà de la mer Baltique. Quand, par la suite, ils eurent été réduits à plier la tête sous le joug du conquérant étranger, les Slaves continuèrent néanmoins à prendre part au commerce du Levant: au commencement du X® siècle, les Busses Scandinaves avaient, comme les Slaves, une colonie de commerce & l'embouchure du Volga, dans Itil, la capitale des Khazares,^ aussi trouve-t-on des monnaies arabes, tant modernes qu'anciennes, dans toutes les parties de la Bussie, non pas seulement dans celles où les Scandinaves avaient concentré leurs plus grands établissements, aux environs de Novgorod, par exemple, mais jusqu'au cœur du pays, dans les provinces où les Slaves s'étaient conservés à peu près sans mélange. Si, prenant pour base de notre raisonnement les monnaies retrouvées, nous faisons remonter jusqu'au Ym® siècle les débuts des relations entre la Bussie et l'Orient, nous considérerons comme l'époque la plus florissante de ce commerce la période comprise entre la fln du IX® siècle et le milieu du X® , et, de la rareté de plus en plus grande de ces monnaies en Bussie et en Scandinavie pour la deuxième moitié du X® siècle, nous concluerons & son affaiblissement progressif. Les causes de décadence sont faciles à trouver des deux côtés. A cette époque, la Bussie, en dissolution, découpée en une foule de principautés minuscules, était déchirée par des guerres intestines; la nation, divisée et subdivisée, n'avait ni le désir ni la force de faire du commerce avec l'étranger; d'autre part, les Busses, en subjuguant les Bulgares mahométans, en les convertissant par la force au christianisme, brisèrent euxmêmes l'intermédiaire qui les reliait à l'Orient avec tant d'avantages pour eux. Du côté de l'Orient, le Turcoman Ilek-Ehan avait détruit cette dynastie si éclairée des Samanides, qui avait tant fait pour le développement du commerce; ce fut le début d'une période de guerres entre des princes de race turque, qui désolèrent la Transoxiane, A pai-tii* de ce

^ MftçoQdi, /Votrte» et or, IT, 9, 11.

68 Première période, — Des grandes invasions aux croisades,

moment une sorte de &talité pesa sur cette route commerciale de l'Orient à la mer Baltique par la mer Caspienne, et, pendant tout le Moyen- Age, elle resta impraticable; nous en développerons plus loin les motifs.

b. Trafic avec Byzance.

Passons à une autre voie de communication entre Byzance et le Nord. Les plus anciennes chroniques russes^ paillent d'un Chemin de Constantinople à la mer Baltique, On commençait par remonter le cours du Dnieper, puis on s'en éloignait pour gagner la Lovât, qu'on descendait jusqu'au lac Ilmen; de là, suivant le coui*s du Volchov, on atteignait le lac Ladoga, et enfin on débouchait pai* la Neva dans la mer Baltique. Ainsi, cette route se faisait sur la plus grande partie de sa longueur par des cours d'eau navigables; ajoutons tout de suite qu'elle passait par les villes les plus considérables de la Russie d'alors, Kiev et Novgorod. Les chroniques ne disent pas depuis quelle époque cette route était fréquentée; fil est cependant certain qu'elle l'était déjà avant l'époque de Rurik (vers 860). On ignore de même à quelles nations appartenaient les marchands qui la fréquentaient. A première vue, on devrait admettre que c'étaient les Grecs, car, dans la description de cette route, on procède toujours du sud au nord: mais il est très douteux que les Grecs aient jamais pénétré dans l'intérieur plus loin que Kiev; en tout cas, ce que nous savons d'eux par les vieilles chroniques russes nous permet d'affirmer qu'ils ne remontaient pas jusqu'au golfe de Finlande. En étudiant bien les textes, on finit par faire une remarque singulière; c'est que la description de la route est double; elle part d'abord du pays des Varègues, c'est à dire de la Scandinavie, pour y revenir à la fin; or, le chemin d'aller (vers la mer?) est résumé en quelques mots, tandis qu'on entre dans beaucoup plus de détails sur le chemin de retoui*: mais il est évident que l'auteur a en vue des voyageurs Scandinaves et non des Slaves.' Les habitants du Nord ne savaient pas rester chez eux; ils étaient singulièrement attirés vers le Midi. Doués d'un caractère aventureux, ils allaient volontiers chercher gloii^e et fortune au service de l'empereur, dans la grande ville (Miklagai*d), à Constantinople;* dans leurs expéditions sur les mers du Nord, la guerre et le commerce marchaient souvent de pair; le même individu se faisait tour à

^ Nestor, Russische AnnaleHj trad. kuîide, Op, cit. y suppose qu'il s'agit de

aUem. p. Schlözer, 2« part. p. 88 j cf. Krug, ceux-ci.

Zur Münxkunde Russlands, p. 32 et s.; ^ Cette coutume remontait à un temps

Bonnell , Russisch - Hvländisehe Chrono- antérieur, mais pas de beaucoup, à Tépoque

logie. Commentaire, p. 3 et s. de Rurik; voy. Kunik, Die Ben^fimg der

* C'est à tort que Krug, Zur Miinx- sehiredischcfi Rodsefh H, 329.

//. — De Vapparüian de Mahomet aux croisades, 69

tour pirate et marchand;^ de même, à côté du ^errier qui suivait la route décrite par les vieilles chroniques russes pour aller prendre du service à Constantinople, il y avait le marchand qui allait y chercher des produits étrangers. Les premiers Scandinaves qui s'étaient établis sur les bords du lac Ladoga et du lac Urnen, puis avaient gagné le cours moyen du Dnieper et avaient fini par y jouer le rôle prépondérant, n'avaient point pour cela cessé de partager les tendances de leur race. L'impulsion qui les portait vers le Midi s'était d'abord traduite en attaques à main armée contre Cionstantinople. A peine maîtres de Kiev, les lieutenants de Burik, Askold et Dir, entreprirent (866) une cam-^ pagne de pillages contre l'empire byzantin, et ces incursions se renouvelèrent fréquemment jusqu'en 1043. ^ Mais les traités les plus anciens connus entre les Grecs et les Busses (ils sont des années 911 et 944),^ constatent déjà que les choses avaient changé et qu'un grand nombre de marchands russes entretenaient des relations pacifiques avec les Grrecs et faisaient de longs séjours à (hnstantinople. Le gouvernement grec n'était pas sans défiance à l'égard de ces "hôtes", presque tous d'origine Scandinave,^ c'est-à-dire d'une race connue pour son amour des aventures et du pillage; aussi exigeait- il que chacun fut muni d'un passe^port signé du souverain de son pays;^ tout individu qui se présentait sans cette pièce était supposé malintentionné, et arrêté. On avait assigné à ces marchands un certain quartier, situé en dehors des portes de la ville, près du couvent de S^ Mamas; ^ on surveillait de très près toutes leurs démarches, pour les empêcher de faire quelque mauvais coup: ils ne pouvaient entrer en ville que par une seule porte; ils devaient être désarmés, accompagnés par un agent grec, et il

' Voy. p. ex. Antiquués russes (par qu'outre les noms que leur avaient donnés

Baôi) I, 286, 481. U, 235. les anciens habitants du pays, les barrar

' Wilken, Die Verhältnisse der Eusse» ges du fleuve en avaient d'autres en

x^um byxant Reich im 9—12 Jahrh. dans langue du Nord ((f«fft(/i) voy. tbid. p. 422

les Abh. der Berl. Acad. 1829. Hist. et ss. et V. Thomsen, The relations

philol. Cl.f p. 7Ö et ss. betueen ancient Russia and Scandinavia

^ Cette supposition est tout à fait atui the origine of Russian state, Oxf.

justifiée, d'abord par les noms des grands and Lond. 1877.

marchands qui accompagnent l'ambassa- * La même condition était imposée par

deur du grand-dnc Igor et jurent avec traité aux Bulgares; voy. Théophane,

lui le traité de 944; voy. Kunik, Op. cit., I, 775.

178 : en second lieu par les sacrifices so- ' Voy. Ducange, Opol. chrisLy lib. IV,

lennels que faisaient dans Tue de Chor- p. 185. Ce quartier était dans le Stenon,

ticy, sur le Dnieper, les armateurs des et il y avait tout auprès un petit port;

vaisseaux naviguant vers Constantinople, V. Unger. Quellen der byxantinischen

sacrifices qui rappellent complètement les Kunstgesehiehte, I'^ part. p. 79, 258 et s. coutumes Scandinaves; enfin par le fait

70 Première époque, — Des grandes invasians aux croisades,

leur était interdit de se réimir plus de cinquante. Le gonyernement avait d'aüleors soin de ne pas les laisser séjonmer pins longtemps que nécessaire; on ne leur permettait pas de passer l'hiver à Constantinople, ni même à Femboachore du Dnieper; ils devaient être repartis ponr lenr pays avant la mauvaise saison, n fiiut dire cependant que ies Grecs accordaient certaines faveurs aux Busses dûment accrédités, qui séjournaient à Cionstantinople pour leur affaires; l'état leur fournissait mensuellement une certaine quantité de vivres et mettait à leur disposition, au moment de leur départ, tout ce qu'il leur fallait en fait de vivres pendant leur voyage et les objets indispensables pour l'équipement de leurs navires. Le premier traité de paix leur avait garanti l'entrée en franchise de leurs produits; dans le second traité il n'était pas parlé de cette faveur; elle n'était ni renouvelée, ni retirée. * H semble qu'avant le traité de 911 les Russes payaient à l'entrée dans l'empire grec un droit de 10%, mais on ne saurait dire positivement si ce droit portait sur les marchandises à destination de Byzance, ou seulement sur celles qui traversaient le Bosphore pour gagner les pays riverains de la Méditerranée. Ibn-Ehordadbèh, à qui nous empruntons ces renseignements, ne parle que des dernières; mais son témoignage a d'autant plus de valeur qu'il corrobore un passage de Constantin Porphyrogénète, où il est dit que les vaisseaux Busses allaient jusqu'en Syrie; ^ ainsi, dès le IX* et le X* siéde, les navires de ce peuple entreprenant dépassaient Constantinople et naviguaient dans la Méditerranée. Peut-être est- il à propos de dter encore à cet égard une remarque de Maçoudi;' d'après lui, la très nombreuse tribu des "Busses^ entretenait des relations commerciales avec l'Espagne, Bome, Constantinople et le pays des Ehazares. H donne à cette tribu le nom de Loudaanèh. H me paraît difficile d'admettre avec les éditeurs que ce nom désigne les Lithuaniens; je pencherais plutôt pour une des tribus slaves soumises à la domination des Busses Scandinaves, celle des Loutchanes ou Louzaniens, que Lelewel place & Loutsk (sur la Styr) en Yolhynie, et Schafaiik

^ Les deux traitôs, dont le premier contribué à faire la lomière sur tous ces

fut conclu par le prince Olefc en 911, et pointa (Zur Münzkunde Russlandsypemm). le second par le prince Igor en 944, (pour * Ibn-Khordadbèh, éd. Barbier de Mey-

les dates voy. Krug, Forschungen II, 848), nard, dans le Joum. asiat, VI» s. T. V, p.

se trouvent dans Nestor (éd. SchlOzer, 614. ; Constant. Porphyrog. De OM^t». tmp.

8« part p. S76 et ss., 4fi part p, 47 et ss.). p. 180, éd. Bonn.; ces passages peurent

Stnhl, {Russ, Qesek, I, 71 et ss., 82 et ss.) aussi servir à montrer par queUe voie

les reproduit aussi intégralement Ewers, les monnaies des provinces méridionales

{Dm älteste Recht der Russen p. 118 — de llslarn pénétraient quelque fois jus-

194) en donne un exceUent commentaire qu'au nord de l'Europe, juridique; Krug a, d'aUleurs beaucoup * Prairies cCoTy H, 18.

IL — Be V apparition de Mahomet aux croisades, 71

plus au nord, à Vélikia-Lonky (gouy. de Pleskow).^ Constantin Porphyrogénète,^ contemporain de Maçondi, parle de ces Loutchanee, qu'il nomme Aeviavifyoty AerHerirot; il dit seulement qu'ils construisaient des vaisseaux pour les vendre aux Russes; mais il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'excités par l'exemple des Scandinaves, ils en fussent venus à leur tour au point d'entreprendre eux-mêmes de longs voyages, ce qui leur était très facile, puisque leur pays communiquait par eau avec la mer Noire. Frsehn ' croit qu'il faudrait lire Loudaanèh, ce qui ramènerait à des riverains du lac Ladoga (dans le voisinage duquel s'élèvent les villes de Vieux-Ladoga et de Novgorod): existe-t-il une variante suffisamment authentique, qui autorise cette supposition? je n'oserais l'affirmer. Mais terminons là cette digression, et revenons aux relations commerciales entre les Busses et les Grecs. H parlât établi qu'à l'époque de Constantin Porphyrogénète (vers 960), les Busses descendaient tous les ans le Dnieper et gagnaient Constantinople en longeant la côte occidentale de la mer Noire. Us ne se laissaient détourner ni par les difficultés de la navigation du Dnieper, entravée sur sept points différents par des barrages de rochers, ni par les attaques des pirates Petchénègues sur le bas fleuve.« D'un autre côté, les Grecs comprenaient toigours mieux les avantages que leur rapportait ce commerce avec les Busses. Dans le traité qu'il conclut en 971 avec le prince Svaetoslav, l'empereur Jean Zimiscès confirma les anciens privilèges accordés aux commerçants russes dans son empire,^ et le dernier conflit armé qui eut lieu entre les Grecs et les Busses, en 1043, démontre précisément qu'un grand nombre de Busses profitaient de ces franchises et fiûsaient leurs affaires à Constantinople: en effet, ce fut à propos d'un Busse de marque, tué dans un de ces conflits si fréquents à Constantinople entre Grecs et Busses, que la guerre éclata; une des premières précautions de l'empereur ftit de répartir dans les provinces les marchands russes fixés à Constantinople et de les y phicer sous une stricte surveiUanœ.^

n nous est encore possible de déterminer approximativement les marchandises qui faisaient l'objet du trafic entre les Busses et les Grecs. Les Busses aliénaient à Constantinople leurs fourrures, le miel et la cire produits par leurs abeilles, enfin leurs prisonniers de guerre, qu'ils vendaient comme esclaves.^ La question la plus intéressante pour nous est de savoir

' Lelewel, Oéoffr. du moyen âge, m, * Constant. Porphyrog. L a, p. 74 et

p. 48; Schafàrik, Slamsehe AÜerthümery sa. 69 et s.

trBd.aUem. p. MoaigyonAehrenfeld 11,113. ^ Leo Diac éd. Bonn. p. 156.

' Constant Porphyrog. De adm. imp. ^ Cedren., n, 561.

p. 75. ' Nestor, éd. ScUdzer, IV, 100; V, 140;

^ Ibn-Fosslan, p. 71, 174. Constant Porphyrog. I.e., au haut de la p. 77.

72 Pretnière période, — Des grandes invasions aux croisades.

ce qu'ils en remportaient; or, le traité d'Igor nous fournit en partie la réponse, car ü contient une restriction imposée par les Grecs pour les étoffes de prix. H était spécifié que les Russes ne pourraient point acheter d'étoffes de soie^ d'une valeur supérieure à 50 sols d'or;> lorsqu'il serait fiût exception & cette r^le, l'agent des douanes qui donnerait l'autorisation ^ devrait marquer les étofiies de son timbre. Ces étoffes de prix étaient très recherchées dans les pays du Nord; les Ehazares, les Turcs, les Eusses et autres barbares les réclamaient en paiement de leurs services, avec une insistance que Constantin Porphyrogénète traite d'indiscrète, car elles étaient réservées pour les cérémonies de la cour impériale et pour les fêtes solennelles de l'Église de Sainte Sophie.^ Si, dans quelques cas exceptionnels, on permettait aux marchands russes de £&ire sortir quelques pièces de ces fines étoffes de soie, c'est donc que, d'ordinaire, ils achetaient de grandes quantités d'autres sortes plus communes; et, en effet, dans les vieilles chroniques russes il est, à chaque instant, question de soieries de Constantinople. Avec ces étoffes, les chroniques citent encore, comme objets ordinairement apportés de Constantinople, de l'or et de l'argent:^ ces mots désignent des brocarts d'or et d'argent: l'arabe Ibn-Fosslan remarque que les Eusses achetaient des brocarts de fabrication grecque.^ A ces article de commerce nous pouvons en joindre quelques autres, qui se trouvent indiqués dans les paroles que Nestor met dans la bouche du grand duc Svsetoslav: ^Les Grecs nous envoient des soieries, de l'or, du vin et des fruits de toutes sortes."^ Constantinople et Cherson expédiaient assurément aussi vers le pajrs des Eusses des épices d'Asie et particulièrement du poivre.®

Les sources indiquent encore les principaux marchés de la Russie où allaient aboutir les produits de provenance grecque. D'après Constantin Porphyrogénète, ceux qui entreprenaient la navigation commerciale sur le Dnieper et la mer Noire venaient de régions situées en dehors de la principauté de Kiev, qui, pour lui, est la Eussie proprement dite, de Novgorod, de Smolensk, de Loubetch, de Tchemigov, de Vychegrad; mais Kiev était le point de ralliement de la flotte. D'un autre côté, on voit, dans le traité d'Igor, que les marchands russes réunis sous les

* Enrus8e:pavoloki;Krug,^2Mrift»t«- * Schlözer, Nestor IV, 67.

Icwnde Russlands , p. S8 et sa.) discute * Constant. Porphyrog. De adm. imp.

longuement ce mot: Thomsen, 1. c p. 26, p. 88.

va chercher à ce propos dans le vieux * Voy. p. ex. Nestor IV, 44.

langage du nord, le mot peu; il me semble ^ Nous avons cité plus haut ces paä-

qu'on oublie le mot paUia, sages.

' C'est la valeur que Krug, Und, 134 ' Schlözer, V, 140.

— 188, attribue avec raison, suivant toute ' cf. Const Porphyr, p. 72. apparence, au mot russe Solotnik.

IL — De Vapparition de Mahomet aux croisades. 73

mars de ' Constantinople étaient divisés en gronpes par province; cette division avait ponr but de fisusiliter la distribution mensuelle des vivres; le document en question nomme^ en premier les gens de Kiev, puis ceux de Tchemigov et enfin ceux de Perejaslavl; aucune autre ville n'est citée par son nom. Ainsi, l'écrivain grec nomme d'abord les habitants de Novgorod, et le traité ceux de Kiev; quel est le motif de cette divergence? Ces deux centres politiques étaient en même temps des centres commerciaux: après d'humbles commencements, Kievy devenue« en 882 la capitale du royaume, avait pris un essor si rapide, qu'elle semblait vouloir rivaliser avec Constantinople: les marchandises y affluaient en telle abondance, qu'on avait dû créer des marchés sur huit points différents de la ville: ^ Novgorod, déjà puissante avant l'arrivée de Burik, habitée par une nombreuse population de marchands, soutint énergiquement la concurrence, et sa prospérité, fondée sur des bases plus solides, survécut à l'éclat passager de Kiev. Toutes deux étaient situées sur la grande route du nord au sud, dont nous avons donné plus haut le tracé d'après les anciennes chroniques russes. Kiev avait l'avantage de recevoir les marchandises grecques de première main; mais Novgorod en recevait aussi, et, de plus, elle était reliée aux routes fluviales du Volga et de la Dvina, routes suivies par le commerce dès la plus haute antiquité, au témoignage de Nestor;^ enfin, grâce au voisinage du golfe de Finlande, sa situation la rendait plus accessible que Kiev pour les marchands qui venaient de l'Ouest y chercher les produits de la Russie et de Byzance. Comme il a été dit plus haut, les Scandinaves allaient souvent à Novgorod pour leur commerce: quand un roi du Nord voulait se procurer des étoffes de soie ou de pourpre, des broderies d'or, des utensiles de table artistement travaillés, il expédiait ses marchands en. Qardariki (Russie), au marché toujours bien fourni de Holmgard (Novgorod).* Depuis qu'on avait organisé dans cette ville un entrepôt des produits de l'industrie grecque, les marchands des pays Scandinaves pouvaient s'épargner les frais d'un voyage à Byzance. Adam de Brème parle, il est vrai, d'habitants du Schleswig qui allaient "jusqu'en Grèce''; il cite Bomholm comme relâche intermédiaire des vaisseaux qui faisaient route "vers le pays des Grecs";* mais il ne feut pas s'y tromper; ce serait une erreur de croire que Byzance fat effectivement le point sur lequel se dirigeaient les nombreux marchands de la mer Baltique.

^ Adam Brem. dans Pertz, SS. p. 7, que les tresses d'or qui se trouvent par-

313; Ditm. Merseburg, ibid. m, 871. fois dans les pays du Nord à côté de

' Scblözer, H, 90 — 92. monnaies byzantines soient de la même

• Eafii, Antiquités russes, I, 295, 432. provenance; voy. Worsaae, Qp. cit. p. 55.

n, 119; cf. I, 317, 426. Il est douteux * Adam. Brem. Op, cit. p. 368, 373.

74 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.

Adam de Brème avait une vague notion de la possibilité d'aller de la Scandinavie jusqu'à Constantinople par eau presque tout le temps; mais ce qu'il ignorait, c'est qu'il fallait remonter et descendre des fleuves, traverser des lacs; il se figurait qu'on pouvait gagner la Grèce en naviguant toujours sur la Baltique; et pourtant, dans d'autres passages il dit, ce qui est vrai, que la Russie limite la Baltique, et que l'objectif des navigateurs du Schleswig est la Bussie, et non pas la Grèce. ^ Ce qui l'induit en erreur, c'est que les Busses s'étalent convertis à la religion grecque; dès lors il confond la Bussie avec la Grèce; ne va-t-il pas jusqu'à nommer Eiev le plus beau joyau de la Grèce? ^ Dans les sagas et les inscriptions du Nord il est souvent question de "navigateurs qui vont en Grèce^, tandis qu'il s'agissait simplement d'individus qui se rendaient en Bussie et pas du tout en Grèce. Les écrivains faisaient facilement confusion entre le mot Gardarike, qui désignait la Bussie dans leur langue et celui de Griklaud ou Girkland, nom de la Grèce, et encore plus entre les adjectife gerdskr (russe) et griskr, giskr (grec).^ Dans le fait, depuis l'époque dont nous avons parlé, les marchands Scandinaves qui allaient réellement en Grèce étaient des exceptions. Je ne saurais en citer qu'un seul, un certain Gris SsBmingsson, qui vivait vers l'an 1000 et allait pour ses affaires jusqu'à Gonstantinople.^ En ce qui concerne les Busses, leurs relations avec les Grecs par le Dnieper furent plus durables qu'avec les Arabes pai* le Volga. La communauté de religion y fut pour beaucoup; c'était Constantinople qui avait converti les Busses [à la foi chrétienne; c'était de là que leurs prêtres recevaient leurs pouvoirs, que leurs églises tiraient leurs ornements. Mais plus la population de la Bussie s'identifiait avec les Grecs sous le rapport l'eligieux, et plus l'élément slave, numériquement supérieur, y prenait le dessus sur l'élément Scandinave, plus se relâchaient les liens qui avaient uni les Busses et les Scandinaves au temps du paganisme. Les Scandinaves reçurent à leur tour le christianisme, mais il leur vint d'Allemagne et sous la forme du catholicisme romain; à partir de ce moment ils furent attirés davantage vers l'Allemagne, habitée par une nation prospère et de la même race qu'eux.

^ Adam. Brem. op. cit. p. 873, 812. * Voyez la Saga d*01af Tryggveson

' Ibid. p. 818. dans les Antiq. ruas. Il, 118.

' Kunik, op. cit. p. 145 et s.; Rafh, op. cit. I, 296, not a.

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