‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 129 sur 145 · VIII. L'Égypte · texte numérisé non relu

VIII. L'Égypte

plus fin, dont on leur avait fait présent pour le service divin, et ramenaient des prisonniers de guerre rendus à la liberté en leur honneur: le vizir leur avait, en outre, remis pour leur gouvernement des lettres dans lesquelles il assurait que la guerre que lui faisaient les Francs ne changerait rien à sa conduite à l'égard des marchands pisans, et qu'il continuerait à les protéger et à les traiter sur un pied d'amitié.1

Les relations intimes de Pise et de l'Egypte 8 étaient, à ce qu'il semble, vues d'un mauvais œil dans le royaume de Jérusalem En 1156, évidemment pour mettre fin à une série de malentendus et peut-être d'actes d'hostilité ouvertes, un traité intervint entre Pise et Baudouin IV,3 mais le roi se réserva expressément le droit de confisquer le fer, les bois de construction navales et la poix trouvés sur des navires pisans à destination de l'Egypte, sans que le gouvernement pisan pût se plaindre de cet acte comme d'une violation de la paix. Cependant, il vint un moment où l'intérêt que prenait Pise à tout ce qui se passait en Egypte devint précisément l'occasion d'un rapprochement étroit entre elle et le royaume de Jérusalem. Ceci demande quelques mots d'explication. L'empire des Fatimides marchait à grands pas vei-s sa ruine; depuis longtemps les califes étaient réduits à une complète impuissance par leurs vizirs, mais aucun de ceux-ci ne parvenait à se maintenir au pouvoir. L'un d'eux, Chaver, se voyant sur le point d'être renversé, appela à son aide Noureddin, le plus puissant des souverains musulmans de la Syrie et de la Mésopotamie; effectivement, grâce aux troupes de Noureddin, commandées par son lieutenant Chirkouh, il réussit à écraser ses adversaires, mais, une fois affermi, au lieu de tenir ses promesses, il chercha à se débarrasser de Chirkouh et ne trouva pas de meilleur moyen que d'avoir recours à un nouvel allié qui n'était autre qn'Amaury, roi de Jérusalem. Celui-ci avait grand intérêt à ce que l'Egypte fut évacuée le plus promptement possible par les troupes syriennes; car, si Noureddin réussissait à étendre sa domination sur ce pays, le royaume de Jérusalem allait se trouver cerné et menacé de tous les côtés à la

1 Ces lettre» sont du 20 mars 1155 et du 2 février 1156 (Amari, p. 250—254): leur auteur y donne lui-même tout au long son nom, Aboul- Garât -Talaï, et le surnom El-Malik-el-Çalih, adopté par lui au moment où il prit solennellement possession du pouvoir (4 juin 1154). Dans la première lettre, il nomme de plu» son maître, le calife El-Faïz, et rappelle qu'il a renversé le vizir Abes (c. à d. Abbas) et son fils (Naçr) : sur ce point, voy. Aboulféda, /. c. Hùst. pair. Alex., p. 520; Guill. de

Tyr, XVIII, 9; Michaud-Reinaud, Bibl.

des crois., IV, 102, 104, et surtout Amari, p. 456; Wustenfeld, Fatimiden, 3« part, op. cit., p. 96.

■ On voyait même, à cette époque, des vaisseaux égyptiens à Pise; ce fait est relaté par Nicolas, abbé de Tiugbeyrar en Islande, qui visita Pise au cours d'un pèlerinage à Rome et à Jérusalem: voy.

Werlauff, Symbohr ad. geogr. tnedii a>vi,

3 Doc. suite relax, tosc, p. 6 et s.

396 Deuxième j)ériode. — I. Fondation des colonies commerciales.

fois. Il répondit donc à l'appel de Chaver et, en 1165, il entra en campagne contre Chirkouh qu'il assiégea, sans succès il est vrai, dans Bilbeïs. En 1167, Noureddin, dévoilant ouvertement ses projets, envoya une nouvelle armée en Egypte sous les ordres du même Chirkouh; Amaury, de son côté, prit encore une fois les armes et, dans cette circonstance, il fut secondé par les Pisans dont il avait surtout recherché l'alliance à cause de leur puissance maritime. Au cours de la campagne, Chirkouh s'empara d'Alexandrie et en confia la garde à son neveu Saladin. Amaury, opérant de concert avec la flotte pisane, alla mettre le siège devant la place; mais elle résista jusqu'à la conclusion de la paix: une des premières conditions du traité fut l'éloignement de Saladin.1 Les Pisans eussent désiré que ce célèbre marché restât au pouvoir d'Amaury, car, en dépit de toute la bienveillance des califes fatimides et de leurs vizirs, ils ne pouvaient se dissimuler que leur situation y serait encore beaucoup meilleure sous une domination franque; mais le traité restitua Alexandrie au calife fatimide. Ne pouvant obtenir ce qu'ils préféraient, les Pisans avaient fortement contribué à cette solution; le calife ne l'oublia point et leur en témoigna sa reconnaissance par un abaissement considérable des droits en faveur des marchands pisans au Caire,* tandis qu' Amaury, pour récompenser les services de ses alliés, leur accordait des concessions à Acre.3 Il est assez probable que ce fut par l'offre de nouvelles faveurs que Sinibaldus, ambassadeur d'Amaury au mois de janvier 1168, obtint des Pisans la continuation de leur concours, en dépit de leurs embarras intérieurs.4 Au mois d'octobre, sur le point d'envahir de nouveau l'Egypte, le roi reçut de Pise un renfort de troupes et de vaisseaux. On prit par des coups de main les riches villes de Bilbeïs (4 nov.) et de Tennis et on les livra au pillage ; mais il fallut lever le siège du Caire pour courir au secours du royaume de Jérusalem, menacé du côté de la Syrie.5 En 1169, nouvelle incursion d'Amaury, très probablement, appuyée comme les autres, par les Pisans; mais elle échoua misérablement sous les murs de Damiette." Le roi revenait toujours à la charge avec un acharnement incroyable: il se voyait déjà en imagination maître de l'Égypte et il distribuait à l'avance

1 Guil. de Tyr, XIX, 5, 7, 12 — 31; bono servi tio, quod in olwidione Alexandrie Hist. regni hieros., dans Pertz, SS. XVIII, Pisani mihi exhibuerunt*

50 et s.; Marang., Ânn. Pis., ibid. XIX, * Marang., /. c.

257; Amari, Dipl. arabi, p. li et s.; Weil, • Guill. de Tyr, XX, 5—11; Marang.,

Oesch.d. Oialif., IV, 320 et 88.; Wilken, p. 258; Wustenfeld, Fatimiden, op. cit,

Qesch. d. Kreuxx,, m, 2, p. 82 et 88. p. 112 et ss.

* Marang., /. e. a Wilken, Oesch. d. Kreuxx., m, 2,

* Doc. tulle relax, tosc., p. 14: "pro p. 128 et ss.; Wustenfeld, op. cit., p. 121 et a.

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