‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 141 sur 145 · VIII. LÊgypte · texte numérisé non relu

VIII. LÊgypte

pays que fréquentait dès lors la marine ragusane: à côté des noms de la Romanie, de la Barbarie, de Tunis, de la Syrie, nous y lisons aussi celui de l'Égypte:1 les vaisseaux ragusans rapportaient à Venise des produits de tous ces pays et les traités en question ont précisément pour objet la fixation des droits à percevoir sur ces articles. On pourrait, il est vrai, nous opposer certains documents dans lesquels des citoyens de Raguse prennent vis-à-vis du doge de Venise l'engagement de ne pas aller en Egypte;* mais il ne faut pas s'y tromper; ces pièces datent des années qui précédèrent la croisade de ïYédéric IL, c'est à dire d'une époque où le voyage d'Égypte était interdit aux citoyens de Venise eux-mêmes. Sur la côte italienne de l'Adriatique, Ancône était alors dans tout son éclat; nous avons vu déjà que ses bourgeois étaient en relations avec la Syrie et qu'ils y avaient même un établissement permanent; ils trafiquaient aussi avec l'Egypte. Boncompagni, faisant la description du siège de la ville, en 1174, par Christian, archevêque de Mayence,* énumère ses défenseurs et note qu'un grand nombre de bourgeois étaient absents : ils se trouvaient en ce moment pour leurs affaires à Alexandrie, à Constantinople, ou encore sur d'autres points de l'empire byzantin. H est assez probable qu'il existait des traités entre les sultans d'Egypte et Ancône, car le pape Grégoire X semble y faire allusion dans une lettre adressée au sultan, en 1231, pour intercéder en faveur de marchands de cette ville: ces malheureux avaient été jetés dans les prisons d'Alexandrie et dépouillés de tout leur avoir : le pape dit que les Ancôni tains étaient en droit de compter sur la protection du sultan.4 Si d' Ancône on se dirige vers le Sud, on rencontre tout le long de la côte une série de ports dont la situation était particulièrement favorable au développement de leur trafic avec l'Egypte. Barletta, Trani, Bari , Brindisi avaient une population d'armateurs qui ne se bornaient assurément pas au transport des pèlerins et des croisés, mais s'occupaient aussi de celui des marchandises. Ils mirent à profit les bons rapports de Frédéric II et du sultan pour multiplier leurs voyages en Egypte. C'est à cette époque qu'appartient le testament d'un citoyen de Trani qui habitait, à ce qu'il semble, ordinairement Brindisi: il y dispose de sommes d'argent et de marchandises confiées par lui à un vaisseau parti pour Alexandrie (1227).5 Les exemples de ce genre ne nous feraient certainement pas défaut si les documents d'origine privée de cette ca-

« Taf. et Thora., II, 311, 332 , 468; » Monum. Slav. merid., I, 33; III, 394.

Monum. spect. hist. slav. merid., I, 48, 3 Muratori, SS. VI, 930.

55 , 84 et s. Le premier de ces traités * Raynaid, Annal, eecl., a. a. 1231,

se trouve encore dans YArehir. star, it., n° 66.

App. IX, p. 386. A rapprocher, le passage 6 Davanzati , Stdla seconda moglie di

de Benjamin de Tudèle cité plus haut. Maufredi, p. xciv et ss.

420 Deuxième période. — /. Fondation des colonies commerciales.

tégorie étaient moins rares. La mort\i Frédéric II et celle de Manfred ne rompirent pas les relations entre l'Italie méridionale et PÉgvpte. Si, d'nne manière générale, Charles d'Anjou chercha à prendre le contre-pied des princes allemands, sur ce point il eut la sagesse de suivre leur exemple; il rechercha l'amitié du sultan d'Egypte et n'oublia pas de stipuler en faveur de ses sujets la prolongation des privilèges dont ils avaient joui au temps de Frédéric.1

Les circonstances favorables aux marins d'Italie ne l'étaient pas moins à ceux de la Sicile:2 ceux de Messine semblent en avoir particulièrement profité, ce qui est tout naturel, étant donnée la situation de cette ville sur la route directe de l'Egypte. C'était aussi une bonne occasion pour les habitants de Salcrne et d'Amalfi; leurs relations avec rÉgypte étaient d'ancienne date déjà, et Amalfi les entretint autant que le lui permettaient ses forces déjà bien réduites.8

Nous avons énuméré à peu près complètement toutes les villes d'Italie qui entretenaient des relations commerciales avec l'Égypte, celles du moins pour lesquelles il existe des preuves ou de très-grandes probabilités. Passons au midi de la France: ici, nous trouvons d'abord Marseille: ses relations avec l'Egypte remontaient à une antiquité reculée; en les reprenant, elle ne fit que revenir à un ancien état de choses. Les statuts de la commune marseillaise au XIII0 siècle nous montrent ce trafic en pleine activité ; il y est fréquemment question de marchandises apportées d'Alexandrie à Marseille par des marchands indigènes ou étrangère. Ils nous apprennent de plus que, soit pendant le voyage, soit pendant leur séjour à Alexandrie, les Marseillais étaient toujours placés sous l'autorité de consuls de leur nation.* En 1272, un incident faillit arrêter brusquement ce trafic Des vaisseaux marseillais avaient capturé un bâtiment musulman qui ramenait de Crimée à la cour du sultan Bibars des ambassadeurs Tatars: les ambassadeurs euxmêmes avaient été réduits en captivité et menés à Acre avec le reste

1 Michand-Keinaud, Bibliotheqw des croisades, IV, 482 et s., 515; Wïlken, Geseh. der Kreuxx., VII, 420 et s. , 528. On trouve encore un témoignage de ce fréquent échauge d'ambassadeurs entre les deux princes, dans Del Giudice, Cod. dipl. angiov., p. 222 et s., not. (Chartes de 1269 et 1271) et dans Minieri Ricci, H regiio di Carlo I d'Angià negli anni 1271 e 1272, p. 13, 15, 75.

* Benjamin de Tudèle les signale déjà fréquentant le marché d'Alexandrie, au temps de la domination uormande.

8 II existe encore, de l'année 1259.

un contrat passé entre un Amalfitain et un habitant de Ravello, localité situé sur la hauteur qui domine Amalfi: il s'agit d'un voyage d'affaires à entreprendre en commun, à Alexandrie on à Acre: Caméra, Ment, di Amalfi, I, 435.

4 Méry et Guindon, I, 329 , 333; II, 205 et ss. Voyez aussi le contrat passé, en 1219, entre la ville de Marseille et le comte Hugues de Empurias, dans Papon, Hist. de la Prorenee, II, preuves. n° XLL

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