‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 22 sur 145 · II. p · texte numérisé non relu

II. p

J (iuill. Apulus, lib. IV, v. 184, 309.

4 ("est la qualification donnée avec raison à cette ville par Karl Schwartz dans sa remarquable monographie des «•-ainpagues de ltobert Guiscard contre

l'empire byzantin. (Fu/daer Gymnasialprogramm, 1854) p. 11.

5 C'est la date indiquée par Anne Comuène, Op. cit. éd. Bonn I, 187; l'Auon. Barensis, dans Murât. III, 173, indique le mois de juin; Lupus Protospatuarius, dans Pertz SS. V, 60, recule l'événement jusqu'au mois de juillet, mais cela est faux.

118 Première période . — Des grandes invasions attj croisades.

s'abordèrent avec fureur et engagèrent une bataille de trois jours; 1 le second jour, les Vénitiens forcèrent l'entrée du port et obligèrent l'ennemi à lever le blocus du côté de la mer;2 le troisième jour la déroute de la flotte normande était complète. Pendant ce temps, Alexis s'avançait par terre sur Durazzo: il livra, en vue de la ville, une bataille décisive qu'il perdit. Réduit à fuir, il eut le temps de confier la défense de la citadelle à une troupe d'élite choisie parmi les Vénitiens habitants de Durazzo et de remettre le commandement de la ville à un nommé Comiseortès. 3 Anne Commune rapporte qui; les Vénitiens et les Amalfi tains, en majorité dans la population de Durazzo, découragés par la défaite de l'empereur et enrayés de la perspective d'un nouveau siège au printemps suivant, décidèrent d'un commun accord d'en ouvrir les portes au duc normand.4 Les chroniqueurs normands, mieux instruits, racontent avec force détails comment la ville succomba par la trahison d'un seul Vénitien et malgré une vigoureuse défense.5 En tout cas, l'empereur ne fit pas retomber sur Venise la faute de ses colons de Durazzo ou plutôt d'un seul d'entre eux; après la victoire navale dont nous avons parlé, il avait envoyé de magnifiques présents au doge et a ses lieutenants ;fi au mois de mai 1082, il tint sa promesse et, en récompense de l'aide qu'il avait reçue de la république, il lui accorda, par une bulle d'or, une foule de faveurs et de privilèges. Anne Connut ii" en donne un aperçu, mais elle commet une erreur de date en les rattachant aux événements de l'année 1084; cette fois, pour repousser une dernière tentative de Robert Guiscard, une flotte vénitienne opéra encore dans la mer Adriatique, mais avec moins de succès. 7 Le texte original de cette bulle paraît être perdu, mais elle a été reproduite littéralement dans deux diplômes postérieurs, accordés par les empereurs Manuel et Isaac. 8

Je passe sous silence les présents magnifiques distribués à cette occasion aux églises de Venise, les titres pompeux accordés au doge et

1 Pour les détails, voyez Schwartz, p.

* Lupus Protosp. ibid. p. 60 et s. ; Daud. p. 248 et s.

* Anne Comnène, L c. éd. Bonn, I, 221.

* Anne Comnéne, éd. Bonn, I, 223.

1 Gaufr. Malat p. 584 et s.; Guil.

Apulus, lib. IV, v. 449 et sa.; l'Anon. Barensis tixe la date de la prise de Durazzo au 21. février 1082, 1. c. p. 154; Lupus Protosp. p. 61, indique le mois de janvier.

6 Anne Comnène, éd. Bonn. I, 194.

; Ibid. éd. Bonn, I, 286 et s.

* Taf. et Thom. I, 51—54, 116—123.

182—186. L'historien Lebret en a eu sous les yeux une rédaction un peu différente, mais il n'en a donné que quelques fragments (Geschichte ron Vcnedig , I, 275).

La date indiquée dans Taf. et Thom. est la conséquence d'une correction nécessaire faite par l'éditeur ; eu effet, l'année 6200 de l'ère grecque (p. 123) correspond à »me époque bien éloignée de celle d'Alexis.

De l'apparition de Mahomet aur croisades.

au patriarche pour eux et leurs successeurs, et je me contenterai de rappeler que c'est à ce moment que les marchands amalfitains fixés dans l'empire grec devinrent tributaires de l'église de S* Marc. Le point essentiel du diplôme était le privilège accordé aux marchands vénitiens de vendre et d'acheter sur tous les points de l'empire grec, sans être inquiétés par les agents des douanes, des finances ou des ports: interdiction était faite à ces derniers de visiter leurs marchandises ou d'exiger un impôt de ce chef au nom de l'état Cette mesure plaçait tout d'un coup les 1 Vénitiens hors de pair à l'égard de tous leurs concurrents. C'était une série innombrable de ports qui leur étaient ouverts, sans qu'ils eussent dorénavant rien à payer, soit pour le stationnement de leurs vaisseaux, soit pour le débarquement et le déchargement de leurs marchandises; c'étaient d'immenses territoires qu'ils pouvaient parcourir, sans avoir à payer de droits ni à l'importation, ni à l'exportation, ni à l'achat, ni à la vente. Cette concession de faveurs extraordinaires fut probablement pour les Vénitiens l'occasion d'un nouveau développement de leur activité commerciale dans l'empire grec; le diplôme qui nous occupe les y invitait d'ailleurs, car il énumère à titre de places de commerce ouvertes aux Vénitiens, mais sans que cette énumération comporte une restriction à l'égard des autres, un grand nombre de villes situées sur les bords de la mer, ou d'un accès facile pour les marchandises venues par mer. La liste commence par le nord de la Syrie avec les noms de Laodicée et d'Antioche;1 de là elle suit la côte méridionale de PAsie-Mineure, nomme les villes de Mamistra (Mopsueste), Adana (cormption pour Adatia) et Tarse en Cilicie, Attalia (Satalia) en Pamphylie; puis elle remonte au nord et trace une ligne qui, passant par Strobilos en Carie aboutit à Chio, Ephèse* et Phocée (Foglia): sautant tout à coup en Europe, elle ouvre une seconde série avec des noms de villes situées dans la partie du territoire grec qui faisait face à l'Italie: nous y trouvons les noms de Durazzo, Avlona, Bondi tza avec l'île de Corfou, Modon et Coron, Nauplie et Corinthe dans le Péloponèse, Athènes et Thèbes dans la Grèce centrale, puis

taudis que, si la date 6600 (p. 136), ou 1092 de l'ère chrétienne. est exacte, il en résulterait que les Vénitiens auraient attendu dix ans la récompense de leurs services.

1 Nous possédons divers indices qui démontrent que les Vénitiens visitaient déjà cette ville antérieurement aux croisades : un jour, par exemple , des marins vénitiens délivrèrent le fils d'un roi serbe,

nommé Constantin Bodinus, qui y était retenu eu captivité par les Grecs (vers 1070; voy. Joh. Curopal. éd. Bonn. p. 718); une autre fois, les gens de Bari qui exécutèrent le vol de reliques à Myre en 1086 — 1087, avaient rencontré auparavant, à Antioche, des Vénitiens qui couvaient le même projet.

* Je reparlerai plus tard du nom de Théologos, donné ici à Ëphèse.

120 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.

Négrepont (Eurippos), Démétrias dans le golfe de Volo, Thessalonique, Chrysopolis au dessus de l'embouchure du Strymon, enfin les villes de Thrace, Perithéorion, Abydos (dans la Chersonnèse), Andrinople, Apros. Héraclée et Selymbria sur la mer de Marmara et, tout à fait en dernier, Const&ntinople, désignée ici comme dans beaucoup d'autres documents par le nom de Megalopolis1 (la grande ville), nom d'ailleurs parfaitement justifié. Il va de soi que les Vénitiens fréquentèrent plus que jamais, à parti]- de ce moment, les ports et les marchés de l'empire grec et qu'ils surent mettre à profit la situation privilégiée qui leur était faite en qualité de nation la plus favorisée. H devait se passer bien du temps avant qu'une autre nation fut en mesure de leur disputer le premier rang.

A ce moment, les Génois et les Pisans, leurs futurs rivaux, ne se montraient pas encore sur le territoire de l'empire. Les Vénitiens et les Amalfitains avaient été, de tout temps, attachés à la Rome orientale par des liens politiques; pour Gênes et Pise, cette dépendance n'avait au contraire jamais existé, car ces deux villes étaient situées dans la partie de l'Italie où les Goths, les Lombards et les Francs s'établirent et dominèrent successivement. Par l'effet de l'influence germanique sur ces régions, le développement de l'autonomie communale y fut plus lente que dans les autres villes; dans le commencement, c'était la puissance royale représentée par des comtes ou des ducs, qui pesait lourdement sur les autorités locales; plus tard, ce furent de puissants seigneurs féodaux qui les tinrent en bride. Au XIe siècle, les marquis de Tuscie (Toscane) exerçaient leur juridiction, en qualité de comtes, dans la ville de Pisé,3 soit en personne, car ils y tenaient souvent leur cour,8 soit par l'intermédiaire de leurs vicomtes, et, à la même époque, les marquis de la maison des Oberti avaient leur tribunal dans les murs de la ville de Gênes. 4 Ce fut seulement peu de temps avant la première croisade, comme nous le verrons plus loin, que les bourgeois des deux villes, mettant en commun leurs efforts, réussirent à conquérir leur autonomie communale. Tant qu'elles eurent à lutter pas à pas contre de puissants seigneurs territoriaux pour la consolidation de leurs libertés politiques, les deux villes destinées à jouer un si grand rôle par leur commerce et par leur marine virent obstacles sur obstacles s'opposer à leurs progrès. On sait que l'Italie méridionale n'eut pas seule à souffrir des incursions

1 Voyez p. ex. Nicet. p. 205 . 522 ; " Citron. S. Hubert. Andag., «luiis Pertz.

Eustathius Opp. p. 234 , 271, 273 et SS. VIII. 583; Fiorentini, Vita délia

Dorumenti sulle relaxioni toscane colV Grancontessa Matilda, 2° éd. II, 130. (Mente, p. 42. * Monum. hist. pair. Cliartas. I, 527

* On en voit un exemple daus Murât. —529. Antiq. itai. III. 1091.

//. — De l'apparition de Mahomet aux croisades.

des Sarrasins; les côtes de la Toscane et de la Ligurie reçurent la visite de ces redoutables hôtes; Gênes fut prise et pillée par eux en 935; 1 Pise subit deux fois le même sort en 1004 et en 1011. 2 Ce ne lurent heureusement que des accidents, et les traces en furent vite effacées, mais il n'en restait pas moins pour les deux villes l'impossibilité de s'agrandir tant que les pirates arabes demeureraient maîtres de la partie occidentale de la Méditerranée et menaceraient la sécurité des marines marchandes chrétiennes. Déjà, ils étaient maîtres de la Sicile et des îles Baléares, et la situation était assez pénible; s'ils étaient arrivés à s'établir d'une manière permanente en Sardaigne, comme des invasions répétées pouvaient le faire craindre, c'en eût été fait de la marine de la Ligurie et de la Toscane, resserrée et menacée de tous côtés. Pour parer à ce danger, les Pisans tentèrent de vigoureux efforts et les Génois les appuyèrent bravement, Deux fois, en 1015 et en 1016, ils dirigèrent leurs flottes de guerre sur la Sardaigne où, peu de temps auparavant, s'était établi un chef des Arabes d'Espagne, Mogahid-ibn -Abdallah -el-Amiri ( Mugetus, Museto):3 ils réussirent à l'en expulser.* Enhardis par ce succès, les Pisans allèrent chercher les Arabes d'Afrique jusque chez eux et, en 1034, ils s'emparèrent de Bône.5 L'été de l'année 1087 fut signalé par une importante campagne. A cette époque, régnait à Mehdia le prince Temim (1062 à 1107), de la famille des Zeirides, fameux pirate dont les courses portaient au loin la terreur sur la Méditerranée; il retenait en esclavage de nombreux prisonniers chrétiens et avait maltraité quelques marchands pisans. Il fallait venger ces affronts, et ce fut le pape Victor III qui donna le signal de la levée de boucliers; c un chef ecclésiastique, un certain

' A mari, Sioria dei Musulman! di Sicilw II, 181 et s., donne une nouvelle version «le cet événement, d'après les écrivain* arabes; dans les chroniques occidentales il a pris de très bonne heure la forme d'une légende et l'indication de l'époque reste dans le vague; voyez Liutpr. Antapod., dans Pertz, 88. III, 316; Dandolo, dans Murât. XII, 201; Jac. de Voragine. ibid. IX, 10 et 8. ; cf. Pallavicino, Intomo ad alcuni passi del codice arabo- .tirulo di M. Airoldi, dans les Ment. delV Acad. dt Torhw, 2» série, T. II, 120 et ss.

1 Marang. Annal Pw., dans Perte, SS.

XIX, 238. Il donne les années 1005 et 1012, mais c'est probablement pareequ'il suit la chronologie pisane ; voy. Dove, /> Sardinia insida, p. 65 et s.

' Dove, 1. c. p. 50, S3 et, ss. Il n'est pas prouvé que les Arabes aient longtemps possédé la Sardaigne; voyez Dove, p. 51; Amari, 1. c. III, 1° p. 5 et ss., 12; Biblioth. Arabo-sieid. trad. L 436 1 1 ss.

4 Marang. loc. cit.; Dove, p. 65 — 67. Amari, 1. c. p. 8, 9.

s Ce fait est rappelé par un inscription gravée sur les murs de la cathédrale de Pise, sans date; voyez Morroua, Pis. itlustr. I, 155; Marang.. 1. c. p. 238; Amari, 1. c. p. 13, émet la supposition que des vaisseaux génois et provençaux avaient pris part à cette expédition.

" Petr. Diac. Chron. Casai»., dans Pertz, SS. VIT, 751.

122 Première ftériode. — Des grandes invasions aux croisades.

''inracsul" Benedictus, fut mis à la tête de l'expédition; des soldat.^ romains y prirent part sous les ordres de l'Amalfitain Pantaléon.1 Mais le gros de l'armée, dont les sources arabes estiment la force à 30,000 hommes, montés sur 3 à 400 navires,* était composé de Pisans et de Génois. On s'empara d'abord de la ville de Zuila, sorte de faubourg commerçant situé k une portée de trait de Mehdia, puis de cette ville elle-même. Réduit à s'enfermer dans son château-fort, Temim n'obtint le retrait des chrétiens qu'au prix des plus durs sacrifices, paiement de sommes considérables et délivrance des prisonniers; il dut, en outre, prendre à l'égard de ses vainqueurs de lourds engagements dont le plus important pour les villes commerçantes, était l'admission en franchise de leurs marchands sur son territoire. 8 C'est ainsi que les Génois et les Pisans châtièrent les Arabes d'Afrique et ouvrirent la voie à leur commerce maritime.

Il était réservé à une autre nation de chasser les Arabes de la Sicile. Mais les Pisans ne se contentèrent cependant pas, de ce côté, du rôle de simples spectateurs. Depuis longtemps, malgré la présence des Sarrasins, leurs marchands visitaient cette île: ayant eu à subir de mauvais traitements de la part des maîtres du pays, ils suivaient avec intérêt les succès du duc normand Roger, précurseurs de la fondation prochaine d'une souveraineté chrétienne en Sicile. Cependant les progrès du duc étaient trop lents à leur gré; ils eussent voulu le voir porter d'abord ses efforts sur Palerme, capitale de l'île et centre de la vie commerciale; mais il hésitait précisément à l'attaquer, parce que son armée était peu nombreuse et qu'une partie de ses forces était

1 Le vers 100 du poème donne à ce personnage le titre de hypatos (par corruption sipantus), c'est à dire consul, ce qui semblerait indiquer qu'il s'agit ici du lils de Maurus, dont uous avons déjà parlé; voyez l'article de Strehlke, dans les Denkmdler de Schulz, II, 244: Guiglielmotti, Storia dclla marina poniifiea nel medio cro, I, 218 et s., présente le fait autrement: d'après lui, Pantaléon aurait eu sous sou commandement des Amalfitains, et les Romains auraient eu pour chef un certain Pietro (Colonna?).

* Amari, 1. c. p. 102.

1 Pour cette expédition, les principales sources sont: du côté des chrétiens, Marango, 1. c. p. 239; Gaufr. Malaterra, dans .Murât. SS. V, 690 et s., et surtout le

Carmen in n'eforiam I*isanorum, Gcnuettsium et aliorum Ifalornm de Tintino, qui a été publié en trois endroits différeut*. dans le Bulletin de l'Acatl. de, Brux. X. part. 1, (1843), p. 524 et 88., dans Edelestau Duméril, Poésies populaires latines. p. 239 et su., enfin dans le Rendieonto délia soeietà ligure di storia patn'a prt» 1865—66, Genova 18«7. p. 148 et ss.:

du côté des Arabes, Abou-s-Salt Omeia, dont El-Tidjani a reproduit la relatiou dans ses voyages (Journ. asiat. Série V. T. I, p. 375 et s.), et d'autres dont Amari, (Stor. dei. mus. III, 171, note) donne des citations; cf. du même, Bibliothec. Arabo- Sic., trad. T. I, p. 440 et s., II, 32 et s.. 62 et ss.. 153 et s., 213.

//. — De V apparition de Mahomet aux croisades. 123

occupée ailleurs. Le» Pisans l'adjurèrent inutilement de s'unir à eux pour faire le siège de la ville. Devant ce refus, ils se décidèrent en 1062, à risquer seuls l'aventure; leur flotte alla un jour attaquer le port, fit sauter la chaîne qui en fermait l'entrée, y pénétra, s'empara de quelques vaisseaux sarrasins chargés de riches cargaisons et débarqua des troupes qui livrèrent sous les murs de la ville un combat heureux; mais là s'arrêta leur succès, elles ne purent s'emparer du corps de la place.1 Il s'écoula encore une dizaine d'années avant que les Normands fussent maîtres dcPalerme,2 puis, peu à peu, de l'île tout entière. La conquête de la Sicile par les chrétiens eut les plus grandes conséquences pour les nations maritimes de l'Europe. En leur ouvrant l'accès d'un pays qui conservait encore des droits à son antique réputation de fertilité, elle mettait à leur disposition une quantité de produits naturels ou fabriqués, que les Arabes avaient eu le temps d'y acclimater pendant leur longue occupation: sucre, dattes, coton, soieries. Les Amalfitains,8 les Vénitiens,4 les Génois5 ne tardèrent pas à obtenir des rois normands l'accès de l'île et l'autorisation d'y établir des comptoirs; ils purent approvisionner leurs magasins de ces produits et les faire venir sur leurs propres vaisseaux. Cet événement fit encore époque à d'autres points de vue. Tous les vaisseaux qui, d'Espagne ou de France, ou de la côte occidentale d'Italie faisaient voile vers le Levant ou l'Afrique septentrionale, devaient passer en vue de la Sicile, placée au milieu de leur route. (Quelle différence pour eux à partir de ce moment! Désormais, ceux qui longeaient la côte occidentale de l'île pouvaient atterrir tranquillement à Trapani;* les vaisseaux marchands traversaient sans inquiétude le

1 II existe dans la cathédrale de I*i»e une inscription qui contient la relation de cette expédition (publ. par Morroua, Pisa ilhifttr. I, 157, 2° éd.) et en fixe la date (1063, d'après la chronologie Pisaue); Maraug. 1. c. p. 238 et s., donne de plus le jour; sauf ce détail il n'ajoute rien à l'inscription. Le témoin le plus digue de foi est Gaufr. Malat. p. 569; un autre exposé, trè* embrouillé, ou plutôt très corrompu est celui d'Aimé p. 164 (voyez Giesebrecht, Ge*ch. d. detttsch. Kaixerzeit III, 3, p. 1082; art. de Hirsch sur Amatus, dans les Forschttngen xur deuteehen Gtsrh. p. 304 ; Amari, m, 102).

■ Je doute que les Pisans eux-mêmes aient réussi à la prendre, car le fait n'est relaté que dans des histoires très postérieures et très peu dignes de foi ; voy. le

Brcviariuni hist. Pis. dans .Munir. SS. VI. 168; Ranieri Sardo, dans les Archir. stor. VI, 2, p. 77.

1 Hugo Falcaudus. dans Del Re. Cmnixti, p. 283; Gregorio, Comideraxioni sopra la storia di Sieitia, T. II prove, p. 23, lig. 5, 6.

4 Mortillaro, Opère I, 379 et s.; 388 et s.; Taf. et Thom. I, 135 et s., 171 et ss. : Romuald. Salem, dans Perte, SS.

XIX, 450 et s.; Tôche, Hcinrieh VL, p. 630.

1 Leur établissement à Messiue ne date que du commencement du XIIe siècle, comme nous le verrons plus loin. Us y possédaient le Fundicum S. Johannis: Annal. Jan., dans Pertz, SS. XVIII, 108.

e Sur l'importance de cette ville voy.

Ibu-Giobair, trad. p. Amari dans les Arch.

\2\ Première période. - Des ijraudes invasions au r croisades

détroit de Messine, dont les deux rives étaient au pouvoir de princes amis; faire escale dans les ports de Messine, de Catane, de Syracuse1 dont la prospérité se développait rapidement par le fait des croisades, n'était plus pour eux une difficulté depuis que les privilèges accordés par les rois normands leur garantissaient un accueil favorable, et qu'ils étaient sûrs d'y trouver l'aide et l'appui de consuls de leur nation ou, tout au moins, de compatriotes établis là pour leurs affaires. Ces remarques nous ramènent au sujet spécial de notre étude, l'histoire du commerce du Levant.

Les capitaines marchands pisans et génois n'avaient pas tous attendu que la conquête de la Sicile assurât la sécurité complète de la route du Levant. Quand nous lisons2 que Gisulf, prince de Salerne (1052 - 1077), mû par une insatiable rapacité, capturait fréquemment les vaisseaux pisans ou génois qui avaient le malheur de passer devant Salerne, nous nous demandons involontairement quelle pouvait bien être la destination de ces vaisseaux, et la réponse nous vient de suite: ils devaient taire voile vers la Syrie ou vers l'Egypte par le détroit de Messine; mais nous en sommes absolument réduits à des suppositions. Pour les Génois nous savons, par le témoignage d'un pèlerin anglais, qu'ils avaient, à cette époque, des relations commerciales avec la Palestine; en effet, après avoir achevé, au printemps de l'année 1063, son pèlerinage à Jérusalem, lngulf, abbé de Croyland, put se rembarquer à Jaft'a sur une flotte marchande génoise. :i Dans le pèlerinage que Godefroi de Bouillon fit au S' Sépulcre, avant la première croisade, (1094 ou 1095) avec le comte de Flandre et d'autres seigneurs, il navigua également, dit -on, jusqu'à Alexandrie, sur un vaisseau génois appelé "la Pomclla" et il le prit encore au retour.1

Mais les Génois et les Pisans ne commencèrent réellement à prendre une part active au commerce du Levant qu'à partir des croisades.

tior. if. A pp. 4. p. 41—43, ou mieux encore, Anmri. Bibl. Arabv-siv. trad. I. lbo <'f s.; (Jregorio. Disrnr.si intorno alla Sicilia. I, 135 et SA

1 Edrisi II, 81-83 constate l'état florissant de ces trois villes à l'époque de la domination normande; v. aussi A mari, Bibl. Arabe -tic. trad. I, 67 — 73; pour Messine eu particulier, voyez, lbu Giobair.

rit. p. 33. et Amari, Bibl. vit. I, 144 et ».

• CJaufr. Malat. L c p. 569, 590.

' lngulpbi Abb. Croylaud. Chronic, dans Kell, lier, anylie. script. I, 74; ce

pèlerinage eut lieu eu même temps que celui de Siegfried, archevêque de Mayeuce : mais, dans les relations de Lambert de Hersfeld, de Mariauus Seotos et de P Annaliste d'Altaich (Perte. SS. V, 168 et s».. 558 et ss., XX. 815 et ss.), il n'est pas question de vaisseaux génois.

' Cagaro. De liber, cirit. orient., dans l'erte, SS. XVIII. 40. Ce pèlerinage u'est mentionné nulle part ailleurs, et, du reste, il est mis eu doute par la critique historique; voyez la note du premier éditeur de cet ouvrage de Caffaro, dans les Atti tlcfla .Srx\ Liyttr. I, 1, p. 59.

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