‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 143 sur 145 · VIII. LÊfftfpte · texte numérisé non relu

VIII. LÊfftfpte

le nom de Consulado del mar serait là pour nous l'apprendre. On admet, avec toute apparence de raison, que ce code rat entièrement rédigé à Barcelone; or, différents passages donnent à entendre que les marins de la nation à l'usage de laquelle il avait été composé connaissaient, pour les avoir visitées, non-seulement l'Arménie et la Syrie (Acre) mais aussi Alexandrie.1 Ce trafic présentait un danger; c'est qu'il contribuait à fournir aux souverains de l'Égypte les moyens de consolider leur puissance militaire; pour y parer, Jayme Ier publia, en 1274, une ordonnance spéciale par laquelle il prohibait l'exportation en Égypte des métaux, des bois de construction, des armes, des vaisseaux et des objets d'alimentation.* Cette mesure était purement préventive et nullement destinée à entraver le commerce d'Égypte; le mouvement des affaires avec ce pays avait déjà pris un tel développement, qu'Alexandrie fut une des premières places d'outre -mer où Barcelone envoya un consul : en vertu d'une délégation royale, ce consul fut nommé par le conseil et les prud'hommes (probi homines) de la ville et envoyé à Alexandrie pour y prendre la direction de la colonie catalane, avec l'assistance de deux conseillers.8 Ce développement de la prospérité commerciale rentrait trop dans les vues politiques des rois d'Aragon pour n'être point favorisé par eux. Parents des Hohenstaufen, animés du même esprit, ils suivaient la même ligne de conduite amicale à l'égard des sultans d'Égypte. Déjà Jayme Ier avait échangé des témoignages d'amitié avec le sultan d'Égypte4, probablement par l'intermédiaire de Manfred de Hohenstaufen, lié avec les deux souverains. Des questions commerciales à traiter fournirent à Pierre III, fils de Jayme, Foccasion de renouer ces relations.5 Mais le prince qui poussa le plus loin cette politique fut Alphonse III d'Aragon; d'accord avec son frère Jacques, roi de Sicile,

' Coiisulada del mar, dans Pardessus, CoUeetion des lois maritimes., II, 80, 301. Le nom d'Acre qui se trouve là (on sait qu'elle fut détruite en 1291) démontre que le chapitre en question fut rédigé à l'époque des croisade».

* Capmany, II, 36 et s.

1 L'autorisation royale relative à la nomination de consuls pour les "partes ultramarinas- (chartes de 1266 et 1268 dans Capmany, II, 82—34) ne précède que de très peu l'envoi de Petrus Guillelmi comme consul catalan à Alexandrie (1272), ibid. II, 366. Dans l'appendice de ce volume, p. 58, Capmany prétend que le premier consul fut un certain Jayme de

Fivaller et qu'il fut nommé en 1270; j'avoue que je ne puis rien découvrir de semblable dans les documeuts en question : cela n'empêche d'ailleura pas Capmany (I, b, p. 47, 195) de désigner Guillelmi comme le plus ancien.

* Micbaud-Reinaud. Biblioth. des crois., IV, 494, 516; Miedes (De. eita ci rébus gestis Jaeobi I, Valenc,; 1582, p. 309 et s.) parle de deux bourgeois de Barcelone, grands voyageurs, comme d'ambassadeurs du roi.

5 Capmany, I, 2* part., p. 48, ne donne malheureusement pas le document relatif à ce fait

424 Deuxième période. — l Fondation des colonies commerciales.

il envoya au Caire une ambassade chargée de conclure avec le sultan Kelavoun un traité d'alliance offensive et défensive ; son but était d'obtenir, sinon des secours en hommes, tout au moins des subsides en argent.1 Le traité fut effectivement conclu le 25 avril 1290. Wilken5 n'en parle à tort que comme d'un traité de commerce, car la première place y appartient aux clauses d'intérêt purement politique. Il renferme cependant aussi quelques articles relatifs au commerce. Ainsi, il y est stipulé, entre autres choses, que les droits d'entrée, de sortie et de transit usités jusqu'à ce jour seront maintenus pour les marchands originaires des territoires dépendants de la couronne d'Aragon, à Alexandrie, Damiette et autres villes frontières de l'Égypte ; que, pour les ventes et les achats négociés entre les dits marchands et les marchands égyptiens en territoire égyptien, les formalités à suivre seront réglées par la loi musulmane ; enfin, qu'Alphonse ne fera rien pour empêcher ses sujets ou autres Francs d'exporter en Égypte du fer, des armes, du bois et autres articles analogues.8 Comme, dans l'intervalle, Alphonse avait complètement changé sa ligne de conduite politique, il est douteux qu'il ait donné sa ratification à cette convention,*

Kelavoun mourut six mois après (10 nov. 1290), au milieu des préparatifs du siège d'Acre : son fils Almélik-Alachraf acheva son entreprise. Cet événement marque la fin de la période des croisades. H ne nous reste donc qu'à dire quelques mots de ce que, depuis trente ans qu'ils régnaient en Égypte, les stdtans mamelouks avaient fait pour le commerce. Leur élément était la guerre; le but de leurs efforts, l'affaiblissement des états croisés, leur écrasement s'il était possible; et comme de nouvelles armées pouvaient accourir à l'aide de la domination franque chancelante en Syrie, la protection assurée de leur pays contre leurs attaques. Si, parfois, ils consentaient à nouer des relations amicales avec quelques princes d'Occident, c'était un moyen de détourner du mouvement des croisades une partie de la chrétienté et, accessoirement, de se tenir au courant de la situation politique de l'Europe et des projets de ses princes. Les considérations commerciales ne venaient qu'en seconde ligne. Devant les mesures à prendre pour la défense de

1 Jacques réclama effectivement des subsides deux ans plus tard; nous reviendrons sur ce point.

' Qtach. der Kreuxx., VII, 713.

B Ce traité se trouve dans la biographie arabe du sultan Kelavoun : Silvestre de Sacy l'a traduit le premier en français et publié séparément (Magasin encyclopédique de Millin, 7» année, 1801, II, 145 et ss.).

c'est cette traduction française que Wilkeu a retraduite en allemand (Oeseh. der Kreuxx., VII, suppl., 17—30). M. Amari a collationné à plusieurs reprises ces traductions avec l'original et a fini par donner en italien la traduction la plus fidèle (La guerra del tcspro siciiiano, 8e édit, Firenze, 1876, II, 332 et ss.).

4 Amari, /. r., I, cxiii, 422.

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