‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 136 sur 145 · VIII. VÊgypte · texte numérisé non relu

VIII. VÊgypte

sultan à l'empereur; cependant, parmi les objets précieux venus des Indes, il s'en trouvait de l'Yémen, de la Perse, de la Mésopotamie, de la Syrie et de l'Egypte; c'est Makrizi qui nous l'apprend.1

Frédéric II avait prouvé par ses actes les sentiments amicaux qu'il nourrissait à l'égard des Sarrasins ; après lui, ses successeurs Manfred et Conradin marchèrent dans la même voie:2 c'était un indice de l'apaisement qui se faisait en Occident: les sultans ne s'y trompèrent pas; de là, sans doute, le changement favorable qui se produisit dans leur attitude et dans l'accueil réservé par eux aux marchands occidentaux. L'enthousiasme qui jadis animait les premiers croisés jeta son dernier éclat pendant les croisades menées par S. Louis, roi de France. La première (1249) fut dirigée contre l'Egypte; n'ayant pas de flotte à lui, le roi dut nolïser des vaisseaux à Gênes et à Marseille.3 Damiette lui ouvrit ses portes; les Sarrasins, terrifiés à la vue de sa puissante armée, l'avaient abandonnée sans résistance. Ce ne tut qu'un succès éphémère ; en pénétrant dans l'intérieur du pays, les croisés se virent bientôt réduits à la dernière extrémité, le roi lui-même tomba en captivité. Pour recouvrer sa liberté, il dut rendre Damiette et passer en Syrie (1250). Cette fois encore, la remise de la ville aux Musulmans provoqua une explosion de colères chez les Vénitiens, les Génois et les Pisans: ce lut au point qu'ils allèrent, dit-on, jusqu'à traiter en ennemis les chevaliers français.4

Vingt ans après, S. Louis entreprit une deuxième croisade. Cette fois, pour avoir des vaisseaux, il s'adressa d'abord à Venise. Nous possédons encore le document dans lequel le doge expose ses conditions. Il exige, entre autres choses, dans le pays à conquérir, l'exemption de tous les droits pour le commerce, des quartiers avec église, bain et four, l'usage des poids et mesures vénitiens etc.5 Mais il semble que les Vénitiens préféraient encore ce qu'ils tenaient à ce que l'avenir pouvait leur promettre. Us ne tenaient pas à encourir la colère du sultan et la perte de leurs biens à Alexandrie et ils ne s'en cachèrent pas aux ambassadeurs du roi de France." Peut-être posèrent -ils intentionellement des exigences inacceptables; ce qui est certain, c'est que les négociations n'aboutirent pas. Les ambassadeurs de S. Louis

1 Citation par Àmari, Storia dei Musuim. di Sicil., III, 639.

* Wilken, Ocsch. der Kreuxx., VII, 430 et s., 528.

* Voyez, pour ce qui concerne les vaisseaux génois, les renseignements donnés par les Annal. Jan., p. 220 , 224 , 227; pour ceux de Marseille, le texte du con-

trat publié par Champollion-Figeae dans ses Documents historiques inédits (Coll.

des doc. in H.!, I, 606—609.

4 Matth. Paris, /. r., V, 207.

* Duchesne, Historié Froncorum scriptores, V, 436-437.

6 Bref du pape Clément IV, dans Martène et Durand, Thes. atiecd., II, 628 et 8.

410 Dettxiènie jtériode. — /. Fondation des colonies commerciales.

se transportèrent à Gênes et y trouvèrent de meilleurs conditions. 1 D est probable, que le roi conclut un arrangement analogue avec Marseille.2 On sait qu'il eut la malheureuse idée de commencer la campagne par une diversion sur Tunis et qu'il trouva la mort sous les murs de cette place. Au moment où la croisade allait commencer, une ambassade du sultan d'Égypte se trouvait à Gênes;8 cependant, rien ne preuve que la diversion ait été provoquée par les Génois, dans le but de détourner l'orage de la tête du sultan; loin de là: ils avaient fourni à l'expédition un contingent de plus de 10,000 hommes et c'est dans leurs rangs qu'on blâma le plus hautement le changement de direction imprimé aux opérations.4

La dernière croisade fut la dernière menace contre l'Egypte. Chacune de ces expéditions y avait mis les colonies commerçantes dans une situation plus ou moins pénible. Mais ce n'étaient que des orages passagers, suivis de longues périodes de calme et de beau temps. A l'approche des flottes croisées, le sultan faisait surveiller étroitement les étrangers, parfois même il s'assurait de leurs personnes; mais, le danger passé, les marchands jouissaient de nouveau de leur liberté de mouvements et le commerce reprenait son cours. Tarfois, nous l'avons vu par l'exemple de Venise pendant les préparatifs ou bien au cours d'uue croisade, certaines villes commerçantes interrompaient leur trafic avec T Egypte: mais, la plupart du temps, il se continuait sans entraves et ces temps d'arrêt n'empêchaient par les sujets des colonies franques de remplir leurs magasins, sûrs qu'ils étaient de retrouver l'écoulement de leurs marchandises aussitôt que la mer serait redevenue libre.

Pour bien connaître les conditions d'existence normales du commerce et des colonies occidentales en Egypte, on ne saurait mieux faire que d'étudier les diplômes des sultans. C'est Venise qui possède la collection la plus nombreuse de ce genre de pièces et les plus complètes. Il n'est donc que juste de commencer par cette ville l'exposé des droits et des propriétés des nations commerçantes en Egypte pendant le XIII* siècle. Les principales concessions accordées aux Vénitiens sur le sol de l'Egypte sont énumérées dans les diplômes des sultans Almélik-Ala-

1 Les contrat* de nolis (Pacta nauloruni) contiennent les détails les plus intéressants sur les constructions navales de l'époque: ils ont été publiés par Jal, Doc. hùft. ined., I. c, I, 507 — 604, H, 50 et as., et BelgTano, Documenti inédit i riguardanti le due crociate di S. Lodovico re di Francia (Genova 1859) ; voy. encore à ce sujet Annal Jan., p. 264 et ss.;

Canale, Nuora istoria délia reptdMie* di Genova, II, 599 et ss. et, pour la rectification de la date, adopté par Jal (1268 au lieu de 1248), 1. c, p. 67, les Arckiv. des miss, scientif., 2° série, III, 260.

* Jal, /. c., p. 613, 609—614.

* Annal. Jan., p. 264.

* lbid, p. 267, 268.

Page 1