VI. La Petite-Arménie
vieilles cartes entières, un grand nombre de ces ports sont désignés sous des noms italiens. A cette époque, deux d'entre eux en particulier, Lajazzo et Korylco* (Gorighos)1 jouissaient d'une grande prospérité. Tarse était presque une ville maritime, car la mer ne s'était pas encore retirée aussi loin de ses murs qu'elle l'est actuellement; le C3'dnus (Tarsous-Tchaï) qui la traverse n'était pas encore obstrué par les sables et courait librement vers la mer.* Plus loin encore, à l'intérieur des terres, les villes {Y A dan a et de Mamistra (l'antique Mopsueste, actuellement Missis) étaient reliées h la mer par des cours d'eau navigables; de nos jours encore, les bateaux d'un faible tonnage remontent le Sihan-Tchaï (l'antique Sarus) jusqu'à Adana3 et le Djihan-Tchaï (l'antique Pyramus) «•st encore navigable à Mamistra;4 les deux fleuves avaient alors une embouchure commune, plus large par conséquent, et plus accessible aux navires.5
Le petit royaume arménien offrait encore au commerce d'autres avantages que cette foule de points de débarquement si commodes: par sa situation au sommet de l'angle formé par la Syrie et l'Asie-Mineure, il était naturellement prédestiné au passage des caravanes. La voie de terre de Syrie à Iconium et à Constantinople, à laquelle viennent aboutir d'une part les routes de l'Euphrate, de l'autre celles de l'Arabie, traverse la Petite - Arménie dans tonte sa longueur. Les caravanes venant d'Alep ou d'Antioche débouchaient à Alexandrette par le col de Beïlan: au XTII0 et au XIVe siècles, ce n'était encore qu'une solitude:6 c'est seulement à une époque postérieure, que cette ville a pris du développement et est devenue le port d'Alep.7 A quelques milles au nord d' Alexandrette, on atteignait Portella* le principal bureau des douanes arméniennes: c'est un passage étroit, resserré entre la montagne et le golfe; il était fermé par une antique porte de marbre dont on voit encore les ruines.5*
1 Cette plate avait déjà de l'importance au temps de la domination trrecque: voy. Anne Comnène, éd. Bonn. II, 120 et s.
* Dulaurier, dans le Hecueil des historiens des croisades. Dormit, armén. I. p. xl et s.
■ Kotschy. Beùe M dm rilirischen Tour us, p. 283 et s.
4 Chesuey, Expédition for the survey of the rieer Euphrates, I, 300.
* Dulaurier, /. e. p. xlii et s.
6 Wilbr. Oldenb., éd. Laurent, p. 16; Aboulf., (iéogr. II. 2, p. 33.
Ritter, Erdk. XVII, 2, p. 1819 et s., 1839 et s.
" Wilbr. /. e.; Sauut. p. 244; Contin. de Ouill. de Tyr, p. 215. Ce point se nommait, dans la langue arménienne.
Tour'n (la Porte): c'est le nom que lui donne le prêtre Grégoire, continuateur de Mathieu d'Édesse, publ. par Dulaurier dans la Bibliothèque arménienne, p. 338; voy. encore p. 477 et s.; Recueil des hist. des crois., Doc. armén. I, 171.
9 Voir la description donnée parAinsworth, dans le Journ. of the geogr. Society, VIII, 185 et sa., et par Ritter, op. cit. p. 1828; ce dernier se met un peu plus loin, p. 1837 et en contradiction avec lui-même et, sans tenir compte de*
368 Deuxième période. —