I. fondation des colonies commerciales
parvenu jusqu'à nous aucun document , provenant soit des derniers Fatimides soit de leurs prédécesseurs, où l'on trouve la mention d'avantages commerciaux consentis en faveur de citoyens de ces villes. Bien des documents de l'antiquité arabe ont nécessairement dû se perdre et, si Fon veut savoir comment cela s'est fait, en voici un exemple instructif. Aux archives du notariat de Gênes, il y a un fonds d'actes privés appartenant à la période comprise entre les années 1155 et 1164. Dans le nombre se trouvent quelques feuillets couverts de caractères arabes : ils proviennent de l'étude du notaire Giovanni Serina, qui employait ainsi des morceaux d'un diplôme arabe écrit en caractères de chancellerie de l'époque des sultans fatimides; le texte arabe est accompagné d'une traduction interlinéaire en latin, dont l'écriture semble être du commencement du Xe siècle. Les quelques lignes de texte et de traduction conservées donnent à supposer que la pièce, dans son entier, était soit une lettre, soit la minute d'un traité adressée à une ville d'Occident quelconque (pourquoi ne serait-ce pas la ville même de Gênes?) et par laquelle un sultan d'Egypte lui promettait d'étendre sa protection sur les citoyens de la dite ville dans toute l'étendue de son royaume.1 Tout le paquet dans lequel est enfermée la pièce en question se compose d'actes * constitutifs de sociétés formées entre Génois pour des entreprises commerciales lointaines: on y trouve la preuve que, pendant ces neuf années (le hasard fait qu'on n'a point conservé d'actes semblables pour d'autres années), l'Egypte était fréquemment visitée par les navires marchands de Gênes, peut-être même plus fréquemment que tout autre pays. On ne relève pas moins de soixante-six fois le nom d'Alexandrie indiqué par les associés comme but du voyage à entreprendre : aucun autre port de la Méditerranée n'était alors aussi souvent l'objectif des navigateurs génois.8 Quelques-unes des pièces en question spécifient l'objet en vue duquel l'affaire a été montée et nous fournissent ainsi des renseignements au sujet des articles sur lesquels se portait la spéculation. Nous y voyons figurer le poivre, le bois du Brésil, la noix muscade, la cannelle, le clou de girofle, l'alun 4 etc. Citons encore deux lettres d'affaires, plus anciennes d'une vingtaine d'années que les pièces que nous venons d'analyser et conservées dans une collection de lettres manuscrites (cod. 2507) de la bibliothèque de Vienne.5 Comme toutes les pièces de la collection aux-
1 A mari, Dipl. arab., p. iii, iv; Atti 4 Mon. hist. pair., I. e. p. 344, 346,
délia Société Ligure, V, 683 et s. 514, 516, 520, 647, 767.
• Ils sont publiés dans les Monum. hist. 6 Watteubach, lier austriaeum , dans pair. Chartae, II, 287 et 88. VArchit fur Kunde osterr. QcschichU-
• Le port de Bougie, au nord de quellen, XIV, 79 et ». l'Afrique, ne revient que trente fois; tous
les autres ports de mer restent bien en deçà.