‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 138 sur 145 · VIII. LÊgypte · texte numérisé non relu

VIII. LÊgypte

sur leurs marc andises; exemption entière pour l'or et l'argent Ces demandes furent accordées ou tout au moins les plus' importantes;1 c'est ce que nous fait connaître la lettre de convoi remise à Marzucco à son retour; un diplôme contemporain, signé par Almélik-Aladil, assure aux Pisans, entre autres choses, le maintien du tarif des douanes au taux usité jusqu'à ce jour.2 Le même sultan reçut encore un deuxième ambassadeur pisan, nommé Ranuccio di Benedetto Vernaccia: ses lettres de créance, signées par l'archevêque Lothaire et le podestat Ubaldo Visconti, sont datées du 29 mars 1215.3 D est bien permis de supposer que le diplôme de 1215 nous présente les résultats de cette mission.4 Almélik- Aladil y donne l'ordre de mettre en liberté sans rançon certains Pisans qu'il avait fait enlever dans leur église5 et réduit en esclavage; il garantit aux Pisans la liberté d'aller et de venir et la sécurité personnelle, la conservation de leurs biens en cas de naufrage, la possession de leur fondaco, de leur église, affectée à leur sépulture en même temps qu'au service religieux, et de leur bain. Les droits sur les marchandises générales sont fixés à 16%; BOT l'or et l'argent à 10%; les vivres et le vin importés pour leur consommation personnelle sont exempts. Ils sont autorisés a entretenir à la douane un commis, à l'église un prêtre et un sacristain, qui, tous trois, seront exempts d'impôts. Enfin, pour toute violation des traités commise par un bas fonctionnaire égyptien, le recours leur est ouvert auprès du gouverneur d'Alexandrie et, au besoin, auprès du sultan en personne. Ce diplôme renferme les derniers privilèges accordés aux Pisans par les sultans: la liste de ces documente est courte et se termine par conséquent en 1215. Mais les statuts de la commune de Pise nous renseignent sur les temps postérieurs et démontrent indubitablement que cette République conserva ses consuls et ses fondaci dans les ports d'Egypte pendant toute la période des croisades et au delà. Il est particulièrement intéressant de parcourir, à ce point de vue, le Brève Pisani comnmnis de 1286.6 Deux passages

1 Pour l'or et l'argent, voy. plus loin, le diplôme de 1215.

? Amari, p. 282, 283.

3 On en trouve le texte latin et la traduction arabe dans Amari, p. 81 et s. et 284. M. Tronci fait mention de cette ambassade à Tannée 1215. Ici encore H. Fanucci, n, 230 et s. est dans une erreur absolue en ce qui touche à la chronologie.

* On trouve une vieille traduction italienne de ce traité dans Pagnini, II, 198 —201 et dans Amari, 285—287; la date, an 622 de l'hégire (1225) est nécessaire-

ment fausse, car Aladil mourut en l'an 615 de l'hégire (1218): M. Amari la rectifia avec raison et lui substitue l'an 612. Le même écrivain p. 288 et s., publie également un autre diplôme tout à fait analogue, mais d'une époque inconnue: on ne peut faire à ce sujet que de pures suppositions.

5 Probablement à l'occasion de l'arrestation générale des marchands occidentaux, signalée plus haut, d'après Amari, p. lv.

6 Bonaini, Statuti Pisani M», I, 55-640.

414 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

du premier livre indiquent les conditions requises pour le choix des consuls d'Alexandrie et de Damiette, la durée de leurs fonctions et quelques dispositions spéciales à leur usage. Citons, par exemple, l'interdiction de tolérer la vente du vin dans les fondaci pisans;1 Tinterdiction, sous peine d'une forte amende, de déclarer comme sujets pisans pour les faire jouir des privilèges accordés à leurs compatriotes, des marchands étrangers à la République. Enfin, les statuts communaux nous apprennent au moins le nom d'un consul: Bemarduccius Mascha; son nom est cité à propos d'une boulangerie qu'il avait fait installer pour ses compatriotes, mais il n'est accompagné d'aucune date.'

Sur les relations de Gênes avec l'Egypte, les éclaircissements fournis par les sources sont également fort incomplets. Gênes avait ses consuls à Alexandrie et même ils fonctionnaient parfois, à ce qu'il semble, deux à deux. Ce détail nous est donné par un passage des Annales génoises relatif à un événement qui se passa pourtant loin de l'Egypte. En 1204, nous l'avons déjà vu, l'aventurier génois Alamanno de Costa expulsa les Pisans de Syracuse où ils étaient installés en maîtres depuis peu de temps : parmi les membres de cette expédition se trouvaient des consuls génois qui, ayant terminé leur temps a Alexandrie rentraient dans leur patrie.3 Ceci demande quelques explications. Alamanno était parti de l'île de Crète, où certains de ses compatriotes qui se trouvaient là de passage, venant de Syrie et d'Alexandrie, s'étaient joints à lui C'étaient très-probablement des consuls qui rentraient des colonies et ce furent eux qui, agissant en leur qualité de représentants des autorités génoises, l'installèrent avec le titre de comte dans la ville conquise. Les expressions de l'annaliste indiquent qu'il y avait là deux couples de consuls, venant tous deux "de Alexandria" à savoir: d'une part Lambertus Fornarius et Belmustus Lercarius, de l'autre Ogerius de Insulis et Belmustus Lercarius le jeune. Faut-il admettre que ces quatre consuls avaient été simultanément en fonctions à Alexandrie, et revenaient tous ensemble à Gênes? c'est bien difficile: faut^il croire que l'un des couples revenait d'Alexandrie et se rencontra sous les murs de Syracuse avec l'autre couple qui, lui, se rendait à son poste pour le remplacer? ce serait déjà plus vraisemblable, mais il n'était pas d'usage que des consuls coloniaux abandonnassent leur poste avant l'arrivée de leurs successeurs et, d'ailleurs, dans l'histoire de l'expédition de Syracuse, on ne voit point que l'escadre d'Alemanno ait été rejointe par un vaisseau

1 Bonani, op. cit I, 833. Depuis le gueur que jamais : c'est mu doute la cause

règne de Bibars, les prohibitions relatives de l'interdiction en question, a l'usage du vin chez les musulmans a- 1 Ibid. III, 395 et s. vaient être renouvelées avec plus de ri- 3 Aimai. Jan.. p. 121 et s.

Page 1