‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 9 sur 49 · L'ItaUe · texte numérisé non relu

L'ItaUe

Aucun pays de l'Europe n'importait les produits de l'Orient en aussi grandes quantités et sous des formes aussi variées que l'Italie. A cela il y avait bien des moti&: d'abord, par le fût de sa situation géographique, elle avait de fréquents contacts avec l'Orient, et surtout"^ avec l'empire de Byzance: en second Ueu, l'empire grec possédait la basse Italie, Bavenne, la Vénétie, et ce voisinage devait exercer une grande influence sur les relations réciproques; puis, il y avait

* P. ex. le moine franc Bernhard, en in ... . sangninemdraconiB U. m, indinm, 870. U. ni, spongias X, pomicar (?) X, adze-

* Void ce passage, extrait de F Append. dnarum (Zedoar) .... storacem cidamita kVLrmm(mi8polyptyehii0ihéà.Quénxà,Il^ U. X, etc.

336: iBt» sunt pigment», quas ad Ca- * Dès le temps du roi mérovingien

maracom debemns comparare .... piper Dagobert I, vers 629, des marchands

libras CXX, dminnm similiter, gingember, "longobards" fréquentaient la foire de

IL LXX, gariolUe IL X, cinamomnm U. S^ Denis (PAris): Pardessus, I>^pfom.,C%aH.

XV, galingan IL X, reoponüco U. X, etc. n, p. 6.

cQBto (coetns) IL X ... . spicnm IL V ... . * Vemeilh, L'a/tckUeeture byxanHne m

granomastice IL X, thns IL X, gotsomber Franee^ p. 130 et s. 11. y, timiama IL n, mira (myirhe) IL

94 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.

un mouvement de ya et vient continuel entre Bome et Congtantinople; ces relations amicales persistèrent encore pendant les premiers siècles du Moyen -Âge, et elles ne furent troublées que plus tard, à la suite de querelles dogmatiques et de compétitions hiérarchiques; enfin, le luxe du culte allait toujours croissant dans la riche métropole de la chrétienté occidentale et, pour y satisfaire, il fallait des étoffes brillantes et des parfums en grande quantité; or, l'industrie du monde germanoromain était trop peu avancée et le sol de FEurope trop pauvre pour suffire à ces besoins.

Arrêtons -nous un instant sur ce point. Au commencement du Moyen r Âge, c'est Borne qui reçoit et absorbe de beaucoup la plus grande quantité des produits de l'Orient Les biographies des papes, surtout des papes du VIQ® et du IX« siècle,* si avares de détails sur les événements historiques, abondent au contraire en renseignements du plus grand intérêt sur le sujet qui nous occupe. Ce qui y tient le plus de place, ce sont des listes de dons offerts par les papes à diverses églises de Bome, ornements précieux pour les prêtres, étoffes magnifiques, tentures, tapis pour revêtir les murs, les autels, les colonnes. En recherchant, dans toutes ces listes, l'origine des étoffes, nous en rencontrons bien parfois qui ont été fabriquées à Rome, ou qui sont venues de l'Espagne arabe; ^ mais le plus grand nombre sortent des mains des ouvriers alexandrins ou byzantins. Gomme Alexandrie et l'Egypte en général étaient déjà au pouvoir des Arabes, il est probable que maint tisserand ou brodeur arabe travaillait, sans s'en douter, à la splendeur du culte chrétien. Ces étoffes, ces tapis sont généralement couverts de figures de lions, d'éléphants, d'aigles, de faisans, de paons, de licornes, de basilics, de griffons etc. tissées ou brodées; mais ce serait généralement du temps perdu que de chercher à y retrouver la sfymbolique chrétienne; toute l'ornementation est dans le goût oriental, qui dominait au même degré chez les Arabes et chez les Grecs. H en est tout autrement pour les étoffes à personnages, où sont représentées des scènes de l'histoire sainte, des légendes ou des croix; là, nous avons évidemment sous les yeux un travail grec Parmi ces ornements d'église on trouve plus d'un exemplaire de poui'pre byzantine, et les noms grecs appliqués à certains tissus ou à certaines pièces ne sont pas rares: ce sont autant de preuves d'origine orientale. Que l'on songe encore aux quantités de perles et de pierres précieuses

^ Anastasius Bibliothecarius, dans Vi- stauracin , dans ]& Vi^ de S^ Ansegius.

gnoli, T. n et m. abbé de Fonienelle, par MabiUon, Aeta SS.

* Ibid. n, 231, 243 — 246, 248. Cf. Bened. saee. IV. pars I, p. 634. Stragulum hispanicum de fandatnm et

//. — De rofiparition de Mahomet aux croisades, 95

dont on couvrait les objets affectés au culte, croix etc., à la quantité d'encens ou d'autres parfums que l'on brûlait pendant les offices, et l'on pourra se rendre compte de ce que la ville de Bome à elle seule pouvait consommer de produits de l'Orient. Tout l'Occident se modelait sur Bome pour les cérémonies du culte, et beaucoup d'églises loi demandaient même les étoffes dont elles avaient besoin. Maint évêque ou abbé profitait d'un pèlerinage à Some pour y acheter des objets destinés à l'embellissement de son église. C'est ainsi que Benoît, abbé de Wearmouth en Angleterre, rapporta de Bome deux pièces d'étoffe d'un. travail incomparable; il est vrai qu'elles ftirent détournées de leur objet pieux, car il les céda au roi EgMed en échange d'un grand morceau de terre.^ Souvent aussi c'était sous forme de dons que des objets destinés au culte se répandaient en Occident: ainsi, l'apôtre des Allemands, S^ Boni&ce, recevait assez souvent en présent, des clercs romains, des parfums rares pour servir d'encens.^ Parfois, on joignait à l'encens et au storax, du poivre et du gingembre, preuve qu'à Bome on était abondamment pourvu des épices qui s'employaient comme assaisonnements ou comme remèdes. Mais jamais les bourgeois de Bome ne se sont distingués par une grande activité commerciale: comment donc se procuraient-ils ces épices et ces précieuses étoffes de travail grec ou arabe? D'abord, les empereurs de la Nouvelle Bome envoj^ient souvent en présent aux souverains pontifes des soieries précieuses sortant des fabriques grecques; on en a la preuve dans les biographies des papes; mais cette explication serait insuffisante. La grande majorité de ces objets était, naturellement, importée par le commerce. L'Italie était aussi féconde en marins expérimentés qu'en marchands entreprenants et habiles: de tout temps, ils avaient été en relation avec les Grecs, mais il ne se disaient aucun scrupule d'entrer en contact avec les Arabes mécréants; ils poussaient même l'intimité avec eux plus loüi que les papes ne l'eussent désiré; le fait est qu'on ne tarda pas à s'apercevoir que, pour l'amour du lucre, certains marchands chrétiens ne craignaient pas de vendre leurs propres coreligionnaires comme esclaves aux Arabes d'Espagne, d'Afrique ou de Syrie. Gharlemagne et, après lui, les papes Zacharie et Adrien I^ prirent des mesures sévères pour mettre fin à cet horrible trafic;^ les Vénitiens n'avaient- ils pas poussé l'audace jusqu'à acheter, dans Bome même, des esclaves des deux sexes? ^ Mais le commerce des autres marchandises marchait de pair

^ Beda, Vita S. BenedicH abbat, Wire" ^ Cenni, Monumenta domtnatiomspon'

muih. primi lib. I, n® 9. HfieicBy I, 369 et 88.

* Jaffé, BibUotheea rerum germanù * Liber pontifioalis, tffta Zaeharia

eanwi, HI, 156, 157, 199, 218, 281. papa, éd. Vignoli, II, 79. Il y avait

96 Première période. — Des grandes invtmons aux croisades,

avec le scandaleux trafic des esclaves, et il vaudrait la peine de rechercher si ce n'étaient pas les mêmes marchands vénitiens qui se procuraient les produits de l'Orient en échange de leurs esclaves, on les achetaient tout simplement, puis les apportaient à Rome. N'onblions pas cependant les Amalfitains, qu'il &ut peut-être encore fsdre passer avant les Vénitiens, du moment qu'il s'agit de rechei*cher de qui Borne recevait les produits de l'Orient Âmalfi est beaucoup plus rapprochée de Borne que Venise et ses habitants visitaient l'Orient tout comme les Vénitiens; nous ne tarderons pas à le voir.

Nous allons chercher maintenant qu'elles étaient, pendant la période qui nous occupe, les villes dltalie qui s'occupaient activement du commerce de l'Orient, et nous commencerons par la basse Italie. Un moyen d'abréger la traversée du Levant, c'était d'aller s'embarquer dans l'un des ports de la Fouille; aussi étaient-ils le rendez-vous d'une foule de pèlerins désireux d'arriver à Jérusalem tout en passant le moins de temps possible sur une mer inhospitalière. D serait bien extraordinaire que le commerce n'eût pas tiré parti de cette circonstance; mais, pendant longtemps, des guerres, de fréquents changements de maîtres, empêchèrent la région des côtes de jouir du calme nécessaire à sa prospérité; d'une part, les Lombards descendant de l'intérieur de l'Italie, de l'autre les Arabes de Sidle, en disputaient la possession à ses anciens maîtres, les empereurs byzantins. Enfln^ vers la fin du X^' siède, ceux-ci réussirent à rétablir leur domination d'une manière durable: Bari devint la résidence de leur lieutenant (Eatapane) et la population de la ville, d'ailleurs fortement mélangée d'éléments grecs, ^ profita de cette circonstance pour développer son commerce avec la métropole. On en possède une preuve, au moins négative, dans une Bulle d'or des empereurs Basile et Constantin, datée de l'année 992: interdiction est Mte aux capitaines de navires vénitiens faisant voile pour Gonstantinople, de recevoir à leur bord des marchands de Bari avec leurs marchandises et de leur procurer ainsi, aux dépens du fisc impérial, la jouissance des privilèges accordés aux Vénitiens.' Il est évident que les gens de Bari ne seraient pas désignés nominativement dans ce document, s'ils n'avaient eu aucun rapport avec Cionstantinople. Mais ils ne bornaient pas leurs expéditions à la capitale: en 1086, leurs vaisseaux allèrent porter des fruits et autres marchandises jusqu'à Antioche: cette traversée serait tombée dans l'oubli comme tant d'autres, s'il ne s'y rattachait le souvenir d'une précieuse relique

aussi des Grecs, marcluuids d^esclaves qui * Petroni, i&oria di Bari, I, 85 et

croisaient le lon^^ des côtes de la mer de s., 103.

Toscane pour emmener des Lombards que * Taf. et Thom. I, 38.

la misôre poussait à se liYrer à eux ou

même qu'ils achetaient: Genni, L c.

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