‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 125 sur 145 · VIII. LÊgypte · texte numérisé non relu

VIII. LÊgypte

pour les uns la chose est certaine, pour les autres, elle est très-vraisemblable; que même les vaisseaux marchands russes aient dépassé Constantinople et poussé jusqu'à Alexandrie, cela n'est pas aussi incroyable que le pense M. Asher.1 La Saxe, et sous ce nom il faut entendre le nord de l'Allemagne, pouvait encore être représentée à Alexandrie par des vaisseaux de Brème ou de Cologne, en petit nombre il est vrai; mais il m'est impossible de pousser les concessions plus loin. Il est très-douteux que la Flandre ait expédié dès cette époque des vaisseaux marchands en Egypte. Pour d'autres pays, tels que le Danemark, la Normandie, le Poitou, la Gascogne, la Navarre et la Galice, il serait bien étonnant qu'ils eussent jamais pu prendre une part active au commerce de la Méditerranée: mais que dire de provinces situées au cœur de la France, telles que l'Ile de France, l'Anjou, le Maine, la Bourgogne? Il est évident qu'ici Benjamin de Tudèle, poussé par le désir d'exprimer d'une manière frappante la grande importance d'une ville cosmopolite telle qu'Alexandrie, s'est laissé aller à une exagération trop sensible: pour quelques-uns des pays qui, selon lui, envoyaient couramment des marchands à Alexandrie, il lui eût été difficile d'en fournir la preuve. Son excuse est qu'en sa qualité de voyageur, il pouvait à bon droit être surpris par l'aspect bigarré de la foule de marchands occidentaux présents dans la ville: en l'an 612 de l'hégire (1215—1216 de l'ère chrétienne), par exemple, il n'y en vint pas moins de 3000. 2 Le port de Damiette était également fréquenté par des vaisseaux de la Pouille, de Venise, de la Grèce, d'Arménie, de Syrie et de Chypre qui allaient y chercher les marchandises apportées jusque là par les barques du Nil.8

Nous allons reprendre maintenant chaque nation commerçante en particulier et chercher ce que l'histoire nous apprend de ses relations avec l'Egypte: il nous faudra, pour cela, remonter jusqu'à l'époque antérieure à celle de Saladin, celle où la dynastie des Faiimides occupait encore le trône d'Egypte. Pour certaines villes, telles qu'Amalfi, Venise, Gênes, qui avaient noué des relations avec l'Egypte dès une époque trèsreculée, nous pouvons admettre hardiment qu'elles les entretinrent pendant la période des croisades, sans nous préoccuper de ce qu'il n'est

1 C'est le seul motif pour lequel M. Asher rejette le mot Rusia du texte, qu'il remplace par Rusijjon, c'est à dire Roussillon: c'est une pure conjecture, à laquelle on peut répondre que, dès le temps de Constantin PorphyTogénète et d'Ibn-Khordadbèh, des vaisseaux russes naviguaient jusqu'en Syrie.

* Amari, Dipl. arab., p. lv, d'après la description de l'Égypte de Makrizi.

3 Voyez la relation inédite d'Ascolin, sur son voyage, exécuté au commencement du XIIIe siècle, citée par Webb dans V Archéologie, de Londres, XXI, 401 ; Jacq. de Vitry, /. c; Annal. Colon, mai. I. c. Il est fait mention de vaisseaux de Venise, d'Antioche et autres, dans le traité intitulé: La devision de la terre d'oultremer; voy. Hopf, Chroniques gréeo -romanes, p. 83, not.

390 Deuxième période.

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