‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 9 sur 145 · Les Grecs · texte numérisé non relu

Les Grecs

Le peuple chez lequel passaient et venaient aboutir la plupart des routes de l'Asie restait étranger au mouvement commercial; il semblerait qu'il n'eût aucun intérêt à réexpédier vers l'Occident les marchandises venues du centre de l'Asie; il ne s'occupait pas même d'offrir aux Européens les produits de son agriculture et de son industrie. Il faut donc admettre que d'autres nations se faisaient les intermédiaires entre l'Orient et l'Occident, et chercher quelles étaient ces nations. Dans cette recherche, il est naturel de songer d'abord aux Grecs; placés entre les sectateurs de l'Islam et les nations du groupe germano-romain, le rôle d'intermédiaires était tout indiqué pour eux. Il est vrai qu'ils étaient chrétiens et prenaient une part active à la lutte entre les deux religions; mais, depuis l'époque où, maîtres eux-mêmes de la Syrie et de l'Égypte ils avaient eu en leur pouvoir les territoires où venaient aboutir les routes de l'Asie, l'usage des produits de l'Orient était entré dans leurs mœurs et il leur eût été trop pénible de s'en priver. Amoureux du luxe de la table et du vêtement ils ne pouvaient pas plus se passer de poivre que de soie et de pourpre: pour leurs banquets il leur fallait les parfums des bois des Indes {B,v\a Ivôixà, bois de santal).1 Quand, avec la connaissance de la littérature arabe, les médecins grecs acquirent une notion plus complète et plus exacte de la nature et des effets des remèdes employés par ceux de l'Orient, 1 ils durent à leur tour les faire entrer dans leur pratique, et pour les faire venir, il fallait s'adresser au commerce. Sous l'influence de toutes ces causes l'antipathie religieuse et politique des Grecs à l'égard des Arabes s'effaçait nécessairement devant la nécessité de trafiquer avec eux. Aux premiers temps des conquêtes arabes, les navires grecs s'étaient, sans doute, éloignés des ports de l'Egypte et de la Syrie; mais cette abs-

J tention ne fut certainement pas de longue durée. Cependant, la première trace certaine de la reprise des relations ne remonte qu'au commen-

i cernent du IX0 siècle. A cette époque, les Lieux Saints ayant été profanés par les musulmans, Léon V l'Arménien (813—820) interdit à ses sujets de se rendre en Égypte et en Syrie.3 En coupant ainsi court à des relations fructueuses pour les Arabes, l'empereur voulait évidement leur faire sentir l'effet de sa colère: son édit prouve en tout cas une chose.

1 Theophan. contin. p. 457. de eause, des effets du gingembre, de ta

* Sous ce rapport , un Livre qui a fait cannelle, du clou de girofle!, de la noix

époque est celui de Siméon Seth, dédié à muscade, du camphre, du musc, du bois

l'empereur Michel VII Ducas (1071—1078), d'aloès, du poivre, (éd. Langkavel, p.40 et s.'.

et intitulé: De alimentorum faeultatibus 55, 56, 58—66 et s„ 74 et s., 81).

il y traite, évidemment en connaissance n Dandolo, p. 167.

//. — De Vapparition de MaJiotnet aux croisades.

c'est que lorsqu'il s'agissait de commerce, les Grecs de l'époque ne se faisaient aucun scrupule de frayer avec les musulmans. Or, par un singulier hasard, il se trouve qu'à propos de ce même Léon l'Arménien l'historien Cedrenus1 raconte qu'entre autres présents offerte par lui à un moine de ses amis, il y avait des plantes aromatiques, comme "celles qui nous viennent des Indes",* ajoute l'auteur. Cette anecdote démontre positivement la persistance du courant qui amenait les produits de l'Orient vers Constantinople; mais elle laisse ignorer si c'étaient des Grecs ou des marchands étrangers qui les y apportaient Quoi qu'il en soit, au X° siècle le commerce des Grecs avec les Arabes avait pris j ! un énorme développement. D'après les auteurs arabes que nous avons! 1 déjà cités, Antioche et Trêbizonde étaient les principaux marchés où se 1 faisaient les échanges; nous pouvons sans hésitation y joindre Alexandrie, fréquentée par tant de marchands des nationalités les plus diverses. La plus grande partie des marchandises que les Grecs tiraient de ces ports prenait le chemin de Constantinople, soit par mer, à travers la Méditerranée ou la mer Noire, soit par terre, à travers l'Asie -Mineure; au reste, les progrès des Seldjoucides ne tardèrent pas à rendre cette voie impraticable; Thessalonique8 et Cherson* recevaient aussi leur part On pourrait croire que les progrès de l'industrie en Grèce devaient avoir pour résultat de supprimer l'importation des produits manufacturés de l'Orient; mais ce serait une erreur. Jamais la production de la soie n'y fut aussi active. Les quantités de soieries que livraient les gynécées impériaux de Constantinople étaient loin de suffire aux besoins\ de la cour et de l'état; au IX0 siècle et même encore au Xe, les em-j pereurs achetaient, pour en orner leurs palais ou pour en faire des lar-J gesses à leur entourage, des étoffes apportées d'Égypte sur le marché de' Constantinople5 et en général des objets fabriqués en Orient et dont le nom,

emprunté à la langue arabe, trahit clairement l'origine.6 Moins encore que les gynécées, l'industrie privée était en mesure de fournir les masses de

1 Ed. Bonn. II, 64.

* Voyez à ce sujet ce que dit Psellos de l'empereur Constantin Monomaque: il mettait tous ses soins à &votav nçooâ-

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