V. Lile de Chypre
dans les villes, il y mettait à leur disposition des bains et des boulangeries, et, pour leur fournir les céréales et le vin dont ils pouvaient avoir besoin, il leur faisait cadeau d'un casai voisin de Limisso, avec toute sa population de paysans. Dans cet acte, il est constaté que les maisons données dans les quatre villes sont propres à l'habitation de consuls et de vicomtes génois; comme, d'un autre côté, les limites de la juridiction de ces consuls et vicomtes sont fixées de la manière la plus avantageuse pour les Génois, il est clair que le gouvernement de l'île n'opposait aucune difficulté à l'installation de ces fonctionnaires. Cependant, il semble que la République ait mis peu d'empressement à profiter de cette autorisation, stipulée d'une manière générale dans le traité de 1218; elle continua longtemps encore à taire gérer par ses consuls de Syrie les affaires de ses colons de Chypre. En voici deux preuves: au mois de décembre 1233, la République conclut à Nicosie un traité d'alliance avec le roi de Chypre, ou plutôt avec Jean d'Ibelin, régent du royaume; or, son représentant n'était pas un consul en résidence à Nicosie, mais un commissaire délégué par les consuls de Syrie:1 en 1249, dans l'inventaire des possessions coloniales de leur nation, les consuls de Syrie inscrivirent un bain situé à Nicosie et une maison de Famagouste, comme si cette colonie n'eût été qu'une annexe de celle de Syrie, sans existence propre,2 Avant 1292 il n'est pas possible de constater, du moins avec des documents à l'appui, l'existence d'un chef de la colonie génoise résidant dans l'île de Chypre.8
Il n'est parvenu jusqu'à nous aucun diplôme donné en faveur des Vénitiens en Chypre pendant la période qui nous occupe, de sorte que jusqu'ici on a été assez mal renseigné sur les biens et les droits qu'ils ont pu y posséder. Cependant, il doit avoir existé au moins trois de ces diplômes: le premier fut remis à Pietro Dandolo et à Luca Barbani, ambassadeurs de Venise, pendant la minorité de Henri Ier (1218— 1233); Marco Barbo en obtint un deuxième de la régente Placentia entre 1253 et 1261 ; enfin, le même Barbo reçut le troisième de la main de Hugues III (1267 — 1284). Il en a été fait un résumé à l'occasion d'une ambassade envoyée en Chypre en 1302,1 et le sénat de Venise luimême constate qu'ils renfermaient d'assez larges concessions.
Nous connaissons mieux maintenant l'ensemble des possessions et des droits des Vénitiens dans l'île, grâce à une découverte récente de M. le professeur Thomas:5 c'est un journal absolument dans le genre du célèbre
1 Mas-Latrie, II, ôtt et su. : cf. I, 302 et B. * .Mas-Latrie, Xourellcs preuves de Tkùt.
1 Arrhir. de l'Or. Int. II. 2, p. 219. de Chypre. I. c. p. 54 et 8.
1 "Mathaeu* Zaecaria, Potestaa et viee- 6 Sitxunguberirhte der pfiilos. - phi loi. -
eomes Janueusis in rejçno Cypri:u Lib. hiaf. Ci. der Munchener Akad. 1878. I. 2,
ur. II, 276. p. 143 et sa.
364 Deuxième période. — /. Fondation des colonies commerciales.
mémoire de Marsilio Giorgio sur les possessions de la république en Syrie et dont la rédaction semble être de la même époque ou peut s'en faut. D'après ce journal, les Vénitiens étaient traité sur le même pied que les Génois an point de vue des impôts, tant à l'arrivée qu'au départ et pendant leur séjour dans l'île ; de plus, ils avaient leur juridiction propre, comme les barons du royaume. Leur principal centre était Limisso. Beaucoup de particuliers vénitiens y avaient des maisons à eux, des boutiques, des jardins, des vignes, des fennes dans les environs, et le nombre de ces propriétés privées avait été, parait-il, beaucoup plus grand encore, avant l'époque où l'auteur écrivait son journal : depuis Ions, les Vénitiens en avaient perdu une bonne partie qui était passée aux main> de Pisans, de Génois, de Provençaux, de Grecs, de chevaliers de S. Jean ou du Temple, soit par occupation illégale, soit par ventes ou successions. La nation avait à Limisso un fondaco concédé par le roi, deux église**, l'une dédiée à S. Marc, l'autre à S. Georges, un baptistère et un hôpital. Ce qu'elle possédait à Nicosie et à Baffo était loin de pouvoir se comparer à cela: cependant elle avait une église dans chacune de ces deux villes.
Ancône entrenait aussi, à cette époque, des relations commerciales avec Chypre; en 1272, quelques marchands de cette ville s'y présentèrent avec des lettres de recommandation de leur Magistrat et de Charles d'Anjou, roi de Naples.1
Avec les Italiens, les Provençaux sont la seule nation qui ait obtenu des privilèges en Chypre pendant le premier siècle de la domination franque. Au mois d'octobre 1198, la ville de Marseille avait obtenu du roi Amaury, pour elle seule, l'exemption complète des droits de douane à l'entrée et à la sortie;* en 1236, le consul des Marseillais à Acre lit. en commuu avec un représentant de Montpellier,8 des démarches qui aboutirent à l'extension du même privilège aux autres villes de Provence: cependant, Montpellier seule est désignée nominativement dans le diplôme. Ce second traité renferme d'ailleurs quelques modifications d'importance secondaire : ainsi, pour les marchandises provenant de la Syrie (d'outremer), du sultanat d'Iconium ou d'autres points de la côte occidentale d'Asie, importées et vendues en Chypre, les Provençeaux devaient payer
1 Minieri Riccio, Il reyno di Carlo 1 d'Anyiô 127 î— 1272, p. 63.
' Ce diplôme se trouve dans Méry et Guindon. I, 186, mais sous uue forme incorrecte et incomplète, et il porte une date fausse, 1180: M. de Mas-Latrie {Bût. de Chypre, II, 24 et s.) en a donné une meilleure édition; «'appuyant sur des motifs solidement établis, il eu fixe la date au mois d'octobre 1198.
a Raimond de Conchis: un autre document, publié par Germain, Bût. du commerce de Motdj>ellier, l, 253, lui attribue la qualité de "burirensis 5Iontispessulauu8u. Dans sa ville natale il servit souvent de témoin pour des actes d'intérêt public, (1225, 1226, 1245); ou le trouve une f is (1223) comme consul de la ville; voy. Teulet, Layettes du trésor des charte», II, 4, 53, 89, 603.