‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 24 sur 145 · VI, 5; VII · texte numérisé non relu

VI, 5; VII

3 Oregor. M. Epist. lib. VII . n° 24 ; Cotieil Xarbonn. ap. Mansi, 1. c.

' Grégoire de Tours 1. c. V, 11: VI, 17; Greg. M. Epist. I, 46.

• Greg. M. I. c. ; Vita Cœsarii. dans les Acta SS. Boit.. Août, T. VI. p. 69.

0 Casaiod. Var. 1. IV, ep. 33.

5 Procop; De bella goth. I. 8, 16.

H Greg. M. Epist. IX. 55.

126 Première période. — Des grandes invasions mue croisades.

d'une manière générale toutes sortes d'objets précieux ; d'un autre côté, on lit dans la chronique du même écrivain qu'un certain Juif était propriétaire d'un vaisseau qui faisait la traversée de Nice à Marseille;1 mais il faudrait une certaine hardiesse d'imagination pour conclure de là que les Juifs eussent, dès lors, des vaisseaux qui naviguaient sur toute l'étendue de la Méditerranée. Cependant, par-ci par-là, nous trouvons qu'il est fait mention de marchands juifs venus du pays des Francs pour visiter la Palestine; le commerce des esclaves, auquel ils s'adonnaient de préférence, 2 ne pouvait manquer de les mettre en relation avec les Musulmans; les médecins juifs étaient nombreux; ils étudiaient dans les livres arabes, et quand il s'agissait pour eux d'appliquer les connaissances ainsi acquises, ils avaient recours à des remèdes orientaux qu'on ne pouvait se procurer que par l'intermédiaire du commerce. Les Juifs parcouraient à cette époque, comme marchands en gros, presque toutes les parties de l'univers connu ; nous en possédons un témoignage positif dans un passage intéressant d'Ibn-Khordadbèh.p> Du temps de cet écrivain, c'est à dire vers le milieu du IX0 siècle, il y avait constamment des marchands juits qui faisaient, tant par terre que par mer, le long voyage du pays des Francs à la Chine. S'ils avaient quitté le pays des Francs par mer, ils débarquaient à Farama en Egypte, traversaient l'isthme de Suez en cinq jours, reprenaient la mer à Kolszoum, passaient devant les stations d'El-Djar (port de Médine) et de Djeddah (port de la Mecque) et entraient dans l'Océan Indien. D'autres fois, ils touchaient le continent asiatique à l'embouchure de l'Oronte, passaient par Antioche (et Alep) et arrivaient à l'Euphrate, dont ils suivaient le cours jusqu'à Bagdad; de là, ils gagnaient l'Océan Indien par le Tigre et le golfe Persique. Mais, quelle que fût la voie choisie par eux, leur but était d'atteindre les bouches de l'Indus, l'Inde et enfin la Chine. Le retour se faisait par les mêmes voies, avec cette différence que tous ne regagnaient pas le pays des Francs: un certain nombre s'arrêtaient à Constantinople avec leurs marchandises. Sur les deux routes que nous venons de décrire, la plus grande partie du voyage se faisait par mer; mais il y en avait encore deux autres, très fréquentées, où les distances à parcourir par terre étaient beaucoup plus

1 De gloria martyrum, cap. 97.

s Agobardi Opp., éd. Baluze, p. 62, 65 : Rozière, Recueil général des formules, B" 27 , 28 , 29: Greg. M. Epist. IX. 36.

1 A. Sprenger (Some passages on the early commerce of the Arabs. dans le Journal of the Asiatic socicty of Bengal. vol. XIV, 2* part., 2. 1844. p. 519 et M.)

est le premier qui ait publié ce passage; après lui Keinaud Ta incorporé dans sa fameuse introduction à la Géographie d Aboulféda (I, p. lviii et ss.); enlin, Barbier de Meynard Ta publié arec le Livre des mutes entier d'Ibn-Khordadbeh (Journ.

asiat. Série 6. T. V. p. 512 et ss.); voyez aussi Richthofen. China. I. 558 et s.

IL — De V apparition de Mahomet aux croisades. 127

longues que par mer: ou bien, partant de France ou d'Espagne, on passait le détroit de Gibraltar, puis on traversait toute l'Afrique, la Syrie, la Babylonie, les provinces méridionales de la Perse, le Farsistan et le Kerman, et on atteignait ainsi les Indes ou la Chine; ou bien on traversait l'Allemagne 1 et les pays slaves jusqu'à la ville des Khazares (ItU, au-dessus de l'embouchure du Volga), on passait la mer Caspienne, pnis reprenant la voie de terre, on touchait Balkh en passant, et de là on se dirigeait vers la Chine par la Transoxiane et les pays des Tagazgaz (Ouigoures). Ibn-Khordadbèh, maître général des postes, possédait une connaissance parfaite des choses de son métier, et ce n'est pas sans étonnement qu'en parcourant les tableaux dressés par lui, nous voyons qu'il n'existait pas moins de quatre routes, fréquentées par les marchands, à l'aller et au retour, entre l'Europe occidentale et l'Asie orientale, et cela à une époque sur laquelle les sources occidentales sont si pauvres de renseignements que l'on serait tenté d'admettre que les relations entre ces deux parties du monde devaient être extrêmement rares. Ibn-Khordadbèh nous fait encore connaître les articles que les marchands juifs transportaient sur ces routes: dans le voyage d'Occident en Orient, c'étaient des eunuques, des esclaves des deux sexes, de la soie (elle ne pouvait guère provenir que de l'empire byzantin), des fourrures et des sabres; d'Orient en Occident, c'étaient du musc, de l'aloès, du camphre, de la cannelle et autres produits analogues. La patrie des Juifs capables de visiter un si grand nombre de pays et d'en comprendre les langues reste malheureusement pour nous un mystère. Ibn-Khordadbèh leur donne une épithète que Barbier de Meynard rend, dans sa traduction française, par le mot Radanites et qui, d'après lui, serait l'indication de leur origine; mais en réalité c'est tout simplement un synonyme de "coureurs de pays, migrateurs"2 et, par conséquent, cette épithète ne résout pas la question de savoir si ces Juifs étaient originaires d'Orient ou d'Occident. En faveur de la première hypothèse on peut avancer que, pour entreprendre de pareils voyages, il fallait posséder des connaissances géographiques qui ne se trouvaient que dans le monde arabe et particulièrement au centre, à Bagdad. Mais, d'un autre côté, depuis l'Espagne jusqu'à la Chine, il existait une série de communautés juives, s'enchaînant les unes aux autres presque sans interruption, où les Israélites de tout pays pouvaient trouver les informations les plus abondantes sur les diverses places de

1 En réalité le texte porte ici le nom * Goeje, Bibl. géogr. arab., ghss., p. 261.

arabe de l'Arménie, mais un léger chan- Je dois avouer que je n'ai pas pu lire ce

gement donne, comme le démontre Rei- livre, par la raison, qu'il ne contient que

naud, le nom arabe de l'Allemagne, ce des textes arabes, qui correspond mieux a la suite des idées.

128 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.

commerce, les routes et les occasions à saisir. Avec cet appui, les; Juifs d'Occident pouvaient, eux aussi, entreprendre les voyages les plus lointains. On peut facilement admettre qu'ils organisaient de grandes expéditions dans l'intérêt de leur commerce, car l'époque carlovingienne, qui est précisément celle où écrivait Ibn-Khordadbèh, fut pour eux une période de prospérité extraordinaire.1 L'auteur arabe semble donner lui-même à entendre que les marchands en gros dont il parle étaient des Occidentaux, car, dans la description qu'il donne, il trace la route d'abord d'Europe en Asie, puis d'Asie en Europe.

1 (înetz. Gesrh. derJiuien, V, 216 et 88., 245 et sa. A cette époque, un vaisseau marchand juif n'était pas une rareté; un jour, des vaisseaux se trouvaient en vue de l'uu des ports de la Gaule Narbonnaise. et, sur le rivage, on discutait pour savoir à quelle uatiou ils appartenaient; une

partie des assistants exprima l'opinion qu'ils appartenaient à des marchands juifs; mais le regard perçant de Charlemagne les eut bien vite reconnus pour ce qu'il* étaient, c'est a dire pour des pirates normands. Monach. S. Gall., dans Pertz.

SS. n. 737, 757.

Deuxième période.

Développement. .

I. Fondation des colonies commerciales sur les côtes du Levant,

(Époque des croisades.)

Page 1