‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 142 sur 145 · VIII. LÉgypte · texte numérisé non relu

VIII. LÉgypte

de l'équipage. Le sultan réclama immédiatement leur élargissement sous peine d'interdiction de son empire au commerce marseillais. Cette menace fit son effet : les ambassadeurs furent relaxés et les Marseillais demeurèrent libres de poursuivre leurs entreprises commerciales en Egypte.1

Montpellier avait aussi sa colonie de commerce à Alexandrie dès avant le milieu du XIIIe siècle. A cette époque, les rois d'Aragon étaient seigneurs de Montpellier, et il semble que les colons à Alexandrie dussent leur reconnaître les mêmes droits de souveraineté que leurs compatriotes en France; il n'en fut pourtant point toujours ainsi: par des raisons qui nous sont inconnues, les colons prétendirent s'affranchir à leur égard des liens de l'obéissance : cela se passait au moment du séjour de Raimond de Conchis en Egypte; or, nous trouvons ce même de Conchis chargé de missions en Chypre et à Tripoli-' en 1236 et eu 1243; il est possible que son séjour en Égypte ait précédé ou suivi de près l'une de ces missions et que ce soit lui qui ait rendu compte à son retour des prétentions émises par les colons. Quoi qu'il en soit, par un décret spécial de l'an 1264, le roi Jayme Ior déclara renoncer à la punition de cet acte de félonie.8 11 est certain d'ailleurs que le mouvement de révolte avait été éphémère. Les consuls coloniaux exerçaient leurs fonctions au nom du roi et en vertu d'une nomination émanant de l'autorité royale. En 1267, Jayme Ior envoya à Alexandrie, avec un navire de commerce, deux bourgeois de Montpellier, Bernard de Molendinis (Molinis?) et Bernard de Piano, munis de ses pleins pouvoirs. Non-seulement les sujets du roi embarqués sur le même bâtiment étaient soumis à leur autorité et à leur juridiction pendant la durée de la traversée, à l'aller et au retour, mais encore ordre était donné à tous les marchands originaires de territoires dépendants de la maison d'Aragon, présents à Alexandrie, de se soumettre à leur autorité administrative et judiciaire. Les deux plénipotentiaires étaient autorisés à pourvoir à la location du fondaco et chargés d'installer dans la colonie, avant leur retour, un ou plusieurs consuls, investis au nom du roi de la juridiction civile et criminelle.4 J\ semble que les gens de Montpellier établis à Alexandrie n'avaient pas un consulat et un fondaco particuliers, du moins tant que leur mère -patrie fut soumise à la couronne d'Aragon, mais qu'ils partageaient consulat et fondaco avec les marchands originaires des provinces espagnoles de cette même couronne, et

1 Michaud-Reinaud, Bibliolh. des crois., ' Germain, Hist. du commerce de Mont-

IV, 530 et s.; Wilkeii, Gesch. d. Kretax., pellicr, I, 253.

VU, 608 et 8. 1 t'apmany, Memorias sobre la marina

1 Méry et Guindon, I, 419 et 8.; Ger- de Barcelona, IV, 6: on trouvera à la

main, Hist. de la commune de Montpellier, suite, p. 7, l'ordonnancement d'une Homme

II, 513. à toucher par cea deux personnages.

422 Deuxième période. — I. Fondation des colonies cotnmercialcs.

que les chefs de la colonie étaient choisis alternativement dans chacune des nationalités dont elle se composait.

Si, en général, le commerce avec l'Égypte était licite pour les sujets du roi d'Aragon, il leur était cependant interdit de vendre aux Sarrasins soit des matériaux de constructions navales, soit des vaisseaux tout construits. Ce trafic fit l'objet d'un solennel avertissement adressé, en 1272, par le pape Grégoire X aux bourgeois de Montpellier: nous en avons déjà parlé. L'année précédente, il en avait déjà adressé un à peu près identique aux bourgeois de Narbonne.1 Ce fait indique que Narbonne entretenait aussi des relations avec l'Égypte dès l'époque des croisades. Au témoignage d'un géographe arabe contemporain,2 il existait un trafic entre l'Angleterre et Alexandrie par Narbonne: voici comment Toute l'Aquitaine était alors au pouvoir des Anglais; or, l'Angleterre expédiait par mer jusqu'à Bordeaux des chargements d'étain et de cuivre; de Bordeaux, ces matières remontaient la Garonne jusqu'à Toulouse, d'où elles étaient dirigées sur Narbonne à dos de bêtes de somme. Là, elles étaient de nouveau prises en charge par des vaisseaux "francs" qui les portaient à Alexandrie; ces vaisseaux "francs" appartenaient naturellement à la marine de Narbonne.8

Pour terminer ce sujet, ajoutons que, dans le nombre des marchands que Benjamin de Tudèle dit avoir vus à Alexandrie, il cite ceux OC Aragon ; en réalité, ce qu'il entend désigner sous ce nom, c'est la Catalogne, réunie à l' Aragon depuis 1137, et, en particulier, sa capitale, Barcelone. Ces marchands catalans faisaient, la plupart du temps, le voyage d'Alexandrie sur des vaisseaux indigènes, cela ne peut pas faire l'objet d'un doute. Dans la suite (1227), le roi Jayme Ier interdit même de charger sur des bâtiments étrangers les marchandises à destination d'Alexandrie ou de la Syrie, tant qu'il y aurait des vaisseaux disponibles dans le port de Barcelone.4 Il est donc certain que la marine marchande de Barcelone faisait d'une manière habituelle la traversée d'Égypte.5 Au besoin, d'ailleurs, le code maritime connu sous

1 Port, Histoire du commerce maritime de Narbonne, p. 128, 129: à rapprocher d'un passage de Germain, Hist.

du commerce de Montpellier, I, 2tH5 et 88.

* Ibn-Saïd (mort en 1274), cité par Aboulféda, Oiogr., trad. Reinaud, H, 307.

8 Certains marchands de Narbonne, revenant d'Alexandrie avec des confrères de Pise et de Marseille, tombent entre les mains d'un Génois (1291); Annal. Jan., p. 341.

* Capmany, /. c, U, 11 et s.

A propos des états croisés de Syrie, j'ai émis l'avis qu'il y avait lieu d'attribuer au commerce qui se faisait entre la Syrie et Barcelone la présence, sur ce dernier marché, de produits de l'Orient en quantités énormes; Capmany (I, 43 et ss.) l'attribue au commerce d'Égypte et je dois reconnaître pour ma part qu'une grande partie des épices qui arrivaient à Barcelone devaient avoir passé par cette voie.

Page 1