‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 139 sur 145 · VIII. LÊgypte · texte numérisé non relu

VIII. LÊgypte

venu de Gênes. M. Canale cherche à résoudre le problème 1 en supposant que le premier couple seul venait d'Alexandrie et que le second aurait été à Alexandrette : il faudrait donc admettre la possibilité qu'il y eût alors des consuls occidentaux à Alexandrette, ce qui est bien difficile, étant donné l'état d'abandon de la ville à cette époque. Mais voici quelque chose de plus positif: c'est le traité conclu, en 1203, par les consuls Lamberto Fornari et Belmusto Lercari avec le prince d'Antioche3 Le premier couple de consuls ne venait donc pas d'Alexandrie, mais de Syrie où ils avaient fonctionné pendant l'année précédente. C'est uniquement par suite d'un lapsus calami échappé à l'auteur ou au copiste, que le mots "de Alexandrin" reparaissent deux fois dans le passage; il faudrait rétablir à la suite des noms des deux premiers consuls les mots "de Syria", et il reste de cette discussion que les consuls revenant d'Alexandrie étaient Ogerius de Insulis et Belmustus Lercarius le jeune.

En dehors de ce qui précède, nous en sommes réduits à quelques mots glanés de ci de là, tantôt à propos d'un vaisseau, tantôt à propos d'ambassadeurs dont un chroniqueur signale le départ de Gênes pour Alexandrie, mais sans ajouter sur le but et le résultat de cette mission des indications de nature a nous satisfaire.3 C'est seulement vers la fin du Xm° siècle, qu'un joui* plus net commence à se faire sur les relations de la république génoise avec les sultans d'Égypte, grâce à un document de l'année 1290: c'est le texte d'un traité de paix et de commerce conclu entre les deux puissances, dans le but de mettre fin à une série de représailles mutuelles. En 1287, un vaisseau marchand, portant une riche cargaison et appartenant à la maison génoise Spinolino Spinola et consorts, faisait escale à Alexandrie à son retour de Syrie: le sultan Kelavoun avait fait saisir le bâtiment, mettre en lieu de sûreté l'équipage et la cargaison et n'avait consenti à s'en dessaisir que contre une forte rançon. Par contre, en 1289, le capitaine génois Benedetto Zaccaria,

1 Nuota istmna di Qenova, H, [828.

■ Canale, /. c, H, 810; cf. Olivieri, Carte e Orottache, p. 59.

a Annal. Jan., a. a. 1200, 1205, 1231 -1233, p. 118, 123, 117—181; dan» le premier de ces passages seulement il est dit que l'ambassadeur devait demander au sultan la délivrance des prisonniers génois mais qu'il échoua dans cette partie de sa mission. Voyez encore Makrizi, éd. Quatremère, I, 1, p. 91, not 215; I, 2, p. 127; II, 1, p. 81 (aux années 1263, 1275, 1286); enfin Canale, /. c, II, 327 et s. Makrizi signale, à l'année 1285, deux

ambassadeurs de Gênes qui rapportèrent deux charges de Sarasina (imitation des étoffes d'Orient), six gerfauts et un grand chien; ils arrivèrent au Caire avec des envoyés de Rodolphe de Hapsbourg (Burchardus de Monte Sion) et de l'empereur Andronic l'ancien; leur projet était sans doute de chercher à inspirer au sultan des dispositions pacifiques à l'égard des chrétiens de Syrie; voyez Karabacek, Une ambassade de Rodolphe de Hapsbourg en Égypte (tirage h part de la Oesterr. Monatssehrifl fiir dm Orient, 1879).

416 Dixième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

agissant de concert avec le consul de Cafta, Paolino Doria, enleva, près de la côte de l'Asie -Mineure, à hauteur de Candelore, un vaisseau égyptien chargé de sucre, de poivre et de lin: c'était une sorte de représaille pour la prise de Tripoli, tombée au pouvoir du sultan au mois d'avril de la même année. Comme presque toujours en pareil cas, le sultan furieux fit retomber le poids de sa colère sur les marchands génois dont il se trouvait précisément en ce moment un grand nombre à Alexandrie; tout ceux qui n'eurent pas vent de la chose et ne purent pas fnir à temps furent jetés en prison. Sur ces entrefaites, un certain Béranger Panzano (?) avait eu l'audace d'aller attaquer la ville de Tinèh (à l'ouest de Faramah): le gouvernement génois se hâta de désavouer Zaccaria et Panzano et de déclarer que ce n'étaient que des corsaires qui refusaient d'obéir à ses ordres et couraient les mers à leurs risques et périls. Alberto Spinola fut expédié en ambassade auprès du sultan (déc. 1289); il ramenait les passagers du vaisseau saisi par Zaccaria et rapportait leurs marchandises ou leur valeur en argent: après les formalités de la remise, il jura solennellement que la restitution était complète et exprima le désir de conclure un traité de paix avec le sultan. Kelavoun se fit prier longtemps, mais comme, en somme, il eût été bien fâché de perdre les bénéfices que rapportait au pays le trafic avec Gênes, il finit par se laisser fléchir.1 Les négociations aboutirent au traité du 13 mai 1290 2 qui fut signé au nom de la République de Gênes par Alberto Spinola, au nom du sultan et de son fils par le viceroi (Naïb) d'Egypte Hossam-eddin-Torontaï (Osemedinus),* et au quel

1 Ce qui précède est un résumé de la relation donnée par les Annal. Jcm., p. 317, 324 et du récit du biographe de Kelavoun; voy. la note ci dessous.

* Le traité se compose, en réalité, de quatre parties: les concessions accordées par le sultan; la formule du serment par lequel le Naïb Torontaï en jure l'observation; les engagements pris par Spinola et, enfin, son serment. Le livre des Charte» de la ville de Gênes donne les parties 1, 8 et 3 en latin, et encore il manque la fin de la troisième, tandis que le biographe anonyme de Kelavoun, arrivé à ce point, a reproduit en langue arabe les parties 3 et 4, la troisième intégralement. SUvestre de Sacy d'abord (Net et extr., XI, 41—58) et, depuis lui, Aman (Atti délia Società Ligure, V, 606 — 614 et suppl.) ont publié ces textes arabes avec tra-

duction et commentaires. Les textes latins se trouvent dans le Liber jurium, II, 243 —248; avant sa publication Us avaient été déjà communiqués, avec moins d'exactitude, U est vrai, par Silvestre de Sacy (ibid. p. 34 — 41) et Cibrario, Eeonoinia politica del medio ero, 2° édit», p. 400 et s. On trouve des extraits de ce traité dans Serra, Storia delT attiica lÀguria e di Genova, IV, 162 et ss. et dans Depping, Hist. du cotHTnerce entre le Ijtrani et l'Europe, n, 119 — 128; ce dernier a eu le tort de parler de deux traités conclus l'un avec Almansor, l'un avec Kelavoun, car Almansor et Kelavoun ne sont qu'uu seul et même personnage (Canale, Nuova istoria di Genova, ni, 184—190) en a donné une estimable traduction avec commentaire*.

* Il occupa ce poste de 1279 à 1290; Makrizi, II, 1, p. 6, 110, 113.

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