‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 134 sur 145 · VIII. LÊggplB · texte numérisé non relu

VIII. LÊggplB

qu'un vaisseau arrivait ayant à bord deux grands seigneurs d'Occident, le sultan Almélik, les soupçonnant de vouloir exécuter un coup de main sur la ville avec la complicité de ces marchands, les fit jeter en prison ainsi que tous les marchands et confisqua tout leur avoir.1

Cette défiance n'était que trop justifiée: nous en trouvons la preuve dans un détail de la croisade entreprise, en 1218 et 1219, par les chrétiens de Syrie et d'Occident, pour s'emparer de Damiette, la clef du Nil. Le siège fut long et pénible: parmi les assiégeants il y avait beaucoup d'Italiens: Gènes, Pise et de Venise même y étaient représentées;2 quand la ville se rendit enfin (5 nov. 1219), on s'en réjouit dans ces villes, non pas tant comme d'un succès militaire que comme d'une bonne affaire pour le commerce d'Egypte. En effet, à partir de ce moment, on put s'apercevoir en Terre- Sainte que les marchands qu'on était habitué à y voir venir l'abandonnaient pour Damiette:8 les quatorze galères vénitiennes qui entrèrent au mois d'août 1220 dans ce port pouvaient tout aussi bien faire partie d'une flotte marchande que d'une flotte de guerre. Malheureusement pour la chrétienté, elle ne jouit pas longtemps de sa conquête. L'armée croisée ayant voulu pénétrer dans l'intérieur, cette expédition eut une issue lamentable et le premier résultat de ce désastre ftit la reddition de Damiette entre les mains du sultan (8 sept. 1221): c'était en vain qu'une partie de la garnison avait insisté pour tenir jusqu'à la dernière extrémité. Une chose très-frappante, c'est que ceux qui se firent le plus remarquer par leur opposition à l'exécution de la capitulation, lurent précisément les représentants des trois villes commerçantes d'Italie et surtout les Vénitiens.4

Les Chrétiens n'avaient donc point réussi à prendre pied à Damiette, mais leur tentative laissa en Egypte une extrême irritation. Les chrétiens du pays en portèrent tout le poids 5 et les marchands chrétiens en particulier furent peut-être traités encore plus mal qu'auparavant. D'un autre côté, bien que le succès n'eût été que passager, en Occident on se disait qu'il n'était donc pas impossible d'occuper une ville d'Egypte

1 A mari. Dipl. arab., p. lv ; d'après Makrizi.

7 Noua pourrions accumuler ici les citation»; nous nous contenterons de renvoyer à la relation détaillée du siège de Damiette donnée par Wilken, Gesch. der Kreuxx., VI.

3 II n'y avait pas un an que Damiette était au pouvoir des chrétiens, que les évêques et abbés de Palestine adressaient à Philippe Auguste une lettre (1 oct 1220) dans laquelle nous lisons: "Redditus Tyri

et Acconis ad nichilum sunt redacti quoniam mercatores, qui cum mercimoniis venire solebant, non veniunt; peregrini etiam, qui solebant Accon venire, non veniunt; immo fere omnes vadunt Damiatam:u BibL des école* franc. d'Athènes et de Rome, fasc. 19, p. 125.

4 Chroti. Turon. , dans le Recueil des hixt. de la France, XvHI, 302.

s Baynaldi Annal, ceci. ad. an. 1223, n° 9.

406 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

et qu'une attaque vigoureusement menée pourrait bien mettre toute la côte au pouvoir des chrétiens. Tels sont, sans doute, les motifs pour lesquels le gouvernement vénitien interdit à ses sujets tout trafic avec l'Égypte, au moment où Frédéric allait entreprendre la croisade dont il misait depuis plusieurs années les préparatifs; il était temps de cesser de fournir soi-même à l'ennemi des moyens de résistance. Non-seulement il était défendu à tout marchand de porter en Egypte des bois de construction, du fer, de la poix et autres articles, sous peine de bannissement, de séquestre mis sur ses biens etc., mais si Pan deux osait passer outre, le premier venu était autorisé à se saisir de sa j>ersonne, et, pour tout acheteur d'articles rapportés d'Égypte, la peine de la confiscation était de droit1 Le gouvernement vénitien poussa les choses encore plus loin; pendant ces quelques années (vers 1224), il interdit à tout armateur ou capitaine marin d'expédier aucun navire en Egypte et même d'y toucher seulement; en 1227, il maintenait encore cette interdiction et donnait une sauvegarde à un individu qui, ayant rencontré un vaisseau faisant route pour PÉgypte, l'avait saisi et brûlé;2 il défendait tout achat de marchandises en Égypte et ordonnait la confiscation des articles de cette provenance partout où ils pourraient être saisis, alors même que leur propriétaire ne les tiendrait que de seconde main.8 La croisade si longuement préparée ne reçut un commencement d'exécution qu'en 1228, et la manière dont elle fut menée lui enleva à l'avance toute chance de résultats sérieux. Au lieu d'attaquer l'Egypte, Frédéric II noua des relations amicales avec le sultan alors régnant, Almélik-al KamiL Mais, quel que soit le jugement que l'on porte sur la conduite générale de ce prince en Orient, on doit reconnaître que cette politique fut beaucoup plus favorable au commerce que ne l'eût été la conquête des ports de l'Egypte, car la domination chrétienne n'eût jamais pu s'y maintenir longtemps.

Nous ne possédons malheureusement que très-peu de renseignements sur les négociations poursuivies entre Frédéric II et Mélik el Km mil. il règne une obscurité complète sur toutes les conventions arrêtées entre eux avant la croisade. Pour les concessions obtenues par l'empereur

1 Au mois de mars 1226, le doge Pietro Ziani envoie cette interdiction en communication au gouverneur de Crète, à titre d'ordonnance récente (Taf. et Thom., H, 260 et 8S.; Romanin, Storia di Venexia, U, 439 et ss.). Le texte original n'est pas arrivé jusqu'à nous, mais noua possédons une preuve de la rigueur avec laquelle les ordres donnés reçurent leur application; c'est qu'au mois de juillet 1226

un vaisseau était détaché en croisière dans la mer Adriatique pour la surveillance des contraventions: Lib. plegiorum.

1 Lib. plegiorum, p. 36 , 39 , 40, 41. 49, 52, 68, 75, 77, 78, 79, 125, 134, 141; Monumenta spectantm historiam Slarorttm meridionalium, I, 93; III, 394.

3 Lib. plegiorum, p. 87 et s., 89, 91, 92, 93, 114, 116, 119.

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