II. - — De l'apparition de Mahomet ans croisades
Jusque là, il était presque exclusivement entre les mains des Amalfitains et des Vénitiens; c'est à eux surtout que l'Italie devait ces produits de l'Orient, dont elle était si abondamment fournie et qui y contribuaient tant au raffinement des mœurs:1 à eux quelle devait la réputation d'être la meilleure source de ces articles précieux et l'avantage d'en être l'entrepositaire pour le monde romano-germain.
Les Juife.
Avant de passer à la période des croisades, il nous reste à rechercher si, pendant les premiers siècles du Moyen Age, les Juifs qui vivaient dispersés au milieu des peuples d'Orient et d'Occident ne prenaient pas déjà une part active au commerce du Levant. Ils ont joué de très bonne heure un rôle important dans le commerce. En Occident les grandes invasions ne lurent pas l'un des moindres éléments de leur fortune. Méprisés de toutes les nations au milieu desquelles ils vivaient, ils ne faisaient cause commune avec aucune d'elles; aussi, tandis que les peuples guerroyaient entre eux, pouvaient -ils, sans susciter la méfiance, aller et venir et faire de grands bénéfices sans courir de dangers. Les rois des tribus germaines qui allaient se fixer dans les provinces occidentales de l'empire romain les avaient pour fournisseurs et, dans les nouveaux royaumes, plus d'un dignitaire de l'église ne se faisait pas scrupule de leur acheter des objets précieux.» Vivant presque uniquement du commerce, ils se concentraient à peu près exclusivement dans les villes commerçantes, imités en cela par les Syriens, que l'on trouve souvent cités à côté d'eux: Narbonne,3 Marseille,4 Arles,5 Gênes/' Naples,7 Palerme8 etc., étaient leurs centres préférés. Reste à savoir si l'activité commerciale de ces Juifs d'Occident s'étendait jusqu'en Orient: c'est la question que nous allons discuter. Il faudrait être peu versé dans la connaissance des habitudes du langage de Grégoire de Tours pour admettre que l'expression „$pecies", par laquelle il désigne les marchandises des Juifs, signifie simplement des épices: elle comprend
1 Déjà, avant les croisades, des censeurs rigoureux reprochaient au clergé italien de ne pas avoir de plus haut idéal que d'entasser sur sa table des épices de» Indes, et d'en abuser pour exciter une honteuse sensualité : c'est ce qu'expriment Ratherius de Vérone, dans son ouvrage, De rontetntu canonnm, écrit en 963 (dan* Dachery, Spiril. II, 188) et Petrus Damiani, vers 1070 (Opusc. 81, cap. 6).
* Grégoire de Tours. Hist. franc. IV.