La Grande-Bretagne
Pendant la période qui précéda les croisades, la Grande-Bretagne n'était pas absolument sans rapports avec l'Orient. Les Scandinaves d'une part, les Allemands de l'autre, étaient ses intermédiaires. En Angleterre et en Irlande, on trouve ça et là, en fouillant la terre, des monnaies d'Orient, parfois avec des anneaux ou d'autres bijoux d'argent, preuve que le commerce du Levant par le Nord étendait son action jusque là. En effet, ces monnaies ne pouvaient arriver là qu'après avoir traversé la Scandinavie et par les vaisseaux Scandinaves, qui parcouraient les côtes de la mer du Nord avec la même facilité que celles de la mer Baltique et qu'attiraient vers la Grande-Bretagne les grands établissements formés par les Normands. La marine Scandinave avait une telle prépondérance dans la mer du Nord, surtout à l'époque des expéditions des Wikings, qu'il ne restait guère de place aux Anglo- Saxons pour prendre part à ce commerce d'une manière active. On trouve dans les fouilles pratiquées dans les pays Scandinaves des quantités colossales de monnaies anglo-saxonnes; c'est la démonstration d'un commerce très actif, dans lequel l'avantage de l'exportation était du côté des Scandinaves; et comme les monnaies se trouvent surtout en Suède, et tout particulièrement dans les îles d'Oeland et de Gothland,1 nous concluons de cette particularité que c'étaient surtout ^les Scandinaves orientaux qui faisaient le commerce avec les Anglo- Saxons, 8 c'est à dire ceux-là même qui étaient en relations avec la Russie et par elle avec l'Orient.
D'un autre côté, par le fait même de leur situation, les riverains des fleuves qui se jettent dans la partie méridionale de la mer du Nord devaient être naturellement portés à entrer en relations avec l'Angleterre. Le plus ancien document qui démontre la présence de marchands allemands en Angleterre est un statut de Londres, qui remonte à l'époque du roi Ethelred (978 — 1016). 3 En compensation
le monastère de S1 Gall ; à cette occasion, le moine Walram lui offrit un poème dans lequel se trouvaient ces vers:
Itali* populus diverso sanguine mixtus Ad te pigment is palliolisque ruât Voyez Dttmmler, S* GaUisehe Denhnalc nus der Karolingischen Zeit. dans les Mittheilungen der antiq. G es. von Zurich, XH, 6» livr., p. 220. Les dates qu'il indique sont rectifiées par Heidemann, dans ses Forschungcn xttr deuisch. Gesch., VII. 454 et par Meyer von Knonau, dans les
Jahrb. der Schtceix. Gesch. Lit. 1867, p. 129.
1 Hildebrand, Dos heidnùche ZeitaUcr in Schwcden, p. 184.
■ Mon principal guide sur cette question est le livre de Worsaae: Die Ddnen und Nordm&nner in England, Schottland und Irland, trad. allem. p. Meissner (Leipzig, 1852), p. 67—71.
5 AncietU laïcs and instÙutes of England, éd. Thorpe, p. 127; Hansischcs Urkundehb., I, n° 2.
88 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.
de la faveur qui leur était accordée de faire leurs affaires sur le marché de Londres, ils étaient tenus de payer, deux fois l'an, à savoir à Noël et à Pâques, deux pièces de drap gris et une de drap brun, dix livres de poivre, cinq paires de gants et deux tonnelets de vinaigre. On trouve souvent, au Moyen-Age, une certaine quantité de poivre imposée comme redevance en nature à des marchands ou autres individus; mais c'est un fait digne d'attention, que déjà, à une époque si reculée, on admît comme chose toute simple que les marchands allemands devaient avoir du poivre dans leurs magasins. Nous ne pouvons pas supposer qu'ils n'apportassent en Angleterre que tout juste la quantité de poivre nécessaire pour acquitter l'impôt; il n'est donc pas bien risqué d'admettre qu'ils avaient coutume d'importer à Londres le poivre et les épices en général. Sur les villes d'où venaient ces marchands allemands nous sommes réduits à des conjectures; les plus grandes probabilités sont pour Thiel sur le Waal, Deventer sur l'Yssel, Liège sur la Meuse, Cologne sur le Rhin et Brème sur le Weser.1 Nous avons vu que Mayence était déjà, à cet époque, un grand entrepôt d'épices; il y aurait donc quelque raison de croire que c'était sur le Rhin que l'on embarquait les épices d'Orient à destination de l'Angleterre.
En dehors de cela, quand les rois et les dignitaires de l'église d'Angleterre allaient à Rome, ils en rapportaient souvent des étoffes . d'origine byzantine qu'ils y avaient reçues en cadeau ou achetées.»