VIII. UÊgypte
quelles on peut assigner une date, elles appartiennent à l'année 1132; si elles ne sont pas, comme toutes les autres, un simple fruit de l'imagination d'un maître de style, elles nous présentent un exemple de la correspondance de deux Génois associés, dont l'un vaquait avec succès au soin de leurs affaires à Alexandrie et se préparait à faire voile pour Constantinople en passant par l'Archipel, et dont l'autre, fils de Gugl. Embriaco, y donnait rendez -vous aù premier. Nous trouvons là une nouvelle preuve de l'existence des relations commerciales entre Gênes et l'Egypte pendant la première moitié du XIIe siècle. A supposer même que ces lettres ne soient que des modèles de correspondance, leur valeur n'en serait que fort peu diminuée an -point de vue qui nous occupe, car les auteurs de ce genre d'écrits avaient coutume d'emprunter leurs thèmes à la vie réelle. Au reste, il existe bien d'autres preuves que ces documents d'intérêt privé, et les chroniques abondent en passages sur l'activité du trafic entre Gênes et Alexandrie.1
De même que les Génois, les Vénitiens durent, sans doute, multiplier d'année en année leurs voyages en Egypte,8 dans la mesure même du développement constant de leur commerce. Amalfi est la seule ville pour laquelle nous devions admettre que ses relations avec l'Egypte subirent un ralentissement progressif et finirent par cesser complètement: son commerce subissait le contre-coup de ses infortunes politiques.
A côté de ces nations dont les relations avec l'Egypte sont connues depuis l'époque la plus reculée, il y en avait d'autres dont les noms n'apparaissent dans l'histoire du commerce de ce pays qu'à l'époque des croisades, ce qui n'empêche que, pour y retrouver leurs débuts, il faudrait peut-être remonter beaucoup plus haut que ne nous permettent de le faire les documents dont nous disposons. Pour ce qui concerne la Sicile, un diplôme de Roger II, de l'année 1137, nous fournit un aperçu de la situation à cette époque. Dans ce diplôme, donné à la ville de Salerne en récompense de sa fidélité envers lui et envers sa maison, Roger promettait, entre autres choses, de s'employer pour obtenir la réduction des taxes payées jusqu'alors à Alexandrie par les marchands de cette ville, au taux fixé pour ceux de la Sicile.8 Ainsi donc, dès 1137, les
1 Voy. p. ex. Marang. Annal. Pi*., p. 245, 253, 266; Annal Jan., p. 22, 89. En 1181, un vaisseau génois revenant d'Alexandrie échoua sur la côte de Calabre: Trinchera, Syllab. grâce, viembran., Neap. 1865, p. 146. Enfin, les archevêques de Gènes perçurent de très bonne heure la dîme sur les vaisseaux à leur retour d'Alexandrie: Atti délia Soe. lig., II, 2, p. 9, 365.
' Ces voyages se succédaient à époques régulières, Dans un acte privé du mois de décembre 1168, l'échéance fixée est l'époque où la ttmudua navium veuerit in Venecia de Constantiuopoli aut de Alexandria:" Archiv. Vend., VII (1874), p. 366; voy. aussi VHI (1874), p. 134.
3 Ughelli, Balia sacra, VU, 399.
392 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.
Siciliens jouissaient d'un abaissement de tarife en Egypte , et si Roger a tenu sa parole, les habitants de Salerne partagèrent dans la suite la même faveur. Quelques années après, le même roi concluait un traité avec le souverain égyptien et en tirait honneur et profit, dit le chroniqueur.1 Nous ne risquons pas beaucoup de nous tromper en concluant de ces expressions qu'il avait obtenu de nouveaux allégements en faveur du commerce de son pays. Par la suite, il est vrai, des flottes siciliennes firent des descentes sur les côtes d'Egypte, pillèrent quelques villes* et mirent même pendant quelques jours le blocus devant Alexandrie;9 mais ce ne fut qu'un nuage passager: le trafic entre la Sicile et l'Egypte reprit bien vite son cours pacifique, Benjamin de Tudèle nous en est témoin, et il subsista longtemps encore après la disparition de la dynastie normande.
Pise noua des relations avec l'Egypte pendant la première moitié du XII0 siècle, sinon même plus tôt4 En 1154, un ambassadeur pisan, nommé Ranieri Bottacci, fut reçu à la cour d'Egypte par le calife Intimide Aboul-Mansour-lsmaïl-el-Dnafir et son vizir le Ziride Abbas: il était porteur de missives de l'archevêque Villanus et des consuls de Pise; mais ce n'était pas le premier qu'on voyait à cette cour, car son arrivée excita une certaine surprise, parée que, contrairement à la coutume de ses prédécesseurs, il était amené sur un vaisseau de guerre, tandis que
1 Romuald. Salera., dans Pertz, SS XIX, 424.
• Pendant les années 648 (1153-1154) et 550 (1165) de l'hégire; voy. les extraits d'auteurs arabes dans Amari, IHplomi m-abi, p. 458, et dans Wllstenfeld, Gesch. der Falimiden Chalifen , 3° part., dans les Abh. der Gôtt. Ges. der Wiss. XXVII (1881), p. 92 et s.t 98.
1 En 1174; voy. Guill. de Tyr, XXI, 3; Armai. Pis., dans Pertz, SS. XIX, 266; Annal. Casin., ibid. p. 812; Michaud- Reinaud, Biblioth. des crois., IV, 172 et s.
4 H me fut donné, pour la première fois, en 1862, d'étudier les plus anciens documents concernant les relations entre Pise et l'Egypte: on ne les connaissait encore que par l'édition publiée par Lami dans ses annotations à la Bonincontrii Bist. sic., p. 194—232, insérées dans le cinquième volume des Delicûs erudilorum, d'après un manuscrit de la Bibliothèque Riccardi à Florence ; le texte est incorrect et les pièces sont présentées dans un désordre
complet. Cependant, je parvins à y déchiffrer les noms des califes El-Dhafir- Biamrillahi et El Faïz-Binacrillahi , et de leurs vizirs Abbas et Aboul-Garat-Talaïa: cette découverte me permit d'établir qae quelques-unes des pièces appartenaient à l'époque des Fatimides. Un savant, versé à fond dans la connaissance de l'histoire de mahométisme, Mr le prof.
Weil, de Heidelberg, eut la complaisance de me traduire en allemand les expressions arabes qui se rencontraient ça et la. A la même époque, l'orientaliste italien Michèle Amari étudiait les mêmes documents: il en a publié un texte revu et corrigé, en les classant dans l'ordre chronologique et les accompagnant d'excellents commentaires, dans l'ouvrage intitulé: I diplomi arabi del R. Archivio Fiorentino (Firenze 1863): cet ouvrage fait partie des Docttmenii degli archivj toscani: depuis lors l'édition Lami a tellement vieilli qu'il est inutile de joindre aux citations l'indication des pages de cet ouvrage.