‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 114 sur 145 · VI. La retite -Arménie · texte numérisé non relu

VI. La retite -Arménie

un besant pour cent; si, faute de placement, ils réexportaient ces marchandises, ils pouvaient emporter en franchise les provenances de la Syrie, mais l'alun, la laine, les cuirs et la soie de l'Asie-Mineure étaient soumis à certains droits, réglés par un tarif dans les détails duquel nous ne pouvons entrer ici.1

Il n'est pas encore question de consulats provençaux ni de propriétés coloniales possédées par les villes de Provence; il y a cependant lieu de faire exception pour la ville de Marseille qui possédait une terre de paysan (casai), nommée Flacia et concédée par Araaury en 1189.

Tant que les ports de la côte de Syrie restèrent au pouvoir des chrétiens, c'est sur eux que se dirigea le principal courant de la navigation marchande d'Occident, c'est là que se concentrèrent les principaux établissements commerciaux, et l'île de Chypre ne fut qu'une station intermédiaire, d'importance tout à fait secondaire. La chute d'Acre fut le signal d'un renversement subit des choses. Nous verrons, à partir de ce moment, toutes les nations commerçantes d'Occident tourner leurs regards de ce côté et faire des démarches pour y obtenir des quartiers et des franchises.

6. La Petite -Arménie, considérée au point de vue de ses relations de voisinage et d'amitié avec les États croisés.

Au de là de la frontière de la principauté d'Antioche, au sommet de l'angle formé par h-s côtes de l'Asie-Mineure et de la Syrie, se trouvait un pays habité par une population chrétienne dont tous les intérêts, politiques et religieux, la poussaient également à se rapprocher des états croisés et du monde romano -germanique: c'était un précieux avantage pour le commerce d'Occident. A une époque peu éloignée de l'arrivée des premiers croisés en Asie, un grand nombre iïArnuwiens avaient émigré pour conserver leur nationalité, menacée par la prépondérance croissante de la race grecque dans les pays arrosés par le cours supérieur de l'Euphrate. Fixés d'abord dans les montagnes, au nord de la Cilicie, ils ne tardèrent pas à en descendre et à s'établir dans la partie basse de cette province, dont ils arrachèrent la cession, moitié de gré, moitié de force, aux Grecs, ses anciens maîtres. Parmi les chefs, une famille, celle des Roupénides, jouissait d'une prépondérance hors ligne. L'un de ses membres, Léon II, soldat heureux et habile politique, fut le fondateur d'un nouvel état arménien (1187—1219): c'était un renfort très -appréciable pour les chrétiens de l'Asie occidentale: aussi, Léon, plein du sentiment de son

1 Ce traité fut conclu avec Henri Ier, Guindon, I, 419 et s. roi de Chypre, et se trouve dans Méry et

366 Deuxihne période. — I. Fondation des colonies commerciales.

importance et fier de sa supériorité à l'égard des autres grands seigneurs de sa nation, prit-il le titre de roi. Mais il voyait plus loin que la majorité de ses compatriotes et il comprenait que ni la valeur éprouvée de la population ni les chaînes de montagnes qui formaient au pays une ceinture presque ininterrompue ne constituaient au nouveau royaume un rempart suffisant; il sentait pour lui-même et pour ses successeurs la nécessité d'un accord intime avec les puissances d'Occident et avec leurs colonies de Syrie, pour pouvoir tenir tête à la fois aux princes musulmans et aux empereurs byzantins. Cette conviction une fois bien établie, il y conforma tous ses actes, pria l'empereur d'Allemagne Henri VI de lui remettre en personne la couronne royale, se composa une cour copiée sur le modèle de celles de l'Occident, donna à son royaume la constitution féodale, travailla à la réconciliation de l'église arménienne avec l'église catholique romaine, distribua une grande partie des châteaux du pays à des barons francs, aux chevaliers de St. Jean, du Temple et de l'ordre Teutonique: le but de tous ces actes était d'intéresser l'Europe à la prospérité de son royaume. C'est à cet ordre d'idées, fidèlement suivi par lui et par ses successeurs, que les marchands occidentaux durent l'accueil prévenant qui les attendait dans le royaume arménien: il pouvait venir un moment où le besoin de maintenir le trafic commercial engagerait les puissances occidentales, les puissances maritimes surtout, à s'intéresser activement à sa défense.

Au point de vue du commerce, le royaume arménien était situé dans des conditions particulièrement favorables ; à l'époque de sa plus grande extension surtout, c'est à dire sous le règne de Léon II, il présentait un développement de côtes considérable, depuis la côte orientale du golfe d'Alexandrette jusqu'à quelques lieues de la baie de Satalie. Peu de temps après la mort de ce prince, les conquêtes du sultan Alaeddin Kaikobad le réduisirent considérablement et firent reculer la frontière du côté de l'ouest jusqu'à la ville actuelle de Sélefké.1 On peut lire dans Sanuto2 une intéressante description de la côte méridionale de T Asie-Mineure, faite spécialement pour les navigateurs; on y remarquera, dans la section comprise entre les points indiqués ci -dessus, toute une série de bons ports dont, à vrai dire, les Occidentaux de nos jours ne fréquentent plus que la minime partie. H en était autrement au Moyen- Age, cela ne peut faire l'objet d'un doute, car, dans Sanuto et dans les

' Houtsma, ûb. c. tiirk Chron. p. 13 et ss.

■ On la trouve dans Bougars, II, 88 et 88., mais elle est présentée d'une manière plus commode dans Taf. et Thom.

I, 375 — 381; les éditeurs l'ont accompagnée de notes fort utiles (ce qui n'empêche

qu'il ne faut point négliger de consulter les supplément*, III, 462 et s.): voir encore dans Vivien de Saint -Martin, Asie mineure, I, 519 — 525 (la description y est également accompagnée d'un commentaire).

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