I. Les états croisés au 1er siècle de leur existence
par former une colonie riche et considérable. A Acre, les rois Amaury (1168) et Baudouin IV (1182) leur concédèrent des terrains pour la construction d'une église et de maisons publiques ou particulières.1 En 1154, le comte Amaury d'Ascalon leur donna en franchise à Jaffa un emplacement suffisant pour l'établissement d'un marché, d'une église et de plusieurs maisons d'habitation.2 Enfin, nous savons que la commune de Pise avait des propriétés à Jérusalem et à Césarée; la preuve nous en est fournie par un document dont un passage a trait à des contestations soutenues par les Pisans contre le Patriarche de Jérusalem, le couvent de Sancta Maria de Latina à Jérusalem et le clergé de Césarée.3
Si nous voulons comparer la situation des Génois à celle des Pisans, voici la liste des concessions qui leur sont accordées, en 1104, dans un seul diplôme du roi Baudouin Ier4: un quartier dans chacune des villes de Jérusalem et de Jaffa, un tiers de chacune des villes d'Arsouf, de Césarée, d'Acre et de leur banlieue, un tiers de chacune des villes au siège desquelles prendra part à l'avenir une troupe de 50 Génois au moins, circonstance qui se présenta six ans plus tard pour Beyrout
Enfin les Vénitiens, par privilège unique, avaient droit à une part de chaque ville du royaume, lors même qu'elle avait été prise sans leur concours. Ce droit, nous l'avons vu, ils n'en obtinrent pas l'exécution partout, mais c'était l'exception. Nous sommes certains que la convention fut appliquée à Caïffa et à Sidon; le fait est constaté pour Caïffa dans une charte de 1165; 5 quant à Sidon, les Vénitiens ayant contribué à la prise de cette ville, le roi Baudouin Ier leur accorda à cette occasion un bref de concession qui, malheureusement, a été perdu. On en retrouve une trace dans des chartes postérieures 6 à propos d'une rue d'Acre dont la donation en leur faveur remontait à cette époque. Les biens possédés à Acre par la colonie vénitienne s'accrurent encore d'une nouveDe donation en 1123. En même temps, le roi leur accordait à Jérusalem une étendue de terrain égale à celle qu'il possédait lui-même. Mais leur acquisition la plus importante fut celle de Tyr,7 dont un tiers
1 Doc. svîle relax, tosc. p. 14, 23. (Dal Borgo, p. 91 et s., 96.)
■ Doc. suite relax, tosc. p. 8. (Dal Borgo, p. 89.)
• Doc. mile relax, tosc. p. 7. (Dal Borgo, p. 88.)
4 Lib.jur. I, 16 et 8.; cf. aussi l'inscription rapportée à la suite de ce diplôme. Il est impossible de s'appuyer sur le diplôme du "10 Kal. Haj. 1105", attribué également à Baudouin Ier et cité par
Lttnig (Cad. dipl. Bal. H, 2081), car il y est prématurément parlé de la prise d'Ascalon, ce qui est une preuve de sa fausseté.
5 Taf. et Thom. I, 146.
8 Taf. et Thom. I, 86, 91, 146.
7 Mr le prof. Prutz, qui a étudié les localités, affirme que ce tiers acquis par les Vénitiens devait former la partie sud, ou, plus exactement, la partie sud -est de la ville actuelle de Sour (Au* Pkônixim, p. 269).
152 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.
leur fut remis intégralement, y compris les terres et métairies qui en dépendaient1
On voit, d'après ce qui vient d'être dit, que les concessions accordées dans les villes aux colonies envoyées par les républiques commerçantes d'Occident se composaient, soit d'un terrain à bâtir (platea), soit d'un certain nombre de maisons, soit d'une rue entière, soit enfin d'une partie plus considérable de la ville. L'ensemble des constructions devenues la propriété d'une nation commerçante était généralement désigné sous le nom de ruga ou vicus de telle ou telle nation.2 H comprenait les bâtiments destinés aux autorités, les constructions à l'usage commun de la colonie et les maisons particulières. Parmi les premiers, il faut placer en première ligne le bailliage, siège de l'administration et du tribunal; c'était là que résidait le chef de la colonie, là qu'il siégeait avec les jurés constitués en tribunal, là qu'il réunissait son conseil.8 Dans les colonies de peu d'importance, le même toit abritait parfois le bailliage et l'entrgpôt; c'était le cas, par exemple, à Antioche, où les Vénitiens demandèrent au prince Renaud l'autorisation de traiter les affaires de leur juridiction dans leur entrepôt4 Cependant, en général ces deux constructions étaient distinctes, comme dans les quartiers de Tyr et d'Acre:5 dans ces grands centres d'échanges, on avait besoin d'un vaste entrepôt (fundicum, fundicium, magnum palatium fontici), à cause de sa double destination de magasin et de maison de vente. Les besoins religieux des colons n'étaient jamais négligés, soit que la concession de leur quartier fût accompagnée du don d'une église déjà existante, soit que la communauté des colons en construisît elle-même une ou plusieurs.6 On dédiait volontiers ces églises
1 Taf. et Thom. I, 79 et ss., 90 et ss., 140 et as., 145 et 88., 167 et m
1 Quand, après l'expression ruga on rencontre le mot campus, celui-ci signifie un terrain découvert (un marché) dépendant d'un quartier commerçant. Par exemple, Sanuto (Jstoria di Romania, dans Hopf, Chron. greco-rom. p. 166) dit d'une certaine personne qu'il l'a souvent vue "in Acri (Acre) passar per il nostro campo (celui des Vénitiens) e per la nostra ruga." D faut assurément attribuer la même signification à l'expression "platea januensis" qui désigne une localité de la même ville dans une charte de l'année 1260 (Taf. et Thom. m, 32).
• Une charte rapportée dans Taf. et Thom. m, 40 est donnée "Tyri in palatio communia Janue, ubi regitur consilium.a
Les Vénitiens avaient aussi dans cette ville leur "domus cum duabus curiis, ubi habitat bajulus," (ibid. II, 364) et, à Acre, leur "palatium, ubi habitat bajulus," (ibid. II, 390 et s.). Dans l'une des maisons appartenant à la commune Génoise d'Acre, le rez-de-chaussée était affecté au "tribunal (subtus quod tenetur curia); la maison réservée pour le même usage dans la colonie génoise de Tyr était désignée sous le nom de " lobia communis " : voy. Areh. de l'Or. lot. H, 2, p. 215, 222.
4 Taf. et Thom. I, 134.
6 Ibid. n, 364, 390-393.
• Les Vénitiens en avaient trois à Tyr (Taf. et Thom. II, 362 et s.); la plus grande et la plus richement dotée était celle de S* Marc.