‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 121 sur 145 · VIII. L'Êgypte · texte numérisé non relu

VIII. L'Êgypte

verrons plus loin, la ville de Kous,1 sitnée plus bas sur le fleuve, comme l'une des étapes du commerce des Indes. Edrisi, de son côté, rapporte qu'il se faisait à Kous un grand mouvement d'importation et d'exportation et qu'on y trouvait une grande afnuence de marchands; il ajoute formellement qu'il existait un service régulier de caravanes entre Aïdab et Kous,2 or, comme il est incontestable qu' Aïdab était alors le point de débarquement des produits de l'Inde, nous ne risquons pas beaucoup de nous tromper en disant que, dés le XIIe siècle, Kous était le point extrême auquel aboutissait le transport de ces produits par voie de terre. La traversée du désert, entre Aïdab et Kous, durait au moins vingt jours suivant Édrisi, dix-sept jours suivant Makrizi. A partir de Kous, les marchandises descendaient le cours du Nil par eau jusqu'à Damiette ou Rosette. De Rosette à Alexandrie, il existait deux voies: d'abord le canal de Chabour que les navigateurs suivaient volontiers, mais dont ils ne pouvaient profiter que pendant l'inondation du Nil; en second lieu, un embranchement naturel qui se déversait successivement dans deux bassins et permettait aux navires d'approcher jusqu'à une distance d'environ six milles d'Alexandrie; ce dernier bout de chemin ne pouvait se faire que par voie de terre.8

Marco Polo donne aussi une description de la route commerciale d'Aden à Alexandrie, mais sans l'avoir vue par lui-même: il ne fait que rapporter les informations recueillies par lui de la bouche de marchands, rencontrés probablement aux Indes ou dans le golfe Persique. Dans cette description, le vrai et le faux se confondent D est vrai, par exemple, que les produits des Indes étaient transbordés à Aden des grands vaisseaux qui les avaient apportés jusque-là sur des bâtiments d'un moindre tonnage. Il est vrai encore, qu'au port de débarquement, ils étaient chargés à dos de chameaux jusqu'au Nil et qu'ils descendaient le fleuve sur des barques pour arriver à Alexandrie. Mais voici où le faux commence: d'abord, un détail qui dénote que l'auteur ne parle point de visu, c'est que, dans le texte primitif,4 il prend la mer Rouge pour un fleuve; dans la seconde édition cette faute est corrigée si l'on veut, en ce sens qu'il n'y est plus question de mer ni de fleuve, mais seule-

1 C'est l'antique Apollinopolis parva, située sur le Nil, audessus de f optes (Kift).

■ Editai, I, 127, 132 et s.

• Edrisi, I, 28 , 813 , 826 et s. La meilleure traduction de ce géographe à consulter pour ce qui concerne l'Égypte est l'ouvrage intitulé: Edrisi, Description de l'Afrique et de l'Espagne, en arabe et en français, par Dozy et Goeje. Leyde

1866. La description des routes d'eau menant à Alexandrie se trouve p. 179, 191 et s.

4 Publié par la Société française de géographie (Recueil des voyagé* et des mémoires, I, p. 241): c'est ce texte qui a servi de base au mscr. de C. Pautbier et à l'ancien texte latin (pubL par la môme société, ibid. p. 474).

382 Deuxième période. — I Fondation des colonies commerciales.

ment des vaisseaux.1 Viennent ensuite deux indications qui ont donné beaucoup de fil à retordre à ses commentateurs : il fallait, selon lui, sept jours de navigation entre Âden et le point d'atterrissage sur la côte occidentale d'Egypte, et trente jours de transport par caravane, de ce point jusqu'au Nil. Or, en sept jours, un vaisseau parti d'Aden peut à peine atteindre Massouah ; jusqu'à Souakim, il lui fat au moins de deux à trois semaines,3 dans les conditions les plus favorables, et bien plus encore, naturellement, s'il doit pousser jusqu'au point où s'élevait autrefois Aïdab, ou mieux encore jusqu'à Cosseïr. Admettons, si l'on veut, que Marco Polo ait eu Massouah en vue; il surgit immédiatement une difficulté; c'est que, de là, il est impossible d'atteindre en trente jours un point du Nil à partir duquel ce fleuve soit navigable sans interruption. En considération de cette difficulté, M. Maltzan fait le sacrifice des sept jours de navigation,3 mais il tient bon pour les tient*' jours de marche; comme ce chiffre "correspond approximativement à la durée du voyage d'une caravane de Souakim à Korosko, où le Nil redevient navigable," Souakim serait, à l'en croire, le point de débarquement que nous cherchons. M. Yule penche vers la même solution.4 Malheureusement pour le calcul de M. Maltzan, nous possédons un fait certain, appuyé sur les témoignages unanimes d'Aboulféda, de Chehabeddin, de Makrizi et de San u to l'ancien ; c'est que le point d'arrivée des caravanes et de départ de la navigation fluviale était non pas Korosko, mais Kous, ville située beaucoup plus bas sur le cours du Nil et séparée de Souakim par une distance qu'il était impossible de franchir en trente jours. D'un autre côté, pour la détermination du port de débarquemant, nous avons mieux que les dires de Marco Polo et que nos propres conjectures: Guillaume de Tyr désigne positivement Aïdab, et les géographes arabes cités plus haut confirment son témoignage. Nous pouvons donc admettre que la route dont Marco Polo avait entendu parler n'était autre que celle d' Aïdab à Kous.5 D est vrai qu'en adoptant cette solution, il fout faire

1 Ed. Pauthier, H, 708; cf. Yule, M. Polo, I, cxix, H, 374.

* C'est ce qu'affirme M. Maltzan, dans sou étude: M. Polo' 8 Angaben iïber Sudarabien und HabescA, publiée dans VAusland", 1871, 10 juill., p. 660 et s.

' Ramusio a cru évidemment qu'il fallait faire là une correction au texte de M. Polo, car il change le "sept" en "vingt". D se permet d'ailleurs, dans cette partie, une foule de changements qui s'écartent considérablement du texte primitif: c'est ainsi, par exemple qu'il écrit toujours "le

Caire" à la place du nom de Babylone ou Babylonia (p. 488) constamment employé par H. Polo.

4 M. Polo, II, 874. Il admet cependant la possibilité de la solution d' Aïdab : c'est aussi l'avis de Mr Peschel, dans sa remarquable étude intitulée: Die HandeJsaesehiehte des rotken Meeres (Deutsche Viertcljahrasehrifl, 1855 , 3» livraison), p.

* Il est bon de rappeler que Makrizi (Hist. des sultans mamlouics, II, 1, p. 48) raconte que des ambassadeurs envoyés par

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