VIII. UÊgypte
les autres étaient venus tout simplement a bord de bâtiments marchands. Sa mission avait pour objet l'aplanissement de certaines difficultés dont souffraient les relations déjà anciennes des deux nations. L'année précédente, quelques marchands pisans, embarqués sur un même vaisseau avec des sujets du calife, avaient massacré les hommes, capturé leurs femmes, leurs enfants et leurs marchandises: le calife avait exercé des représailles sur les marchand» pisans établis on de passage en Egypte; le trafic se trouva interrompu, et avant d'en autoriser la reprise, le gouvernement égyptien exigeait la punition des coupables. L'ambassadeur voulut d'abord le prendre de haut, mais il dut finir par céder et par promettre sous serment la satisfaction réclamée;1 à cette condition seulement, le gouvernement égyptien voulut bien prendre, pour les cas où un attentat semblable viendrait à se reproduire, l'engagement de ne pas exercer de représailles immédiates sur les marchands pisans et d'accorder un délai d'une année pour laisser aux autorités de Pise le temps de lui en faire réparation. Bottacci dut encore promettre que jamais sa patrie ne prêterait son aide aux Francs de Syrie ou autres pour une expédition contre l'Égypte. Le gouvernement égyptien se réserva le droit de traiter en ennemi tout Pisan rencontré sur un vaisseau de guerre ou un corsaire, et déclara que les marchands ou pèlerins voyageant avec un appareil pacifique auraient seuls droit à sa protection; qu'à cette condition les marchands pisans pouvaient reprendre immédiatement possession de leur fondaco d'Alexandrie, ou entrer en jouissance d'un deuxième fondaco qui était mit à leur disposition au Caire: dès qu'ils auraient acquitté les droits en vigueur, ils seraient libres de vendre leurs marchandises sur tous les points du territoire ou de les remporter s'ils n'en trouvaient pas le placement. Il n'était fait d'exception que pour le fer, le bois et la poix, dont la sortie était prohibée, mais ils n'avaient qu'à les livrer aux agents des douanes égyptiennes, qui avaient ordre de les acheter toujours au prix du marché. Après la conclusion de ce traité, Bottacci fit encore un voyage en Syrie où il avait à négocier certaines concessions pour le commerce de son pays,2 et, de là, il retourna à Pise. Comme preuve du rétablisse-
1 M. Langer (op. eii., p. 52 et 8.) croit que le gouvernement Pisan tint sa parole, du moins à l'égard du principal coupable: c'était un armateur nommé Trapilicinus (Trepedicinus) : il fut exilé: voy. SttU. Pis. inea\, éd. Bonaini, p. 3, 24; Annal. Pis., 253; Annal. Jan., 64, 65 , 86 , 87, 89. L'histoire ne dit pas ce qu'il advint
1 Sur la demande d'un légat nommé Butata (?) le prince Renaud d'Antioche
accorda, le 10 mai 1154, un privilège aux Pisans (Doc. mile relax, tosc. , p. 6). Dans un diplôme postérieur, donné également à Antioche, et qui se réfère au précédent (ibid. p. 80), on reconnaît déjà mieux le nom de l'ambassadeur sous cette forme: Buctaccius: c'est assurément notre Bottacci. M. Langer (op. cit., p. 53, not 4) admet cette hypothèse et apporte encore une autre preuve à l'appui.
394 Deuxième période. — F. Fondation des colonies commerciales.
ment de l'entente cordiale, il rapportait un flacon du baume le plus fin qu'on lui avait donné sur sa demande et ramenait vingt -cinq de ses compatriotes dont il avait obtenu la mise en liberté. Nous possédons une lettre écrite par l'un des plus hauts fonctionnaires de l'Egypte, très-probablement le gouverneur d'Alexandrie, et qui, si elle ne fut pas remise à l'ambassadeur lui-même, suivit du moins de très-près son retour. L'auteur de cette lettre y reproduit les points essentiels du traité ; puis il expose les bons traitements reçus de tout temps par les Pisans en Egypte, les égards qu'on y a eus pour leurs droits et leurs coutumes, les réductions de taxes successivement accordées à leur commerce, concessions poussées si loin qu'au moment où il écrit, les Grecs et les Sarrasins eux-mêmes, dit-il, paient plus que les Pisans; il insiste sur l'intérêt qu'ont ces derniers à vivre avec l'Egypte sur un pied de paix et d'amitié et à renouer un trafic fructueux.1 Citons encore une autre pièce qui est peut-être de la même époque : ordre est donné, en quelques lignes, au cadi d'Alexandrie, de donner aide et protection aux Pisans pour la restauration de leur fondaco et en toutes choses en général.2
Peu de temps après le départ de Ranieri Bottacci, le vizir Abbas faisait assassiner son maître, le calife El-Dhafir (16 avril 1154) et mettait sur le trône, à sa place, le fils de sa victime, Aboul-Kassim-Issa-el- Faiz-Binayrillahi, âgé seulement de cinq ans: il voulait être encore plus libre qu'auparavant d'administrer à sa guise ; mais il ne jouit pas longtemps de son usurpation; le 30 mars suivant, il fut renversé par l'Arménien Aboul-Garat-Talaï-ibn-Rouzzik. Le nouveau vizir régna jusqu'en 1160 sous le nom du calife El-Faïz; le gouvernement de Pise lui envoya des ambassadeui-s et rechercha ses bonnes grâces comme il l'avait fait avec son prédécesseur. Les ambassadeurs furent parfaitement accueillis et, quand ils retournèrent dans leur pays, ils rapportèrent du baume le
1 Ces deux documents (la lettre et le traité) se complètent l'uu l'autre: ou les trouve dans Amari, Ih'pl. arab., p. 241 —249. La lettre porte la date du 17 février (1154); cependant, il est possible que ce chiffre ne soit pas tout à fait exact, car l'original présentait l'indication du mois arabe Dsoul-C'ada, dont le dernier jour tombe le 16 février; il importe pourtant de l'établir, car cette date détermine nécessairement celle du traité. Mais, on peut y arriver par d'autres chemins: d'abord, Abbas ne parvint pas à la dignité de vizir avant le mois d'avril 1153 et le calife El-Dhafir fut as-
sassiné le 16 avril 1154; et Bottacci eut affaire à la fois au vizir et au calife: eu second lieu, le Fisan Ranieri Sciaeca, qui fut canonisé plus tard, revint d'un voyage en Terre-Sainte sur le vaisseau qui ramenait Bottacci à Pise; or, d'après les dates données par Benincasa, biographe de Ranieri, (Acta 88. BoU., jun. III, p. 421 et as. , voy. spécialement p. 439 , 454) ce pèleriuage doit se placer dans l'année 1153 ou 1154.
1 Amari classe ce document à la p. 290 sans exprimer aucune hypothèse à l'égard de sa date.