I. Fondation des colonies commerciales
toujours conçues en termes très-généraux, de sorte qu'elles ne nous apprennent rien de nouveau au point de vue du commerce à cette époque.1 De même que Pise, Gênes et Venise continuèrent sous le règne de Saladin leur trafic avec l'Egypte et conclurent avec ce prince, par l'entremise de leurs ambassadeurs, des traites dont le texte est perdu. Ainsi, le doge Sebastiano Ziani fit, suivant les expressions d'un chroniqueur,* une paix solide avec le seigneur de Babylone (du Caire) et le souverain des Masmoudas ; 3 pour le premier, il n'y a pas d'erreur possible, c'est Saladin, et le second ne peut être que le prince almohade alors régnant, Abou-Yacoub-Yousouf, fils du grand conquérant maure Abd-el- Moumen. Gênes de son côté, envoya, en 1177, comme ambassadeur, Rubeus de Vol ta. 4 De ces faits isolés on ne saurait, il est vrai, tirer de conclusions en faveur de l'activité des relations commerciales-, nous n'insisterons pas non plus outre mesure sur le cas d'un frère de Saladin se
1 La première de ces lettre» se trouve dans Amari, p. 264, et porte la date:
inense Aragiappo (Erradjab) 572 (du 5 déc. 1176 au 3 janv. 1177). Saladin s'y donne à lui-même le nom de Joseph: d'après son biographe Beha-eddin (éd. Schultens, p. 1) et Aboulféda (Annal, musl., TV, 133) il paraîtrait que ce nom lui appartenait en réalité. La deuxième lettre, datée du 16 Ramadan 574 (15 févr. 1179) fut rapportée à Pise par Ridolfo Castrato: elle se trouve dans Pagnini, Délia décima, II, 201 et s., et dans Amari, p. 266 et s.: son auteur est Aladil: Amari en donne la preuve p. 462: il en est du même pour la troisième (Amari, p. 267 et s.), datée du mois de Chewal 575 (du 29 févr. au 28 mars 1180) qui fut confiée à Bulgarino Anfossi. Peut-être faut-il admettre l'existence d'une quatrième lettre antérieure aux trois autres, et qui aurait été perdu : par cette lettre, le sultan aurait accordé aux Pisans "des privilèges plus étendus et des habitations plus comfortables." En effet, Tronci rapporte (p. 441 et s.) qu'une flotte sicilienne ayant tenté un coup de main sur Alexandrie (v. ci dessus) ses compatriotes, unis à d'autres Occidentaux, concoururent pendant trois jours à la défense de la place: l'attaque fut repoussée et les Pisans reçurent leur récompense. Nous pouvons d'autant moins douter de l'authenticité
du fait rapporté par M. Tronci qu'il prend à témoin Marangone, etM.Schaube démontre, dans le Nettes Archir der Gesellsehaft fiir iiltere deutsche Gesehiehtskwtde, X, 158 et s., qu'il avait probablement sous les yeux un texte plus complet que le manuscrit de Paris, le seul qui reste et dont la fin est absolument défectueuse. Il parait donc bien établi que les Pisans coopérèrent à la défense d'Alexandrie en 1 174, mais il faudrait encore savoir si réellement M. Tronci a emprunté à la source qu'il cite ce qu'il dit de la récompense qui leur avait été accordée, et, à défaut de preuves positives, la discussion reste ouverte sur ce point.
* Hist. dite. Venet.. dans les Monurn.
Germ. hist., SS. XIV, 81.
" wCum Domino Massumutorum.*' M.
Streit, (Venedig u. die Wendung des n'erten Kreuxxuges, not. 123) admet que ce titre désigne le calife de Bagdad; c'est une erreur. Les Massaniuti ne sont autre chose que la tribu des Masmoudas, tribu berbère d'où est sortie la dynastie des Almohades: Engelmann etDozy, Qlossairt des mots espagnols et portugais dèrirés de l'Arabe, p. 311 et s. C'est un nom qui se représente fréquemment dans les chroniques: voy. p. ex. Pertz, SS. VI. 455; XIX, 310 et as., 429.
* Annal. Jan., p. 98.