VIII. LÊgypte
abords,1 le commerce maritime de l'Arabie s'était presque entièrement concentré à Aden. H se faisait un mouvement actif de navigation entre cette ville et les pays arrosés par l'Indus, la presqu'île de Guzerate,* la côte de Malabar,8 PIndo-Chine et la Chine.* Pour juger de la quantité de produits exotiques qui affluaient à Aden, nous n'avons qu'à parcourir Ténumération qu'en donne Édrisi; citons en seulement quelques-uns : le musc, le poivre, la cardamome, la cannelle, la galanga, les myrobolans» le camphre, la noix de coco et la noix muscade, le bois d'aloès et le bois d'ébène, l'ivoire, l'écaillé; il est question aussi de vases de terre; faut-il admettre avec M. Ritter,6 qu'il s'agit là de porcelaine de Chine? nous préférons laisser la question indécise. Zébid recevait d'Aden les produits de l'Inde et de la Chine, soit par mer, soit par terre. Comme cette ville était située dans la plaine de l'Yémen, que baigne la mer Rouge, les riverains préféraient s'y approvisionner, car cela leur évitait la course d'Aden qui se trouve au delà du détroit de Bab-el-Mandeb.6 Pour le commerce général, au contraire, comme cette ville est située à plus de cinq milles de la côte, elle restait tout-à fait au second plan; Aden était le grand, le principal marché. C'était là que se faisait le transbordement des produits de l'Orient; souvent même ils y changeaient de propriétaires. Un écrivain relativement moderne, mais très -versé dans la connaissance de l'histoire et de la géographie de l'Égypte, Maknzi, dit que de tonte antiquité, les vaisseaux des marchands indiens jetaient l'ancre à Aden et que jamais, de mémoire d'homme, ils n'avaient dépassé ce port jusque dans les derniers temps, c'est-à-dire jusqu'au XVe siècle, où ils commencèrent à chercher des points d'atterrissement dans l'intérieur de la mer Rouge.7 D y avait une bonne raison pour empêcher les navires des Indes de porter leur chargement jusqu'à la côte d'Égypte; c'est que le golfe Arabique est rempli d'écueils et qu'on regardait comme fort dangereux d'y risquer des bâtiments d'un fort
1 Edrisi, trad. Janbert, I, 162.
3 Les auteurs désignent spécialement, dans ce pays, comme point d'atterrissement des vaisseaux d'Aden, le pèlerinage très fréquenté de Semenat (Somnatb): Ibn-Saïd (mort en 1274), cité par Aboulféda, Qécgr. H, 2, p. 116.
* H arrivait à Aden des vaisseaux venant de Koulam (Quilon): Ibn-Saïd, dans Aboulféda, ibid. p. 121.
4 Edrisi, I, 61; Ibn-Alathir, dans le
697, appelle Aden le marché de l'Inde, du Zanguebar, de l'Abyssinie, de l'Oman,
du Kerman, de Kich, du Fars etc. Pour ce qui concerne spécialement la Chine, les historiens de la dynastie Soung rapportent que, durant cette période, les navires chinois faisaient fréquemment la route de la province de Fou-Kien aux Oes Nicobar (?) en quarante jours et de là eu Arabie (à Aden, peut* être) en soixante jours. Bretschneider, On the knowledge, etc., p. 16 et s.
6 Arabien, I, 241.
• Edrisi, I, 49.
' De Sacy, Chrestomaihie arabe, H, 64.
380 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.
tonnage, commandés par des capitaines insuffisamment orientés dans ces parages.1 On chargeait en conséquence les produits de l'Orient sur des navires plus légers pour leur faire passer le détroit de Bab-el-Mandeb. Nous avons dit qu'ils changeaient fréquemment de propriétaires à Aden; il est, en effet, probable que les Indiens qui les avaient apportés profitaient de l'occasion pour les céder à des marchands arabes ou égyptiens, avant de regagner leur pays. Cependant, ils accompagnaient parfois leurs marchandises jusqu'en Egypte et allaient les vendre sur les grands marchés de ce pays: le cas était même assez fréquent pour que leur vue n'y suscitât aucun étonnement.2
La route des navires chargés des produits de l'Inde croisait au milieu de la mer Rouge celle des pèlerins d'Afrique, se rendant à la Mecque. Autrefois ils suivaient la voie de terre par la péninsule du Sinaï; mais depuis que les Francs occupaient le royaume de Jérusalem et que, de temps à autre, ils s'étendaient jusqu'au golfe Ailanitique, les caravanes se sentaient trop exposées, et elles s'étaient décidées à changer de route; elles remontaient le cours du Nil et traversaient le désert qui s'étend entre le fleuve et la mer Rouge. Le port d'embarquement des pèlerins était aqssi le port de débarquement des produits de l'Orient ; situé dans la haute -Égypte, il se nommait Aïdab9 et il font, à ce qu'il nous semble, le chercher aux environs du cap d'Elbéa.4 Suivant Makrizi, c'était là que les navires des Indes et de l'Yémen déchargeaient leurs cargaisons; mais il oublie que lui-même a dit un peu plus haut que les vaisseaux de l'Inde s'arrêtaient à Aden. C'étaient des bâtiments arabes ou égyptiens qui amenaient d'Aden à Aïdab les marchandises et une partie des marchands arrivant des Indes : de là, on les transportait à dos de chameau jusqu'au Nil, à travers le désert II est fâcheux que ni Guillaume de Tyr ni Edrisi n'indiquent le point où ces convois atteignaient le fleuve. On pourrait songer à Assouan (Syêne), car les barques du Nil remontaient pusque là et il existait une route d' Aïdab à Assouan par le désert5 Edrisi cite, en effet, cette ville, mais il dit seulement que c'est le point où se font les échanges entre l'Egypte et la Nubie.6 Trois écrivains d'une époque très rapprochée de celle des croisades, Sanuto l'ancien, Aboulféda et Chehabeddin désignent, nous le
1 Edrisi, I, 39, 331.
* Thieimari ùer in terrain sanctam-, éd. Tobler, p. 36 et s., éd. Laurent, p. 40: "Veniunt fréquenter Indi, navibus suis per mare rubrum in Babilonem vel Egyptum per Geon fiuvium paradisi, L e. Nilnm sua me roi moni a transportantes.''
' Edrisi, I, 133; Aboulféda, Oéogr. I,
144; Makrizi, dans Quatremère, Mémoire* mr V Égypte, II, 162 et s.; GnilL de Tyr, XIX, 26.
4 Vivien de Saint-Martin, Le Nord Ht l' Afrique, p. 262.
6 Aboulf. /. e.; Edrisi, L 35.
8 Edrisi, I, 36.