‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 10 sur 145 · IV · texte numérisé non relu

IV

■ Joh. Cameniata, De excidio Thessalonù. p. 600 et s., mentionne entre autres articles mis en vente sur ce marché, des pierres précieuses, qui venaient d'Orient, cela n'est pas douteux; les soieries dont

il parle aussi ne sont pas nécessairement de provenance orientale ; car les mots rà ix oijçwr vfâoftara s'appliquent, la comparaison *ç rà t( içtwr le prouve, non pas à des tissus venus du pays desSères, mais à des tissus faits avec le fil du ver à soie (oî?ç»ç = vers à soie).

4 Constant Porphyrog. De administr.

itnp. p. 72 en haut

5 Constant. Porphyrog., De eerim., p.

878, 686, et les notes de Reiske, p. 663, 700.

1 Ibid. p. 468, 706, et les notes de Reiske, p. 629, 712, 716.

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soieries réclamées par le commerce: d'abord, elle souffrait de deux maux originels; la concurrence des ateliers privilégiés de l'état, et le poids écrasant des impôts: en second lieu, au Xe siècle, la conquête de la Syrie par les Arabes1 lui avait enlevé son meilleur débouché, et il lui fallait bien du temps avant que la vente dans les provinces restées à l'empire pût combler ce déficit. Quelques historiens ont prétendu qu'au IXe siècle la production et l'industrie de la soie étaient déjà florissantes dans la Morée et, comme preuve, ils ont cité les étoffes magnifiques qu'une riche matrone, nommée Danilis, apporta de Patras à Constantinople pour les offrir à l'empereur Basile Ier (867 — 886). Mais, en étudiant de près sur l'original2 le texte d'où ce fait est tiré, on reconnaît qu'il n'y est pas question d'étoffes de soie, mais d'étoffes de coton et de lin; et quand même il serait démontré que ces étoffes eussent été fabriquées dans le Péloponnèse et non pas à l'étranger, le fait en lui même ne prouverait qu'une chose, l'habileté des ouvriers du pays dans le tissage du coton et du lin: dans le nombre des objets cités on trouve encore un grand tapis, que Danilis avait fait faire à ses frais dans le Péloponnèse, pour une église neuve de Constantinople; ce n'est pas encore là dessus qu'on peut s'appuyer pour admettre la prospérité de l'industrie de la soie. 8 D'ailleurs, même pendant les siècles suivants, le Péloponnèse ne fut jamais spécialement connu pour la production de la soie: ce n'était qu'une supposition, née du rapprochement du nom de Morée avec le mot Monts (mûrier); mais il y a longtemps que la fausseté de cette étymologie a été reconnue. La production de la soie était beaucoup plus développée dans l'Hellade proprement dite et dans les îles de l'Archipel; mais, là même, la prospérité de cette industrie n'atteignit son point culminant que pendant la période qui suit celle dont nous nous occupons en ce moment.

Quand un marchand allait à Constantinople, il devait lui être fort agréable d'y trouver, dès son arrivée, un riche assortiment de soieries indigènes et étrangères, et, par le fait, la capitale de l'empire grec avait la réputation d'être le marché le mieux assorti de cet article. On y recherchait surtout les étoffes de pourpre; les gynécées impériaux les fabriquaient en perfection. Mais les Grecs prétendaient se réserver à eux seuls le droit de porter les étoffes les plus précieuses; le gou-

1 Cette perte fut plus tard réparée en >« 2V(>/aç vfanuâxotv). Nicèph. Bryennius,

partie lorsque les Grecs réoccupèrent An- éd. Bonn. p. 156. tioche et le pays environnant. A l'époque * Theophan. contin. p. 318. où Alexis Comnène monta sur le trône, 3 Finlay, Huit, of the byzantine and

son frère Isaac en était gouverneur; pour greek empires frotn 716 to 1453, I, pag.

conserver la faveur d'Alexis, il envoyait 302; Pariset, Hùst. de la soie, H, pa^.

souvent a la cour des étoffes de soie (ci» et 25 m.

//. — De l'apparition de Mahomet aux croisades. 55

vernement n'en interdisait pas l'exportation d'une manière formelle, mais il y mettait toutes sortes d'entraves. Nous verrons plus loin lesj restrictions imposées aux marchands russes exporteurs de soieries: pour le moment, nous nous contenterons de citer l'aventure arrivée à Luitprand,' évêque de Crémone, à la fin de sa seconde ambassade â Constantinople. Il se trouvait des soieries dans ses bagages; il en avait acheté une partie, le reste lui avait été donné; mais quand il voulut passer la frontière, les douaniers saisirent cinq des plus belles pièces, sous prétexte que l'exportation en était interdite; en vain l'évêque fit -il valoir que ces étoffes étaient destinées à son église et que l'empereur lui avait accordé l'autorisation d'acheter pour elle des palliums, sans fixer de limite de prix; en vain supplia-t-il qu'on lui laissât au moins celles dont on lui avait fait cadeau; la saisie fut impitoyablement maintenue. Cette vexation, il faut le dire, n'était que la suite des humiliations que Luitprand avait eu A subir, au cours de sa mission, de la part des courtisans et des fonctionnaires impériaux; d'ailleurs elle répondait parfaitement au caractère de l'empereur Nicéphore alors régnant; il affectait d'habitude une morgue pleine de rudesse à l'égard des étrangers. A l'époque de sa première ambassade, en 949, 1 Luitprand avait eu affaire à l'empereur Constantin VII qui, tout au contraire, comblait les étrangers de bons procédés; il avait rapporté des étoffes précieuses sans qu'aucun douanier y fît opposition, sans même avoir à subir une seule visite.2 Il est évident que les choses se passaient de même pour les marchands; tantôt la surveillance s'exécutait avec rigueur, tantôt elle se relâchait; et puis il se trouvait bien de ci de là un douanier accessible à la corruption, ou bien les exporteurs trouvaient des chemins détournés par lesquels on échappait à la visite de la douane; le fait est que ces marchandises de grand prix dont l'exportation était interdite, n'en arrivaient pas moins en Italie, soit par Venise, soit par Amalfi, et qu'elles n'y étaient même pas rares.8

En général les Grecs ne faisaient pas beaucoup d'efforts pour répandre dans les pays voisins les produits indigènes et asiatiques amassés dans leurs magasins. Les empereurs cherchaient à éblouir les princes étrangers par leur munificence, par leurs cadeaux d'objets exotiques; ils aimaient à faire étalage des marchandises précieuses qui affluaient â Constantinople, mais ils ne comprenaient pas l'avan-

1 Pour la fixation de cette date, voy. l'Italie du nord ou en Occident en génê-

Kœpke, De cita et scriptis Liudprandi, ral?) obolariae mulieres Ces courtisans)

pag. 11. et inandrogerontes (les charlatans) nia

a Liudprandi relatio de legatione Con- utuntur". Pour l'explication de ce pas-

stantinopolitana., dans Pertz, SS. III, p. sage, voy. Havet, Reçue critique, 1878,

369 et s. n° 12.

a Liudpr. loc. cit.: "pênes nos (dans

56 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.

tage d'une large politique commerciale,1 qui eût facilité à d'autres nations l'accès de ces magnificences. Quant & leurs sujets, tout leur effort se bornait à se procurer les objets nécessaires à leur bien être et cela leur suffisait: ils laissaient volontiers aux étrangers les difficultés et les risques inhérents aux longs voyages d'affaires. Leur orgueil se complaisait à voir les vaisseaux marchands des diverses nations de l'Europe entrer dans le port de Constantinople, et "la reine des villes" devenir le centre du commerce de l'Occident; après cela, peu leur importait de perdre par leur négligence les plus belles occasions d'accroître leur fortune. Il leur eût pourtant été bien facile de jeter en masses les marchandises du Levant sur les marchés de l'Italie méridionale, où Bari, Naples, Amalfi etc. restèrent pendant des siècles au pouvoir des empereurs grecs, et de mire, de là, des affaires fructueuses avec le reste de l'Italie. Mais non, ils aimaient mieux laisser venir à Constantinople les habitants de ces villes qui, eux, avaient conservé même sous la domination byzantine, l'esprit d'entreprise propre au génie italien. Avec le temps les Vénitiens, les Pisans, les Génois devinrent les fournisseurs exclusifs des produits du Levant dans tout l'Occident et les marchands grecs, réduits à l'inaction, durent leur céder la place en murmurant.

S'ils déployaient si peu d'activité du côté de l'Occident, ils en montraient un peu plus du côté du Nord, dans les pays arrosés par le Danube et en Russie. U est démontré qu'ils visitaient le pays des Bulgares riverains du Danube:' quelques-uns allaient en Russie;8 leur point de départ était Cherson; il est probable que c'est dans les relations de marchands de Cherson que Constantin Porphyrogénète a puisé les renseignements si détaillés qu'il donne sur la navigation du bas Dnieper; l'empereur géographe marque près du gué dit Krarique, le point où les gens de Cherson passaient le fleuve à leur retour de Russie.4 Néanmoins de ce côté comme à l'ouest, les Grecs se laissèrent dépasser par des "barbares" du nord, plus actifs qu'eux. Nous verrons plus loin les succès des marchands bulgares établis à Constantinople exciter la jalousie des Grecs et les Russes y accourir en masse, hôtes redoutés, pour y exercer le commerce.

1 Le droit perçu à l'exportation s'élevait généralement à 10 */o de la valeur. Ibn Khordadbeh, p. 51 ; Cinnamus, lib. 6, cap. 10; Joh. Cantacuz, lib. 4, 12; de là le nom de **at»jiôyo» donné aux douaniers et celui de * «<mimfaMi donné aux bureaux de douane; Zacharûe von Lingenthal a réuni toutes les preuves dans une étude insérée dans les Mém. de l'Acad. de St. Pétersb. VU* série, T. IX, n<> 6, p. 6.

* Theophanes. I, 775.

■ Cedren. II, 551. C'est ce que prouvent les traités conclus par certains grands-ducs de Russie avec les empereurs byzantins.

* De ad m. imp. p. 77. Le gué mentionné se trouvait un plus haut que 1a ville actuelle d'Alexandrovsk.

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