VIII. UÊgypte
par la voie diplomatique pendant son séjour en Syrie, nous en connaissons les lignes principales, mais le texte même du traité n'est pas arrivé jusqu'à nous. H devait renfermer des clauses relatives au commerce, cela ne peut guère faire l'objet d'un doute, car, d'une part Frédéric s'intéressait en général à la prospérité du commerce de son empire et, d'autre part un historien, un peu postérieur il est vrai, Makrizi,1 rapporte que, dès l'ouverture des négociations, l'empereur réclama l'exemption entière de droits pour ses sujets à Alexandrie et à Rosette, mais qu'il essuya un refus. Cela suffit pour démontrer que les questions commerciales fuient discutées: ce qui nous manque, c'est le résultat final de la discussion. Cependant, il n'est pas impossible de reconstituer, au moins par voie de conjectures, cette partie du traité. Voici comment: en 1290, des ambassadeurs d'Alphonse, roi d'Aragon, se basant sur une convention intervenue entre Frédéric II et Mélik el Kamil, travaillèrent à la conclusion d'un traité de paix et d'amitié analogue, entre leur maître et le sultan Kelavoun alors régnant: on leur remit à cet effet une copie de la convention dont la minute était déposée à la chancellerie d'état égyptienne.2 Nous en possédons le texte;8 la question est de savoir jusqu'à quel point il reproduit le modèle. D'une époque à l'autre, la situation avait changé ; de là, naturellement, des suppressions d'un côté, des additions d'un autre; les clauses relatives au commerce étaient encore les moins exposées à subir des changements. Nous voyons, par exemple, dans le traité de 1290, que le roi d'Aragon autorise ses sujets et les autres Francs à exporter en Egypte du bois, des armes,*
1 Michaud-Reiuaud, Biblioth. des croisades, IV, 430.
7 Ce fait est rapporté dans la biographie inédite de Kelavoun, d'après la traduction d'Amari (La gnerra del respro siciliano, 8* éd., Fir. 1876, Doc. XXXI, T. H, p. 332 et su.; et, du même: Bibl. arab. sic, trad. I, 548 et as.), qui, dans cette partie diffère considérablement de la traduction précédemment donnée par de Sacy. (Magasin eiieyelopédiqtte de MUlin, 7e ann., 1801, II, 146 et ss.) Ce point d'histoire est donc passablement obscur, mais il n'en ressort pas moins qu'un traité conclu au temps de Mélik el Kamil devait fournir les bases de la nouvelle convention. C'est positif, mais il ne peut pas être question ici d'un traité conclu au nom de Frédéric II par Roger «le Amicis, comme le veulent M. Amari,
/. r., 420 (cf. cependant p. cxiv.), Huillard- Bréholles, Hist. dipl. Frid, II, introd. p. ccclvi et 8. et Schirrmacher, Friedrich II, III, 197: en effet, comme le prouve Winkelmann, Àeia imp. ined. sac. XIII, p. 663, 661 et s., de Amicis ne peut pas avoir été envoyé en Égypte, en qualité d'ambassadeur, avant la fin de l'année 1241; par conséquent ce n'est plus Mélik el Kamil qu'il trouva sur le trône, mais son fils AlméUk-AssaUh-Nedjm-Eddin-Eyoub.
■ Amari, /. c.; Silv. de Sacy, /. c; Wilken, Oeseh. der Kreuxx., VU, suppl., p. 17 et ss.
4 Amari avait traduit autrefois l'expression arabe biiâdh par le mot Papier; dans la dernière édition de la Ouerra del vespro sic., I, cxiii et s., U, 342 et a., not., et dans sa Bibl. arab. sic., trad. I, 662, il lui attribue le sens de acier ou
408 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.
du fer, et permet que, dans les actes passés en pays musulman entre individus dépendant de sa couronne et marchands musulmans, on se conforme aux prescriptions de la loi musulmane (art 11 et 13); il est certain qu'étant donné le caractère connu de Frédéric H, ces dispositions peuvent être empruntées à son traité. Dans le traité entre l' Aragon et l'Egypte, il n'est pas question d'abaissement ou de suppression des droits de douane; au contraire, il est entendu qu'à l'arrivée et au départ ou même seulement à leur passage dans les villes d'Alexandrie, Damiette et autres localités situées sur la frontière de l'Islam, les marchands aragonais auront à payer intégralement les droits imposés, conformément aux tarifs récemment fixés par l'administration des douanes (art 18). D'après ce que nous savons, Frédéric II s'était également heurté à une résistance absolue, quand il avait voulu faire exempter ses sujets des droits de douane à leur arrivée en Egypte; il ne parait donc pas qu'il ait obtenu d'allégements matériels. Il est néanmoins certain que l'intimité des relations entretenues par lui jusqu'à sa mort avec Mélik el Kamil d'abord, puis avec ses fils et successeurs, fut utile à ses sujets, et qu'ils trouvaient en Egypte bon accueil et bons traitements ; 1 l'empereur lui-même se mêlait personnellement de commerce et il en profita pour son propre compte. De Sicile, il expédiait en Egypte des vaisseaux à lui; l'un d'eux aborda à Alexandrie en 1142 ou 1143; il portait un chargement d'huile, de vin, de fromage, de miel et d'une quantité d'autres articles; il se nommait uLe demi mon de- et il excita l'étonnement par ses vastes dimensions et son nombreux équipage qui ne comptait pas moins de 300 hommes.* L'intimité entre les deux souverains aurait, s'il faut en croire les chroniqueurs, été poussée si loin, que Frédéric put prendre un intérêt dans le commerce des sultans dans l'Inde et envoyer des agents jusque dans ces régions, par terre et par mer. La source à laquelle nons empruntons ce détail8 n'est pas toujours absolument sûre, surtout lorsqu'il s'agit de pays lointains : on sait d'ailleurs combien peu les sultans étaient disposés à faciliter aux Occidentaux l'accès de l'Inde : il est donc permis d'élever quelques doutes sur ce point ; ce n'était peutêtre qu'un bruit auquel avaient donné lieu les cadeaux offerts par le
armes: voyez Gayangos, notes à Véd, de Al-Makkari, I, 393 et a.
1 Pour les preuves, voy. Huiilard-Bréholles, /. c. introd., p. ccclv, not, 2, ccclix, ccclxi, ccclxvi; Raynaldi Atm. eeel a. a. 1244, n° 19; Michaud-Reinaud, Biblioth.
des trois., IV, 448; Rœhricht, Beitr. xur Oeseh. d. Kreuzx., I, 60 et a, 84 et s.
' Histoire des patriarches d'Alexandrie :
le morceau qui renferme ce détail se trouve dans A mari, Biblioth rca arabo - sioula, p. 326; il est reproduit en italien, dans la traduction du même auteur, I, 523, et commenté dans les autres ouvrages du même écrivain; Dipl. orab., p. xxiii. et Storia dei Musulm. di Sicilia, III, 651.
s Matth. Paris, Chron. mqj., éd. Luard (SS. rer. brit), V, 217.