I. Les étais croisés au 1er siècle de leur existence
mémoration des services rendus au royaume par les Génois et où se trouvaient énumérés les privilèges obtenus par eux en récompense.1 Cet acte était de nature à faire craindre aux Génois que, peu à peu, on n'en vînt à oublier leurs titres aux propriétés dont ils jouissaient; aussi firent -ils à plusieurs reprises des démarches auprès de divers papes qui leur avaient montré de la bienveillance, pour obtenir par leur entremise la restitution de l'inscription; 2 elles n'aboutirent pas et cela n'empêcha pas Baudouin IV, fils d'Amaury, d'agir envers eux avec une malveillance marquée et de leur contester leurs biens et leurs droits. Les mêmes déboires les attendaient dans le comté de Tripoli. A peine avaient -ils pris possession du tiers de la ville qui leur avait été concédé, que le prince Bertram les en expulsa en violation de sa parole; 8 et il n'est pas certain que la république soit jamais rentrée en jouissance de ce tiers; le comte Raymond III la lui contestait encore; le pape Urbain m lui fit parvenir un avertissement à cet égarât * mais il n'est point démontré qu'il ait été suivi d'effet.
La répartition des biens possédés par les trois nations les plus favorisées sur le territoire de Syrie présentait des inégalités frappantes; elle représentait en général, exactement, la part plus ou moins grande prise par chacune d'elles à la conquête de tel ou tel district C'est ainsi que, les Vénitiens n'ayant pas fourni de contingent dans la partie septentrionale de la Syrie, ils y possédaient très peu de chose; dans la principauté d'Antioche comme dans le comté de Tripoli, tout ce qu'ils avaient était renfermé dans les murs de la capitale. Les Génois, eux, avaient reçu en don, aussitôt après la prise d'Antioche, un fondaco,
1 Annal. Jan. p. 61. Mr de Vogué (Les églises de la terre sainte p. 221) pense que l'inscription fut détruite à l'occasion de changements qui furent alors exécutes dans l'intérieur de l'église; selon lui rien ne démontrerait la malveillance du roi à l'égard des Génois, et, par conséquent, il ne saurait en être question dans cette circonstance. Admettons, si Ton veut, que ces changements aient amené un bouleversement de fond en comble; cela n'empêche pas qu'avec un peu de bonne volonté, on aurait pu conserver l'inscription et la transférer autre part: de plus, s'il n'est pas parvenu à notre connaissance d'autre acte d'hostilité du roi à l'égard des Génois; on sait qu'il s'adressa aux Pisans, leurs ennemis
déclarés, pour obtenir leur concours à l'occasion d'une expédition en Égypte.
» JAb.jur. I, 228 et s., 309, 331 et ss.; Ughelli, L c. IV, 874 et s.; Langer, op. cit. p. 156, attribue avec raison au premier des deux brefs du pape Alexandre III contenus dans le Lib. jur. la date de 1169: ce bref a été réédité d'après le texte original dans le Qiorn. ligust. X, 1883, p. 164; Conrad de Montferrat, seigneur de Tyr, autorisa, en 1192, la restauration de l'inscription (Lib. jur.
I, 401), mais les Génois n'y gagnèrent rien, attendu que, depuis 1187, Jérusalem était retombée au pouvoir des Sarrasins.
5 Caff. p. 48, 49.
4 Lib. jur. I, 338 et s.
150 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.
l'église de S* Jean et trente maisons;1 plus tard, en récompense sans doute de l'aide qu'ils lui fournirent à la prise de Gibel (juilL 1109), Tancrède leur céda encore une place à bâtir sur le port de cette ville (fundum in portu ) et une propriété (villa) en dehors de la ville, plus, à Laodicée, un quartier (rttga) situé sur le port, avec le château d'Elie* et une église:8 dans le même temps les Pisans recevaient en toute propriété un quartier (vicum S. Salvatoris) à Antioche, et la rue des Colonnades avec l'église de S* Nicolas à Laodicée, 4 tandis que les Vénitiens devaient se contenter d'une église, d'un fondaco et de quelques maisons à Antioche.5 Les choses se passèrent d'une manière analogue dans le comté de Tripoli. 11 semble même qu'ici on ait fait attendre plus longtemps encore aux Vénitiens la concession d'un établissement de quelque importance; pour tout le premier siècle de l'existence de ce comté, il n'est arrivé jusqu'à nous qu'une seule charte donnée en leur faveur par un comte de Tripoli; c'est celle de 1117; et encore la donation que le comte Ponce fait à l'égUse de S* Marc se borne-t-elle à une maison située sur le port.6 Les Pisans, au contraire, possédaient dans la ville plusieurs maisons dont le nombre s'accrut encore par donations ou par achats. 7 Quant aux Génois, la mauvaise foi du prince Bertram les empêcha d'obtenir le tiers de la ville de Tripoli auquel ils avaient droit; mais, en compensation, ils eurent une ville tout entière , celle de Gibelet, et le hameau du Puy du Connétable, de telle sorte que, finalement, ils étaient encore les plus favorisés.
D en était tout autrement dans le royaume de Jérusalem: là, les* Pisans restaient bien en arrière des deux autres nations. Ils n'y possédèrent tout d'abord que cinq maisons à Tyr, don du roi Baudouin II;8 dans le cours du XII0 siècle, soit par des concessions nouvelles, soit par des achats, ils ajoutèrent à ce premier fonds diverses maisons et des terrains à bâtir, une halle et une église, des terres, des jardins et des moulins situés dans la banlieue, 3 de sorte qu'ils finirent
1 Ughelli, R. êacr. IV, 846 et s.
' Cf. sur ce château Raoul de Caen, cap. 151.
• Ughelli, //. nacra, IV, 847 et s.
• Dal Borgo, Dipl. Pis., p. 86; Doc.
sulle relaxioni tosc. colV Oriente, p. 3; ils reçurent encore postérieurement une maison à Antioche et une place à bâtir, â Laodicée: Dal Borgo, p. 86, 93; Doc. p. 6, 15 et s.
• Taf. et Thom. I, 102 et s.; 134, 149,
8 Taf. et Thom. I, 76; cf. I, 146.
T Dal Borgo, p. 95. 84, 103: et mieux Doc. sulle relax, tose. p. 17, 24, 25.
■ Doc. sulle relax, tosc. au bas de la p. 7.
8 Voyez les diplômes des années 1156, 1165, 1187, dans les Doc. sulle relax, tosc, p. 6 et s., 11, 26 et s. (Dal Borgo, Dipl. p. 87 et ss., 90, 100 et ss.), â rapprocher de la mention d'une halle et d'une église pisanes dans Taf. et Thom. II , 385, et de la "fonde de Piseu à Tyr dans Paoli, Cod. dipl. I, 168.