Russie et Scandinavie
a. Trafic avec les Arabes.
C'est une chose très curieuse que la quantité de pièces de monnaie d'argent d'origine orientale qui se retrouve dans les fouilles exécutées au nord de l'Europe: leurs possesseurs les avaient confiées à la terre, au moment de leur départ, soit pour un long voyage d'affaires, soit pour une guerre, ou bien encore ils les avaient enfouies là pour les soustraire à un envahisseur; plus tard la mort, l'émigration ou d'autres causes les empêchèrent de reprendre leur trésor et c'est ainsi que, de nos jours, des cultivateurs, des bûcherons les déterrent; et parfois il y en a des quantités assez grandes pour constituer de véritables sommes. Ledebur1 a publié, en 1840, une étude avec carte topographique, qui donne un aperçu très net de l'étendue sur laquelle ces trouvailles étaient réparties dans la région de la mer Baltique; ce tableau ne représente plus exactement l'état de nos connaissances actuelles, car il ne se passe guère d'année où l'on ne fasse quelque nouvelle trouvaille; cependant il a, en somme, encore de la valeur. Pour la Russie, il faut consulter soit la carte de Paul Sawelieff,2 soit l'aperçu topographique des trouvailles de vieilles monnaies arabes en Russie,8 que nous devons à l'orientaliste Fraehn. Ce que l'on sait des trouvailles faites au nord -est de la Russie, sur la Petchora est trop peu certain pour qu'il soit nécessaire d'en tenir compte; le gouvernement de Kazan devient alors, à l'est de l'Europe, la région extrême où sont constatées de ces trouvailles:4 à l'ouest, si l'on néglige quelques trouvailles très peu importantes faites en Islande et en Angleterre, c'est le district d'Egersund, dans la province de Christiansand , en Norvège. Pour la Russie, la limite septentrionale des trouvailles est donnée par une ligne droite tirée de Kazan au lac Ladoga et, de là, jusqu'à la Finlande; le point le plus méridional serait l'antique Chersonèse (la Crimée) ; et encore,
1 Leop. v. Ledebur, Ueber die in den baliischen iMndern in der Erde gefundenen Zeuçnissc eines Hatulehrerkchrs mit de ni Orient xur Zeit der arabischen WcUherrsehaftj Berlin, 1840 : Voy. encore sur cette question, C. H. v. Minutoli, Topographische Uebcrsicht der Ausgrabwigen grierhischer, romischer. arabischer utid andcrer Miinxen und Kunstgegemtdnde, trie soleke xu terschiedenen Zeiten in den Kùstenlàndern des baliischen Meers statt gehabt. Berlin. 1843.
* Je regrette de n'avoir pu me procurer ni cette carte, ni la Numismatique, mahométane du même auteur (S* Pétersbourg, 1847), où il traite spécialement des fouilles exécutées en Russie et de leurs résultats pour l'histoire de ce pays.
■ BuUet. de VAcad. de St. Pétersbourg, T. IX (1842) n° 20, 21.
4 Frœhn, dans le Bulletin, ib. n<> 19, p. 296-227.
58 Premèrc jwriode. — Des grandes invasions aux croisades
ici, on n'a fait qu'une trouvaille restée unique. En général, les pays où les fouilles ont mis au jour les plus grandes quantités de monnaies d'argent arabes sont les provinces situées au cœur de la Russie, sur le cours supérieur et moyen du Volga, et sur ses affluents méridionaux, les territoires situés sur le cours supérieur du Dnieper et, enfin, les provinces voisines de la mer Baltique et du golfe de Finlande. 1 De la Finlande à la Suède, on passe par les îles d'Aland, où l'on a déterré autrefois 'de vieilles monnaies d'argent de forme étrange, probablement d'origine orientale. Plus au sud, les îles de Gothland et d'CEland forment comme un pont entre les provinces Baltiques de la Russie et la Scandinavie. On a trouvé dans les provinces Baltiques des quantités incroyables de monnaies arabes; Hildebrand raconte que les fouilles connues avaient donné plus de 13,000 pièces.2 La petite île d'CEland a fourni un apport considérable: dans un seule fouille on a trouvé jusqu'à 1122 pièces arabes des plus rares. En Suède même, on rencontre fréquemment des monnaies arabes le long de la côte orientale; elles sont beaucoup plus rares dans l'intérieur et dans la partie occidentale;3 de même en Norvège; et encore, dans ce dernier pays, il ne s'en trouve que sur les côtes méridionales.4 Pour la Danemark c'est dans l'île de Bornholm qu'on a trouvé le plus de ces monnaies; on a fait quelques trouvailles dans les îles de Mœn, Falster, Langeland, Aggersœ (dans le grand Belt); dans le Jutland et le Schleswig on a aussi trouvé ça et là des pièces d'argent portant des caractères coufiques. 5
Rien n'est plus facile que de fixer l'époque à laquelle appartiennent les pièces d'argent arabes (dirhems) que l'on retrouve en Russie et dans les provinces Baltiques, car toutes portent le millésime de leur fabrication. D'après Fraehn, les plus anciennes sont de la fin du VIIe siècle, les plus modernes, du commencement du XIe Cette opinion concorde absolument avec la remarque faite par Tornberg, que la série des dirhems trouvés en Suède s'ouvre par une pièce de 698, dynastie des Ommiadcs, et se ferme par une pièce de 1010, dynastie des Bouvéhides. D'après Tornberg, le premier siècle de cette période serait
1 L'ouvrage qui fournit le plus de renseignements à cet égard et celui de Fnehn ; quelques savants ont donné des suppléments parus dans diverses publications; lui-même en a écrit plusieurs; pour ce qui concerne spécialement les provinces Baltiques, voy. Kruse, Xecrolivonica, Suppl.
D. p. 6 et ss.
■ Hildebrand, Das hcidnisehe ZeiiaUer in Schtccdcn, trad. Mestorf, (Hambourg, 1873) p. 184.
J Les fouilles exécutées en Suède sont énumérées dans Tornberg, Xumi eufiri regii numophylacii Holmicnsis (Ups. 1848) p. v — xliv; Ledebur, op. cit. p. 8 — 30; Minutoli, op. cit, p. 7 et ss.
4 Tornberg, loc. cit., p. xlix, uote; Ledebur, op. cit., p. 5—7 ; Minutoli, p. 5 et s.
4 Worsaa?, Danemark» Vorxeit , trad.
allem. par Bertelsen (Copenhag. 1844) p. 53 et s.: Ledebur, op. cit., p. 71—76, Minutoli, p. 19—22.