rAllemagne
On a trouvé aussi des monnaies arabes dans les fouilles exécutées le long des eûtes méridionales de la mer Baltique; mais il ne paraît pas que, nulle part, ces dépôts aient été aussi rapprochés et aussi abondants que dans le Nord et dans l'Est. Le Mecklembourg, la Poméranie, la Prusse occidentale en ont donné des quantités relativement grandes; les territoires qui avoisinent l'embouchure de l'Oder et de la Vistule, ainsi que les côtes qui s'étendent entre ces deux fleuves, méritent d'être signalés; c'est surtout le long des fleuves que se font les trouvailles, et elles s'étendent parfois profondément dans l'intérieur des terres; par exemple, en remontant le cours de la Vistule, on a fait une découverte considérable à Munsterwald, aux environs de Marienwerder; sur l'Oder, on a trouvé des monnaies jusqu'aux environs de Francfort, qui est considérée, à tort du reste, comme le point le plus méridional où se soient faites de pareilles découvertes.^ Ici encore, un fait positif montre la connexion intime qui existe entre ces trouvailles de monnaies et le trafic commercial; c'est que les trouvailles sont plus fréquentes sur les points accessibles à la navigation maritime et fluviale que dans l'intérieur: dans toute la Poméranie, les plus abondantes se sont rencontrées à Jumne, le grand entrepôt de la mer Baltique, et dans ses environs.^ A l'époque où ces trésors furent enfouis, les Allemands n'avaient pas encore pénétré dans ces régions: elles étaient habitées surtout par des Slaves et, pour une petite part, par des Prussiens, Ni les uns ni les autres n'avaient de relations directes avec les Arabes. Us n'auraient eu que deux articles à offiir aux Orientaux: les fourrures et l'ambre; ce dernier article était effectivement recherché en Orient, dès une époque très reculée;^ mais il se trouve que les pays où l'on découvre le moins d'argent arabe sont précisément le Samland, où l'ambre abonde tout particulièrement, et la Prusse orientale en général. Une très minime partie seulement des quantités d'argent découvertes doit avoir servi à payer des marchandises réellement expédiées en Orient; leur présence démontre seulement que les Slaves et les Prussiens vendaient leur produits aux peuples chez qui l'argent arabe avait cours; pour cela, ils n'avaient qu'à aller en Suède ou en Russie, et il est hors de doute que leurs marchands visitaient ces deux pays. Rappelons seulement le nom du marchand samlandais Vidgaut, qui entreprit de (grands voyages en Russie au commencement
' Ledelmr, op. dt p. 44 — 70; Minu- par Kühne, dans les BaUische Studden,
toli, p. 28—40. 27, a03 et 88. (avec carte).
* Voy. l'exeeUent tableau des trou- ' Sawe^ew, dans Ermam'ê Arekiv, VI,
▼aiUes de monnaies fidtes en Poméranie p. 98.
76 Première période. — Des gravides inversions aud' croisades,
du Xn^ siède;^ et encore les vaisseaux slaves et samlandais qui venaient, au temps d'Adam de Brème jeter l'ancre à Birka, l'un des ports les plus riches de la Suède:' ces deux exemples, nous l'avouons, sont empruntés à une époque postérieure, où déjà l'argent arabe n'avait plus cours sur les bords de la Baltique; mais, à défaut de sources anciennes, il faut bien, sur le point qui nous occupe, chercher nos preuves dans des documents plus modernes. D'un autre côté, les vaisseaux marchands danois, partis de Schleswig, allaient visiter les pays slaves riverains de la mer Baltique et le Samland prussien.' C'est précisément de Schleswig que partit, vers la fin du IX® siècle, le fameux voyageur Wul&tan; laissant à sa droite le pays des Wendes, il atteignit les environs de l'embouchure de la Vistule; son objectif était l'antique entrepôt de la Prusse, Truso, dont on a découvert récemment les vestiges dans le village de Preuschmark (plus exactement Preussenmarkt, marché des Prussiens), non loin de la rive orientale du lac Drausen, près d'Elbing.^ Souvent aussi les Danois ou autres Scandinaves occidentaux, en route pour la Russie, faisaient seulement relâche dans les pays slaves ou prussiens; peut-être, dans ces conditions, s'ils ü-ouvaient là à charger des marchandises qu'ils pouvaient revendre en Russie, ils les payaient en argent arabe, à défaut d'argent indigène. Ainsi, les produits des côtes méridionales de la mer Baltique pouvaient être portés en Russie soit par les Slaves ou les Prussiens eux-mêmes, soit par les Danois; de là, ils pouvaient, le cas échéant, passer en Orient; ce qui est certain c'est que les vaisseaux qui les avaient empoi*tés rapportaient au retour des articles russes et peut-être aussi des objets d'Orient. Un certain nombre des bijoux trouvés dans les fouilles à côté de monnaies arabes pourraient donc bien être d'origine orientale, mais il^me semble que pour pouvoir attribuer avec quelque certitude à un objet la qualification "indubitablement oriental" dont Ledebur se montre si prodigue, il faudrait commencer par procéder à des études comparatives dont le résultat serait de fixer les caractères distinctife des bijoux arabes, byzantins ou septentrionaux, pendant la période la plus reculée du Moyen -Age.
En dehors de cette route de la Baltique qui mettait les Slaves en communication avec la Russie, et de là, par l'intermédiaire des Russes et des Bulgares du Volga, avec l'Orient, on peut suivre, au cœur de la
* Bafii, Antiquités russes II, 134 et s. a été acceptée tant par les éditeurs de8
* Ed. Pertz, SS. Vn, 805. Scriptores rerum Prussicarum (I, p. 733, ' Adam. Brem. loc. cît p. 312, 368. dans la note au passage de Wultstan re-
* TeUe est la conclusion adoptée par latif à cet objet), que par Toppen dans Neumann, à la suite des recherches ap- son Historisek-eomparaitive Otographie profondies exécutées par lui à Elbing; elle von Preussen, p. 15.
//. — Be Vapparition de Mahomet aux croisades. 77
Russie, de la Lithuanie et de la Pologne, une ligne formée par des dépôts d'argent oriental; cette ligne semble démontrer l'existence d'une route terrestre à travers les pays slaves. En effet, Ibn-Khordadbeh, nous l'avons vu, affirme que, de son temps, un voyageur parti de l'ouest de l'Europe (d'Espagne ou de Fi*ance) pouvait toujours, pv voie de terre, atteindre, à travers l'Allemagne et les pays slaves, la capitale des Khazares (Itil), passer de là en Transoxiane (Balkh) par la mer Cas* pienne et, enfin, pousser jusqu'en Chine par le pays des Tagazgaz, dans l'Asie centrale. 1 D est évident qu'il ne s'agit pas là, pour l'écrivain arabe, d'une simple possibilité abstraite, mais qu'il entend, en indiquant cette route à grands traits, faire connaître l'une des deux voies teri-estres que les grands marchands jui&, dont le rôle comme intermédiaires entre TOrient et l'Occident était alors si considérable, se servaient, concurremment avec d'autres voies maritimes, sur la plus grande partie de leur parcours. Or, si cette route en pleins pays slaves était ouverte aux Juifs, elle l'était à bien plus forte raison aux Slaves eux-mêmes; et il est établi qu'ils en profitaient, tout au moins jusqu'au seuil du monde arabe: c'est ce que démontrent les établissements formés par eux dans la capitale des Khazares, et dont nous avons déjà parlé.
Mais les Slaves occidentaux n'avaient pas seulement affaire au monde oriental; ils pouvaient aussi se mettre en contact avec le monde gi-ec, on du moins avec ses produits, et, pour cela, ils avaient deux routes; 1 une, par la mer Baltique, aboutissant à Novgorod; l'autre, plus courte, et très probablement plus fréquentée, par terre et aboutissant à Eiev.^ Pendant la deuxième moitié du IX* siècle et le commencement dn X® , s'élevait, à l'embouchure de l'Oder, une ville slave alors florissante, Jumne,^ marché de premier ordre: sans doute, en dépit des histoires &buleuses que raconte Storch,^ les produits des Indes et de l'Asie orientale devaient y être rares; ceux de Byzance au contraire ne devaient point l'être, ce qui ne veut pas dire que les Grecs vinssent les y apporter eux-mêmes, car il ne faut pas prendre au mot Adam de Brème; en énumérant les nations qui fréquentaient cette place, il nomme les Grecs, ^ mais il est clair qu'il compi-end sous cette dénomination tous les individus appartenant à la religion grecque^ et, parmi eux,
» Éd. Barbier de Meynard, p. 616. * Pertz, SS, Vil, 31S.
^ Lelewel, Tableau historique du corn- • Giesebrecht, Die Nordlandskunde des
meree des Slavons, dans sa Numismatique Adam von Bremen, dans les Abhandlungen
du Moyen-Age, 8« part., p, 98 et s. der deutschen Geseüsehaft xu Königsberg,
^ Pas un historien sérieux ne devrait JH, p. 166 et s. désormais employer le nom de Vineta.
* ISstoriseh'Staiistisches Oemäkle des rtissischen Reichs, IV, 46.
78 Première période. — Des grandes invasions atix croisades,
avant tout, les Busses;^ et c'est par les mains de ces derniers que passaient les marchandises grecques.
Du moment que les produits de l'empire grec et peut-être même ceux de l'Asie arrivaient chez les habitants de la cote méridionale de la Baltique, il n'y a pas de raison pour que le commerce ne les répandît pas chez les Allemands. Au temps de Charlemagne, l'Elbe et la Saale formaient d'une manière générale la frontière entre les peuples allemands et les peuples slaves. Charlemagne avait désigné, à l'ouest de ces cours d'eaux, certaines villes où devaient se faire les échanges entre les deux nations: Bardowick, Schezla,^ Magdebouig, Erfurt^ On ignore quelles sortes de marchandises les Slaves y importaient; les sources sont complètement muettes à cet égard. Dans les sîèdes suivants les Allemands franchirent en masses la barrière de l'Elbe, soit comme guerriers, soit comme missionaires, soit comme colons: les marchands ne restèrent pas en arrière. Des Saxons fréquentaient Jumne; quelques uns s'y établirent, quoique le pays fut païen et que l'exercice public de la religion chrétienne y lût interdit. Bs venaient probablement de Magdebourg, de Bardowi^ ou de Hambourg; Adam de Brème dit que, de Hambourg ou de l'Elbe à Jumne, la distance est de huit jours.^ Quelles marchandises les Allemands rapportaient-ils du grand entrepôt slave? étaient-ce exclusivement des produits du Nord; y joignaient-ils des articles byzantins ou asiatiques? les sources ne nous le disent pas.
Passons au Centre de V Allemagne; là nous trouvons de très bonne heure une route commerciale menant de la Thuringe à Mayence et qui fut aussi pratiquée par les Slaves.^ Sonmies nous en droit de la considérer comme le prolongement occidental d'une route à l'usage du commerce universel, qui aurait traversé d'outre en outre les pays slaves? Cette route servait-elle au transport des produits de l'Orient vers les bords du Bhin? Ou n'étaient -ce pas plutôt les habitants de la Thuringe (parmi lesquels on aurait trouvé beaucoup de Slaves) qui s'en servaient pour aller chercher à Mayence, entrepôt général de la région, les objets dont ils avaient besoin? Voici un fait qui semble démontrer l'existence
^ Cette appellation ne s'applique pas ' (hpUukwre de JTnonmlk, Dec 805,
exclusivement aux habitants de Novgorod, dans Pertz, Legesy I, 133. comme VaàmetLel&welàBJia SA Oéographie * Adam. Brem., dans Perts, SS. Vu,
du Moyen- Age, m, 62; en effet, aux yeux 312.
d'Adam de Brème Kiev était '^clarissimum ^ VUa Stunni (f 779) éd. Perte, SS.
decus Graeciae**. II, 869.
' Cf. sur cette localité les MedUenburgiaehe JahrbUeher, XXTVI, 1871, p.
107 et 88.
//. — De Vappariiion de M^àemet aux croisades. 79
de relations commerciales entre Mayence et l'extrême Orient» L'arabe espagnol Abon-Bekr- Mohammed (né en 1069), originaire de Tortosa, d'où le surnom de Tortouchi qui lui est généralement donné, visita un jour Mayence, probablement au cours de l'un des grands voyages qu'il fit dans sa jeunesse à travers les pays chrétiens; il y vit des monnaies d'argent de Samarkand, frappées de 913 à 915 par le prince samanide Nassr n, fils d'Ahmed. Il est difficile d'admettre que ces pièces, frappées au commencement du X® siècle, eussent encore cours à Mayence v^rs la fin XI®; aussi est -il probable que Tortouchi ne les trouva pas sur le marché comme monnaie courante, mais qu'on les lui montra comme curiosité, à cause de sa qualité d'Arabe. Néanmoins ce détail pourrait bien faire croire que Mayence aurait pris part, tout au moins de loin, dans un temps reculé, au commerce des riverains de la Baltique avec la Russie et l'Orient, commerce qui amena en Europe de si grandes quantités d'argent samanide; ajoutons que ce fait est jsolé, car on n'a pas constaté en deçà de l'Elbe une seule trouvaille d'argent arabe, et que, par conséquent, il faut se tenir sur ses gardes. On peut en donner encore une autre explication; c'est que des Busses, venus en Allemagne pour d'autres raisons que des affaires de commerce, y auront apporté cet argent et l'y auront laissé. Les chroniques allemandes font mention de plusieurs ambassades russes venues à la cour d'AUemagne pendant le X« et le XI<» siècle (959, 973, 1040, 1042); il est vrai qu'elles n'indiquent pas si ces ambassades passèrent par Mayence, mais on sait que le grand -duc Isseslav vint de Kiev à Mayence môme, en 1075, implorer le secours du roi Henri IV et qu'il portait avec lui une quantité d'objets précieux. Cela se passait précisément à l'époque ou Tortouchi parcourait l'Europe, car à partir de 1083 il se fixa en Egypte pour le reste de ses jours. Ne peut-il pas se fidre que les dirhems vus par lui à Mayence y eussent été laissés par le grandduc russe? H est permis de préférer la seconde explication à la première, mais il n'y a cependant rien d'invraisemblable dans la supposition que Mayence ait été en rapport avec l'Orient. La source arabe qui nous a fourai l'anecdote de Tortouchi donne précisément la preuve de ces rapports, cai* elle ajoute: "il est merveilleux qu'on trouve en abondance dans cette ville, située à l'extrême Occident, des épices qui ne se rencontrent que dans l'extrême Orient, comme le poivre, le gingembre, le dou de girofie, le costus et le galanga, tous produits exportés des'Indes.^ Si c'est par des contemporains que le géographe Kazwîni (c'est à lui que nous empruntons cette citation) a su que l'on trouvait de ces épices à Mayence, nous aurions ici la preuve qu'& l'époque où le trafic avec l'Orient était des plus acti&, on en apportait certains produits jusque là, ce qui, d'ailleurs n'est rien moins que surprenant: Eazwînî
80 Première période. — Des grandes invtmons aux croisades.
écrivit son onvrage en 1363 et le refit en 1276, ^ mais il est extrêmement probable qu'il a emprunté le renseignement relatif aux épices comme l'antre, à Tortouchi, et ceci nous fait connaître une chose plus intéressante, à savoir qu'avant les croisades Mayence recevait déjà des Indes des épices de toutes sortes. Mais ces épices ne pouvaient guère arriver par la même voie que l'argent samanide; on peut afiSrmer qu'elles avaient passé la Méditerranée sur des vaisseaux vénitiens.^ n ne fisiudrait cependant pas se figurer que, dans ce commerce, le rôle des gens de Mayence fût purement passif. QfrOrer^ Suppose avec raison qu'à l'époque des Othons certains grands marchands de Mayence allaient faire des affidres jusqu'à Gonstantinople; c'est la seule manière d'expliquer le choix, extraordinaire en toute antre circonstance, que fit le roi Othon I^ en 949, en désignant comme ambassadeur à la cour de Byzance un riche marchand de Mayence, nommé Liutfrid.^ Pour se ren^ de Mayence à Gonstantinople, ce Liutfiîd passa par Venise; on peut donc admettre que, pour en venir, les produits de l'Orient devaient suivre le même chemin. H ne nous est pas possible d'entrer dans plus de détails sur ce sujet Au Moyen-Age, pour aller d'Italie en Allemagne, on suivait généralement l'ancienne voie romaine qui longeait le lac de Côme,^ coupait la ligne de douanes à Chiavenna,^ traversait la Bregaglia et le col du Septimer,^ passait à Coire et aboutissait an lac de Constance; là, une certaine activité commerciale s'était développée de bonne heure sur deux points: Borschach au sud-ouest et Constance à l'extrémité supérieure du lac.^ Or, pendant tout le Moyen-Age les villes du lac de Constance entretinrent d'activés relations avec celles du haut et du moyen Bhin.
D nous reste à jeter un coup d'œil sur le sud-est de VAUemagne et à rechercher si, avant les croisades, il n'existait pas déjà un courant commercial entre le Levant et le Danube. On sait que Charl^nagne avait commencé la construction d'un canal entre l' Altmtthl et la Bednitz,
* Wttstenfeld; yoyez Taiinonce fidte de H. Meyer, Die römischen Alpenstrasseti son édition de Kazwini, O^. gel. Aux. in der Schtceix (Mittheilungen der antiq. 1848, p. 850 et 8. Qes. in Zürich^ XIQ, 1861} p. 181.
' FneUm, Beleuchtung dermerkwürdigen " Neugart, Cod.dipL Älamann.n^ 729,
Notix eines Arabers aus dem eilften Jahr- 820. II n^est pas douteux que les moines
hundert Über die Stadt Mainx, dans les de S^ Gall faisaient venir du lac de Gon-
Mèm. de VAead. de 8^ Petersb., Série VI, stance les éjnces quMls mêlaient à leur
SeienoeB politiques, II, (1884) p. 87—99. vin, et le poivre dont ils se servaient
' Gregor VU, YSI, p. S12. pour assaisonner leurs poissons ou leurs
* lAutprandi antapodosis. dans Pertz, sauces (piperatae , poivrées). Ekkehardi SS. m, 888. benedietianes ad mensas (écrit vers Tan
» Annal. Fuld.y dans Pertz, SS. I, 412. 1000) v. 56 et s., 141, 146, 152, 154, 169.
* Mohr, Ood. dipl. I, 97 et s. 247, dans les Mitth. der antiq. Oes. iu ' Mohr, Und. I, 58 et s., 155, 396 et s. : Zürich, lu.
//. — De rapparitiùH de Mahomet aux croisades. 81
travail resté inachevé; on lai a prêté l'intention de faeiliter par ce moyen les communications entre l'Orient et l'Occident. A l'époque où il fit commencer les travaux, il préparait une nouvelle expédition contre les Avares; il venait de terminer victorieusement une première campa^e, mais elle avait été de trop courte dui*ée pour lui permettre d'anéantir ces redoutables ennemis. H est évident qu'en reliant les deux rivières par un canal artificiel, l'intention de l'empereur était d'assurer la rapidité de concentration de son armée et la facilité de transport de ses approvisionnements. Qu'à côté de ce but immédiat il ait songé à venir en aide au commerce, c'est possible, mais c'est aller beaucoup trop loin que d'attribuer à ce projet la vaste portée que nous indiquions plus haut^ L'esprit de Charlemagne était assurément assez vaste, nous le verrons encore, pour comprendre la valeur d'une voie qui eût mis son empire en communication avec l'Orient, mais il se rendait aussi un compte exact de la situation politique des pajrs situés sur le cours inférieur du Danube, et il savait que, de longtânps, il ne serait pas possible d'oi^ganiser un service régulier de marchandises par cette voie. Au nord de l'empire grec, les Btdgares du Danube occupaient tout le pays. On ne peut pas dire qu'ils fussent trop peu civilisés pour s'occuper de commerce, loin de là; comme leurs frères du Volga, ils l'aimaient et avaient entretenu avec les Ghrecs, dès une époque très reculée, des relations réglées par des traités;' il y avait à Constantinople des marchands de cette race établis à poste fixe, et leurs affidres prospéraient au point d'exciter la jalousie des marchands grecs, tellement qu'à la suite d'une série d'intrigues on les força de transporter leurs comptoirs sur un marché secondaire, Thessalonique; cet acte fit éclater la guerre entre le roi bulgare Siméon et l'empereur Léon VL « Cependant les choses auraient encore pu marcher ainsi, en dépit des nombreuses guerres qui venaient de temps à autre mettre des entraves au commerce; mais, en remontant le Danube, on débouchait dans les plaines
* Dans on récente publication, M' ▼. * Theophanes, éd. Bonn, 1, 776. Hb
Inama Stemegg, (Deutsehe Wissensehafls- ayaient pour intermédiaires les marchands
ffeseh. I, 435 et s.) a pris très vivement grecs des villes maritimes du Pont, teUes
parti pour cette hypothèse: selon M' Simson que Mesembria et Anchialos, que les rois
fJàkrbûeker des deutschen Reichs unter bulgares avaient enlevées aux empereurs
Karld. Or. II, 56) l'empereur n'aurait eu en byzantins.
vne que la facilité des opérations militaires. ^ Theophanes contin, p. 357 ; Leo Gram-
Waits (Deutsche Verfassungsgeschickte, maticus, p. 266 et s< ; Georgins Hamartolus,
IV, 26) et Biezler (Oesch. Baiems I, éd. Murait, p. 771; Theodosius Melitenus
272, cL 181) admettent qu'à côté de sa éd. Tafel (Monum, saeeul. aead, Monae.
désignation militaire, le canal devait servir 1859), p. 186. Voy. aussi Cedren. n, 254. aussi au transport des marchandises en général
82 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.
de la Pannonie, occapées par les Avares, peuplade de cavaliers nomades, qui conservèrent jusqu'au bout leurs mœurs farouches: ^ ils entassaient d'immenses trésors dans leur grand château -fort circulaire; mais ce n'était pas le commerce qui les leur procurait; c'était le firait de brigandages ou de tributs imposés & de faibles voisins. Tout ce que les sources les plus dignes de foi nous font connaître d'eux nous oblige à les regarder comme incapables de faire du commerce. Une tradition transmise par les Bulgares aux Grecs et conservée par Suidas,^ mais d'un caractère tout légendaire, attribue leur perte, entre autres causes, à ce qu'ils seraient devenus tous marchands (ipiTtopoi); et l'auteur remarque qu'ils s'étaient pervertis et se trompaient les uns les autres, ce qui démontre clairement qu'il s'agit ici non pas d'un commerce international, dans lequel auraient pu trouver place les produits de l'Orient, mais d'un simple trafic entre Avares, dont l'objet était le produit du butin. En 796, l'armée franque parcourut leur pays et y mit tout à feu et à sang; elle y recueillit un butin considérable, de l'or, de l'argent, des bijoux, mais rien dans tout ces objets n'indique nécessairement, par son origine, l'existence de relations commerciales avec l'Orient, car les pallia seriea dont il est fait mention disaient très probablement partie du tribut que leur payaient d'ordinaire les empereurs byzantins.^ Après ce désastre la décadence des Avares se prononça rapidement; au commencement du IX® siècle, des marchands allemands de Batisbonne et de Lorch parcoururent leur pays,^ mais il est douteux qu'ils y aient trouvé des produits de l'Orient La situation ne s'améliora pas, au point de vue commercial, quand les Hongrois s'établirent, vers la fin du même siècle, dans les plaines de la Pannonie, si l'on peut parler d'établissement à propos d'un peuple qui pai*courait la moitié de l'Europe comme un ouragan, la couvrant de ruines et de cadavres. Étrangers à toute civilisation, ignorants même de l'agriculture, redoutés au loin comme un épouvantable fiéau,^ les Hongrois n'avaient assurément ni le goût ni l'intelligence du commerce,^ ni la moindre idée de se faire, par ce moyen, les intermédiaires
' Bttdinger, Österr. Oesehiehte, I, p. 61 ' Dttmmler, dans les Archiv fur Kunde
et 88., 131, fait une peinture réussie de österr. Oesehtchtsqueüeriy X, 70; BUdinger,
leur caractère. Österr, Oeseh, I, 228 et ss.; Krug, For-
• Ed. Bemhardy, I, p. 1017, a. v. schungen in der älteren Oeaekiehte RussßovXracoi. landSf ü, 386 et s.
' Pour les preuves, yoy. Simson, Op. *^ On a prétendu que d^à, du temps
eu, n, 104, 106 et s., 123 et s. du roi méroviniifien Dagobert, on voyait des
* Capiiuiare Caroli Magni, in Theo- Hongrois aux foires de S^ Denis près dimis villa promulgatumy Dec. 806, dans Paris ; mais c^est une erreur qui vient Pertz, Leges, I, 183. d'une fausse lecture, Ungari au lieu de
//. — De rapparüion de Mahomet aux croisades. 83
eBtre l'Orient et l'Occident Le commerce universel ne put se frayer une voie à travera les pays que baignent le Danube et la Theiss, que le jour où le roi S* Etienne (f 1038) eut accompli la grande œuvre civilisatrice qui assure à son nom une gloire ineffaçable. La faveur avec laquelle ü accueillait les étrangers de toute nation et de tout rang, dans l'espoir d'introduire par leur influence la civilisation chez son peuple, la rigueur avec laquelle il réprimait le brigandage et veillait & la sécurité des routes, encouragèrent les pèlerins à passer par la Hongrie pour se rendre à Jérusalem, et même, depuis lors, les pèlerins de France et d'Italie préférèrent cette route parce qu'elle leur évitait un voyage par mer.* n est permis de croire que les mêmes motifs engagèrent les mardiands étrangers à visiter plus fréquemment le pays. Un certain passage d'une loi de 1092 ^ prouve qu'il y avait & cette époque, en Hongrie, des mahométans établis en permanence et qui vivaient de leur commerce. D'un autre côté, les relations nouées par le roi S^ Etienne dans divers pays de l'Europe profitaient aux marchands hongrois. H paraîtrait qu'il se forma, à cette époque, dans Gonstantinople, une colonie hongroise, car la splendide église que S^ Etienne y fit construire n'était certainement pas un simple monument de luxe.^ On peut croire qu'une certaine gloriole ne fut pas étrangère au sentiment qui inspira au saint roi la pensée d'illustrer son nom par de grandes fondations pieuses dans les principaux centres de la chrétienté, mais il n'est pas niable que la construction de l'église de Gonstantinople était le complément pratique des fondations analogues déjà faites à Bome et à Jérusalem: il avait voulu assurer aux Hongrois qui entreprenaient un pèlerinage au foyer de la chrétienté ou aux Lieux- Saints, à la fois des moyens d'édification et un toit hos-
Wicarii, marchands de Wicus portas, pro- demies) Theoderic, en 1063, diaprés sa
bablement Quentowick, à Tembouchnre de Vte, dans Pertz, SS. 12, 46; puis Fabbé
la Gauche, non loin de Boulogne; voyez de S* Evroul (Nonnandie) Théoderic, qui
Pardessus, Diplomaia, CharUBj etc. Il, 4. vit déjà un hospice construit pour les
^ Glaber. Bodulfus kist, éd. Pertz SS. pèlerins (peut-être le monastère actuel de
Vn, 62. Citons par exemple Guillaume, Melk) sur le point où Ton passait du pays
comte d'Angoulème 1026—1027, d'après des Bavarois au pays des Huns (Hongrois)
la relation d'Adhémar, dans Pertz SS. IV, (Orderic Vital, éd. Le Prévost, H, 64);
145 et s.; Tauteur de VHtstoria ponH/l- enfin en 1058—1059, le fameux annaliste
eum et eomüum Engolismensiumy après Lambert von Hersfeld; voy. ses Annaks
avoir copié la relation d'Adhémar (voyez dans Pertz, SS. V, 159, 160. Labbe, Biblioth, mscr. libr. U. 254, cap. ' LadisUd régis deeretum I, cap. 9,
25) igoute ce qui suit: "nam ante eum dans Endlicher, Mcmumenia Arpadianaj
(Wilhelmum) per illas partes nuUus prs»- p. 327.
terierat, quippe quia novella adhuc christi- ^ Viia mqiior SUpham régis, cap. 12,
anitas per Ungriam et Sdavoniam erat''; dans Pertz SS. XI, 235. en second lieu l'abbé de S^ Hubert (Ar-
84 PtenUère période. — Des grandes invasions aux croisades»
pitalier; d'où, la fondation d'nne église canoniale & Rome, et d'an monastère à Jérusalem. Mais Gonstantinople n'était pas on lieu pèlerinage pour les Hongrois; tout au plus était-ce une étape sur le chemin de Jérusalem; quel but pouvait donc avoir la construction d'une église dans cette ville, sinon de donner satisfaction aux besoins religieux des marchands qui y étaient flxés?^ Malheureusement, après la mort de S^ Etienne, la situation s'assombrit de nouveau; les rivalités entre les prétendants à sa succession, des guerres fréquentes contre les Allemands firent, pour un certain temps, retomber son royaume dans les anciens désordres et dans le paganisme. H était réservé aux rois André (1046—1060) et Ladislas (1077—1095) de rétablir l'ordre et la paix intérieure. Un détail donnera un idée du soin avec lequel, avant eux, les voyageurs évitaient le territoire de la Hongrie; c'est que le roi André lui-même ne put s'empêcher de soupçonner les intentions d'une troupe de pèlerins qui traversa son royaume en 1054, sous la conduite de Lietbert, évêque de Cambrai, "car,'' dit le biographe de Lietbert, ''presque personne ne suivait ce chemin."' Pour résumer en quelques mots l'histoire des Hongrois avant les croisades, nous savons maintenant que, pendant le premier siècle qui suivit leur établissement sur les bords du Danube, il n'y eut jamais une période de cahne assez longue pour permettre aux marchands étrangers d'entreprendre avec quelque suite des voyages à travers leur pays avec des produits byzantins ou orientaux; jamais non plus leurs mœurs ne se plièrent aux exigences de ce commerce de transit; un pareil commerce ne pouvait s'établir que sous un régime régulier, et ce régime ne fut organisé qu'au XI® siècle; enfin, vers le milieu de ce siècle, le pays fut de nouveau troublé par une série de désordres intérieurs et extérieurs, nécessairement nuisibles an développement du commerce. H n'est pas rare de trouver des écrivains qui, sons prétexte d'histoire du commerce, se permettent d'affirmer qu'avant les croisades les relations entre l'Allemagne et l'Italie étaient peu actives et que l'Allemagne recevait les produits de l'Orient par le Danube.^ Gela ne soutient pas la discussion. En tout cas, dans toute cette époque je ne saurais
^ On possède une preuve irréftitable couleur Tiolet-iougeâtre dont le collet est
des relations que la Hongrie entretenait doublé, avec ses bizarres figures d'animaux,
alors avec Gonstantinople, et, au delà de ses croissants et ses étoiles à sept pointes,
cette ville, avec le monde arabe; c^est la sont autant de témoins d'une origine
chasuble donnée, en 1031, par la reine Gi- arabe. Voy. Bock, dans les MittheUungen
sèle, épouse de S^ Etienne, à Féglise de der KK Central- Commission, 2^ année
S^ Marie de Stuhlwissenboui^ et que Ton (1867) p. 146 et ss.; 4® année (1859) p.
conserve de nos jours à Ofen, comme man- S57 et ss., et Oeschiehte der liturgisèken
teau de couronnement; la soie pourpre, Gewänder , I, 157 et ss.
d'un dessin du plus pur goût byzantin, * VHa LietberH, Acta SS. BoU. 5 Juin,
les fils d'or dont elle a été brodée de la p. 507. main même de Gisèle, enfin la soie de
//. — De Vapparüion de Mohamet aux croisades. 85
pas trouver une série d'années, si courte qu'elle soit, où la situation intérieure de la Hongrie eût permis l'établissement de ce commerce de transit; qu'il se soit présenté çà et là des moments où des tentatives en ce sens furent possibles, je ne le nie pas; qu'il en ait été &it, c'est très probable, nous en avons même quelques indices; mais, je prétends que jamais le commerce du Levant ne suivit cette route d'une manière permanente à l'époque qui nous occupe.
n existait cependant d'autres chemins du Nord au Danube par les pays slaves; ils aboutissaient au fleuve en territoire allemand, sans emprunter le territoire hongrois. Nous possédons un document, écrit à Bafifelstetten entre 903 et 907, qui nous Mi connaître le régime douanier de la partie du Danube comprise entre Passau et Mautem;^ on y voit que les Allemands fréquentaient les marchés de leurs voisins les Slaves de Moravie, et que des marchands slaves, venus de Russie et de Bohème, passaient par les bureaux de douane échelonnés le long du Danube: Sdavi qui de Rugis vd de Baemanis mercandi causa exeunt, dit le texte en question: ceci demande quelques explications. Les Rugi seraient, d'après Dûmmler et Dudik, des Moraves; d'après Büdinger, des Bugiens de la mer Baltique; d'après Waite, Esemmel et Biezler, des Busses. Pour moi, il me panât inadmissible que, dans un seul et même document, les Moraves soient désignés tantôt sous une appellation (Maravi, MaraM) tantôt sous une autre (Bugiens); je ne crois pas non plus qu'au commencement du X® siècle personne, sur les bords du Danube, gardât encore le souvenir de l'apparition passagère des Bugiens à l'époque des grandes invasions, ni qu'on donnât aux Moraves le nom de cette antique peuplade, dont ils étaient devenus les successeurs problématiques sur le cours moyen du Danube. Les côtes de la Baltique sont trop éloignées pour qu'il puisse être question ici des Bugiens qui ont donné son nom à l'île de Bfigen: mais, ce qui ne me semble pas impossible, c'est que les Busses aient fidt de fréquentes apparitions sur les bords du Danube; dans la continuation de Begino (ad. an. 960—962), ils sont précisément désignés sous le nom de Bugi.3 Maintenant, ces marchands slaves venus de Bussie apportaient-ils avec eux des produits de l'Orient? la réponse est négative, du moins s'il faut en croire notre charte, car l'auteur n'indique que les chevaux, les esclaves et la dre, un des produits les plus abondants chez les Slaves, grands éleveurs d'abeilles.
* Perte, Legg. m, 480 et as.; Ur- X, 69.; Dudik, Geschiekte Mährens, I, kundenbuek des Landes ob der Enns, 860,382; Bftdinger, Österr. Gesch., 1, 157; n, 54. Waitz, Deutsche Verfassungsgesch,, IV, 61 ;
* Voyez sur ce point Dûmmler, Die Kœmmel, Die Anßnge deutsehen Lebens südöstlichen Markendes fränkischen Reichs, in Oesterreich, p. S88; Biezler, Oesch. dans lee Archiv für Kunde österr. Oesch. Baiems, I, 274.
86 Première période. — Des grandes mvimons aux croisades.
Ainsi, les parties allemandes dn bassin du Danube ne recevaient aucun produit de l'Orient par les pays slaves, fort peu par la Hongrie: la plus grande partie arrivait du sud, par l'Italie. Lejs anciennes voies percées par les Romains & travers les Alpes existaient encore, du côté du Tyrol et de la Carinthie comme du côté de la Suisse, et, heureusement, sur ce long parcours, il n'était venu s'établir aucune de ces hordes barbares qui eussent pu gêner le commerce ou même le supprimer complètement. Certains historiens ont poussé les choses plus loin; ils ont été jusqu'à prétendre que les débris d'un ancien groupe de marchands romains s'étaient conservés à Batisbonne jusqu'au milieu du Moyen- Âge.^ Mais, en y regai*dant de plus près, on reconnaît que ce groupe se réduit à un seul individu, d'origine romaine, mais portant un nom allemand, qui vivait au IX® siècle: on en rencontre ça et là d'autres, de même origine, dans le midi de l'Allemagne, mais plus fréquemment parmi les habitants des campagnes que parmi ceux des villes.' On trouve, dans quelques documents des siècles postérieurs, une certaine rue de Batisbonne désignée sous le nom de ifiter LoHnos, en allemand Walhengasse (Gasse der Waslsehen); mais il est bon d'observer que cette rue se trouve dans la ville neuve et qu'ici le mot Latin! ne désigne pas un noyau d'anciens romains incorporés & la bourgeoisie, mais un certain nombre de £amilles de marchands de langue romane. Italiens ou Français; la preuve en est que, dans l'un de ces documents, l'appellation inter Latinos est remplacée par l'expression inter QiMicos.^ Ajoutons que, s'il est prouvé que ce n'étaient pas des marchands d'origine romaine qui faisaient le commerce entre l'Italie et Batisbonne, l'existence de ce commerce est cependant indiscutable. D'après une tradition persistante, les gens de Batisbonne auraient été les premiers, parmi les Allemands, à fréquenter Venise pour a&ires de commerce: cette tnir dition doit être basée sur quelque fait II paraît, d'ailleurs, que, dès le commencement du X* siède, la ville d' Augsbourg entretenait, elle aussi, des relations commerciales avec l'Italie et en recevait des produits de l'Orient Par où auraient pu y arriver les étoffes de pourpre de Tyr dont l'évêque d' Augsbourg Adalbéron fit cadeau au monastère de S^ Gall en 908,^ sinon par l'Italie et probablement par Venise? A cette époque il était de notoriété publique que les Allemands tiraient d'Italie leurs soieries et leurs épices.^
^ Gfemeiner, Ursprung der Stadt Be- ' Gemeiner, Qp. cü.^ p. 22. Hegel a
gensburg, p. 22, 47, 64; Dönniges, Das eu le mérite de démontrer ce qu^il y a
deutsehe Staatsrecht und die deutsche de mal fondé dans ces andennea traditions
Reiehsverfassung, 1, 248 et s.; Wittmann, (Oeseh, der Städteverfassung von EaUer^
dans les Quellen und Erörterungen %ur n, 383 et ss.).
Mer. %md deutseh, Oeseh,, I, 97. ^ Trodp. N^ngart, Cod, dipt. Älamann.
* Waits, Deutet Verfassufigsge- n^ 867.
sekiehte, II, 177 et s. ^ En 911, le roi Ck>nrad I^^^ alla yisiter
//. — De VappanHan de Mahomet aux croiBades. 87